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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 06:00

 

Désolé je n’ai pas pu m’en empêcher…

 

Tintin au pays des Soviets

 

 

Nous sommes le 10 janvier 1929, à Bruxelles. Accompagné de son chien Milou, un tout jeune reporter monte dans le train à destination de Moscou. Pour Tintin, c'est le début d'une grande aventure. Pour Hergé, c'est le vrai début de sa carrière. Les Aventures de Tintin, reporter du Petit Vingtième au pays des Soviets paraîtront sous forme d'album en 1930

 

 

Plus sérieusement :

 

MANIFESTATION EN FAVEUR DU CHILI AUX INVALIDES À LA SUITE 
DU COUP D'ÉTAT.  DE GAUCHE À DROITE AU PREMIER PLAN 
JEAN-MICHEL CATALA, PAUL LAURENT, GEORGES SÉGUY, 
EDMOND MAIRE, GEORGES MARCHAIS
 ET MICHEL ROCARD. PARIS 1973. 
PHOTO JEAN TEXIER

 

Pour comprendre la relation que Michel Rocard a entretenue avec le parti communiste tout au long de sa carrière politique il convient de distinguer trois périodes principales.

 

La première couvre les années cinquante et soixante jusqu’à 1974, celles de la formation politique et de son action au sein du PSU ;

 

La seconde couvre les années qui ont suivi son adhésion au PS (1974-1981) ;

 

La troisième est celle du gouvernement Rocard (1988-1991).

 

Une relation décomplexée avec le PCF.

 

Michel Rocard s’est situé politiquement à gauche d’emblée. Il se rappellera plus tard qu’il ne pouvait satisfaire l’humanisme transmis par sa mère protestante que de cette manière. «Le message égalitaire des écritures ne pouvait pas me laisser indifférent ».

 

Sa découverte du monde ouvrier et ses valeurs humanistes l’orientent vers le socialisme. «Dès lors, j’irais du côté de ceux par lesquels elles [les classes populaires] s’estimaient représentées, vers les partis qui bien ou mal aspiraient à les défendre. » Or, le Parti communiste, à cette époque, est à l’évidence l’organisation qui représente le plus largement la classe ouvrière. Quels que soient les désaccords, nombreux, qu’il entretient d’emblée avec ce parti, ils sont tous deux dans le même camp, celui de la gauche. « Nous savons très bien que la principale force de résistance à un durcissement autoritaire du régime est le PCF » déclare-t-il en 1971. Sa critique violente de Sartre lui permet de relativiser celle du PCF : « Je n’incriminerai pas le PCF : l’ennemi c’est J.P. Sartre et ce qu’il symbolise. C’est à dire l’intellectuel vaincu pendant vingt ans qui ne franchit pas le pas, qui est toujours un grand allié du parti de la classe ouvrière, qui ne porte pas de critique et se tait sur les camps de concentration pendant la période stalinienne et qui avale tout sans que jamais sa critique soit positive ; nous faisons l’inverse. Nous sommes du côté des communistes lors de tous les coups durs mais nous ne lui passons rien sur les affaires sérieuses. »

 

Le PCF n’est pas seulement le grand parti ouvrier, il est le grand parti marxiste. Rocard, membre des étudiants socialistes, a découvert Marx que lui a fait connaître Victor Faÿ. « Il s’est laissé séduire par le marxisme, notamment par les théories économiques de Marx, se souviendra ce dernier ». Il utilisera alors la thèse marxiste de la prééminence de l’infrastructure économique et sociale. Dans la tradition de la SFIO, il se veut un révolutionnaire. La lutte des classes est une évidence. La société socialiste doit succéder à la société capitaliste ; l’appropriation collective des moyens de production doit être réalisée. « Si le parti socialiste rejetait définitivement et le marxisme et le dogme de l’économie dirigée, il mettrait un point final à son évolution et perdrait tout espoir de jamais se rallier la classe ouvrière dont il aura fait don au parti communiste, écrit-il ».

 

Pour autant, Rocard ne ressentira jamais de proximité à l’égard du parti communiste. Il lui sera toujours étranger. Sa culture est différente. Sa génération n’est pas celle de la résistance mais celle de la guerre froide qui a découvert le totalitarisme stalinien. Contrairement à Léon Blum, il ne plaidera jamais pour la réunification des deux courants de gauche. Il ne souhaitera pas, comme lui, « effacer Tours ».

Il a une claire conscience des désaccords profonds qui existent entre eux. Au PSU, il énoncera clairement les deux plus importants : « le premier, c’est le caractère autoritaire ou non du modèle de société socialiste. A ses yeux, le modèle doit rester autoritaire, pour nous non. » ; « le deuxième point de controverse fondamentale, le voici. Des solutions de type socialiste sont-elles actuelles, correspondent-elles à la situation de la société française dans un avenir raisonnable ? Sur ce point nous constatons dans la pratique un comportement que nous qualifierons de conservateur ».

 

A la différence de nombreux socialistes, Rocard, sûr de ses valeurs et de ses idées, n’a pas de complexe à l’égard du « grand parti de la classe ouvrière ». Comme François Mitterrand, mais dans une vision différente, il conçoit la relation avec le PCF comme un rapport de forces. Quant à son marxisme, s’il lui arrive d’en donner des leçons aux communistes, il ne constitue qu’une part d’un bagage idéologique et intellectuel fort éclectique. N’étant pas sectaire, il et est ouvert à de multiples approches, d’autant que chez lui, la théorie, aussi importante soit-elle, ne l’emporte jamais sur les paramètres de l’action.

 

Faire !

 

Cet objectif en fait un héritier de Pierre Mendès-France. Il croit à l’économie. «J’avais, se rappellera-t-il plus tard, une crainte révérencielle devant l’économie. J’avais compris que c’était le cœur de la vie publique. » En 1954, Faÿ le perçoit davantage comme un modéré keynésien que comme un marxiste. Lui-même, interrogé plus tard sur le caractère révolutionnaire du PSU, donne une réponse qui le situe dans la ligne de Jaurès et de Blum : oui, le PSU est révolutionnaire s’il s’agit d’opérer un profond changement des rapports de production, une transformation radicale. Mais non s’il s’agit de déclencher un mouvement insurrectionnel. Il le montrera en mai 1968, étant à la fois en tête du mouvement mais soutenant le préfet Grimaud dans son action et faisant appel à Mendès France. Bref, comme l’écrit Jean-Louis Andreani, Rocard est alors un « révolutionnaire réfléchi ».

 

Mai 68 marque pour Rocard la rupture avec le PCF dont le PSU devient la bête noire. Lorsqu’en 1971, les négociations entre les deux partis à propos des élections municipales sont rompues, le PCF déclare que le PSU s’enfonce «dans des positions gauchistes irresponsables».

 

Rocard ne recherche pas à tout prix un rapprochement avec les communistes qui, comme le souhaite Guy Mollet pour la SFIO, pourrait être obtenu au moyen d’un « dialogue idéologique ». S’il est favorable à des actions communes avec les communistes, il réclame le droit à la différence. Il ne s’agit pas non plus pour lui, comme le voudra François Mitterrand en 1972, de faire un programme commun de gouvernement sans discuter du fond, estimant que ce faisant, le Premier secrétaire du PS consolide le PCF.

 

C’est, selon lui, en affirmant les valeurs socialistes qu’il sera possible de reprendre au PCF la classe ouvrière. Parmi celles-ci figure au premier chef la critique du totalitarisme qui, dans la période 1956-1968, trouve de nombreux points d’application. Il oppose au modèle soviétique le socialisme dans la liberté mais sans le faire au nom de la défense de la social-démocratie qu’il critique, percevant le congrès de Bad-Godesberg comme étant «l’expression parfaite d’un conformisme libéral sans ambition ». Le Rocard du PSU, comme Jaurès et Blum, n’est pas révisionniste.

 

Au modèle révolutionnaire communiste, Rocard oppose un autre modèle révolutionnaire : l’autogestion. Celle-ci ne pourra être instaurée qu’après la prise du pouvoir par les travailleurs et le renversement de l’état capitaliste ; l’objectif prioritaire demeure l’appropriation collective des moyens de production.  « C’est un fait, estime-t-il en 1972, qu’à travers la volonté d’autogestion s’expriment à la fois un refus et un projet :

 

- un refus, celui de la toute-puissance d’un État que la bourgeoisie a modelé en fonction de ses intérêts, et il est significatif qu’il s’accompagne d’un refus analogue à celui que l’URSS impose à ses travailleurs comme à ceux des démocraties populaires : un État qui en vient, comme naguère en Pologne et surtout en Tchécoslovaquie, à contredire la lutte ouvrière elle-même,

 

- mais aussi un projet, celui d’une société où les hommes soient capables de prendre en main leurs propres affaires, de prendre eux-mêmes les décisions qui concernent leur travail leur cadre de vie, leurs formation, leurs relations et toute leur vie quotidienne ». C’est sur cette ligne qu’il entend combattre le modèle communiste.

 

Si le PSU critique fortement, sans toutefois la condamner, la signature du programme commun en 1972, y voyant une perspective de changement politique mais considérant que le texte ne peut « ouvrir  la voie au socialisme» et qu’il est « l’expression d’une centralisation étatique largement aggravée », Rocard lui-même se montre un peu plus ouvert que son parti, estimant que son adoption « malgré les importantes réserves qu’appellent le contenu de ce texte et la stratégie qu’il implique, est un fait important. Son existence a une valeur de mobilisation, de mise en mouvement des forces populaires qu’il ne faut pas sous-estimer ».

 

La signature du programme commun va s’avérer une grande victoire stratégique pour François Mitterrand. Une perspective d’arrivée au pouvoir de la gauche se dessine. Rocard, lui n’a jamais conçu les relations avec le PCF en termes stratégiques. Il n’imagine pas ce que serait un gouvernement d’union. Aux élections législatives de 1973, alors que les progrès du PS sont remarquables, obtenant 19%, à deux points du PCF, le PSU obtient 2%. Rocard perd son siège dans les Yvelines.

 

Le PSU a raté le coche et n’a plus de perspectives sérieuses de jouer un rôle de premier plan dans la recomposition de la gauche. A l’élection présidentielle de 1974, Mitterrand, candidat d’union de la gauche dès le premier tour, manque de peu d’être élu au second. La partie est jouée et Rocard a perdu. Mitterrand ayant accepté sa demande d’adhésion au PS, il doit avaler le programme commun et l’union de la gauche.

 

Rocard, Mitterrand et le Parti communiste.

 

Les Assises du socialisme permettent au courant rocardien de préserver l’idée d’autogestion en entrant au parti socialiste. Les communistes ne voient pas d’un bon œil cette entrée qui risque de renforcer un parti qui menace de le dépasser électoralement. Mais ils ne savent pas trop par quel côté attaquer ces autogestionnaires entrés au PS qui entendent les tourner sur leur gauche. Ils sont tentés de renouveler leur accusation de gauchisme.

 

Mais en même temps, alors que Rocard vient de publier plusieurs articles sur la crise économique, en octobre 1974 ils choisissent un autre angle d’attaque : « il semble bien que les idées de M. Rocard pour faire face à la crise ne sont pas incompatibles avec les intérêts du grand capital », peut-on lire dans l’Humanité. C’est désormais cet angle qu’ils privilégieront. En 1975, Rocard est nommé secrétaire national du PS au secteur public. Ses interventions dans le domaine économique en font l’ennemi déclaré du PC. Il déclare qu’on ne biaise pas avec l’économie de marché et affirme que « la gauche sera crédible quand le PS sera dominant, ce qui suppose de la part du PC une inflexion doctrinale terrible ».

 

Dans une période où « l’Union est un combat», ses accrochages avec le PC sont constants sur les questions économiques, notamment sur les nationalisations et le SMIG. Mitterrand l’écarte alors de la renégociation du programme commun.

 

En septembre 1977, celle-ci échoue cependant. Rocard va attaquer alors de plus en plus durement le PC. En novembre, il déclare : « la pensée économique des dirigeants du PC est restée stalinienne. Les mesures sociales que le PC préconise sont insupportables pour l’économie française. » Georges Frischmann, membre du Comité central du PCF dénonce alors « cet ancien gauchiste devenu social-démocrate d’extrême droite au terme d’une trajectoire étonnamment rapide. »

 

La même année, au congrès de Nantes, son discours sur les deux cultures ne permet pas seulement à Rocard de se distinguer de la « première gauche » socialiste, elle est également, indirectement, une critique acerbe de la culture communiste. Il convient de rappeler les grandes lignes de cet important discours. « Il y a deux cultures dans la gauche française. […] La plus typée, qui fut longtemps dominante, est jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste. »

 

«L’autre culture, qui réapparait dans la gauche française d’aujourd’hui elle est décentralisatrice, elle est régionaliste, elle est libératrice, qu’il s’agisse de majorités dépendantes comme les femmes, ou de minorités mal accueillies dans le corps social : jeunes, immigrés, handicapés. Elle se méfie du règlement, et de l’administration, elle préfère l’autonomie des collectivités de base et l’expérimentation ». « Le risque qui, ici, nous menace est celui de l’étatisation ». Il faut « concevoir les nationalisations comme l’outil privilégié de de notre politique industrielle et non pas comme un principe fondamental du socialisme. »

 

« La deuxième question que la gauche au pouvoir doit résoudre est celle du risque et de la sanction économique. Il faut appeler un chat un chat. Toutes les expériences à vocation socialiste qui ont fait disparaître le risque et la sanction économique ont été conduites à construire des modèles de développement bureaucratiques ». Suit une défense de l’économie de marché. En quelques phrases, c’est feu le programme commun que Rocard enterre ici une seconde fois.

