Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 06:00
Péchés de chair : d’un côté, des vegans, de l’autre, des éleveurs, entre les deux, des consommateurs qui ne savent plus trop à quel saint se vouer…

Le jour de la fête des mères, Lolita Lempicka, styliste de mode engagée dans la cause animale, écrit sur un blog du HuffPost :

 

Renoncer aux produits laitiers, c’est épargner les vaches qui sont aussi des mères

 

« En cette fête des mères, n'oublions pas que l'industrie du lait arrache aux vaches leurs bébés pour que les humains puissent boire le lait qui leur était destiné.

 

Il n'y a rien de tel que l'amour d'une mère pour ses enfants. Avant de devenir moi-même une maman, je ne comprenais pas tout à fait à quel point l'amour maternel nous remplit d'un instinct protecteur, d'un sentiment puissant qui nous engage à nourrir, réconforter et protéger nos enfants à tout prix. Mais maintenant que je connais ces sensations, je ne peux pas nier que d'autres mères les ressentent aussi, et c'est pour cette raison qu'il m'est impossible de consommer en bonne conscience des produits laitiers.

 

Laissez-moi m'expliquer. Entre les mères vaches et leurs veaux, c'est le grand amour dès la première seconde, exactement comme ça l'est entre les mères humaines et leurs bébés. Dès les premières minutes qui suivent la naissance, un lien très fort se développe et celui-ci dure toute la vie. Leur attachement et leur affection l'un pour l'autre est si profond que la mère et son petit endurent une détresse extrême s'ils sont séparés. Malheureusement, c'est ce qui arrive tous les jours dans les élevages où les vaches sont utilisées pour produire du lait.

 

Ce déchirement est une souffrance qu'a très bien connu Clarabelle, une vache dont l'histoire a fait le tour d'internet il y a deux ans. Épuisée à force d'être exploitée par l'industrie du lait, Clarabelle allait être abattue car sa production de lait avait commencé à décliner, mais elle fut sauvée par un sanctuaire. »

 

La suite ICI

 

« D’un côté, des vegans qui voudraient que l’homme cesse toute exploitation animale et multiplient les vidéos chocs et les happenings macabres ; de l’autre, des agriculteurs qui défendent becs et ongles une activité vieille de plus de 10 000 ans. Entre les deux, des consommateurs qui ne savent plus trop à quel saint se vouer… Peuvent-ils encore manger de la viande sans culpabiliser, se délecter d’un steak sans prendre de risque pour leur santé, avaler une côtelette sans mettre la planète en danger ?

 

Eh bien oui, malgré les injonctions, les stigmatisations, la culpabilisation, les Français continuent de manger de la viande, cette dernière restant un marqueur culturel fort de notre société. Mais moins qu’avant et de manière différente, et avec cette inquiétude croissante des conditions d’élevage et d’abattage des animaux. Une tendance qu’il ne faut ignorer, car elle signe un véritable changement de notre rapport aux animaux. »

 

  1. Un changement de notre rapport aux animaux.

 

Manifestation étrange, ce samedi 25 février 2017 : face à l’entrée du Salon de l’agriculture et dans un silence de mort, des femmes et des hommes vêtus de noir, les yeux bandés, laissent couler de leur bouche un filet de (faux) sang. Au-dessus de leurs têtes, des pancartes parlent pour eux : « leurs hurlements sont silencieux, leur souffrance est réelle ». Le malaise est palpable. Les parents jusque-là ravis de montrer les « animaux de la ferme » à leurs bambins pressent le pas. Plus dur encore, la semaine suivante, des militants de 269 Life mettent en scène, dans un happening choc, un dîner sanglant exposant tout à la fois de la viande et de l’humain. Jusqu’au-boutistes, en 2012, ces activistes s’étaient fait marquer au fer rouge, en hurlant de douleur, le numéro 269, en signe indéfectible de leur solidarité et de leur empathie envers les animaux, qu’ils considèrent comme leurs égaux. Le but ? Secouer les consciences et convertir les mangeurs de viande, déjà pas mal chamboulés par les images insoutenables d’abattoirs ou d’élevages intensifs diffusées par L214.

 

Bête noire des abattoirs, cauchemar des éleveurs

 

A quelques semaines des élections présidentielles et législatives, les associations de protection ou de libération des animaux elles-aussi mettent les bouchées doubles. La goutte de trop qui fait exploser les agriculteurs, lesquels traversent déjà une crise qui voit, tous les deux jours, l’un d’entre eux se suicider. Contre toute attente, de la Conf à la FNSEA, les quatre principaux syndicats agricoles signent une « alliance sacrée » et dénoncent dans une déclaration commune les campagnes de « culpabilisation des consommateurs » et de « stigmatisation des éleveurs ».

 

Dans ce contexte, difficile de percevoir les aspirations et craintes des consommateurs. Jean-Pierre Poulain, sociologue de l’alimentation (Certop), a dirigé, de 2009 à 2016, une étude permettant justement d’écouter à bas brut la voix des consommateurs, masquée par ces « bulles médiatiques considérables ». Porte d’entrée originale : non plus le risque, mais l’inquiétude. Un terme soigneusement choisi qui a permis de redonner, dans ce monde saturé par les questions sanitaires depuis la vache folle, une légitimité à des questions relevant « de choix de société et d’éthique, jusque-là considérées comme secondaires, quand il ne s’agissait pas de “conneries” de bobos. » Pour preuve, la crise des lasagnes de 2013 a rappelé qu’une crise alimentaire n’est pas forcément mue par des craintes d’intoxication. Avec cette fraude, les consommateurs sanctionnent désormais aussi la non-sincérité d’un acte de commerce, comme l’appellent les juristes. Et refusent d’ingérer malgré eux des produits qu’ils jugent symboliquement non mangeables ou devenus comme tels, ce qui est le cas de la viande de cheval.

 

La suite ICI 

 

  1. Au nom d’une humanité carnivore.

 

Pourquoi l’homme mange-t-il de la viande et comment s’arrange-t-il avec ce que Pythagore nommait déjà le meurtre alimentaire ? Comment l’humanité pourrait-elle changer radicalement de cap et préférer les végétaux aux animaux ? C’est à toutes ces questions que Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à l’Inra, détachée aux Archives Husserl de Paris, répond dans « L’humanité carnivore », un livre érudit et accessible, qu’elle vient de publier au Seuil. Catherine Larrère, également philosophe et membre du comité d’éthique de l’Inra, a accepté de lui porter la contradiction. Résultat : un débat passionnant, stimulant et exigeant…

 

  • Florence Burgat, pourquoi avoir écrit ce livre et pourquoi ce titre, « L’humanité carnivore », alors que l’on dit de l’homme qu’il est omnivore ?

 

F. Burgat : Ce livre s’inscrit dans le prolongement de recherches que je mène depuis une vingtaine d’années. J’ai essayé d’écrire un ouvrage de fond qui pose une question qui, à mon avis, n’est pas véritablement posée : pourquoi l’humanité est-elle carnivore ? Nombre de disciplines comme la nutrition, l’histoire et la sociologie de l’alimentation ont répondu à cette question et apportent des éclairages mais, malgré cela, il m’a semblé qu’il restait un noyau qui n’était pas interrogé et qui le mérite pourtant.

 

C. Larrère : La consommation de viande, la condition animale sont des sujets sensibles, et le livre de Florence est un travail de très grande qualité, accessible à beaucoup. Extrêmement clair et très argumenté, il va dans le sens de mon travail sur la nature. Il est très important que sur des questions d’actualité, on ne cède pas sur l’importance d’une réflexion de fond.