 

Le 19 mars 1978, au soir du second tour des élections législatives, qui voient la défaite de la gauche mais qui s’accompagnent cependant pour la première fois depuis 1936 d’un dépassement du PCF par le PS, le sabotage de la campagne de la gauche par les communistes libère définitivement Rocard de toute retenue dans ses attaques.

 

«  Alors pourquoi cette défaite aujourd’hui ? Une seule raison, la gauche n’a pas marché du même pas face au bloc des intérêts unis. Nos camarades communistes voulaient une victoire qui fût d’abord la leur. Ils ont pris là une terrible responsabilité devant l’Histoire et devant les travailleurs. »

 

Le 27 mars, il déclare au Nouvel Observateur que « la nouvelle union de la gauche devra assurer la convergence entre deux projets de société bien typés. Il ne faut plus que les facultés d’imagination et d’invention du PS soient indéfiniment stérilisées par un document programmatique détaillé ». Le 29 avril, devant la Convention nationale du parti, il déclare : « Nous ne ramènerons pas le PC à la stratégie de l’union par une confiance aujourd’hui bien difficile à reconstruire et encore moins par des concessions ». « La défensive qui consisterait à revenir à la pratique de simples accords électoraux consoliderait durablement l’hégémonie politique et sociale du PC sur la gauche. Il nous faut au contraire développer un parti capable d’engendrer un type d’unité dynamique et conflictuelle entraînant l’union des forces populaires ».

 

Le même mois, il déclare : « la réalité du parti communiste français c’est finalement qu’il ne sert à rien. » En octobre 1979, au Congrès de Metz, Mitterrand l’emporte. L’union reste à l’ordre du jour. Il faut alors être unitaire pour deux. Le 28 novembre Rocard plaide à nouveau pour la clarté dans les alliances et affirme que les deux projets ne sont pas de même nature : « l’union de la gauche, c’est le rassemblement au second tour sur un des deux projets ». Une union réduite aux acquêts… électoraux en quelque sorte.

 

En 1981, Mitterrand, à nouveau le candidat du parti, est élu. Le PCF subit une véritable défaite. Le gouvernement de Pierre Mauroy comprend quatre ministres communistes. Rocard est marginalisé au sein du nouveau gouvernement.

 

En 1984, lorsque Laurent Fabius succède à Pierre Mauroy à Matignon, le PCF décide de cesser sa participation. Le 6 avril 1985, Rocard décide de démissionner du gouvernement. A la veille de sa démission il a déclaré que le PS devrait définir un pacte démocratique sans s’arrêter aux « clivages d’hier. »

 

« Un pacte qui isole ses extrémistes  et refuse avec eux tout compromis ». De son côté, le PCF a rejeté la stratégie d’union. Aux élections de mars 1986, le déclin communiste se poursuit. Rocard écrit : «  le PC a manqué. Sa politique sectaire irréaliste l’a conduit à quitter la cour des grands pour se cantonner aux côtés de M. Le Pen dans celle des moyens. Par la défection de son électorat, le PC ramène la gauche à l’un de ses plus bas scores d’ensemble. On ne peut plus compter sur lui, et c’est donc au parti socialiste d’occuper le terrain de la gauche. »

 

En 1988, François Mitterrand est réélu. Rocard est nommé premier ministre. Une nouvelle période s’ouvre.

 

Le gouvernement Rocard et les communistes.

 

Les élections législatives n’ont pas donné une majorité absolue aux socialistes. L’ouverture au centre évoquée par le président et son premier ministre, et dont, en réalité, ils ne veulent ni l’un ni l’autre, ne peut constituer un véritable retournement stratégique. Le PCF, malgré son effondrement (7%), demeure donc un appoint indispensable.

 

Les communistes déclarent qu’ils ne peuvent faire partie de la majorité gouvernementale. Le premier ministre devra donc rechercher, tantôt à droite, tantôt à gauche, les votes indispensables à l’Assemblée pour s’assurer une majorité. Il ne peut donc pas rompre complètement avec le PCF.

 

Ses relations avec Georges Marchais n’en sont pas moins exécrables. Le PCF hésite un certain temps à voter les motions de censure déposées par la droite et le centre, mais, le 19 novembre 1990, alors que l’une et l’autre ont déposé une nouvelle motion de censure, cette fois sur le projet de CSG, le député communiste Georges Hage déclare : «  Aujourd’hui, le choix entre la droite et la gauche ne s’identifie pas au choix pour ou contre le gouvernement ». Rocard lui répond : « Qu’avez-vous fait de ces soixante-dix ans ? Beaucoup pour freiner les mieux, au nom de l’exigence du bien, mais bien peu au regard des espoirs que vous avez voulu incarner ». A quelques voix près, la motion de censure n’est pas votée, mais, pour la première fois, les communistes ont censuré un gouvernement socialiste.

 

Rocard quitte Matignon le 15 mai 1991. En février 1993, quelques semaines avant de devenir premier secrétaire du PS, Il lance son appel à « un big-bang politique en proposant de « bâtir, dès les législatives passées, un mouvement » socialiste ouvert aux écologistes, aux centristes et aux communistes rénovateurs. » Dans ce nouveau projet il n’y a pas place pour le Parti communiste. Rocard a définitivement largué les amarres de l’union de la gauche.

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 06:00

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Google est un drôle de fouineur,  en faisant des recherches sur ma mission à Cognac il m’a mis sous le nez un article de Catherine Bernard dans Libération :

 

Le vin français prend une piquette ICI 

 

Ce fut publié le 25 décembre 2001, 20 ans déjà !

 

Catherine était correspondante à Montpellier.

 

Voilà le travail :

 

De Bordeaux au Languedoc, en passant par le Beaujolais, son rapport, remis cet été à Jean Glavany, a fait l'effet d'une bombe (1).

 

Depuis, Jacques Berthomeau est devenu une star que les vignerons s'arrachent pour s'entendre dire leurs quatre vérités.

 

A Bordeaux, il y a trois semaines: «Vos vignes font de mauvais vins? Arrachez-les!»

 

Dans l'Hérault, invité la semaine dernière à fêter le centenaire des coopératives: «Buvez-vous du vin de table au petit déjeuner?»

 

Car, en cette fin d'année où les acheteurs font leur marché pour 2002, vignerons et négociants se sont rendus à l'évidence. L'année 2002 ressemblera à 2001, en pire. Les Français boudent le vin. Les Anglais, les Américains, les Allemands et les Japonais en consomment davantage, mais ils continuent à préférer ceux du Nouveau Monde (2) à nos appellations d'origine contrôlée (AOC), vins de pays ou vins de cépage. En conséquence de quoi, les prix sont au plancher. Et les transactions au ralenti. La règle vaut pour à peu près tous les vignobles, et notamment pour le Languedoc, plus grand vignoble du monde habitué à vendre dans l'Hexagone, un temps persuadé d'avoir gagné la bataille de la reconversion en misant sur les vins de cépage (sept millions d'hectolitres produits).

 

Poids de l'histoire. La scène se déroule à Narbonne chez Val d'Orbieu, premier fournisseur du marché français avec 3 milliards de francs de chiffre d'affaires (460 millions d'euros). Joël Castany, son président, sait que les 350 millions de francs (55 millions d'euros) d'aides aux viticulteurs décrochés par Jean Glavany, le ministre de l'Agriculture, auprès de Bruxelles, ne changeront rien à l'affaire. Voilà trois ans que le groupe coopératif audois peine à commercialiser ses vins de cépage sauvignon, plantés dix à quinze plus tôt en lieu et place des aramons, cinsaults ou carignans. Les sauvignons, comme les merlots, syrahs, chardonnays et cabernets, sont ici le symbole du sursaut qualitatif du Languedoc. «Sur les 10 000 hectolitres de sauvignon, on ne sait bien en vendre que 6 000, admet Joël Castany. J'ai le choix entre aller piquer les fesses des commerciaux ou aller voir ce qui se passe dans le vignoble. Là, on découvre que l'on a planté du sauvignon où il ne fallait pas, ou que les vignes sont mal conduites. Résultat: nos sauvignons sont moins bons que ceux du Nouveau Monde.» Ce qui vaut pour ce cépage vaut pour les autres. «On a oublié que, pendant que nous faisions des efforts, nos concurrents en faisaient aussi. Et eux, qui n'ont pas le poids de l'histoire, vont plus vite. Les acheteurs anglais de Tesco ou Sainsbury restent quatre jours dans le Languedoc. Ils goûtent une vingtaine de vins, en deux heures, chez moins d'une dizaine de fournisseurs potentiels. Ils demanderont à chacun deux ou trois échantillons qui déboucheront éventuellement sur une vente. Ils savent exactement ce qu'ils veulent et à quel prix. Loin des circuits commerciaux, les viticulteurs ne l'ont pas compris», résume Alain Grignon, ex-directeur commercial d'une cave coopérative, parti fonder son entreprise de négoce.

 

Premier touché, le vignoble languedocien n'est pas le seul. Longtemps dopée par son marché, la filière française s'est en réalité contentée de très bien vendre à l'international ses vins à 150 francs la bouteille (60 % exportés), oubliant au passage qu'ils ne représentent que 3,8 % de la production. Et elle se réveille bousculée sur le coeur du marché mondial, celui des vins entre 16 et 60 francs la bouteille, lesquels représentent 30 et 40 % de la production. Résultat, depuis janvier, les exportations de beaujolais ont reculé de 9 % en valeur. Globalement, les ventes de vin français reculent aux Etats-Unis (-9,7 %), en Allemagne (-4 %), au Danemark (-9,1 %) et en Belgique (-5,7 %), des marchés pourtant tous en croissance.

 

Pas dignes. «Nous sommes encore drapés dans le dogme de l'AOC qui permet aux paresseux de vivre sur un patrimoine commun, analyse Michel Laroche, négociant-éleveur de Chablis. Or, les AOC sont une garantie d'origine, mais pas encore de qualité. Elles le seront quand les comités de dégustation oseront refuser l'agrément à ceux qui n'en sont pas dignes. Si on ne regarde pas cette réalité en face, dans dix ans les Français consommeront eux aussi 10 % de vins importés.» A Narbonne, Joël Castany continue de battre sa coulpe: «Plutôt que de céder aux sirènes des vins de cépage, nous aurions dû concentrer nos moyens sur le lancement d'un bon vin de pays d'assemblage avec une marque, une étiquette simplifiée au maximum. Au lieu de commercialiser deux millions de bouteilles, comme c'est le cas aujourd'hui, nous en serions à cinq millions. L'image des grands vins a tenu lieu de politique commerciale à toute la filière.»

 

Ce défaut se lit dans les résultats de la première enquête conduite par la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt (Draf) auprès des 364 caves coopératives du Languedoc-Roussillon. La moitié adhère à un groupement de commercialisation, 53 ont un oenologue et 14 ont des salariés chargés de la prospection des clients. «A quelques exceptions près, les groupements ont davantage servi à récupérer des aides qu'à bâtir une stratégie commerciale. En face, trop faible et trop régionalisé, le négoce n'a pas investi dans le marketing», pointe Michel Rémondat, ex-directeur du Comité interprofessionnel des vins du Languedoc et créateur d'un site Internet dédié à la filière (3). C'est ce qu'Alain Grignon stigmatise comme la «culture de l'écoulement» opposée à celle de la demande des producteurs du Nouveau Monde. Le 7 novembre, Jacques Berthomeau a mis autour d'une table trois producteurs et trois négociants pour animer un «comité stratégique». Une première. L'objectif ? Accoucher, d'ici à mars 2002, d'un plan stratégique à l'instar de celui réalisé par les Américains (Wine Vision) et les Australiens (Plan 2010). Les bonnes idées ne suffiront peut-être pas. Quand la filière vins française dégage 1,6 % de résultat net, les Australiens, avec leurs entreprises intégrées, en dégagent 10 %.

 

(1) Comment mieux positionner les vins français sur les marchés d'exportation.

 

(2) Vins des Etats-Unis, d'Australie, d'Argentine, du Chili, de Nouvelle-Zélande et d'Afrique du Sud.

 

(3) www.vitisphere. com

 

Catherine BERNARD

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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 06:00

 

Sous le nouveau  régime du couvre-feu je commençais à désespérer de voir mon ami Jean-François, privé de théâtre et de ciné, à la veillée, se pencher sur sa grimoire électronique pour me pondre une belle chronique pour mon espace de liberté.