 

F. Burgat : Ma question est « Pourquoi l’humanité mange-t-elle des animaux ? », et non « pourquoi mange-t-elle de la viande ? » Je ne parle pas ici d’un régime alimentaire, qui est effectivement omnivore, mais bien du fait que l’humanité a institué l’alimentation carnée. Par ailleurs, l’humanité carnivore est un thème qui apparaît dans la littérature, dans les mythes…

 

C. Larrère : Je rappellerai la distinction entre carnassier et carnivore. Si l’humanité ne mangeait que de la viande par besoin physiologique, comme le sont les loups, les chats, elle serait carnassière. Carnivore signifie que l’on mange de la viande, avec une référence qui dépasse de beaucoup l’apport de protéines dans un régime omnivore. D’où la question que se pose Florence : alors que l’humanité est omnivore, pourquoi la consommation de viande a-t-elle un rôle central, et non anecdotique ou passager ? Elle l’aborde philosophiquement, comme une question sur l’humanité dans son unité et son rapport ou son absence de rapport à sa nature.

 

F. Burgat : C’est cela. Car même si l’humanité était physiologiquement carnassière, elle pourrait souhaiter moralement s’écarter de cette nature, comme elle le fait par exemple pour la reproduction. Mais il n’en est rien. Alors que l’humanité peut désormais choisir son régime et où elle peut se passer de viande, puisque que nous disposons des connaissances en nutrition et de savoir-faire, pourquoi choisit-elle de manger des animaux dans des proportions qui vont de façon croissante ? L’institution de l’alimentation carnée se radicalise, se développe et s’universalise. La question de l’humanité carnivore se pose donc encore plus nettement aujourd’hui. C’est là que l’on s’écarte d’une question simplement biologique ou nutritionnelle.

 

La suite ICI 

 

  1. Adieu, veau, vache, cochon, couvée ?

 

Certes, la consommation de viande ne cesse de baisser depuis des années. Mais tout se complique dès lors que l’on cherche à savoir pour quelles viandes, en quelles proportions et selon quels modes d’achats et de consommation. Précisions avec Philippe Chotteau, directeur du département économie des filières à l’Institut de l’élevage.

 

Consommation de viande en 2015, par habitant et par an, pour l’UE 28 et la France

 

Bœuf : respectivement 11 kg en UE et 17,3 kg en France

Porc: respectivement 32,7 kg et 26,3 kg

Volaille : respectivement 23.1 kg et 26.4 kg

Mouton : respectivement 1.9 kg et 2.6 kg

 

Soit une consommation totale de viande par an-habitant de 68,7 kg dans l’UE-28 et de 72,6 kg en France. (1)

 

Toutefois, P. Chotteau précise qu’il s’agit là de chiffres de kg de viande consommés et non d’équivalent-carcasse, qui incluent les os et les déchets. Par exemple, chez les bovins, seuls 68% de la carcasse sont directement consommables par l’homme.

 

La suite ICI

 

  1. Au nom de la souffrance animale

 

En mars 2017, le premier procès pour actes de cruauté et maltraitance sur des animaux s’est ouvert en France, suite aux vidéos tournées dans un abattoir par l’association L214. Des images insoutenables qui ont également fait bouger le politique. Retour sur ces lieux jusque-là ignorés de la société, où manque de formation et cadences infernales expliquent en partie cette souffrance partagée par les animaux et les hommes.

 

« L214 nous a volé la vedette ! » ironise Jean-Pierre Kieffer, le président de l’Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs (OABA). Une association reconnue d’utilité publique, créée il y a 50 ans, qui fut très longtemps la seule à s’occuper de la protection des animaux d’élevage. Au conseil d’administration, des vétérinaires, des avocats. Pas de vegans dans les locaux.

 

Concernant les vidéos diffusées par L214, Jean-Pierre Kieffer est partagé. Pour lui, d’un côté la violence des images stigmatise nombre d’éleveurs et de directeurs d’abattoirs qui s’interrogent quant au bien-fondé de se décarcasser s’ils ne sont perçus que comme des assassins. De l’autre, le buzz médiatique a poussé les politiques à réagir, « ce que nous n’avions pas réussi à faire par le dialogue, malgré nos alertes répétées quant au besoin de prendre davantage en compte les demandes de l’OABA et des autres associations de protection des animaux. Nous savions qu’un scandale éclaterait. » C’est fait.

 

La suite ICI

 

  1. Au nom du paradis perdu.

 

Quand les plus pauvres parlent d’élevage et de consommation de viande…

 

Quelque 6 millions d’hommes, de femmes et d’enfants vivent en très grande pauvreté, cachés du regard des autres, dans des tentes de fortune, des caravanes en lisière de forêt ou des HLM. C’est avec une quinzaine d’entre eux qu’ATD Quart Monde planche actuellement au sein d’un laboratoire d’idées santé sur le thème « Se nourrir dignement et durablement avec 57 € par mois ».

 

57 €, ce qu’il reste du RSA une fois payés le loyer, pour éviter l’expulsion et les enfants à la rue, l’eau, le gaz, l’électricité.

 

« Seuls les plus pauvres pourront trouver des solutions pour les plus pauvres », explique Huguette Boissonnat-Pelsy, responsable du département santé à ATD QM. Il faut « accéder à leur expertise, elle est essentielle à la compréhension du sujet dans sa complexité ». Et de se rappeler combien ils furent humiliés, quand l’idée fut émise de leur distribuer les lasagnes à la viande de cheval que nous autres consommateurs ne voulions pas. Pourtant, assure-t-elle, « le cheval n’est pas tabou. Au contraire, c’est le top du top. Avec un steak de cheval, on a des protéines pour ses enfants pour la semaine, disent les familles pauvres. »

 

La suite ICI 

Partager cet article
Repost0
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 06:00
Aznavour, Nina Simone, François Truffaut : « Tirez sur le pianiste »

Ces derniers jours j’ai lu le roman de Gilles Leroy Nina Simone et revu Tirez sur le Pianiste de François Truffaut (1960).

 

J’y ai retrouvé Charles Aznavour, le chanteur et l’acteur.

 

« À New-York, au Village Gate où je chantais, j’ai rencontré ce chanteur français, le petit Aznavour, le seul Européen à posséder l’esprit soul et le groove. Il m’a présenté des chansons, je lui en ai acheté deux. L’une s’appelle Tomorrow is my Turn et, dès la première fois que je l’ai interprétée, mes doigts se sont raidis sur les touches du clavier, ma gorge s’est nouée de sanglots. Jamais je n’ai pu la chanter sans avoir dressé devant moi le fantôme d’Edney * riant sous la cascade de Pearson’s Falls, je pouvais presque le toucher, lécher sur sa peau soyeuse l’eau fraîche au goût de bonheur. Lutter contre les larmes, alors, tenir ferme les notes, était un effort surhumain et j’ai fini par l’abandonner, cette chanson si douloureuse avec son air de rien. »

 

Gilles Leroy Nina Simone

 

* Edney, un cherokee, fut le premier amour de Nina Simone.

 

On tire sur le pianiste

 

« Pour François Truffaut, Tirez sur le pianiste a été un film agréable à tourner, mais difficile, ennuyeux à monter. Car il avoue éprouver « une peur panique de tous les scénarios construits en flash-back ». Or le montage du Pianiste est conçu autour d’un long flash-back, qui fait revivre l’histoire d’amour tragique entre le pianiste Édouard Saroyan (Aznavour) et sa femme Thérésa (Nicole Berger)

 

[…]

 

« À tout hasard, je lui ai dit que cela me faisait penser à Queneau. J’ai su par la suite que je ne m’étais pas trompée » répond Claudine Bouché la monteuse à un François Truffaut qui lui demande si les rushes pouvaient faire un film.

 

« Sans doute parce qu’il s’est fait avec des bouts de ficelles, Tirez sur le pianiste donne un sentiment de grande liberté. Pourtant, lorsque le film est montré, en juin 1960, aux acteurs et amis, puis à quelques journalistes, les avis sont mitigés, ce qui déprime Truffaut qui, à ce moment-là, doute de lui. Pierre Braunberger (son producteur) lui-même est dérouté par le film. »

 

[…]

 

« En outre, Tirez sur le pianiste rencontre de sérieux ennuis avec la censure. Le 13 juillet 1960, le film est victime d’une interdiction aux moins de 18 ans. Truffaut a pourtant coupé une séquence qui pouvait s’avérer délicate, celle d’un petit chat qui est écrasé par la voiture des gangsters. Mais une autre scène, où Michèle Mercier se couche dans le lit d’Aznavour et découvre sa poitrine, est jugée trop osée. Truffaut réduit la scène, mais se refuse à la couper entièrement. La commission de censure demeure inflexible : Tirez sur le pianiste reste interdit aux moins de 18 ans. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce « Un film comique noir » ? « Un film fantaisiste noir » ? « Un drame d’amour et d’humour » ? « Une tragédie burlesque » ? « Un film où les bons sont quelquefois méchants et les méchants quelquefois sympathiques » ? Braunberger harcèle Truffaut de télégrammes, le sommant de s’occuper de la promotion du film.