 

Mais, comme notre Jean de La Fontaine national : « Patience et longueur de temps - Font plus que force ni que rage… »

 

« Tout vient à point à qui sait attendre. Même un steak bleu. »

Jean Yanne

 

Et ce texte vint atterrissant dans ma boîte électronique à 12 :11 le mardi 6

 

Vous avez dit souveraineté ?

 

Souveraineté alimentaire, sanitaire, industrielle, militaire…

 

Si j’étais courageux, ce que je ne suis pas, l’ai-je été d’ailleurs, je brocarderais les haut-parleurs de la FNSEA, nichés au POINT Géraldine Woessner et Emmanuelle Ducros à l’Opinion, qui ânonnent les mêmes sourates sur notre soi-disant souveraineté alimentaire.

 

Du côté de la souveraineté sanitaire, le retard à l’allumage de Sanofi-GSK, leader mondial des vaccins, pour la mise sur le marché de son vaccin anti-Covid 19, en dit plus long qu’un long discours de Macon sur ce sujet.

 

Du côté industriel c’est depuis fort longtemps la Bérézina… Baccarat vient de passer sous le contrôle d’un fonds chinois.

 

PORTRAIT

 

 

Louis Gallois, le plus beau CV de l'industrie française, tire sa révérence ICI 

 

Le président du conseil de surveillance de PSA officie à la dernière assemblée générale de sa carrière. Avec l'ancien patron de la SNCF, d'EADS, de l'Aérospatiale et de la Snecma, c'est une page qui se tourne, celle du capitalisme d'Etat à la française. Portrait d'un industriel de gauche.

 

Alors reste l’Europe : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant "l’Europe !", "l’Europe !", "l’Europe !", mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. »

De Gaulle, deuxième entretien radiodiffusé et télévisé avec M. Michel Droit, 14 décembre 1965.

 

Comme le disent les moutards nourris aux séries américaines : « objection votre Honneur ! »

 

- Objection acceptée  la parole est à Jean-François  Collin

.

 

Il est beaucoup question de la souveraineté depuis quelques mois, notamment dans les interventions du Président de la république depuis le début de la pandémie.

 

Ainsi, dans son intervention du 12 mars 2020 annonçant le premier confinement, déclarait-il :

 

« Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie, au fond à d'autres, est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. »

 

Il a réaffirmé cette intention à l’occasion de ses vœux le 31 décembre 2020 :

 

« Notre souveraineté est nationale et je ferai tout pour que nous retrouvions la maîtrise de notre destinée et de nos vies. Mais cette souveraineté passe aussi par une Europe plus forte, plus autonome, plus unie. C’est ce que nous avons bâti en 2020. »

 

Il y a loin de la coupe aux lèvres, hélas !

 

 Le 1er janvier 2021, le Sénat américain a adopté le budget du pays qui prévoit notamment 740 milliards de dollars (605 milliards d’euros) de dépenses militaires pour l’année 2021.

 

Les États-Unis dépenseront en un an 86 fois plus d’argent pour leur défense que l’union européenne en dépensera entre 2021 et 2027. En effet, celle-ci a prévu de consacrer 7 Md€ à la fantomatique défense européenne au cours de cette période, à l’occasion du conseil européen du mois de juillet 2020 considéré par E. Macron comme un grand moment de la construction européenne (la Commission de l’union européenne proposait de dépenser 13 milliards pour financer des projets de défense européens au cours de la même période, mais elle n’a pas été suivie par les Etats-membres).

 

Si l’on veut considérer les choses sous un jour plus favorable, en additionnant les dépenses nationales des pays de l’UE consacrées à leur défense, elles atteignaient 281 Md$ pour les 28 en 2018, avant le départ du Royaume-Uni donc, soit 1,5 % de leur produit intérieur brut.

 

Seule la France, la Grèce et l’Estonie consacrent plus de 2 % de leur PIB à leur défense. En valeur absolue, la France est le pays qui y consacre le plus de moyens (39,2 milliards d’euros en 2021, soit 22 % de plus qu’en 2017) ; le Royaume-Uni était le second contributeur le plus important, son départ de l’UE signifie donc un affaiblissement dans ce domaine. L’Allemagne y consacre une partie moins importante de ses ressources.

 

Bismarck avait coutume de dire que la diplomatie sans les armes c’est comme la musique sans les instruments… cet aphorisme est malheureusement confirmé par la réalité des relations internationales.

 

L’écrasante supériorité militaire des États-Unis ne s’exprime pas seulement, et peut-être pas principalement sur les champs de bataille où ils connaissent des fortunes diverses. En revanche, dans les relations politiques et économiques, elle s’exprime pleinement.

 

En même temps qu’il adoptait le budget 2021, le Sénat a décidé de renforcer les sanctions contre les pays et les entreprises européennes qui participent ou soutiennent la construction du gazoduc Nord Stream 2 qui transportera le gaz russe depuis Viborg et Oust Louga jusqu’à Greifswald en Allemagne.

 

Le renforcement des sanctions contre les entreprises participant à la construction de ce gazoduc est un véritable scandale du point de vue du droit international. Il s’agit d’un accord entre l’Allemagne et la Russie qui ne concerne en rien les États-Unis d’Amérique. Le gazoduc n’est pas construit dans les eaux territoriales américaines. Des entreprises de l’union européenne et de la Russie réalisent des travaux. On peut penser ce que l’on veut de ce projet, que l’Allemagne considère essentiel dans sa stratégie énergétique au moment où elle abandonne l’énergie nucléaire, mais les Etats-Unis n’ont rien à dire à ce sujet. Certains pays de l’union européenne ont fait connaître leur opposition à ce projet, comme la Pologne qui voit d’un mauvais œil tout ce qui renforce la position de la Russie. Mais elle ne dispose d’aucun moyen politique ou économique pour s’opposer à sa réalisation, bien qu’elle soit plus directement intéressée que les États-Unis. E. Macron ne soutient pas vraiment l’Allemagne et a déjà fait part de ses réserves sur le projet, sans pouvoir lui non plus l’empêcher. D’ailleurs des compagnies françaises y participent.

 

De quel droit les États-Unis sanctionnent-ils des entreprises européennes par des moyens divers (saisie de leurs avoirs aux États-Unis, exclusion des marchés américains, augmentation des droits de douane etc.), alors que toutes ces mesures sont contraires aux nombreux traités signés par les États-Unis avec l’union européenne, aussi bien qu’aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce ?

 

Au nom du droit du plus fort, il n’en est pas de meilleur.

 

La pratique américaine consistant à considérer que ses lois ont une effectivité extraterritoriale est connue. Elle leur a permis d’extorquer des milliards de dollars de pénalités à des entreprises françaises et européennes.

 

En même temps que les États-Unis renforçaient leur arsenal pour empêcher la réalisation du gazoduc Nord Stream 2, ils ont étendu  le champ des sanctions prises dans le cadre du conflit qui oppose Boeing, le constructeur d’avions américains au bord de la faillite après l’échec retentissant de son dernier modèle de long-courrier cloué au sol bien avant la pandémie en raison des problèmes techniques et de sécurité qu’il rencontrait, et Airbus qui occupe une place de plus en plus importante sur le marché mondial. Les États-Unis ripostent en imposant des surtaxes sur les tarifs douaniers sur un ensemble de produits, en ciblant certains pays de l’union européenne. S’agissant de la France, une partie des exportations de vin était déjà touchée par ces surtaxes de 25 % de droits de douane l’année dernière. En 2021 cette surtaxe est étendue à tous les vins et aux spiritueux.

 

Tout cela est parfaitement contradictoire avec les règles de l’organisation mondiale du commerce dont l’union européenne et les États-Unis sont membres, mais qu’importe.

 

La riposte de l’union européenne à ces diverses sanctions américaines a été terrible. Joseph Borel, le « ministre des affaires étrangères de l’union européenne » a déclaré au cours de l’été 2020 (c’était avant que des mesures encore plus dures soient prises en ce début d’année 2021) « que ces mesures étaient inacceptables et contraires au droit international ».

 

Ces déclarations n’ont bien entendu été suivies d’aucune mesure de rétorsion prise par l’Union européenne.

 

Du côté français, la riposte est tout aussi terrifiante après l’annonce de l’extension des sanctions des surtaxes visant les exportations de vins français aux États-Unis. Notre gouvernement a produit un communiqué qualifiant « d’illégitime » la décision américaine.

 

On imagine les tremblements de terreur de l’autre côté de l’Atlantique…

 

Il faut préciser que tandis que nous nous passionnons pour les combats qui opposent Donald Trump à Joe Biden, les Républicains et les Démocrates sont parfaitement d’accord lorsqu’il s’agit de décider de sanctions unilatérales contre tel ou tel partenaire qui leur pose un problème politique, économique ou commercial, et dans ce cas contre nous.

 

Inutile d’attendre le salut de l’investiture prochaine de Joe Biden, car vous risquez d’être déçus.

 

Parler de souveraineté européenne dans ces conditions n’est qu’une fable.

 

 

L’Europe est l’organisation de notre impuissance collective face aux États-Unis aussi bien que face à la Chine, les deux puissances continentales qui dominent le monde.

 

L’union européenne continue à signer joyeusement des accords de libre-échange avec le plus grand nombre possible de pays dans le monde.

 

Elle vient d’approuver un accord sur les investissements avec la Chine, en faisant semblant de croire que celle-ci allait respecter les règles européennes sur les subventions aux entreprises, presque interdites chez nous quand elles sont la règle en Chine, sur la fin du travail forcé dans les usines chinoises, imposé notamment au Ouïgours. Je constate d’ailleurs que le jour où la Présidente de la commission européenne officialisait cet accord sur les investissements avec la Chine, en parlant naturellement d’un grand succès et des perspectives considérables qu’il offrait aux entreprises européennes, le parlement turc entamait la discussion d’un projet de loi sur les conditions du renvoi en Chine des Ouigours, projet très bien accueilli en Chine.

 

La souveraineté n’est pas une vague idée. Elle signifie le droit pour un Etat et pour un peuple de décider librement des règles auxquelles il accepte de se soumettre, sur le territoire national qu’il occupe. Elle est la condition de la démocratie qui suppose que les règles de vie d’une Nation ne lui soient pas imposées par une volonté extérieure.

 

À l’évidence, nous en sommes très loin.

 

Le constat est posé, depuis longtemps, par le Président de la République lui-même. Mais la solution ne peut consister à réaffirmer que l’approfondissement de la construction européenne y apportera la réponse. Soixante ans de construction européenne témoignent du contraire.

 

On est en droit d’attendre des candidats à l’élection présidentielle, qui focalise déjà toutes les attentions, qu’ils nous disent précisément comment ils comptent répondre à cette question qui est au fond la plus importante pour les citoyens que nous sommes, puisqu’elle est celle de notre liberté.

 

5 janvier 2021

Jean-François Collin

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 08:00

 

La stratégie vaccinale du gouvernement bute, nous expliquent sur les plateaux de télévision des experts en tout et en rien, des yaka, faukon, sur son incapacité à maîtriser la logistique du dernier kilomètre.

 

Notre guide élyséen, très féru d’Histoire, collectionnant les hommages de De Gaulle à Mitterrand, a fait sienne la célèbre réplique du premier à l’un de ses officiers qui s'inquiétait des contraintes pratiques de sa stratégie «L'intendance suivra» En clair, les moyens devront s'adapter, coûte que coûte, à la décision du commandement.

 

Pas simple d’imaginer les moyens à mettre en œuvre pour programmer la livraison d’un vaccin, hautement sensible à la chaleur, en de multiples points du territoire, en ville comme à la campagne. Notre administration n’est guère apte à le faire. À sa décharge, même les grands de la GD, rois de la logistique, ce sont cassés les dents lorsqu’ils ont voulu livrer des produits achetés sur le Net. Ils ont fait machine arrière en proposant le drive : c’est le client qui va récupérer le produit. Bref, le succès d’Amazon tient surtout au fait qu’il livre à la vitesse de l’éclair des produits non périssables et généralement de faible poids et volume.

 

Alors pourquoi diable ce matin exhumer l’hectomètre ?

 

Tout simplement en me souvenant d’une chronique d’Aurélien Bellanger : les hectomètres.

 

 

Hectomètre. C’est la raison secrète pour laquelle je regarde du cyclisme à la télévision.

 

C’est le seul domaine où ce terme est encore en usage. Quand j’avais appris en primaire le système métrique, j’avais eu un peu pitié de l’hectomètre, le moins aimé des termes de longueur. Carl Lewis était champion du monde du cent mètres, pas de l’hectomètre. Quand j’avais été initié au concept de l’hectare — et de la façon la plus concrète qui soit, en déroulant avec mon grand-père une bobine de fil bleu pour mettre une parcelle de prairie en culture — on ne m’avait pas dit que c’était un carré d’un hectomètre de côté.

 

Le plus subtil marqueur du passage d’une culture rurale à une culture urbaine est sans doute à chercher dans le triomphe du millimètre, au détriment de l’hectomètre. C’est simple : il n’y a que Jalabert, le héros cycliste moyen de mon adolescence, devenu consultant pour France Télévision, qui parle encore d’hectomètre. C’est juste avant que le sprint s’élance, et on voit presque sa bouche éternellement maussade dans le H aspiré « des derniers hectomètres ».

 

Mais où sont donc passées les petites bornes blanches marquant les hectomètres au bord de nos routes nationales, départementales ?

 

 

Je propose donc d’inclure dans les questions du grand oral de l’ENA de l’hectomètre ainsi que l’hectare, l’are et le centiare. Je n’irai pas jusqu’à exiger que l’on y inclue la boisselée… Trop subtil pour eux…

 

La boisselée : « superficie de terre qu’on peut ensemencer avec un boisseau de grains, superficie très variable qui correspond aux variations du boisseau. » Marcel Lachiver

 

                                                                                   Boisseaux creusés dans la pierre

 

« Avec (...) ses cent cinquante boisselées (...) de vigne » Roger Martin du Gard, Le Testament du Père Leleu, 1920.

 

1 boisselée = environ 430 mètres carrés

 

8 boisselées = environ 1 arpent (soit 3418 4/5 mètres carrés)

LES BORNES ROUTIÈRES HECTOMÉTRIQUES ICI

Publié le  par Les RENDEZ-VOUS de La REINE  

Borne en ciment peinte en blanc avec un chiffre noir peint. La borne hectométrique 5 de la photo a été prise sur une petite départementale aux alentours des portes des Cévennes dans le département du Gard. Elle indique qu’elle se situe à 500m de la borne précédente et donc à 500m de la prochaine à venir. 500m + 500m = 1km

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 08:00

 

L’heure est à la vaccination de masse pour atteindre la fameuse immunité collective des « larges masses » contre le Covid 19.

 

Les gaulois ne sont pas chaud, le Président leur a promis qu’ils auraient le choix, alors le gouvernement décrète d’y aller mollo. Les gaulois sur les réseaux sociaux crient au scandale : faut y aller presto.

 

Bref, les Français tels qu’en eux-mêmes, jamais contents.

 

Afin de déplomber l’ambiance je vous livre un petit texte sur la cuti-réaction.

 

 

«  Il ne fait pas si chaud que ça, dans l’infirmerie. C’est une pièce qu’on ouvre une fois par an, vers la mi-octobre, pour la visite médicale. Elle est peinte dans ce vert d’eau si pâle qu’il semble avoir été dilué par une administration avare pour enseigner aux enfants des classes laborieuses l’art de lésiner sur la décoration. L’odeur est celle des choses médicales, une odeur désinfectante et fadasse, avec des notes plus âcres de détergent, et elle s’accorde avec une lumière parcimonieuse qui donne mauvaise mine à tout le cours moyen première année.

 

Il est là, le cours moyen, frissonnant et filiforme, car en ce temps-là, on ne trouve qu’un obèse par classe, nous ne sommes pas très loin de la guerre. Il est là, en slip de coton à côtes. Toujours un peu trop grands, les slips – pourquoi ? hérités d’un frère aîné ? achetés pour « faire » deux ou trois ans ? Ou bien ce sont les fesses qui sont trop maigres. Comme les épaules. Frêles et osseuses, les épaules. Même chez les futurs costauds, qui laissent paraître des esquisses de biceps. Devant moi, au contraire, des omoplates bien saillantes. La nuque est tondue à ras, sur chaque oreille décollée je vois dépasser le bout d’une branche de lunettes. C’est le petit Bergonzo. On l’appelle Berlingot, il est faible et orphelin. Il y a au moins cinq orphelins par classe, que la nation protège tant bien que mal.

 

Le docteur est une doctoresse. Dans les écoles, il n’y a que des doctoresses, plutôt usées, du reste, pour ne pas dire avachies. À ses oreilles sont branchés en permanence (c’est dire si elle écoute nos réponses !) les embouts d’un stéthoscope dont elle plaque l’écouteur glacé sur nos bréchets en nous demandant de tousser. La maîtresse lit notre fiche au fur et à mesure de notre comparution devant ce dragon assis. Bergonzo tousse. Il ouvre la bouche, il tire la langue. Il pivote et tend son bras gauche. La doctoresse mouille un tampon de coton d’un jet d’éther – odeur inoubliable, si étonnante, si agréable, excitante – et le frotte sur le haut du bras. Avec une sorte de plume Sergent Major, elle trace d’un geste implacable deux griffures verticales d’un petit centimètre de long. Puis, avec une sorte de palette, elle dépose sur la griffure de gauche un liquide mystérieux, et sur l’autre une sorte de teinture d’iode. Le petit Bergonzo s’est raidi. Une larme, peut-être. De nos jours, cent mille parents, dont les enfants se feront plus tard tatouer un peu partout des dauphins, des Mickey Mouse ou des feuillages maoris, dénonceraient avec force cette scarification barbare pratiqués sur leur « petit bout ».

 

 

 

La cuti-réaction, c’est la cérémonie médicale de nos huit ou dix ans. Un moment hygiénique, égalitaire, obligatoire, autoritaire et gratuit. En un mot, républicain.

 

QUAND UNE " CUTI " DEVIENT POSITIVE ICI

 

Par Docteur H. F.

Publié le 15 juin 1951

Systématiquement pratiquée dans les écoles une ou deux fois par an, la cuti-réaction est un test extrêmement précieux destiné à rechercher la sensibilité cutanée d'un sujet à la tuberculine (1).

Dans la grande majorité des cas la " cuti " est négative chez les individus qui n'ont pas été contaminés par le bacille de Koch ; elle est positive chez ceux qui ont été atteints par le microbe de la tuberculose, ce qui ne veut pas dire qu'ils sont tuberculeux pour cela. Mais ce qui doit surtout retenir l'attention c'est moins le caractère positif ou négatif d'une " cuti " que le moment où cette dernière, jusqu'alors négative, devient positive.

Ce " virage " révèle en effet une contamination récente (la " cuti " vire six semaines en moyenne après le contact infectant). Comment l'organisme va-t-il réagir à cette première agression du bacille ?

La " phase primaire " de la tuberculose, ou " primo-infection ", est pour l'enfant une période critique suivant son état de fatigue, de déficience, l'importance de la contagion, son " terrain " particulier et bien d'autres facteurs. Il présentera donc une simple réaction cutanée à la tuberculine (la primo-infection reste latente), parfois aussi des altérations pulmonaires à l'examen radiologique, ou bien encore une véritable maladie, une tuberculose plus ou moins grave.

Entre quatre et dix ans, après la petite enfance et avant la puberté, la primo-infection est presque toujours bénigne ; la plupart du temps tout se réduit au virage de la cuti. Le nourrisson, l'adolescent, l'adulte jeune, ont plus souvent une maladie tuberculeuse. Or s'il y a quinze ou vingt ans 90 % des adolescents citadins présentaient une cuti positive, actuellement ce pourcentage décroît de façon considérable, peut-être du fait du moins grand nombre de contagieux en circulation et d'une amélioration des conditions d'hygiène. Parmi les jeunes gens de seize à vingt ans, 50 à 60 % ont encore des cuti négatives ; leur entourage peut toujours se demander comment ils réagiront à une première atteinte. La vaccination obligatoire par le B.C.G. va sans doute singulièrement restreindre leur nombre. Sans risques l'allergie aura été conférée au vacciné. La primo-infection disparaîtra-t-elle pour autant, comme certains se plaisent à le dire ? L'immunité acquise artificiellement par le B.C.G. est-elle aussi durable que l'immunité naturelle ? On ne pourra répondre que dans quelques années.

Que faut-il donc faire lors du virage de la cuti ? Demander à un médecin d'examiner l'enfant, le faire suivre pendant quelques mois, mais aussi surveiller le sommeil, l'alimentation, supprimer toute cause de surmenage physique ou scolaire, imposer trois à six mois de grand air si les réactions cutanées sont accompagnées de la moindre lésion.

Cette surveillance devra s'étendre sur une assez longue période (dix-huit mois à deux ans).

Même dans le cas d'une primo-infection latente, un séjour à la mer peut être dangereux, et les bains de soleil doivent être proscrits ; ils ont été à l'origine de granulies ou de méningites fatales avant la découverte de la streptomycine.


(1) Obtenue par filtration d'une culture de bacilles de Koch, la tuberculine ne contient pas de microbes ; elle ne peut donc pas donner la maladie, comme l'imaginent certains parents.

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 06:00

 

Voilà une date qui n'a pas fait la une des journaux. Et pourtant c'est un moment décisif de l'histoire de la gauche dont cette année marque le centenaire : le Congrès de Tours (25-30 décembre 1920).

 

Quelques événements ont quand même permis de revenir sur cet événement majeur, notamment une journée d'étude à l'Université Paris-Est Créteil le 10 décembre, mais aussi une série de publications de la Fondation Jean-Jaurès.

 

Il y a cent ans donc, les cassures de la Première Guerre mondiale qui ont donné lieu à la Révolution russe en octobre 1917 se cristallisent en une scission au sein de la SFIO. La majorité des militants quitte le parti pour fonder la Section française de l'Internationale communiste (SFIC), bientôt connue sous le nom de Parti communiste.

 

Commence alors une relation complexe entre socialistes et communistes faite d'unions circonstancielles et de débats parfois violents.

 

Très jeune, Michel Rocard lit les dissidents communistes comme Viktor Kravchenko. Il n'éprouvera donc jamais la fascination de beaucoup des jeunes de gauche de sa génération pour le communisme. Au PSU, il renvoie dos à dos aussi bien la SFIO délégitimée selon lui par l'action de Guy Mollet que le PCF, trop associé au totalitarisme soviétique.

 

En 1972, il signe Questions à l'Etat socialiste qui fait une critique sévère, mais lucide, du modèle soviétique. Il devient dès lors l'objet d'attaques récurrentes du PCF qui l'accuse de dérive droitière.

 

Proche des mouvements antitotalitaires dans les années 1970, il s'est rallié à l'Union de la gauche en rejoignant le PS en 1974, mais continue de critiquer la "danse des sept sabres" effectuée par François Mitterrand à l'égard de son partenaire. C'est ce qui amène Michel Rocard à rejeter les propositions jusqu'au-boutistes de révision du programme commun avancées par le PCF en 1977. Pour lui, l'union de la gauche est préférable dans le cadre des institutions de la Vème République, mais elle ne peut se faire à n'importe quel prix. A partir de 1977, il marque clairement son rejet de la stratégie mitterrandienne qui consiste à « être unitaire pour deux ».

 

Au pouvoir, ses relations avec les communistes resteront compliquées. Le Parti communiste est clairement hostile à la politique qu'il conduit à Matignon. Plusieurs grèves sont lancées par la CGT, notamment à l'automne 1988  dans les transports. Michel Rocard accuse les députés communistes d'utiliser la pression sociale pour négocier en position de force dans les alliances en vue des municipales de 1989 : « Les aspirations sociales ont droit à mieux qu’à être dévoyées au service d’objectifs tantôt obscurs, tantôt limpides, mais toujours illégitimes. Le parti communiste devra répondre à cet égard aux questions que les usagers ne manqueront pas de se poser. »

 

En novembre 1990, les députés communistes vont jusqu'à voter la motion de censure de la droite contre la CSG. Le Premier ministre brocarde cette attitude suicidaire pour la gauche au pouvoir : « Vous vous apprêtez tout à l’heure à franchir une étape symbolique, quant à l’appel alphabétique des votes, on verra Georges Marchais emboîtant sagement le pas à Raymond Marcellin. Cela pourrait prêter à sourire si ce n’était si triste. »

 

Les relations avec les communistes ne sont toutefois pas faites que d'inimitiés. A Conflans, il gouverne depuis 1977 avec les communistes dans une liste d'union. Michel Rocard aura des rapports cordiaux avec les ministres communistes du gouvernement de Pierre Mauroy entre 1981 et 1984.

 

 

Le congrès de Tours, une « épuration » qui a durablement marqué la gauche française

Par Dominique Colas

POLITISTE

 

En décembre 1920, il y a exactement cent ans, se tenait le congrès de Tours, tournant historique dans l’histoire de la gauche française qui a vu l’intransigeance l’emporter sur le réformisme révolutionnaire. Sous l’influence de l’Internationale Communiste, le congrès s’inscrit en effet dans la stratégie d’« épuration » prônée par Lénine et décide l’exclusion des réformistes « sociaux-traîtres », selon l’idée qu’il valait mieux un petit nombre de militants soudés dans l’« unité de la volonté », qu’un parti divisé en tendances concurrentes.

 

Les dirigeants bolchéviques, après avoir vaincu le gros des forces armées des Blancs et s’être lancés dans l’invasion de la Pologne, organisèrent du 17 juillet au 7 août 1920 le IIe congrès de l’Internationale communiste (IC) dans un esprit offensif. En tête Lénine, qui avait exigé une nouvelle Internationale dès août 1914. La stratégie de l’IC, supervisée par lui et présidée par un de ses proches, Zinoviev, était de soutenir de nouveaux partis qui lutteraient pour la révolution communiste et de scinder les anciens partis socialistes qualifiés de « social-chauvins » en raison de leur attitude face à la guerre. L’IC voulait des partis bolchévisés regroupés dans une organisation qui imiterait elle-même le parti bolchévique russe et dirigée par ce parti.