 

« Tout compte fait, Tirez sur le pianiste, sorti le 25 novembre 1960 dans trois salles parisiennes ne fait pas une carrière très briallantes : 71 901 entrées en six semaines d’exploitation. Il est retiré de l’affiche le 3 janvier 1961, Truffaut le considère comme un véritable échec, même s’il ne met guère en péril les Films du Carrosse. »

 

In François Truffaut Antoine de Baecque et Serge Toubiana Gallimard

 

Un film sur les femmes

 

« La musique occupe une place prépondérante, oscillant du jazz au classique, avec des détours réjouissants par la chanson, grâce à un Boby Lapointe iconoclaste et un Félix Leclerc plein d'élégance. Pourtant, le film parle essentiellement des femmes. Et filme leurs corps avec une sensualité rare, qu'il s'agisse des seins angéliques de Michèle Mercier ou des mains inquiètes de Marie Dubois.

 

Les gangsters y disent du mal du sexe dit faible, ce qui inspira des dialogues à Scorsese et Tarantino. Quant à l'admirable Charlie, interprété par Charles Aznavour, tout autant timide qu'amusé, il exprime une sensibilité à fleur de peau et une lucidité mêlée de pitié. Hélas, ni son génie musical ni l'amour de plusieurs femmes ne parviendront à lui éviter un destin médiocre... Jouant à la fois sur le désir et l'interdit, Tirez sur le pianiste possède l'insouciance d'un baiser volé. »

 

Le Monde.fr | 16.07.2015 par Yann Plougastel

Partager cet article
Repost0
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 06:00
Mais qui est donc ce Bruno Le Maire qui n’a jamais été aussi heureux  dans sa vie politique qu’aujourd’hui ?

Le 78 rue de Varenne est une bonne école ministérielle, on y touche à tout de la vie d’une population, les agriculteurs, on négocie la PAC à Bruxelles, on joue un rôle international, on est au centre des difficiles relations entre la GD et les IAA, on est responsable de la sécurité alimentaire, de la santé et du bien-être animal, on doit participer aux arbitrages sur les questions environnementales, gérer la forêt… etc.

 

Beau tremplin pour un jeune loup ou une jeune louve ou un bon moyen de rebondir pour un ou une personnalité sur une voie de garage donc !

 

Je vous épargne la liste des futurs Premier Ministre pour aborder un beau cas : celui de Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture sous Sarko-Fillon et aujourd’hui Ministre de l’Économie sous Macron-Philippe après un échec cuisant à la Primaire de la Droite et un A-R dans le soutien au candidat Fillon « Je ne pouvais pas accepter ce reniement sur la parole donnée. Après la mise en examen, on savait que François Fillon nous emmenait dans le mur. »

 

Dans une interview à Paris Match, l’ex-candidat autoproclamé du « renouveau » de la primaire de droite, a confié son sentiment. « Je n’ai jamais été aussi heureux dans ma vie politique ».

 

Et pour cause, quelques jours après son entrée dans le gouvernement d’Edouard Philippe, Bruno Le Maire est aussi candidat aux législatives dans sa circonscription de l’Eure (la 1ère), sous l’étiquette La République en marche.

 

« Macron a gagné là où j’ai échoué. Il a fait preuve de plus d’audace. Moi, je ne suis pas allé assez loin. Je me suis enfermé dans une primaire. Cela a été mon erreur », a-t-il reconnu.

 

Mais qui est donc Bruno Le Maire ?

 

Un froid technocrate ambitieux ou un réel militant du renouveau politique ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans son livre Divine Comédie Gaël Tchakaloff, qui a suivi les candidats à la Primaire de la Droite, tente d’éclairer ce dilemme :

 

« Depuis notre première rencontre à Sète, mi-septembre, j’ai réalisé que je m’étais totalement trompée sur son compte. Comme beaucoup, je m’en étais tenue à son allure générale, physique de premier communiant. Rastignac rasoir tendance Jeanson-de-Sailly, Auteuil-Neuilly-Passy c’est pas du gâteau, tel est notre ghetto. Je me suis bien mis le doigt dans l’œil.

 

Avec Bruno Le Maire je n’ai jamais eu de rapports directs lorsqu’il était Ministre de l’Agriculture mais je l’ai vu à l’œuvre sur le dossier laitier lors de la crise. Par la suite nommé médiateur entre les éleveurs laitiers et les entreprises, j’ai travaillé en direct avec son directeur de cabinet JM Bournigal et sa conseillère technique : Véronique Solère. Ce qui prime chez lui c’est à la fois sa volonté à la fois de plaire au big boss pour lui montrer qu’il est le meilleur et son désir d’être aimé par ses interlocuteurs.

 

Je l’ai lu aussi :

 

Dans son dernier livre, À nos enfants Bruno Le Maire confie qu’il n'a « jamais été aussi heureux dans sa vie professionnelle » qu’au Ministère de L’Agriculture.

 

Thierry Solère dit de lui «Bruno c’est un Chirac jeune, peut-être en moins excité, mais il finira président de la République». Au début de son parcours Chirac était perçu comme un froid technocrate, raide, avec ses sévères lunettes qu’il abandonnera pour casser cette image, le Bruno vient lui aussi de laisser tomber les montures. De son passage au 78 rue de Varenne il a retenu qu’il faut savoir tomber la veste, serrer des louches, prendre le temps avec les gars, boire une petite bière à l’issue des réunions. Le gros Raf note avec son gros bon sens charentais «Le Maire a réussi dans tous les postes où on pensait qu'il échouerait»

 

Dans son portrait « l'impossible Monsieur Le Maire » sur Slate Titiou Lecoq dévide la pelote «En gros, le type est spécialiste de tout. Lecteur du Cardinal de Retz, de Saint-Simon et de Proust», fan de Formule 1 –«Ma grand-mère maternelle était une des premières pilotes d’avion de sa génération. Passionnée de mécanique, elle m’a transmis ce virus en m’apprenant très jeune à conduire». «Il est féru de gastronomie française – qu’il a fait inscrire au patrimoine de l’Unesco – mais aussi italienne ou asiatique». Il aime Louise Bourgeois et les peintres contemporains allemands, il fait du tennis et du footing –il était en couv de Running Attitude en octobre 2013: «Il admire les pianistes Glenn Gould et Sviatoslav Richter, le chef d’orchestre Carlos Kleiber et relit Kafka ou Thomas Bernhard». Il est «fan de Thomas d'Aquin et de corrida». Et pour ajouter un peu d’exotisme à tout ça, quand il était étudiant, il a écrit deux romans pour la collection Harlequin, sous un pseudo anglais. Merci. N’en jetez plus. »

 

Gaël Tchakaloff, dans son livre, raconte un voyage, avec lui et son équipe, dans sa 508 (avant il avait une allemande) vers Pacy-sur-Eure dans son fief. Elle est à son côté, à la place du mort comme on dit.

 

« Au moment d’entrer sur l’autoroute, je suis déjà partiellement conquise. Il m’en faut peu. Emportée par son doux mélange de cérébralité, de culture, d’intelligence, et cette once de fantaisie, d’abandon, de douleur perceptible dans le dialogue, Bruno va se livrer dans une profondeur que je n’ai pas souvent rencontrée avec d’autres hommes politiques.

 

Kilomètre 25.

 

« La politique, ça écrase tout le reste de la vie, ça absorbe tout, ça prend tout, ça vole tout. Si je perds, j’aurai dilapidé tout ce temps, sans ma femme, sans mes enfants, en pure perte. »

 

Kilomètre 40.

 

« Il y a une légèreté, une insouciance dans la conquête du pouvoir que tu n’as jamais au pouvoir. Il n’y a aucune légèreté au pouvoir. Qui que ce soit qui gagne la primaire je ne serai jamais Premier Ministre, tant j’ai exposé mes différences.»

 

Kilomètre 50.

 

« La politique, ça attire les névrotiques. On l’est tous. Ce n’est pas la politique qui rend névrotique, on l’est avant, on s’y retrouve. Les deux névroses les plus courantes en politique, c’est le narcissisme, évidemment, et la haine de soi. Le pouvoir, c’est la guérison de la haine de soi. »

 

Kilomètre 55.

 

« Les hommes politiques, ils sont dépressifs ou alcooliques. Parce que la folie de la politique, c’est qu’il ne faut jamais voir les choses telles qu’elles sont, il faut se projeter au-delà, nier la réalité. Et, en même temps, il faut être lucide sur la réalité. Et, en même temps, il faut être lucide sur la réalité. C’est la dissociation permanente, le décalage entre ta réalité et ton rêve. Les deux ne coïncident jamais sauf le jour où tu es élu. C’est pour cela qu’après, ça crée la dépression. »

 

Kilomètre 80.

 

« Si je pouvais réécrire ma vie, j’aurais perdu moins de temps à devenir libre. »

 

 

Partager cet article
Repost0
7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 06:00
«Tout leur pognon part à la vinasse !» Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre…

« La TV est dangereuse pour les hommes.

 

L'alcoolisme, le bavardage et la politique en font déjà des abrutis. Était-il nécessaire d'ajouter encore quelque chose ? »

 

Louis-Ferdinand Céline, au cours d'un entretien avec Jacques Chancel paru dans le numéro 117 de Télé Magazine daté du 11 janvier 1958.

 

Chez Céline, le discours médical ou, plus exactement, celui de l'hygiéniste s'est souvent pris dans le délire du pamphlétaire. « Le père n'est même plus un homme, il est un mâle, la mère une femelle. Lorsqu'il boit, l'homme en est réduit à l'état de bête, une bête assoiffée, excitée. L'alcool entraîne une intensification de la violence déjà inhérente à la pauvreté et à l'univers misérable. »

 

En tout cas, il ne résout rien : « On a beau faire, on a beau boire, et du rouge encore, épais comme de l'encre, le ciel reste ce qu'il est là-bas, bien renfermé dessus, comme une grande mare pour les fumées de la banlieue » Voyage au bout de la nuit page 94.

 

« L'alcoolisme est en effet, à l'époque où Céline écrit Bagatelles pour un massacre, au centre des préoccupations de tous les partis politiques et l'on craint les conséquences néfastes des accords de Matignon de 1936 et des congés payés sur la consommation d'alcool dans le milieu ouvrier... »

 

Chez Céline c'est la recherche de l'efficacité qui prime. Cette attitude n'est pas sans rappeler ses conceptions en hygiène sociale et en médecine du travail. Celles-ci aboutissent sans aucun doute à l'établissement d'une société dirigiste et autoritaire...

 

« Je sais moi, ce qu’il a besoin le peuple, c’est pas d’une Révolution, c’est pas de dix Révolutions… Ce qu’il a besoin, c’est qu’on le foute pendant dix ans en silence et à l’eau ! qu’il dégorge tout le trop d’alcool qu’il a bu depuis 93 et les mots qu’il a entendus… » Bagatelles pour un massacre page 59

 

Rapport établi par la CGT« l'Alcoolisme en France »

 

« La France est le pays le plus fort consommateur d'alcool du monde...21 litres 300 d'alcool pur (...) La consommation de vin qui était avant 1900 d'environ 35 millions d'hectolitres annuels, devenue ces dernières années d'environ 50 millions d'hectolitres. Il est donc faux de dire que l'alcoolisme diminue, au contraire, il progresse...La répartition, l'habitude de boire a gagné les milieux féminins, certaines habitudes alcooliques sont devenues particulièrement tyranniques, par exemple celle de l'apéritif »

 

Voici la réaction de Céline dans Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p 92, à ce rapport : « Sur la question du casse poitrine, il est donc totalement officiel, tangible, palpable que le français ne craint personne (...) lecteur piteux, c'est possible, mais insupportable alcoolique (...) aucun sauvage, aucun civilisé non plus n'approche de très loin le français pour la rapidité, la capacité de pompage vinassier »

 

Les références de Céline à l'alcool, l'alcoolisme sont innombrables, en particulier le mot « vinasse » qu'il affectionne particulièrement et qui dénote le dégoût et le mépris qu'il éprouve envers l'ivrognerie.

 

Celle-ci, clinique d'abord, dans le Voyage au bout de la nuit, page 264, est inhérente à la condition misérable est déjà présente dans l'évocation de Rancy : « Cent ivrognes mâles et femelles peuplent ces briques et farcissent l'écho de leurs querelles vantardes (...) Dès le troisième verre de vin, le noir, le plus mauvais, c'est le chien qui commence à souffrir »

 

Dans l'entre-deux guerres, le discours dominant, en France, est la décadence du pays et au centre de cette décadence, la France des apéritifs :

 

« Le roi bistrot (...) qui souille, endort, assassine, putréfie » Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p.93

 

Lorsqu'il boit, l'homme en est réduit à l'état de bête, une bête assoiffée, excitée. L'alcool entraîne une intensification de la violence déjà inhérente à la pauvreté et à l'univers misérable. En tout cas, il ne résout rien : « On a beau faire, on a beau boire, et du rouge encore, épais comme de l'encre, le ciel reste ce qu'il est là-bas, bien renfermé dessus, comme une grande mare pour les fumées de la banlieue »

 

Céline et le vin

 

« Les textes inédits de Céline sont devenus rarissimes hors correspondances, ajoute Edouard Launet. En mai 2012, Artcurial avait mis aux enchères un manuscrit autographe de quatre pages daté de 1937 et titré «la Vigne au vin», destiné, selon l’auteur du catalogue de la vente, à aider Gen Paul qui s’était engagé à peindre une grande fresque de 100 personnages destinée au Palais des vins de France à l’exposition universelle de 1937. Cette apologie par Céline du vin et de l’esprit bachique était singulière, notait le Bulletin célinien, dans la mesure où l’ancien médecin hygiéniste s’était toujours revendiqué buveur d’eau et dénonçait l’alcoolisme. »

 

Un texte inédit de Louis-Ferdinand Céline aux enchères le 16 mai 2012 à Paris

 

La maison Artcurial mettra aux enchères un texte inédit de Céline le 16 mai 2012 à Paris.

 

Il s'agit d'un manuscrit autographe de 4 pages daté de 1937 titré « La vigne au vin », destiné, selon l'auteur du catalogue de la vente, à aider Gen Paul qui s'était engagé à peindre une grande fresque de 100 personnages destinée au Palais des Vins de France à l'Exposition Internationale de 1937. Une « apologie de Céline sur la vigne, le vin et l'esprit bachique » d'autant plus surprenant que le médecin hygiéniste s'est toujours revendiqué buveur d'eau et a toujours dénoncé les ravages de l'alcoolisme !