 

 

Lénine rédigea dans cet esprit les conditions impératives d’adhésion à l’IC[1], qui, assez peu modifiées, furent adoptées au IIe congrès et furent au nombre de vingt-et-une. Les conditions appliquaient la doctrine léniniste de l’organisation selon laquelle il valait mieux un petit nombre de militants soudés dans l’« unité de la volonté » qu’un parti divisé en tendances concurrentes. Le cœur de cette technologie avait été inscrit en exergue à Que faire ? en 1902 : « le parti se renforce en s’épurant ». Ce principe fut amplifié par la prise du pouvoir et appliqué au parti mais aussi à l’État, à l’armée, à l’industrie, à la société entière. Lénine et l’IC l’imposèrent aux partis communistes : aussi l’impératif pour les révolutionnaires français fut-il de se débarrasser des « traîtres », à savoir des socialistes réticents au bolchévisme. Et ainsi, le congrès de Tours du Parti socialiste en décembre 1920 ne fut pas, dans la logique de l’IC, une scission mais une « épuration[2] ».

 

Lénine précise que la dictature du prolétariat ne lutte pas seulement contre la bourgeoisie, mais aussi contre les éléments arriérés du prolétariat et contre les réformistes, qu’il faudra « fusiller ».

 

En furent spécialement victimes Jean Longuet et ses amis, les « longuettistes », qui défendaient la révolution russe mais refusaient d’adhérer totalement à l’IC et étaient accommodants avec la IIe Internationale socialiste. Longuet, petit fils de Marx, avait adressé à Lénine, qu’il avait connu lors du séjour à Paris de celui-ci, une lettre et un exemplaire du quotidien Le Populaire (10 janvier 1920), qu’il dirigeait, ainsi que la plateforme des Reconstructeurs de l’Internationale pour le prochain congrès du Parti socialiste, prévu à Strasbourg en février 1920. Le numéro du Populaire comportait un texte de Lénine sur l’émancipation des femmes et un autre de Longuet où celui-ci se plaignait que Lénine soit très mal informé de ce qui se passait parmi les socialistes en France : il protestait contre un article du leader bolchévique qui le traitait d’« opportuniste ». Dans sa réplique, Longuet parlait de Lénine comme d’un « grand ami » et il réaffirmait son engagement à « défendre de toute notre âme la révolution russe et la République des soviets ».

 

Mais pour Lénine, qui lui répondit, il manquait le point décisif : s’engager à rejoindre l’IC. Aussi, derrière sa « phraséologie » révolutionnaire, Longuet n’était qu’un « hésitant », un « réformiste », donc un « traître ». Et Lénine de théoriser la « traîtrise », qui sur le plan personnel peut relever de la « faiblesse » mais qui n’est pas différente de la traîtrise « par intérêt ». Car la politique porte sur le sort de millions d’hommes et peu importe la forme de « traîtrise » dont ils sont victimes. Aussi les hésitants peuvent-ils dire qu’ils défendent le pouvoir soviétique en Russie, ils sont du même côté que les ennemis. Et Lénine rappelle qu’il faut condamner absolument ceux qui ont accepté la guerre de 1914 et qui prêchaient la « défense nationale », si bien qu’il faudrait faire de la propagande auprès des ouvriers pour leur expliquer que la guerre était « impérialiste ».

 

Ainsi, Lénine voulait que Longuet reconnaisse sa traîtrise pour avoir été loyal à son pays, ce qu’il refusa. Lénine ne demande pas une insurrection immédiate, qui supposerait une préparation – et donc la création préalable d’un parti révolutionnaire –, mais il faut expliquer aux ouvriers que « leurs soviets doivent s’emparer de tout le pouvoir, que leur avant-garde, le parti du prolétariat, doit diriger la lutte[3] ». Dans sa polémique contre Longuet, Lénine renvoie à un article de Trotski qui, lui aussi, qualifiait le socialiste français de « traître » et invitait par « hygiène public » à se « guérir » du « longuettisme ». Trotski espérait un « nettoyage » par le prolétariat du « vieil édifice social, souillé, infecté d’ordures par la vieille République bourgeoise[4] ».

 

Lors du congrès de février du Parti socialiste, les Reconstructeurs l’emportent et l’on décide de rompre avec la IIe internationale, mais sans adhérer à l’IC, ce qui conduisit à plus d’affrontements. Des groupes sont favorables au ralliement à l’IC comme celui de Souvarine – emprisonné de mai 1920 à mars 1921– qui publie le Bulletin communiste. Organe du Comité de la Troisième Internationale, qui reçut des fonds de l’IC. Pour sa part, le Parti socialiste veut s’informer sur les positions de l’IC et il envoie à Moscou une délégation haut placée : Marcel Cachin, le directeur de L’Humanité, et Louis-Oscar Frossard, secrétaire général du Parti socialiste. Tous les deux avaient été coupables de très graves écarts par rapport à la ligne bolchévique. Cachin avait fait partie d’une délégation de députés socialistes venus à Moscou en avril 1917 s’assurer que le gouvernement issu de la révolution de février poursuivrait la guerre. Frossard avait, lui aussi, soutenu la politique de défense nationale. Tous les deux étaient du point de vue bolchévique des « sociaux-traîtres ».

 

Néanmoins les dirigeants russes voulaient créer des partis communistes et du coup acceptaient des militants impurs politiquement. Mais ils les mettaient à l’épreuve en leur soumettant sans fard leur ligne et en exigeant qu’ils l’acceptent entièrement. Cachin et Frossard gagnèrent Moscou début juin 1920 et furent accueillis sans cérémonie ; ils y restèrent plusieurs semaines pour assister au IIe congrès de l’Internationale. Le 19 juin se tint au Kremlin la réunion du Comité exécutif de l’IC en présence de Lénine, accompagné de Zinoviev, Boukharine, Radek, John Reed et Jacques Sadoul, un des communistes français qui résidaient à Moscou. Aux deux Français sont posées des questions.

 

Dans une intervention, qui est aussi destinée à un dirigeant italien, Lénine, qui parle en français, précise – ce qui est clair et net – que la dictature du prolétariat ne lutte pas seulement contre la bourgeoisie, mais aussi contre les éléments arriérés du prolétariat et contre les réformistes, qu’il faudra « fusiller[5] ». Et il ajoute que même s’il n’est pas question de faire tout de suite la révolution, il faut la préparer et qu’en conséquence L’Humanité (dont il tient un exemplaire à la main) doit changer. C’est un message qui vise Cachin, menacé de perdre son poste de directeur du quotidien (qu’il occupa jusqu’à sa mort, en 1958). Le leader bolchévique se tourne vers l’italien Serrati pour critiquer le journal communiste et l’appelle à « purifier » le parti socialiste italien. Lénine invite Cachin et Frossard à convoquer un congrès et à rompre avec la IIe Internationale.

 

Après cette réunion, les deux députés sont pris en charge par les communistes français à Moscou, qui leur font la leçon sur la violence et la misère à laquelle ils assistent : celles-ci seraient dues à la difficulté de mettre en place le nouveau système. Puis ils voyagent sur la Volga, bien encadrés par des bolchéviks et sans doute par la Tchéka.

 

Le Parti socialiste est une de ses cibles de Lénine.

 

Une deuxième entrevue est organisée avec Lénine le 28 juillet, où celui-ci plaide pour la création d’un « grand parti communiste ». Et il assimile les communistes aux jacobins, analogie habituelle chez lui et qui a beaucoup d’échos en France. Lénine se félicite aussi de la probable victoire de l’Armée rouge en Pologne (à condition qu’il n’y ait pas de mobilisation patriotique), qui pourrait conduire à une victoire à Berlin et dans d’autres pays, si bien que toute l’Europe pourrait devenir communiste.

 

Et Lénine revient sur la nécessité de l’« épuration » des partis socialistes. Dans une lettre du Comité exécutif de l’IC qui énonce les exigences nécessaires à l’adhésion, des conditions spécifiques sont réservées à la France, le pire des États impérialistes en raison de son rôle de « gendarme ». Le parti devait exclure les « sociaux-traîtres » nommément désignés : des dirigeants socialistes qui avaient participé à l’Union sacrée après 1914, mais aussi des « centristes » qui l’avaient critiquée, comme Longuet, pourtant hostiles, ainsi que tous ses camarades, aux attaques contre la Russie soviétique et au blocus qu’elle subissait. Cachin et Frossard répondent très brièvement par écrit qu’ils ont des réserves sur ces demandes, mais ils ne les formulent pas.

Puis ils participent au congrès de l’IC et ils envoient un télégramme publié dans L’Humanité du 21 juillet, où ils se prononcent « personnellement » pour l’adhésion à l’IC, ce qui provoque quelques remous en France. Dans la salle du congrès est affichée une carte qui visualise l’avance de l’Armée rouge vers Varsovie (qui sera arrêtée sur la Vistule à la mi-août). Dans les notes préparatoires à un de ses discours prononcés au congrès, Lénine écrit sur une ligne et en français « épuration[6] ». Signe de sa préoccupation pour la situation en France ? En tous cas le Parti socialiste est une de ses cibles. En effet dans son discours au congrès, Lénine affirme que « l’opportunisme » est « notre ennemi principal » et que « l’épuration[7] » des partis révolutionnaires pour éliminer les influences bourgeoises est loin d’être terminée.

 

Cachin et Frossard rentrent sans attendre la fin du congrès. Signe de la bolchévisation des deux français, ils repartent sans avoir cherché à rencontrer les socialistes russes, et au congrès de Tours Cachin taxera Jules Martov, le leader menchévik, de « contre-révolutionnaire », tels ceux qui méritaient la guillotine en 1793.

 

À leur retour en France, Cachin et Frossard organisent des meetings aux cris de : « Vive Cachin », « Vive Frossard », « Vive Jaurès », « Vive Lénine ». Ils reprennent les éléments de langage des communistes russes : les bolchéviks sont dans la lignée des jacobins ; le « soviétisme » est supérieur à la « démocratie formelle ». Cachin prétend que les bolchéviks n’ont exécuté que sept mencheviks depuis 1918, ce qui est peu au regard des 35 000 morts de la Commune. Pendant plusieurs semaines, les deux convertis publient chaque jour, en première page de L’Humanité, des articles vantant tous les aspects de la Russie soviétique.

 

En septembre, Lénine adresse une lettre aux ouvriers allemands et français dans laquelle il rejette les accusations faisant de Moscou une « tyrannie dictatoriale » qui s’exercerait sur les partis socialistes pour imposer les conditions de l’Internationale. Il réaffirme que les antécédents des personnalités admises ne seront pas pris en compte (ce qui vaut pour Cachin et Frossard) mais insiste sur la nécessité de se « débarasser » des réformistes pour créer des partis « vraiment unifiés[8] ». C’est bien le sens des vingt-et-une conditions d’adhésion à l’IC qui sont publiées dans L’Humanité le 8 octobre.

 

C’est pendant l’été, au congrès de l’IC, qu’elles avaient été adoptées, modifiant marginalement une première version rédigée par Lénine. Elles refusaient l’adhésion de partis dominés pas les « sociaux-patriotes », sous prétexte qu’ils pourraient conduire à un ramollissement, voire à du sabotage actif. Le caractère impératif des conditions d’adhésion est lié à la situation de l’Europe et des États-Unis, qui selon Lénine sont divisés par de violents conflits de classes : « Dans la période actuelle de guerre civile exacerbée, un parti communiste ne saurait faire son devoir que s’il est organisé de la manière la plus centralisée, s’il y règne une discipline de fer confinant à la discipline militaire, et si son organisme central est puissant, nanti de pouvoirs étendus et jouissant d’une autorité morale et de la confiance de ses membres. »

 

Du coup il faut des « épurations » régulières pour chasser les éléments « intéressés et petits-bourgeois ». Les partis doivent, parallèlement à l’organisation légale, maintenir une organisation « clandestine ». Et il est prescrit que des « cellules » communistes sont nécessaires dans chaque unité de l’armée – un « devoir révolutionnaire ». Et dans une des conditions on trouve une liste des « réformistes » à exclure de l’IC, dont Longuet.

 

Il fallait à tout prix épurer les « traîtres opportunistes » des partis révolutionnaires, ce qui fut fait en France.

 

Le débat en France se cristallise, durement. Les adhérents votent sur les diverses plateformes. Blum et le Comité pour la Résistance refusent l’adhésion à l’IC. Longuet et les Reconstructeurs l’acceptent, mais avec de nettes réserves. Cachin et Frossard y sont favorables et animent le Comité de la IIIe Internationale en enrobant de rhétorique la subordination future du Parti communiste français à Moscou. Depuis la prison de la Santé, Souvarine, qui bénéficie du régime de prisonnier politique, est plus intransigeant. L’Humanité rend compte des débats au sein des sections du Parti socialiste, où l’on vote sur les motions : celle de Cachin-Frossard est en tête. Pour le troisième anniversaire de la révolution d’Octobre, la première page de L’Humanité est consacrée à deux portraits de Lénine et Trotski, encadrant les armes de la Russie soviétique, ornées d’une faucille et d’un marteau.