 

Extrait :

« Cette décoration murale a été conçue dans un esprit "allègre optimiste, dans une facture joyeuse. L'artiste a voulu représenter les diverses phases de la production du vin dans la gaîté. L'oeuvre entière est baignée, interprétée dans l'allégresse. Une représentation impassible, une description seulement objective de ces tableaux champêtre eut été absolument contraire à l'esprit même de la vigne. [...] tout à la vérité même de cent décorations. Il eut été facile et d'ailleurs tout à fait défendable de forcer encore les qualités bachiques de notre ensemble. Mais avec les [sacrifices] "classiques" auxquels nous nous sommes astreints nous jugeons que notre projet tout en tenant compte des traditionnelles exigences réussit à donner une saine et joyeuse impression des différentes étapes de ce jus-là... des pampres à la bouteille. La même oeuvre conçue par un buveur d'eau n'aurait eu sans doute que de tristes et sévères reflets mais l'auteur même de ces petits tableaux se vante d'avoir toujours heureusement et copieusement honoré la vigne. Il se juge trop heureux d'avoir pour l'occasion pu rendre un hommage combien mérité à la source de tous les courages ! A la fée bienfaisante des jours adverses et sombres. »

Partager cet article
Repost0
6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 06:00
La 1ière guerre mondiale ou l’accélération de l’alcoolisation française L’arrière-front « province de la gnole et du pinard »

Hier j’évoquais le front, sur lequel la corporation des veilleurs de notre Santé Publique, les addictologues en tête, et les défenseurs de la Dive bouteille, se livrent à une rude bataille depuis la fin du XIXe siècle.

 

Le socle historique de l’antialcoolisme dans notre pays doit être connu pour mieux comprendre le positionnement des uns et des autres.

 

Rappelons qu’en 1907, « le médecin Georges Clémenceau, alors Ministre de l’Intérieur, demande une grande enquête soit menée dans les établissements psychiatriques pour y déceler les alcooliques : 1 interné sur 7 serait alors concerné. D’autres enquêtes montrent qu’en 1914, la France serait le pays le plus alcoolisé du monde. Au cœur des temps difficiles de la Première Guerre mondiale, en 1915, l’absinthe est prohibée. »

 

Matthieu Lecoutre dans Le goût de l’ivresse Boire en France depuis le Moyen Âge (Ve-XXIe siècle) chez Belin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour lui, la Première Guerre Mondiale constitue un tournant concernant l’alcoolisation des hommes.

 

Il note que, pour Charles Ridel, « le goût donné aux soldats pour le « père Pinard » est le terreau d’un alcoolisme qui marque profondément la société française. »

 

« Henri Barbusse écrit à sa femme que le « pinard » est un mot consacré dans son régiment : en boire beaucoup est une habitude. C’est aussi en raison de sa capacité à s’enivrer que le sous-lieutenant Apollinaire est surnommé par ses soldats « Cointreau-Whisky »

 

« Les soldats reçoivent gratuitement de l’armée un volume précis de boissons alcoolisées (0,0625 litre d’alcool par jour, et 0,25 litre de vin par jour en 1914 et 0,5 litre de vin par jour en 1918). Mais les poilus consomment aussi une ration payée par les « ordinaires » (prime d’alimentation versée par compagnie), soit 0,25 litre de vin par jour en 1914 et 0,5 litre de vin par jour en 1918. Finalement, la ration règlementaire quotidienne se situe entre 0,5 et 1 litre de vin par jour. Mais il s’agit d’une moyenne de consommation minimale puisque s’ajoutent les volumes offerts pour les occasions exceptionnelles (les promotions, les célébrations, les permissions…) et ceux acquis par les soldats sur leurs propres soldes aux débits de boissons, aux coopératives ou aux camions-bazars installés au front. »

 

L’arrière-front « province de la gnole et du pinard »

 

« Depuis cinq jours tous mes héros sont saouls, ils courent les villages voisins, raflent le pinard, tombent dans les fossés, y perdent jusqu’à leur croix de guerre […]. C’est la rosée du matin qui les réveille vers 3 heures, ils rentrent se coucher en marchant sur les dormeurs. Se réveillent à la soupe, retournent au pinard, s’endorment, se réveillent, boivent encore, vomissent, retombent été recommencent et continuent. »

 

Le constat sur les dégâts d’une mise au repos de son bataillon, du sergent Henri Jacquelin, normalien, ancien maire de Quimper, le 5 août 1916.

 

Sans doute pour oublier les horreurs, la boue et la saleté des tranchées…

 

Le vin « représente un outil de fraternisation, de solidarité et de partage entre les soldats. Il sert à lutter contre la peur, l’ennui, les horreurs de la guerre. Parfois les soldats s’alcoolisent en en excès pour échapper au prochain assaut. »

 

Mais « Les autorités françaises comprennent rapidement que la consommation régulière de boissons alcoolisées au front leur permet de mieux contrôler les troupes.»

 

Mais « Le vin est également consommé pour écouler les stocks nationaux, suivant une démarche patriotique qui s’oppose au cliché d’Allemands buveurs de bière et d’alcools forts. »

 

Après la guerre, l’aliéniste Paul-Maurice Legrain proposera une alcoologie darwinienne : les alcooliques seront selon lui dégénérescents et affaibliraient héréditairement l’humanité.

 

Demain le combat de Louis-Ferdinand Céline, le Dr Destouches, l’hygiéniste pamphlétaire, contre « la vinasse ».

 

Noyer l’absurdité d’une guerre dans des flots d’alcool

 

Le « pinard » ou le sang des poilus

 

Avec 6 400 morts par jour chez les militaires — le double si l’on ajoute les civils —, la première guerre mondiale a été l’une des plus meurtrières de l’histoire. Pour tenir, les soldats français se sont bien souvent réfugiés dans l’alcool, encouragés par leur hiérarchie, qui veillait à ce qu’ils ne manquent jamais de « pinard ». En quelques années, le vin a ainsi gagné le statut de breuvage patriotique, paré de toutes les vertus.

par Christophe Lucand

 

ICI

Partager cet article
Repost0
4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 06:00
Photo de l'#Elysée. – avec Alain Ducasse.

Photo de l'#Elysée. – avec Alain Ducasse.

Monarchie républicaine, entend-on depuis l’intronisation de Macron, les fastes de la galerie des glaces de Versailles, posture jupitérienne… notre vieux pays aurait toujours les yeux de Chimène pour un Roi.

 

Notre jeune et sémillant Président, dans son approche pragmatique, va sûrement, dans les temps futurs, conférer au vin à sa table un positionnement stratégique, en faire une arme diplomatique.

 

Plus que les habituelles postures, qui ne varieront pas d’un pouce, des hauts défenseurs de notre Santé Publique et des chantres du vin est bon pour la santé, l’ondoyant Emmanuel se servira sans états d’âme de ce que le vin peut apporter à ce que le Général appelait la grandeur de la France.

 

Dans notre vieux pays françois, le rituel de la boisson a toujours participé à la distinction et à la mise en scène du POUVOIR.

 

Le texte qui suit, de la plume d’Olivier de la Marche, Estat de la maison du duc de Bourgogne, 1474, véritable présentation de l'étiquette en usage à la cour bourguignonne, il s’agit de Charles le Téméraire, montre la concurrence entre les cours de France et celle de Bourgogne.

 

« Quand la table est couverte, le panetier arrivé et son matériel installé, l’huissier de salle va chercher l’échanson qui doit servir ce jour-là et le mène l’échansonnerie où le garde-huche lui donne le gobelet couvert, qu’il prend de la main droite. Dans la gauche il tient une tasse avec l’équipement des bassins, pots, aiguières pour le prince, avec l’aide du sommelier qui les lave et nettoie. Puis il met tout ceci dans les mains du sommelier qui les lave et nettoie. Puis il met tout ceci dans les mains du sommelier qui donne le gobelet à l’échanson, ce dernier se mettant derrière l’huissier de salle, qui doit porter les bassins pendant dans sa main gauche. Après l’échanson vient le sommelier de l’échansonnerie qui doit porter dans sa main droite deux pots d’argent, contenant, l’un le vin du prince et l’autre de l’eau.

 

[…]

 

Le sommelier doit porter en sa main gauche une tasse, et pas plus, dans laquelle on doit coucher l’aiguière pour servir de l’eau. La tasse que porte le sommelier lui sert à faire l’essai que l’échanson lui donne. Ensuite le sommelier va vers l’aide qui doit porter les pots et les tasses destinées au buffet.