 

Peu après, L’Humanité du 18 novembre publie un long texte de Zinoviev où il affirme que les « réformistes » n’ont pas leur place dans un parti rattaché à l’IC et critique la « démocratie », mot qu’il place entre guillemets. Il demande à ce que Longuet se prononce clairement et à ce qu’il distingue les « nôtres » des « étrangers ». Zinoviev utilise le mot « épuration » et il parle d’« exclusion ». Et il recourt à une métaphore zoologique, banale parmi les dirigeants bolchéviques, qui veulent « épurer » le parti, la Russie et le monde entier des « parasites ». Alors qu’une épidémie de typhus sévit en Russie, Zinoviev écrit : « J’ai entendu dire qu’il existe une poudre qui détruit radicalement les punaises et autres insectes. Nous espérons que les vingt-et-une conditions élaborées pas le IIe congrès de l’Internationale communiste nettoiera (sic) aussi radicalement notre édifice des punaises de l’opportunisme et des poux du réformisme ».

 

Certains socialistes français dénoncent cette logique. Ainsi de Marcel Mauss, le sociologue et anthropologue, neveu et collaborateur de Durkheim, un des fondateurs de L’Humanité : il a fréquenté des révolutionnaires russes en exil à Paris et il a fait un bref voyage en Russie à la demande de Jaurès, après la révolution de 1905. Il trouve superficielle l’enquête en Russie de Cachin et Frossard, des « politiciens professionnels[9] », et taxe de « sophisme » l’identification qu’ils font entre le peuple et la révolution russes avec le parti de Lénine. Selon Mauss, les bolchéviks ont profité de la révolution russe, qu’il soutient, pour prendre le pouvoir par la violence, mais ils sont comme en dehors de la société et ne peuvent perdurer que par la « terreur ». Et Cachin et Frossard ont été victimes de la marche de l’Armée rouge vers l’Ouest, qu’ils voyaient libérer le monde.

 

À la veille du congrès, Mauss caractérise le bolchévisme non comme une « théorie » mais comme une méthode d’action et de constitution du parti : clandestinité, discipline, centralisation, action violente pour se saisir du pouvoir, ce qui conduit – une fois que celui-ci est conquis – à la « dictature terroriste ». « Secte » intolérante, le bolchévisme prétend s’emparer de l’Église et en « expulser » ceux qui ne pratiquent pas ses rites[10].

 

Fin décembre 1920, le congrès, joué d’avance – car les délégués ont des mandats impératifs –, est marqué par une grande violence verbale. On y parle beaucoup de la Russie et de Lénine. Celui-ci se manifeste en étant cosignataire avec Zinoviev, Trotski, Boukharine et autres d’un long télégramme. La direction de l’IC y exige l’exclusion de Longuet et des longuettistes, qualifiés d’« agents déterminés de l’influence bourgeoise sur le prolétariat », afin de créer « un vrai Parti communiste » débarrassé des réformistes. Et Clara Zetkin intervient par un message puis en personne, au nom de l’IC : la seule députée communiste du Reichstag, proche amie de Lénine, va dans le même sens que Zinoviev : elle appelle à « construire l’unité solide d’un parti centralisé et fortement discipliné ».

 

Le congrès vote en faveur de la motion Cachin-Frossard : celle de Longuet est de loin distancée (quant à Blum, il a renoncé à déposer une motion). Le texte qui l’emporte a été élaboré par Souvarine et il ne reprend pas les vingt-et-une conditions, dont il euphémise certaines, mais l’essentiel est obtenu : les réformistes sont exclus du parti.

 

Les espoirs de Lénine dans la préparation de révolutions par les partis communistes seront déçus et il a fallu que l’Armée rouge soit victorieuse lors de la deuxième guerre mondiale pour que le communisme l’emporte en Europe. Lénine – et l’élite bolchévique – étaient en 1920 dans une double narration contrastée. Lénine pensait que le maintien des communistes au pouvoir après le coup de force d’octobre 1917 était dû à l’application du principe de l’« unité de la volonté ». Et il croyait, par ailleurs, que l’échec de la prise du pouvoir en Hongrie par les communistes de Bela Kun était dû à l’alliance avec les réformistes. Ainsi, il fallait à tout prix épurer les traîtres opportunistes des partis révolutionnaires, ce qui fut fait en France.

 


[1] Œuvres, tome 31, p. 210-216.

[2] Dominique Colas, Lénine, Fayard, 2017, p. 289 et suivantes.

[3] Œuvres, tome 30, p. 365-374.

[4] Le Bulletin communiste, 3 juin 1920.

[5] L.-O. Frossard, De Jaurès à Lénine, p. 63.

[6] Œuvres, tome 42, p. 199 ; et en russe tome 41, p. 450.

[7] Œuvres, tome 31, p. 237.

[8] Œuvres, t. 31, p. 291.

[9] La Vie socialiste, 20 novembre 1920.

[10] L’Humanité, 10 décembre 1920.

 

 

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 08:00

 

Attendu que j’ai des lecteurs, vignerons ou non, mélomanes, ce premier dimanche de 2021 est consacré à la bande-son du film d’Alain Resnais Hiroshima mon amour.

 

Le film à Cannes

 

Festival de Cannes 1959 : Jean-Pierre Léaud, Jean Cocteau et François Truffaut

 

En 1959, le ministre de la Culture, André Malraux, sélectionne le film pour le Festival de Cannes. La délégation américaine exige son retrait de la compétition. Car, à ses yeux, cette rencontre d'une jeune actrice française et d'un architecte japonais à Hiroshima, toujours traumatisée quinze ans après sa destruction par une bombe atomique, constitue une attaque frontale.

 

Le chef de l'État n'y est pas plus favorable, soucieux de ne pas faire de vagues alors qu'il vient de faire réaliser les premiers essais nucléaires. Et il faudra toute la force de persuasion d'un Malraux pour que cet appel à la réconciliation des peuples soit finalement projeté à Cannes, mais hors compétition, à l'extérieur du Palais, et à un horaire inhabituel.

 

« C’est de la merde. »

 

Voilà l’avis du président du jury du festival de Cannes 1959 à propos de Hiroshima mon amour, premier long métrage du réalisateur français Alain Resnais. Il s’agit de Marcel Achard, auteur dramatique en vue à l’époque, mais qui peut citer une de ses pièces, aujourd’hui ? Il n’a pas passé la barrière du XXIe siècle.

 

 

Face à lui, Claude Chabrol, qui n'est pas du genre à se laisser impressionner, affirme : « Ce film est le plus beau que j'aie vu depuis cinq cents ans. »

 

Un bail.

 

Les années ont passé, on ne s'écharpe plus guère à propos de cinéma, mais on sait aujourd'hui que ce film d'amour franco-japonais écrit par Marguerite Duras, mis en scène par Alain Resnais, interprété par Emmanuelle Riva, a compté pour les futurs cinéastes peut-être plus qu'aucun autre. C'est ce que Brian De Palma déclarait récemment, confiant s'être souvent inspiré des multiples "inventions" de Resnais.

 

« On raconte souvent qu’un amour chasse l’autre. Or ici, dans des circonstances exceptionnelles, l’amour se nourrit d’un nouvel amour. Ainsi la jeune femme retrouve, après quatorze ans, la sensation de son premier amour et identifie le Japonais a l’homme qu’elle a aimé. »

Alain Resnais, Le Monde, 10/11 mai 1959

 

 

« Après plusieurs courts métrages, notamment sur l'Art et sur l'holocauste, Alain Resnais réalise son premier long métrage en 1958, sur un scénario de Marguerite Duras. Le producteur Anatole Dauman put donc permettre au cinéaste de mettre totalement en oeuvre son attachement pour la mémoire et l'imagination, l'amour et la souffrance, l'oubli.

 

Le compositeur de la musique de ce film est un italien, Giovanni Fusco, qui signa entres autres les musiques de Chronique d'un amour (1950), Le Cri (57), L'Avventura (60), L'Eclipse (62), Le Désert rouge (64), tous quatre de M.Antonioni. Cependant Georges Delerue collabora aussi au film (musique du Juke-box), et tous deux travaillèrent une seconde fois ensemble sur un autre film de Resnais, La Guerre est finie (1966).

 

C'est la première composition de Delerue pour un long métrage. Il introduit déjà sa notion du tendre et fait preuve d'une grande richesse mélodique - suivra la longue collaboration avec Truffaut. Fusco, quant à lui, a su introduire au cinéma des sonorités expérimentales de la musique contemporaine (c'est l'époque de Messiaen, Dutilleux, Boulez...).

 

La musique et plus généralement la bande-son, ont chez Resnais une fonction complètement dépendance de la caméra, et de l'esthétique de l'image en général. Elles n'ont en effet pas une fonction de remplissage ou de divertissement. "L'utilisation de la musique au cinéma est une chose qui m'intéresse depuis trente ans. J'ai toujours fait attention - dans mes courts métrages aussi bien que dans les longs - à l'organisation de la musique et à ce qu'on pouvait en tirer", déclare Resnais en 1984. Nous allons étudier en quoi la musique et les dialogues prolongent les impressions visuelles, par le biais de leurs récurrences.

 

La suite ICI 

André Malraux

 

Allocution prononcée le 15 mai 1959 au Festival de Cannes

 

Puisque, pour la première fois, le ministre chargé du Cinéma se trouve être l'un des vôtres, qu'il lui soit permis de vous remercier d'abord selon les devoirs du ministre et de vous parler ensuite selon les plaisirs du complice.

 

Je remercie tous ceux qui ont contribué au succès de ce Festival, en particulier ses organisateurs et les membres des délégations étrangères.

 

On ne saurait trop insister sur son action, car du Japon aux Etats-Unis, comme naguère en Italie, et peut-être cette année en France, il a révélé des tendances qui, sans lui, n'auraient sans doute été acceptées que beaucoup plus tard.

 

C'est à vous qu'il appartient de donner au talent son action la plus rapide, comme c'est aux Etats-Unis de lui donner maintenant son action la plus durable.

 

Avant la fin de l'année, la Cinémathèque française sera devenue la Comédie-Française du cinéma. Et avant trois ans dans tous nos départements, chaque Maison de la culture possédera son ciné-club.

 

Que chaque festival continue à défendre le cinéma en tant qu'art, en tant que création. Ce sont des choix comme les vôtres qui légitiment l'aide des Etats, dont la justification est de rendre plus faciles les conquêtes de votre liberté.

 

L'importance du cinéma, c'est qu'il est le premier art mondial. La puissance de l'image est victorieuse des différences de langue. Et au service du Russe Tolstoï, une actrice suédoise dirigée par un metteur en scène américain, bouleverse l'Occident, l'Inde ou le Japon.

 

Que la puissance convaincante des images ne nous trompe pas. Elle ne tient nullement, vous le savez tous, à ce que le cinéma imite la réalité, mais à ce qu'il est le plus puissant interprète du monde irréel; de ce qui, depuis toujours, paraît ressembler au réel, mais à quoi le réel ne ressemble pas.

 

Ça été le monde du roman et plus encore celui de la peinture. Mais si le roman s'affaiblit d'année en année, si la peinture, figurative ou non, a renoncé à la fiction, c'est peut-être d'abord parce qu'aucune fiction n'est rivale de celle du cinéma.

 

Ce que le cinéma nous révèle chaque année davantage, c'est que les hommes, malgré tout ce qui les sépare, malgré les plus graves conflits, communient dans quelques rêves fondamentaux.

 

Par ce que le cinéma exprime, et aussi par ce qu'il n'exprime pas. Je m'explique : lorsque j'étais des vôtres… (Ici, le projet pour la fin d'Anna Karénine).

 

Et ce ciel-là se trouve dans tout film de talent, même dans ceux où on ne voit jamais.

 

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 06:00

 

Mon titre est volontairement piégeux, 2020, qui touche à sa fin, en dépit d’une consonance aimable pour les grands amateurs du divin nectar, type Butane&Degaz : 2000 vins, a fait surgir un nouveau monstre qui répand la terreur sur la terre entière : le Covid 19.

 

La liste des Monstres était déjà bien trop longue je ne prendrai pas la peine de la dresser, ce serait peine perdue car mes Monstres à moi, les anciens et les nouveaux ce n’est que du cinéma.

 

En effet, 1963, Dino Risi tournait Les Monstres avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi.

 

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/a1054534-509c-451c-bfd2-7185bf39ed82_2.jpg

 

Considéré comme l'acmé du film à sketchs, Les Monstres dresse, en dix-neuf histoires plus ou moins efficaces, un portrait composite de l'Italie des années 1960.

 

Tout le monde en prend pour son grade : l'Etat magouilleur, le bourgeois parvenu, le clergé arrogant, la famille pathogène, l'amant couard, mais aussi le déshérité sans morale (dans « Une vie de chien », Gassman abandonne sa famille dans un bidonville pour aller au match).