 

[…]

 

Lorsque le prince est venu et le couvert mis… le maître d’hôtel appelle l’échanson, qui alors abandonne la table et va au buffet. Il y trouve les bassins couverts que le sommelier a préparés, les prend et donne l’essai de l’eau au sommelier. Puis il s’agenouille devant le prince, lève le bassin qu’il couvre de la main gauche et verse sur le bord de celui-ci l’eau de l’autre bassin, enfin en donne créance et essai. Il donne à laver de l’un des bassins et recueille l’eau de l’autre et sans les recouvrir, rend les deux bassins au sommelier. Ceci fait, l’échanson se met devant le gobelet et regarde le prince, si attentivement que le prince ne doit demander le vin que par signe [… puis] il prend ensuite le gobelet en main ainsi que la tasse en tenant le gobelet élevé, afin que son haleine ne l’atteigne point. L’huissier de salle lui ouvre alors la voie et, lorsque le sommelier le voit arriver, il emplit son aiguière d’eau fraîche et rafraîchit l’extérieur et l’intérieur du gobelet que l’échanson a dans sa main. Puis il prend une tasse de la main gauche et le pot de bouche de la droite ; d’abord il verse dans la tasse qu’il tient, puis dans le gobelet ; il prend ensuite l’aiguière et verse dans la tasse ; enfin il tempère le vin dans son gobelet, selon ce qu’il sait et connaît du goût du prince et de sa complexion.

 

[…]

 

Le vin tempéré, l’échanson verse de son gobelet dans la tasse qu’il tient, puis recouvre le gobelet en tenant le couvercle entre les deux petits doigts de la main avec laquelle il tient la tasse, jusqu’à ce qu’il ait recouvert le gobelet et donné ce qu’il a versé dans sa tasse au sommelier. Il le met dans la sienne, et le sommelier doit faire l’essai devant lui. L’échanson porte ainsi le gobelet au prince, le découvre, met du vin en tasse, recouvre son gobelet et fait son essai. Quand le prince tend la main, l’échanson lui donne le gobelet découvert et met la tasse sous le gobelet, jusqu’à ce que le prince ait bu, ceci afin de préserver la décence du prince et de ses habits ainsi que la magnificence que l’on doit au prince plus qu’aux autres. »

Le service du vin à la cour de Bourgogne, le poids diplomatique du vin à la table d’Emmanuel Macron
Partager cet article
Repost0
30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 06:00
Snipers : « Tirez sur les cavistes naturiste ! »

Le noyau dur des cavistes naturistes pratiquent le dégagisme, un dégagisme radical, sans concession, pur et dur, entourés de leurs litrons nus rangés sur des étagères de bois brut, pur jus d’un raisin indemne de toute poudre de perlin pinpin, foulé aux pieds nus de vigneronnes accortes, fruit d’un dur travail à la main dans des chais monastiques, face à leur écran fabriqués très loin, en attendant le client, ils dézinguent à la sulfateuse les oligarques, les hiérarques, c’est un vrai massacre sur face de Bouc.

 

Comme vous vous en doutez la séquence présidentielle exacerba l’ire des têtes de pont du dégagisme naturiste. Ça chauffait à blanc sur Face de Bouc, les snipers guettaient les mécréants, chacun d’eux affutait ses flèches, pas de pitié, feu sur le quartier général.

 

Majoritairement mâles, certains d’eux sont accouplés et, ce qui devait arriver, arriva le soir des résultats du premier tour de l’élection présidentielle.

 

La tension qui couvait, dans un couple de cavistes dont je tairai le nom, entre le mari et la femme, depuis que les primaires avaient dégagé du paddock tous les vieux chevaux de retour et que le jeune Macron caracolait en tête pendant que le Mélenchon entamait une remontada digne du Barça.

 

Elle en pinçait dur pour le bel Emmanuel alors que lui, insoumis congénital, déclarait chaque jour sa flamme au leader maximo ou à son hologramme.

 

Le soir du premier tour, lorsque les sondeurs affichèrent leurs prévisions mettant Macron en pole position devant la châtelaine de Montretout, et que même le collectionneur de costards expulsait le Jean-Luc du podium, le drame se noua.

 

Elle voulut ouvrir une bouteille de Dom Pé millésimé pour fêter la qualification de son poulain alors que lui psalmodiait devant son écran plat : « Il n’a pas fini sa remontada… »

 

Lorsqu’ils passèrent enfin à table voilà ce qui arriva :

 

« Le cèleri rémoulade était dégueulasse, et ma femme vraiment trop mauvaise cuisinière, je n’en pouvais plus, j’ai tiré. Elle est tombée, net, sans crier, ses yeux se sont juste un peu écarquillés, du genre qu’est-ce qui t’arrive ? Elle avait l’habitude de mes blagues, j’étais d’un naturel taquin, mais, assez vite, elle a compris que je ne plaisantais pas, et sa tête a lâché sur le côté. Cette fois, elle avait tout oublié, fini !

 

J’ai bu une gorgée de rouge maison, du 95, une de mes meilleures années. Il était vif, avec une pointe de brioche dans le nez. J’étais content. Bien sûr, ma femme encombrait un peu la cuisine, mais elle ne bronchait pas, et elle n’avait pas tergiversé longtemps, une chance, j’aimais les choses sans bavures.

 

C’était dix heures du soir, début mai, il faisait nuit depuis longtemps, j’ai jeté le céleri rémoulade à la poubelle, ma femme n’avait jamais su faire une mayonnaise acceptable, j’aurais dû réagir bien plus tôt, mais on est tous pareils, on laisse traîner les choses. Pour ma femme, j’avais tardé par flemme, par faiblesse. Arrangeant, j’avais appris à compenser, j’allais souvent au restaurant et il m’arrivait même de me mettre aux fourneaux. Le comble.

 

Je me suis servi un kir, avec de la vraie crème de cassis, que je vais spécialement acheter à Dijon chaque année à un producteur, autant dire que c’est de la vraie, pas du sirop, un kilo de fruits, un litre d’alcool à quatre-vingt-dix degrés, un kilo de sucre pour la macération litre d’eau pour faire cuire à peine deux minutes, mais on ne la sent pas la flotte. Cet élixir particulièrement couillu, moins sucré que la recette de base, ne pouvait une seconde être confondu avec de la confiture, non. De la diva emportée par l’alcool dans un grand orchestre symphonique, le gars qui faisait ça était un artiste, pas comme ma femme… »

J’arrête de décoconner sur le dos de ces braves travailleurs, nouveaux forçats d’une société ultra-libérale qui s’échinent à fourguer des vins à poils à de braves jeunes gens qui mangent des pissenlits par la racine en poussant sur les trottoirs des landaus profilés Mac Laren, pour rétablir la vérité.

 

Toutes mes citations sont tirées d’un petit polar de :

 

Chantal Pelletier : Tirez sur le caviste (Éd.Pocket, 2013)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ce vigneron bourguignon est un gastronome. Ou plutôt un maniaque de la bonne cuisine, un « tatillon de la papille ». Un jour, il abat sa femme, qu’il estime mauvaise cuisinière depuis trop longtemps. Elle manquait autant de talent culinaire que de goût vestimentaire. Cacher le cadavre n’est pas un problème : les caves du vigneron sont vastes et équipées. À son ouvrier Christian, un peu simplet, il dit que son épouse est partie au Rwanda. L’humanitaire, c’était la passion de sa femme. Il finit par se convaincre qu’elle y effectue vraiment une longue mission.

 

À Macon, le vigneron croise par hasard une jeune paumée, Aline. Cette fille, il devine que c’est une cuisinière douée, l’aubaine du gourmet. Elle est réticente quand il veut l’engager, mais accepte. Au début, il doit la mater, l’adapter à ses horaires et à ses désirs gustatifs. Au besoin, une torgnole la remet dans le droit chemin. Christian va aider Aline pour le jardin. On y cultivera légumes et plantes nécessaires aux mets à venir. Puisqu’on collecte des vêtements pour le Rwanda, le vigneron charge Aline de trier ceux de son épouse, avant de les expédier.