 

Dino Risi a la dent dure et l'humour aiguisé, il n'épargne personne et n'a pas peur d'en faire parfois beaucoup !

 

Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman sont ses marionnettes, souvent méconnaissables, endossant tous les travestissements (dans « La muse », Gassman est une formidable vieille rombière qui s'entiche d'un auteur mauvais garçon). Plus la situation est scabreuse, plus ils en font des tonnes !

 

A ce jeu de massacre, Gassman est le plus théâtral ; Tognazzi, le plus vil. Quand ils sont ensemble dans le même sketch, c'est explosif : dans « Le monstre », ils sont deux carabinieri encore plus horribles que le père infanticide qu'ils viennent capturer.

 

Dans notre préféré, « Le noble art », où les deux acteurs sont deux ex-boxeurs demeurés, Risi arrive à les rendre à la fois pathétiques, méprisables et touchants. Plus proche de l'esprit de Reiser que de celui des jeunes intellos de la Nouvelle Vague française, plus cru qu'un Monicelli, plus noir qu'un Scola, Dino Risi est certainement le plus féroce des grands monstres de la comédie à l'italienne. — Anne Dessuant

 

« Les Monstres », bêtes et méchants

Un film à sketches qui fait mouche, signé Dino Risi.

  •  

A sa sortie, au Quartier latin, en pleine nouvelle vague française, « les Monstres » fut accueilli avec tiédeur. Au cinéma le Panthéon, nous n’étions pas nombreux à nous émerveiller des clowneries de Vittorio Gassman. Lui-même gardait un souvenir gai du tournage : « Qui aurait cru que cette comédie resterait dans les mémoires ? Nous nous amusions, voilà tout », disait-il en 1990.

Vingt historiettes amorales

Avec « les Monstres », le succès public est au rendez-vous, dès 1963. Ce film à sketches fait mouche : Ugo Tognazzi enseigne à son fils comment escroquer tout le monde ; un abbé se maquille comme une pépée de bordel avant d’entrer en scène ; un mendiant se sert d’un jeune aveugle pour faire la manche ; un réalisateur kidnappe des grands-mères pour les faire tourner dans ses films… 

 

Bref, en 20 historiettes amorales, Risi nous présente une galerie étonnante de types veules, de salauds repentis, de crapules au petit pied. Le rire, grinçant, cache une forme de tendresse : « Avec l’humour, disait Risi, l’homme est déshabillé. » Ce cinéma-là a disparu : il avait un goût de bonheur.

 

Quinze ans plus tard, Scola et Monicelli, derrière la caméra, et Alberto Sordi devant, le rejoignent pour fustiger avec une férocité joyeuse l'église, la petite bourgeoisie et la politique.

 

 

Cette implacable satire dégage une spontanéité réjouissante, grâce aussi aux trois cabots de génie que sont Sordi, Gassman et Tognazzi, qui ont improvisé plusieurs sketches.

 

La scène finale du restaurant montre Tognazzi et Gassman s'envoyant à la figure tout ce qui leur tombe sous la main dans leur cuisine. Ils en sortent enfin pour servir, tant bien que mal, une bande de clients snobs et ravis, « certains d'avoir retrouvé l'authenticité de la cuisine populaire. Il y a là une métaphore du rôle que joue le cinéma italien dans l'imaginaire du cinéma français. Cette bande de clients, c'est nous, ou plutôt ceux qui prêtent toujours au cinéma italien toutes les qualités qu'ils savent absentes du cinéma français (audace, culot, sens du social…). Et ces cuisiniers approximatifs c'est eux, ceux qui font le cinéma italien, qui tentent de le prolonger en dépit d'une crise sévère et d'un déclin net, en gérant cette image, en concoctant un rata filmique qui sera toujours assez bon pour l'exportation. » (Serge Daney, Cahiers du Cinéma)

 

NOUVEAUX MONSTRES (LES) (1977) version expurgée des sketchs « Avec le bonjour de tous les amis » et « Le suspect »

Actor:

Alberto Sordi, Emilia Fabi, Eros Pagni, Fiona Florence, Luigi Diberti, Nerina Montagnani, Ornella Muti, Vittorio Gassman, Yorgo Voyagis

Director:

Dino Risi, Ettore Scola, Mario Monicelli

1977

Titre original:

I nuovi mostri

Scénario

Age & Scarpelli, Bernardino Zapponi, Ruggero Maccari

Musique

Armando Trovajoli ICI

 

SYNOPSIS de « Le pinson du Val Padouan »

 

Dans une gigantesque boîte de nuit romaine, un homme hurle à la cantonade, depuis une passerelle, les mérites d’une chanteuse en représentation. Mérites vocaux mais très vite il passe sur ses mérites sexuels. A la fin de la chanson il se précipite pour la rejoindre avec un verre de sa boisson préférée. Il est en fait son mari et son impresario. Lorsque son petit pinson du Val padouan lui annonce qu’elle ressent un léger mal de gorge le voici aux quatre cent coups…

 

CRITIQUE

 

Bonne mise en bouche pour débuter ce film à sketch. Sans toutefois atteindre des sommets cette comédie d’Ettore Scola cisèle le portrait d’un profiteur du talent de sa femme, prêt à tout pour que celle-ci puisse rapporter de l’argent même malade. L’ignominie machiste incarnée superbement par Ugo Tognazzi qui fait un grand numéro.

 

SYNOPSIS de « Tantum ergo »

 

Un cardinal et son secrétaire qui se rendait en limousine à une inauguration tombe en panne en banlieue. Comble de malchance c’est dimanche. Le chauffeur doit se débrouiller mais le cardinal ne peut arriver en dépanneuse ce serait peu digne. Par chance une petite église de quartier est à quelques mètres  Ils s’y rendent. Mais les lieux sont profanés par des inscriptions anticléricales et en faveur du logement. Le cardinal débarque en pleine réunion du collectif mené par un abbé…

 

CRITIQUE

 

Sketch éminemment anticlérical. Où les cardinaux en limousines daignent s’adresser aux mal logés, mais pas pour les aider. Pour les inciter à la résignation et à la mansuétude. Il les noie dans un salmigondis religieux hypocrite et pervers pour ramener dieu dans le bâtiment désaffecté. Vittorio Gassman dans ce film de Dino Risi fait appel à son physique ample et avec sa soutane cardinalice rouge envoûte les pauvres hères, les abêtissants de paroles idiotes. Dino Risi avec le duo Age & Scarpelli flinguent  le Vatican.

 

SYNOPSIS de « Auto-stop » 

 

Un voyageur de commerce prend en stop une jeune femme. Mais devant les avances du conducteur, la passagère se fait passer pour une meurtrière dangereuse et évadée…

 

CRITIQUE

 

Le sujet du voyageur de commerce qui drague éhontément une auto-stoppeuse a un goût de déjà-vu. Malgré une fin violente et étonnante, le sketch manque un peu de mordant ou d’originalité. Eros Pagni est quand même très bon en italien moyen et libidineux.

 

SYNOPSIS     d’« Enlèvement d’une personne chère»

 

Un homme au téléphone supplie devant les médias les ravisseurs de sa femme de les appeler…

 

CRITIQUE

 

Le sketch le plus court et un des moins réussis car le scénario fait un peu dans la facilité. Malgré tout le talent de Vittorio Gassman le sketch ne fonctionne pas.

 

SYNOPSIS de « Premiers soins»

 

Un prince italien roulant dans une Rolls Royce blanche et un peu décadente, se rend à une réunion à propos du schisme de Mgr Lefebvre et ses traditionalistes. Perdu dans une banlieue au nom des rues exotiques, il trouve un homme qui pourrait le renseigner. Hélas celui-ci est à l’agonie renversé et abandonné par un automobiliste. Le prince le prend en voiture pour l’amener à l’hôpital…

 

CRITIQUE

 

Sketch de Mario Monicelli absolument insensé et hilarant.


Mais en plus sous des aspects de grande comédie, Age & Scarpelli délivrent un message politique fort et amer sur les grandes institutions incapables de répondre aux besoins des italiens. Que l’hôpital soit public, religieux ou militaire, le Prince et son moribond se font refouler à l’entrée de chaque établissement de santé. Alberto Sordi livre un personnage incroyable, vicelard qui semble confi par l’alcool et les partouzes, représentant d’une élite oisive et richissime en pleine déliquescence mentale. Un must de la comédie à l’italienne!

 

SYNOPSIS du « Grand fils à sa petite maman » 

 

Une vieille femme et son fils Giovanino débile léger clochardisés, arpentent les rues et les parcs de la capitale italienne où ils ramassent les immondices qui traînent tout en s’amusant…

CRITIQUE

 

Un des sketchs les moins pertinents malgré Ugo Tognazzi qui y met tout son métier, le sketch de façon un peu maladroite tente de mettre en avant les déshérités italiens. Mais la sauce ne prend pas. Dino Risi tape à côté.

 

SYNOPSIS de « Citoyen exemplaire » 

 

Un homme rentre le soir chez lui. Au pied de son immeuble il voit trois hommes tabasser un quatrième. Ce dernier tombe poignardé. Notre citoyen rentre chez lui, ferme sa porte à triple tour, embrasse sa femme, passe à table et regarde la télé…

 

CRITIQUE

 

L’horreur au quotidien très bien cerné en 3 minutes par Ettore Scola. Avec un Vittorio Gassman interprétant un lâche de première catégorie. Du grand art!

 

SYNOPSIS de « Pornodiva »

 

Un couple s’entretient avec un producteur de films pornographiques. Il est question du contrat et d’une scène du film. Il s’agit d’une actrice qui se promène nue sur la plage lorsque un homme nu et un chimpanzé surgissent…

 

CRITIQUE

 

Le plus cynique de tous les sketchs. Quand pédophilie et zoophilie sont réunies…Eros Pagni joue à la perfection un père de famille ignoble. La fin du sketch est inattendue et renversante.

 

SYNOPSIS de « Comme une reine » 

 

Un quadragénaire promène sa mère en voiture, il lui consacre sa journée. Cela fait plus de deux ans qu’ils n’avaient rien fait ensemble. Il commence par l’emmener manger une glace. Puis il l’emmène dans un parc. Au bout du parc un vaste bâtiment. Il s’agit d’une maison de retraite tenue par des nonnes un peu matonnes…

 

CRITIQUE

 

Alberto Sordi adore cet exercice de style qui consiste à interpréter un romain de petite bourgeoisie, un peu lâche, et toujours le fils à sa maman et carrément odieux.

 

SYNOPSIS d’« Auberge » 

 

Dans une salle de restaurant, entrent 8 personnes des italiens qui invitent des étrangers à partager la fine gastronomie italienne. En cuisine c’est une toute autre histoire. une scène de ménage entre le serveur et le cuisinier met la cuisine sens-dessus dessous. Les bruits parvenant aux convives étant interprétés de façon fort erronée…

 

CRITIQUE

 

C’est le sketch tarte à la crème stricto sensu. En effet bataille de poule, massacre d’oeufs, lancer de farine, cigare dans la sauce, chaussure dans le minestrone. Tout y passe. Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman s’insultent et s’amusent. Le spectateur rit comme pour un Laurel et Hardy. La critique sociale est moins présente. Ettore Scola rend hommage aux comiques classiques des années du muet.

 

SYNOPSIS de « Sans parole » 

 

Une hôtesse de l’air entre deux vols fait la rencontre d’un jeune et bel étranger d’origine eurasiatique ou arabe. Il ne parle aucune langue connue de l’hôtesse mais malgré le manque de paroles le couple vit un amour intense…

 

CRITIQUE

 

Se méfier des belles idylles. Elles finissent toujours en drame. Et celui-ci est terrible. En ces temps d’instabilité au moyen orient, début de la guerre au Liban, accords de paix laborieux entre Israël et Egypte, revendications de L’OLP par attentats pour accéder à une terre etc… Dino Risi utilise ce terreau pour ce sketch illustré par des airs romantiques. Le sang du spectateur se glace! Ornella Muti bella bella bellissima!

 

SYNOPSIS de « L’éloge funèbre »

 

Une douzaine de personnes d’une revue se rendent à l’enterrement d’un comique. Son second prend la parole alors que le cercueil entre en terre…

 

CRITIQUE

 

La vie est un spectacle et les enterrements devraient l’être. Voici un éloge funèbre qui finit en revue de cabaret sous l’oeil amusé des gens venus fleurir les tombes et des ouvriers qui travaillent au cimetière. On chante et danse autour du trou, on met la main aux fesses des femmes et on salue à la fin. « Les nouveaux monstres » finit en fanfare. Certes le message politique et social est faible mais Ettore Scola nous offre ce sketch comme un artiste fait un rappel. Rigolard.

 

NOTE pour l’ensemble : 15/20

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2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 09:35

 

Dans le cadre de la réforme de l’ENA, notre Macron pourrait exiger des futurs Inspecteurs des Finances qu’il sache faire cuire un œuf pour décrocher la peau d’âne.