 

Les artichauts à la barigoule ratés, ce n’est pas plus appétissant que de la pâtée pour chiens. À cause de ce plat infect, le vigneron s’énerve. Il sort son flingue, visant la jeune cuisinière. Il ignore que, si tout le monde a un passé, celui d’Aline fut très particulier… La pulpeuse Vanessa avait des projets au Portugal. Avec son amante, elles braquèrent un caviste afin d’avoir le fric pour le voyage. Elles claquèrent cet argent dans un hôtel de Macon. Finalement, Vanessa fila seule vers Lisbonne, abandonnant sa compagne. Cette dernière fut embauchée par le vigneron, qui exploita ses capacités culinaires. Elle économisa son salaire pour rejoindre Vanessa. En triant les vêtements de la femme de son patron, elle fit une belle trouvaille... »

 

Le portrait de ce gastronome égoïste est un régal : « J’avais effectivement tendance à être un peu intransigeant avec la nourriture, ce qui me paraissait normal (…) je mangeais quatre fois par jour, je ne voyais pas pourquoi il aurait fallu que je cauchemarde des milliers de fois par an. »

Partager cet article
Repost0
28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 06:00
« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone

« Cela fait dix ans que Nina Simone a cessé de chanter. Elle l'a fait jusqu'à son dernier souffle, toujours révoltée, incroyablement émouvante de vérité, d'excès et de folie. Eunice Waymon, de son vrai nom, s'est tue à 70 ans, le 21 avril 2003, dans sa maison, près d'Aix-en-Provence.

 

Les causes de sa mort n'ont jamais été éclaircies. Son manager a juste lâché: « Elle ne se sentait pas très bien depuis quelque temps. » Ce flou artistique qui entoure les derniers jours de la grande chanteuse et pianiste afro-américaine fascinait depuis longtemps Gilles Leroy. Prix Goncourt 2007 pour Alabama Song -inspiré par Zelda Fitzgerald-, l'écrivain s'identifie encore une fois à une femme complexe et livre Nina Simone, roman, une fiction fondée sur des vérités glaçantes. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je le lis en ce moment.

 

« Quand on entre dans le livre, rien ne se passe comme prévu. On pense y entendre la reine noire en mousseline blanche, droite comme un I, chanter «I Put a Spell on You» de sa voix unique qui était tout à la fois: puissante et blessée, chaude et glacée, mâle et femelle, liquide et rocailleuse - une voix de jeteuse de sorts.

 

Au lieu de ça, on se retrouve dans une «grosse maison de vacances bourgeoise sans style ni inspiration», il y a de l'eau croupie dans la piscine, et Nina Simone, dans la pénombre, n'est plus qu'«un corps grand et massif» qui maugrée, rit comme une damnée, puis demande qu'on lui achète «deux bouteilles de Bailey's, deux bouteilles de gin et un pack de Schweppes».

 

Elle ronfle en écoutant Bach, Chopin et Debussy. Elle a le fisc américain sur le dos. Elle a tiré au revolver sur un môme venu faire l'andouille dans son jardin. Splendeurs et misères d'une chanteuse géniale. C'est «Sunset Boulevard» à Carry-le-Rouet. »

 

La suite ICI 

 

Quelques notes de lecture:

 

Son pseudonyme

 

« Charity a tranché il me fallait un nom de scène et nous y avons passé une soirée entière. Le prénom Nina m’est venu en souvenir d’un flirt latino, Chico, qui me surnommait Niña, fillette. Charity a dit de supprimer le tilde, et j’ai suivi son conseil. Ce nom de Simone est arrivé plus tard. J’ai resongé à cette actrice française, Simone Signoret, que je trouvais sublime et qui m’attirait pour des raisons que je n’aurais su dire, que j’ai comprise ensuite. Simone, Charity a trouvé ça très chic, très sophistiqué. »

 

Son en-cas favori

 

« Ricardo sait maintenant comment la faire manger quand elle voudrait seulement boire : il grille des tranches de pain frottées d’ail, les couvre d’anchois marinés ou de poutargue, puis il arrose d’huile d’olive. Miss Simone adore. Elle mange en s’en foutant partout, mais les taches d’huile sur la robe c’est le problème de Wendy. »

 

Le jazz

 

Pardon d’insister, mais que reprochez-vous au jazz 

 

N.S. – Si je lui reproche une chose, c’est d’être un concept de Blanc. Pour la plupart des Blancs, jazz égal Noir, et Noir égale crade. C’est pour ça que je n’aime pas ce mot, et Duke Ellington ne l’aimait pas non plus. C’est un terme qui sert juste à identifier les Noirs, à les stigmatiser.

 

- Comment expliquez-vous alors que les Blancs eux-mêmes aient versé dans le jazz ? Que de jazzmen blancs soient salués dans le monde entier ?

 

N.S. – Je ne me l’explique pas car c’est juste de la connerie ! Seuls les Noirs peuvent en faire. Certains Blancs parviennent à nous imiter pas trop mal. Mais ça reste ennuyeux et plat comme une copie. L’exception c’est Debussy, le premier musicien blanc qui ait écouté le jazz et l’ai assimilé dans sa musique. Je dis bien assimiler, pas édulcorer, pas chercher à faire cet affreux jazz d’ascenseur qu’on entendra par la suite. Debussy et moi, on a fait la même chose, mais en sens inverse. Ce génie avait compris qu’on est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave. Que c’est sans espoir. Que c’est même assez prétentieux, si on y réfléchit. Regardez ce pauvre Woody Allen, qui se couvre de ridicule avec sa clarinette astiquée par la bonne. »

 

Son premier grand succès

 

« La presse était dithyrambique, les meilleurs papiers que j’aie jamais eux de toute ma carrière. En même temps que la consécration artistique de Town Hall, j’ai connu mon premier tube. Un copain blanc, DJ dans une radio de Manhattan, m’avait signalé que ma version de I Loves You Porgy était en très bonne position dans plusieurs hit-parades du pays ; je ne mesurais pas ce que ça voulait dire, concrètement, jusqu’au jour où j’ai reçu un chèque de dix mille dollars. »

 

Sa définition du génie

 

N.S. – Le génie c’est indicible. J’avais deux ans et demi la première fois que j’ai tiré une mélodie d’un clavier. C’était un spiritual en clé de fa que jouais ma mère, que j’avais appris à force de l’entendre. Mes parents sont tombés à genoux en me voyant jouer ce truc sur l’harmonium de la maison. « C’est un don de Dieu, ils criaient, un don du Ciel », et ils se signaient. J’ai commencé le piano à trois ans et je travaille la théorie musicale depuis que j’en ai six. Tu sais ce que c’est, l’oreille absolue ? Les génies travaillent pour discipliner ce don reçu de Dieu. Arthur Rubinstein et Maria Callas étaient dans mon cas

 

- Vous pourriez développer ?

 

N.S. – Dès l’enfance, on travaillait. Nous sommes si peu à avoir hérité ce don du Ciel. Le devoir, quand tu en hérites, c’est de travailler, de le faire fructifier. Le génie, c’est de travailler dès l’enfance, jusqu’au sacrifice de soi. Il y a eu Callas, il y a eu Rubinstein, il y a moi. Après moi, il y a David Bowie et c’est tout.

 

Le concert de Nîmes

 

« Quand miss Simone fait son entrée en scène, huit mille personnes se dressent dans les gradins pour l’ovationner. « Merci », dit-elle en saluant, mains jointes sous la clameur. »

 

[…]

 

« Le soleil se couchait lorsque miss Simone à entamer Ne me quitte pas. Dans un silence d’église, précisément, les gens ont allumé les bougies qu’ils avaient sur eux et l’artiste leva les yeux vers les gradins illuminés. Sans quitter des doigts le clavier, elle pivota sur son tabouret et embrassa la nuée vacillante des flammèches. Comme transportée par la beauté de tout ça, Miss Simone a levé la tête vers les cintres où le ciel étoilé transparaissait.

 

Alors, on entendit que Miss Simone pleurait, la voix étranglée de sanglots. Huit mille personnes ont pleuré avec elle. »

« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone
Partager cet article
Repost0
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 06:00
L’INAO mange encore son chapeau et se fait renvoyer au Bain, Alexandre bien sûr !