 

Le grand jury de l’oral dirait alors « Va te faire cuire un œuf ! »

 

Vaste programme car « les œufs sont probablement les aliments les plus versatiles. On peut les déguster sous toutes les formes possibles et imaginables : pochés, mollet, sautés, au plat, à la coque, brouillés, cocotte, etc. »

 

Bref, la quadrature du cercle quasiment le dilemme de la poule et de l’œuf !

 

De plus, comme un « professeur de physique quantique a élaboré une équation à priori infaillible pour maîtriser la cuisson de l’œuf, ces futurs experts trouveraient là une beau sujet de glose.  

 

Pour continuer sur un registre sarcastique ceux qui exècrent notre jeune Président pourraient défiler avec des pancartes « Va te faire cuire un œuf ! » tout en balançant sur les forces de l’ordre casquées des œufs punais.

 

Un œuf punais. « Rome laissait encore quelque poésie à son cloaque et l'appelait gémonies; Paris insultait le sien et l'appelait trou punais. »

Victor Hugo, Les Misérables, t. 1, 1862, p. 516).

 

Aller se faire cuire un œuf

Éconduire sans ménagement

 

Origine : Expression française populaire qui se baserait sur sa formulation énergétique pour se débarrasser d’un opportun. Pourtant aucun auteur n’a pu trouver d’explications plausibles quant au rapport qui puisse exister entre le fait de cuire un œuf qui n’a rien de méprisable  au fait de conspuer quelqu’un. Pourtant, selon certaines interprétations, la marque de mépris aurait des connotations sexuelles et masquerait une allusion au chiffre neuf (9). Pour d’autres chercheurs, le fait d’aller se faire cuire un œuf serait le diminutif d’une expression plus longue à savoir « aller se faire cuire un neuf (9) à huit heures ce qui tendrait à exprimer l’impossibilité du phénomène.

 

Exemple d’utilisation : Henri Lefèvre-Pontalis le menace d’en référer à Louis Renault et le vendeur maintient son comportement, tout en conseillant au grand patron « d’aller se faire cuire un œuf » (D. Toussaint : Renault ou l’inconscient d’une entreprise)

 

Expressions françaises synonymes : Aller se faire voir (chez les grecs), aller au diable, lâcher la grappe

 

L'astuce géniale d'un scientifique pour cuire un œuf à la perfection ICI

Les œufs sont probablement les aliments les plus versatiles. On peut les déguster sous toutes les formes possibles et imaginables : pochés, mollet, sautés, au plat, à la coque, brouillés, cocotte, etc. Ils entrent également dans la préparation de bon nombre de recettes, de l'apéritif au dessert. Mais maîtrisons-nous tous leur cuisson ? Certaines cuissons de l'œuf relèvent d'un travail de minutie et d'attention pour obtenir le résultat escompté. Un professeur de physique quantique a élaboré une équation à priori infaillible qui pourrait bien nous simplifier l'existence.

 

Comment savoir combien de temps cuire ses œufs ?

 

En temps normal, on estime à six minutes environ le temps d'ébullition pour un œuf mollet, et à neuf pour qu'il soit dur. Mais même en suivant ces directives, il arrive parfois que l'on se retrouve au bout de 10 minutes avec un œuf au cœur encore coulant.

 

Et pour cause, cuire un œuf n'est pas une science exacte. Ou peut-être que si ?

 

Le physicien Miłosz Panfil a mis en place un système qui permet d'évaluer le nombre exact de minutes nécessaires à la cuisson de votre œuf en fonction de caractéristiques bien précises. Pour lui, à chaque œuf son temps de cuisson selon sa taille, sa température et l’altitude à laquelle vous vous trouvez.

 

Cuire ses œufs avec des maths

 

Si vous n'aimiez pas trop les maths à l'école, c'est peut-être le moment de vous y remettre. Dans ce problème, vous revenez du marché avez un œuf et avez moins d'une heure pour le cuire d'une des différentes façons possibles. Tout cela, à la perfection. Le physicien a élaboré une équation qui sert à déterminer les paramètres idéaux pour la cuisson d'un œuf, la voici :

 

t = m x K x log(rjb * (Tœuf - Teau)/(T - Teau))

 

Comme le rapporte Maxi Sciences, les données utilisées pour réaliser l'équation sont :

 

t = temps

m = masse

K = conductivité thermale de l’œuf

rjb = ratio jaune/blanc

Tœuf = température de l’œuf

Teau = température de l’eau

T = température entre le jaune et le blanc.

 

Lorsqu'un œuf cuit, c'est le blanc qui prend en premier, d'où l'intérêt de calculer la différence de température entre les deux. "Cette dernière doit être maintenue à 77°C maximum pour un œuf dur, afin d’éviter le mélange du sulfure d’hydrogène du blanc avec le fer du jaune", explique le site. Quel intérêt de connaître l'altitude ? Eh bien c'est simple. Plus vous êtes haut, plus la température ambiante est basse, et plus l'eau a du mal à être portée à ébullition. À très haute altitude, elle ne parvient pas à atteindre les 100 degrés (températures à laquelle l'eau bout). Tous ces paramètres entrent donc en considération dans le calcul du temps idéal pour la cuisson parfaite de votre œuf. Si vous êtes curieux de tester l'équation, sortez la balance et le thermomètre. Mais pas de panique, pas besoin d'une calculatrice, un calculateur en ligne est disponible ici pour avoir le résultat à la seconde près.

La poule est apparue avant l’œuf !ICI
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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 06:00

 

L’avantage d’avoir fait mes études secondaires dans une école d’agriculture c’est que l’on m’y a enseigné les fondamentaux de l’agronomie, et dans nos travaux pratiques quotidiens, avec le frère Bécot, ce qui faisait que du raisin devienne du vin.

 

Ce n’était ni de l’idéologie, ni l’observance d’une religion, mais de la pratique.

 

La confusion savamment entretenue par la gente journalistique, les antis de tout bord, entre les pratiques dans la vigne et l’élaboration du vin permet d’éviter de se poser les bonnes questions, mais sert à disqualifier le camp d’en face.

 

Dans la vigne, comme dans toutes les cultures, l’émergence du Bio, puis de la biodynamie, est le résultat de l’intransigeance moderniste des sachants, leur cécité, leur surdité, leur absolue résistance face à une culture sous perfusion d’engrais et de pesticides,  confortée par les qui ne s’intéressaient qu’au vin, la presque totalité des amateurs et des critiques. Aller dans les vignes aurait sali leurs belles godasses.

 

Cette opposition frontale a eu pour résultat d’exacerber le goût que nous avons pour les guerres de religion, une forme de radicalisation qui a transformé le bio, et plus encore la biodynamie en des chapelles bien verrouillées par les nouveaux papes de la pureté originelle.

 

Très peu pour moi, ce qui compte, ce qui permet de prendre les bons virages, les bonnes orientations ce ne sont pas les anathèmes, les excommunications, c’est d’affronter la réalité et celle-ci est complexe, elle ne se réduit pas à des croyances.

 

Que des pratiques agronomiques plus soucieuses de l’environnement, de la vie des sols, des désirs des consommateurs, puissent se mettent en œuvre pour un produit non-essentiel, que l’on gargarise au terroir tous les jours que Dieu fait, ne relève pas de l’angélisme mais de l’intelligence économique, sociétale.

 

Pour autant, le vin issu de raisins biologiques ou biodynamiques, n’en déplaise aux détenteurs des tables de la loi, ne recèle pas une supériorité constatable sur celui issu d’une culture dite conventionnelle. Depuis que je m’intéresse à ces questions, je n’ai jamais trouvé d’études sérieuses sur ce sujet. Celles qui existent sont biaisées.

 

En effet, dans le chai, la boîte noire, les pratiques œnologiques modernes, les intrants pilotés par les œnologues et les marchands de poudre, y compris du côté des vins dit bios, sont déterminantes pour le goût du vin. L’affirmation exacte : « il n’y a plus de mauvais vin » à un avers qu’il faut avoir le courage de constater : ils se ressemblent comme des cousins-germains. Une caviste de mes amies m’avouait qu’après dégusté à l’aveugle un nectar du sibérien des PO, elle pensait avoir bu du Bordeaux.

 

Les amateurs de vin qui raillent les boissons alcoolisées ou non, pur produits industriels, reproductibles à l’infini, devraient se poser des questions  au lieu de disserter jusqu’à plus soif sur des différences qui n’existent que dans leur tête, la mémoire dégustative m’a toujours fait sourire.

 

Face à l’unanimité des sachants, les têtes de turc des amateurs et des journalistes furent les vins nu et surtout leurs fans, ceux qui proclamèrent qu’ils allaient faire avec eux la Révolution, prendre le pouvoir, changer le monde. Des rigolos, barbus, chevelus, des pas sérieux.

 

J’aime les vins nu mais je n’ai pas été affilié aux fans de Lénine, sceptique que je suis sur les minorités dites agissantes qui précèdent le bon peuple pour lui indiquer le bon chemin. Je suis un buveur de vin nature mais je suis stupéfait par la vitesse à laquelle, les nouveaux chefs de cette tribu ont transformé leur combat en gestion d’un fonds de commerce. Afin de d’étoffer la petite troupe, voir l’énorme succès du nouveau syndicat des vins fait nature, ils pratiquent l’annexion, le bio, la biodynamie, le nature dans le même sac. Ce qui me met encore plus en joie ce sont les nouveaux grands amateurs de vins nu qui versent dans le même travers que les Butane&Degaz : ils encensent tous les vins de leurs copains.

 

Du côté de la critique, qui se veut « sérieuse », même si elle est profondément conservatrice –je n’écris pas réactionnaire car, après tout le bio fut une réaction contre les excès des marchands de produits merveilleux – réduire les vins nu aux vins vinifiés sans soufre est pratique, ça lui permet de se refaire une virginité à bon compte, de prendre le sens du vent. Désolé mais un vin vinifié sans soufre n’est pas forcément un vin nature. 

 

Non monsieur Abellan (voir plus loin) la mode des vins alternatifs, n’est pas une mode et la culture bio  ou biodynamique ne concerne que le raisin, la confusion est commode mais elle ne traduit qu’un manque de rigueur scientifique.

 

Ambiguïté commode, en sortir, comme le notait Talleyrand, ne se fait qu’au détriment de ceux qui s’y complaisent.

 

Pour le petit monde du vin, bien étroit qui pratique l’entre-soi, je le cite encore « L’inertie est une vertu, l’activité est un vice… »

 

Tout ce qui s’écrit sur les réseaux sociaux se réduit à un peu de vent dans les sarments des ceps de vigne *provoquant de minuscules tempêtes dans un verre d’eau ou de vin.

 

*« Du vent dans les branches de sassafras » René de Obaldia

 

Dans ma vie agricole j’ai toujours été fasciné par la prétendue supériorité de la viticulture sur toutes les autres formes de culture, élargir la focale, être curieux des autres, a conduit les grands chefs à déconstruire l’AOC, à ignorer l’évolution de nos sociétés, à se complaire dans une vision passéiste du vin. L’addition est au rendez-vous.

 

C’est signé d’un baby-boomer grand soutien à la consommation du vin qui regrette que les vins nu ne lui confèrent l’immortalité et qui a fait son temps, a tourné la page, et ce sera aussi le lot de beaucoup des conseilleurs actuels, qui ne font que gratter du papier, ils ont vécu. Qu’ils ne prennent pas à mal mes gratouillis, l’avenir est à la proximité et la proximité c’est : la ou le caviste indépendant qui déguste tous les vins qu’il vend, se déplace dans les vignes, tente de répondre aux souhaits de ses clients. À la différence des conseilleurs, s’ils se trompent, si ses clients ne la ou le suivent pas, c’est la clé sous la porte.

 

Pour illustrer mes propos iconoclastes : La LPV titre un grand débat de fond : Clap de fin pour le guide Bettane et Desseauve ?§ ICI 

 

Le grand et incomparable « Jérôme Pérez a répondu au sujet : Clap de fin pour le guide Bettane et Desseauve !

 

C'est évident que dans cette nouvelle culture de l'immédiateté, la rédaction devient obsolète.

 

Il faut se battre pour préserver le verbe attaché aux sensations. Bien mieux que des étoiles ou des pouces en l'air.

 

Et s'il y a en effet la paresse du lecteur, il y a en même temps la paresse du rédacteur qui va de concert. C'est bien la lutte de LPV : mais c'est pitié de voir d'anciens rédacteurs de talent se perdre dans les brumes de Facebook ou d'Instagram pour jubiler de leurs trophées photographiés avec ce qu'ils appellent des amis et qui ne viennent plus ici que pour prendre sans donner.

 

Quand Jacques Dupont étudie la biodynamie, ça fait des étincelles

Dimanche 27 décembre 2020 par Alexandre Abellan

 

[Article publié le 6 février 2020] Dans un dossier remarqué (« l’enquête qui pique » le 23 janvier dernier), le journaliste du Point s’est lancé à contre-courant de la mode des vins alternatifs. Revenant à la genèse des vins biodynamiques, il en fait tousser certains dans les allées du salon des vins de Loire et même s’étrangler derrière les stands de la Levée de la Loire ou de Demeter. ICI

 

 

 

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