Ce vendredi matin post-ascensionnel, Me Morain, le célèbre avocat naturiste, la diva des chais indemnes des poudres de perlin pinpin, le défenseur inlassable des causes perdues des vignerons rebelles terroiristes, de la lignée des stars du Barreau, tels les Floriot (1), Moro-Giafferi... 

(1)«N'avouez jamais» est un conseil néfaste en justice, mais toujours excellent en amour »

... grand amateur de bonne chère, de jus nus aux fragrances étranges et de barreau de chaise roulés sur les cuisses d'ardentes cubaines,  m’a fait rugir de plaisir en communiquant sur Face de Bouc ceci :

 

« Le Tribunal administratif de Dijon vient d’annuler la décision rendue par l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui avait brutalement retiré à Alexandre Bain, viticulteur bio à Tracy-sur-Loire, son agrément d’appellation Pouilly-Fumé.

 

C’est une immense victoire pour tous les viticulteurs producteurs de vins bio et naturels qui se battent chaque jour contre un système absurde et bureaucratique.

 

Il est grand temps que l’INAO les entende et cesse d’être le « bras armé » de baronnies locales cadenassées par les conflits d’intérêts et les jalousies.

 

Alexandre Bain récupère donc le droit d’apposer la mention Pouilly-Fumé sur ses bouteilles des millésimes 2014 et 2015 et sollicitera son agrément pour les millésimes à venir en espérant ne pas se heurter de nouveau à une opposition très peu confraternelle…

 

Et merci à Viaduc, son fidèle complice! »

 

Et moi de chanter, comme les Dupont&Dupond dans leur Citroën Torpédo 5CV 1924 au début de «Tintin au pays de l'or noir», sur l’air de «Boum!» de Charles Trenet : «Boum, quand vot' moteur fait boum... la dépanneuse Simoun... viendra vers vous en vitesse».

 

Ce n’est pas très charitable de ma part, comme tirer sur une ambulance, mais, que voulez-vous, pour tirer l’INAO de l’ornière dans laquelle il s’est précipité, je ne vois pas mieux qu’une dépanneuse.

 

En effet, ça devient un phénomène récurent : l’INAO se fait régulièrement retoquer par les juges. N’y aurait-il pas une certaine forme de suffisance du côté des juristes de Montreuil ?

 

La vieille alchimie qui avait prévalu pendant des décennies s’est dissoute dans la bureaucratie et le conservatisme syndical. Tout ce beau monde devra redescendre sur terre, se reconnecter au terrain et, surtout, utiliser ses moyens à d’autres fins que celles utilisées ces derniers temps.

 

Sanction disproportionnée, sans être tout à fait mauvaise langue ça sentait la peine pour l’exemple afin de faire rentrer dans le rang une forte tête, le sieur Bain Alexandre.

 

Le vieil Institut en poussant les dissidents vers les Vins de France se tire une balle dans le pied et le couple AOP-IGP vers le bas en les ravalant à des vagues signes de qualité répondant à des minima.

Partager cet article
Repost0
26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 06:00
Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête

« J’ai un penchant pour le caché, l’invisible. Une ruelle discrète ? Il faut que je l’explore. Un porche entrouvert ? Je dois m’y faufiler. Un jardin bruissant derrière une vieille muraille me poussera toujours à l’escalade, car rien n’est plus émoustillant, plus gouleyant, plus enivrant qu’un poumon de verdure emprisonné dans un carcan de pierre. D’une manière générale, je goûte ce que l’on ne voit pas (du moins pas forcément), j’aspire à ce qui est secret. J’ai même pour habitude de citer en maxime cette phrase de Dominique de Roux : « Le secret doit exister, ce n’est pas un vide que l’on cache. »

 

Quel rapport avec la viande, me direz-vous ? Avec la viande je ne sais pas ; avec les abats, cela me semble clair comme de l’eau lustrale. Les abats sont le coeur secret de la gastronomie carnivore, son jardin caché, sa parenthèse enchantée. Tapis aux tréfonds des carcasses, discrets comme des conspirateurs, négligés par certains, méprisés par d’autres, ils sont de ces merveilles qui se méritent. Ils illustrent parfaitement ce goût du mystère et du secret. Combien de fois ai-je vu la grimace dégoûtée d’une bouche articulant sans grâce : « Tu aimes les abats ? Beurk. lire ICI » Que répondre à cela ? Rien. Rien du tout. Les abats sont comme un club, un aréopage, qui ne s’offrent pas au premier venu. Une aristocratie. Quelle plus grande noblesse que le ris de veau ? Quoi de plus élégant qu’une fraise, un chaudin ? Et que dire de l’andouillette, mon péché mignon, ma petite reine, dont la rusticité et les fragrances stercoraires ont provoqué maintes polémiques chez mes voisin(e)s de table, soi-disant incommodé(e)s par l’aspect et le fumet.

 

Mais avec les abats, il est bien question de vue, d’odorat. Les cinq sens sont toujours au rendez-vous, et là il n’est plus question de mystère, de secret caché. Tout est « à vue ». Au contraire, on dévore ce qui est parfaitement visible, ce qui est authentiquement extérieur, exotérique. Qu’est-ce qu’une « tentation de Saint- Antoine », sinon un groin, une oreille, un pied, et une queue ? (le tout délicieusement grillé, sans jamais perdre son esprit). Et la mamelle : charmante et suave pellicule encore laiteuse, qu’on déguste poêlée ou en pressé. Et la langue, véritable mise en abyme du goût. Goûter le goût même de la bête, n’est-ce pas là une promesse de joies inattendues ? On se fond dans l’animal, on communie avec lui par un spiritisme gustatif. On l’embrasse à pleine bouche. Ultime palot avant la digestion. Je ne vais pas dresser une liste (passionnante mais fastidieuse) des mille et une merveilles que réserve la triperie. Car il faudrait passer des abats aux abattis ; parler des issues, du cinquième quartier ; employer des termes désuets et intrigants. Je me contenterai seulement de vous inviter à l’exploration. Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête. Glissez-vous sous la panse, égarez-vous dans les viscères, abandonnez-vous aux folles joies de la tripaille. C’est une odyssée sans espoir de retour : l’horizon du nouveau monde. »

 

Bon voyage

 

Sus à la tripe !

 

Nicolas d’Estienne d’Orves

 

4 octobre 2011

 

Tous les jours pendant cinq semaines, la Règle du Jeu vous propose la contribution de 35 écrivains, artistes et personnalités diverses au journal Louchebem sur le thème de la viande.

 

« Ceux qui ont eu la chance de l'approcher savent que ce garçon charmant qui manifeste en matière vestimentaire un goût certain pour les tenues voyantes a du talent à revendre. Après lui avoir décerné le prix Nimier en 2002 pour Othon ou l'Aurore immobile, les puissants du monde littéraire ont fini par ranger ce «dingue absolu», pour reprendre les mots de Yann Moix, dans la catégorie «auteur de littérature de genre», ce qui signifie peu ou prou «infréquentable»

 

« Avec La Dévoration, (en 2014) neuvième roman au titre joliment impropre, NéO assure. Pas rassure. Il est encore question de viande sanguinolente, d'exécutions, d'amour monstre dans cette histoire. Mais chaque pièce du puzzle a sa raison d'être, sa pertinence, chaque élément s'emboîte grâce à une écriture fluide, agréable. »

 

«La souffrance est mon jardin. La douleur porte mes mots. Je ne vois là ni fatalité, ni complaisance. Telle est juste ma nature: je suis chez moi dans le carnage.» Et il ajoute: «Je garde le nez vissé à ma sanglante marmelade. Puisque son fumet enivre, pourquoi changer de recette?»

 

« Page 33, le roman change de cap. Nous voici transportés en 1278 à Rouen, où un boucher nommé Rogis se trouve confronté à un dilemme des plus intéressants: être exécuté, voir son nom sali à jamais et sa famille condamnée à la misère ou devenir bourreau. Ce court chapitre sera suivi d'autres qui composent sur sept siècles la saga des Rogis, bourreaux de père en fils. »

Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête
Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents