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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 00:02

Désalcooliser totalement un vin pour moi c’est le castrer, le châtrer, l’émasculer. La castration est une privation. En effet, ainsi mâles ou femelles, par ablation, se voient privés de la faculté de se reproduire. Très tôt, en cette Vendée où le sexe était péché, grâce à mon pépé Louis, grand éleveur de beaux bœufs charollais,
http://www.berthomeau.com/article-6111806.html, j’étais très expert en ce domaine : castration, copulation et vêlage, alors que bien évidemment la moindre allusion à notre sexualité m’aurait valu une quasi-excommunication. Mais, en ce temps-là, j’étais bien loin de me douter que ce qui transformait les bouillants taurillons en paisibles bœufs, se pratiquait en Chine pour les eunuques « gardien de harem » (70 000 sous la dynastie Ming, ils n’étaient plus que 412 lorsque la fonction sera supprimée en 1912 cf. Le dernier empereur le film de Bertolucci) et pour les castrats jusqu’au XIXe siècle dans l’Italie « reine de l’Opéra » toute proche. Je dois avouer que ça aurait pu transformer mes rêves en cauchemars dans la mesure où la nature m’avait doté d’une superbe voix de soprano que j’ai perdu, bien sûr, lors de ma puberté.

Vous comprendrez donc aisément que j’ai fait un coup de sang lorsque passant le long du rayon vins de mon Monoprix mon regard aiguisé tombait sur une étrange bouteille à collerette, noyée dans la masse des vins, affichant toute honte bue : « Tous les plaisirs du vin SANS ALCOOL » www.icone-vins.com . Je m’en empare et je lis la contre-étiquette « Boisson issue de vin désalcoolisé. À déguster tout au long de la journée, bien frais, avec ou sans soif » Je continue ma lecture « Son bouquet enchante les saveurs épicées du Sud » Pourquoi pas, je ne suis pas borné. La suite me braque « Le vin est naturellement riche en antioxydant et vitamines. Cette boisson vous apportera tous les bénéfices du vin sans ses inconvénients. Après ouverture, conserver la bouteille au frais, mais la finir n’est pas un péché ! » C’est quoi ce baratin médicalisé ripoliné à la sauce à l’eau bénite. Pourquoi pas l’obtention d’indulgences plénières ! La suite me fait plutôt rire : « À consommer très frais » ça laisse augurer le goût de sirop… Tiens y disent qu’il y a une DLC mais elle n’est indiquée nulle part. Enfin, la composition : boisson issue de vin désalcoolisé, sucre, antioxydant (vitamine C) contient des sulfites. Reste à « déguster » cet ICÔNE désalcoolisé.


Bouchage à vis. Couleur saumonée. Nez désagréable : odeur de barrique mal lavée. En bouche, le produit est très frais, aucune sensation ni agréable, ni désagréable, une grande platitude avec en fin de bouche une sensation légèrement sucrée (moins que le jus de raisin. Ce n’est pas rafraîchissant car la note finale de sucrosité empâte le palais. Pour ma part je préfère largement ma BRSA.

 http://www.berthomeau.com/article-21565135.html pour me désaltérer et sans vouloir tirer sur une ambulance je ne vois pas l’intérêt qu’il y a à cultiver de la vigne, à vendanger, à vinifier pour aboutir à un tel résultat. C’est un gâchis économique et écologique. Désolé d’être aussi dur mais je ne comprends pas qu’on puisse mettre sur le marché un tel produit qui est de vide de tout ce qui fait le bonheur du vin. Mieux vaut boire de l’eau.

Pour moi une boisson sans alcool qui à l’ambition de rafraîchir est une BRSA ou un jus sucré et elle n’a qu’à aller planter ses choux dans le rayon ad hoc. Le baratin « médicalisé » n’autorise pas à adopter tous les codes du vin : bouteille, étiquette pour tenter une percée chez les consommateurs de vin avec un discours qui dévalue le vin. Il faut cesser de faire accroire que l’ingestion exagérée d’alcool est liée à la teneur en alcool de la boisson. C’est faux. Que certains consommateurs soient à la recherche de vins moins alcoolisés c’est une tendance liée au mode de vie sédentaire de la majorité des urbains mais il me semble qu’il y a une barrière à ne pas franchir : celle qui nous mènerait hors du domaine du vin. La démarche de Listel avec son Pink à 9° me semble intéressante mais quand je lis ce que dit en rigolant Vincent Pugibet, du domaine de la Colombette dans l’Hérault, « avec un vin à 13°, on n’est plus franchement efficace à 13 H 30… » je reste profondément dubitatif car on semble toujours considérer le vin comme l’accompagnant obligé du repas de midi. Les temps et les modes de consommation changent. Est-il efficient économiquement de passer par la vigne pour obtenir une boisson industrielle qui n’aura jamais les moyens de se battre dans la cour des softs drinks. Quand on pense que Pernod-Ricard a vendu Orangina au groupe Cadbury (Schweppes) faute de disposer des moyens de pouvoir en faire une marque mondiale me semble révélateur. Qu’il y ait des niches pour des produits innovants je suis le premier à le reconnaître mais faire accroire que la désalcoolisation totale ou très importante constitue un débouché essentiel pour le vignoble est une erreur.

Vous pouvez écouter en prime ce que disait le professeur Mac Leod sur France Inter à propos du goût, c'est très instructif et en rapport aussi avec ce qui précède
http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/SEPTNEUFWE/SEPTNEUFWE20080928.ram

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 00:02

À l'office, assise sur une chaise paillée, égrenant un chapelet aux grains usés, une déjà vieille, vêtue de noir, m'accueillait avec un large sourire édentée. « Mon petit gars, je suis la nounou de Jean-Edern, qu'est-ce-que je peux faire pour ton service ?
- Ne vous dérangez pas je vais me servir un verre d'eau.
- T'es bien le premier que je vois boire de l'eau dans cette maison...
Je lui trouvais un air de famille ce qui m'amenait à lui poser une question que d'ordinaire je me serais bien gardé de poser.
- Vous êtes née où madame ?
- En pays bigouden, à Pouldreuzic, je suis gagée depuis l'âge de 14 ans et y'a ben longtemps qu'on ne m'a pas donné de la madame. Ici, c'est Yvonne par ci, Yvonne par là, y'a que ma grande ficelle qui continue de m'appeler Lolo Bellec. Faut vous dire que je suis une Le Bellec, la douzième, et que je sais plus à quel âge il a arrêté de me téter ma grande ficelle. Quand il est fin saoul, comme l'était si souvent mon père et mon bonhomme, y vient pleurer dans mon giron et y me dit que j'suis bien la seule qui l'aime.
- Vous avez eu beaucoup d'enfants ?
- Non mon petit gars, trois seulement, un par an avant que mon bonhomme se fasse écraser par un wagonnet dans la ligne Maginot. Que des gars, y font des cochons au pays et leurs femmes font leurs commissions en auto. Y viennent jamais me voir. Z'ont honte de moi, j'suis qu'une bonniche pour eux, alors le soir je dis des chapelets pour mes petits enfants.
Je m'étais assis en face d'elle. Le temps passait, hors du temps je l'écoutais dévider ses souvenirs en pensant à ma mémé Marie.

Au-dessus de ma tête une sonnerie à mi-chemin entre le grelot et la clochette d'enfant de chœur me tirait de mes rêves éveillés. Yvonne soupirait « C'est son heure. Avec lui c'est réglé comme du papier à musique. Après ses galipettes c'est, comme y'me dit toujours de sa belle voix, Champagne ! » En l'écoutant je me tordais le cou pour observer le panneau d'où provenait la stridulante injonction ; une petite merveille en loupe de noyer sertie de cuivre avec, sur deux rangées, des ampoules rouges et des sonnettes surmontant des plaques de porcelaine où, en écriture romaine, était indiqué le lieu de provenance. L'ampoule clignotait au-dessus de « Bibliothèque ». Yvonne se relevait pesamment pour aller ouvrir la porte supérieure d'un frigo, façon boucher, encastré dans le mur qui faisait face à la lourde cuisinière de fonte encadré par un grand évier de granit et un plan de travail en bois patiné. « Même s'il a drôle de manières que notre religion réprouve cet homme, mon garçon, est bon et généreux. Lui quand il m'appelle Yvonne je n'ai pas le sentiment qu'y me traite comme un vieux torchon. L'a des yeux qui rient. Y prend, comme toi, le temps de me causer. Et puis, y trouve toujours l'occasion de me donner la pièce. Y m'dis, Yvonne « achetez-vous un beau foulard pour aller avec vos prières ». Le rit avec ses belles dents. Jamais moqueur, un peu taquin, y fait toujours attention à moi... » Les bras chargés du magnum, trainant ses savates, Yvonne Le Bellec, sur le pas de la porte, me lançait, sans même se retourner, « et si vous veniez avec moi je suis sûr que ça lui ferait plaisir... »

Pour nous rendre à la bibliothèque, afin d'éviter les pièces où se tenait la réception, Yvonne nous fit passer par le jardin. Sous la lumière crue de la pleine lune les gravillons blancs des allées, tels des amas de vers luisants, traçaient d'étranges filaments sur la masse sombre des massifs. Nous contournions l'hôtel par la droite et nos pas désaccordés résonnaient dans l'étrange amphithéâtre formé par les immeubles avoisinants qui découpaient dans le ciel blafard d'inquiétantes figures sans relief. Provenant d'une porte-fenêtre ouverte l'écho d'une voix reconnaissable entre mille me faisait sursauter. Coup au plexus solaire, je marquais un temps d'arrêt. Yvonne s'inquiétait « z'êtes où ? » Me tirer ! Fuir. J'hésitais. La voix interpellait Yvonne qui se tenait sur le petit perron donnant accès à la bibliothèque : « Alors sainte femme, j'espère ne pas avoir interrompu votre Rosaire ! Ne restez pas plantée dehors, entrez donc dans ce lieu de perdition... » Yvonne lui répondait qu'elle n'était pas toute seule. Elle me hélait « j'vous ai pas demandé votre petit nom mon garçon alors je ne sais pas comment vous appeler. J'vous aurais pas cru si timide. Allez venez y va pas vous manger... » Un grand éclat de rire accueillait sa déclaration « mais on dirait que notre Yvonne nous amené une petite nouveauté qui fait des manières... » Je ne pouvais plus reculer et, d'un pas mal assuré, je rejoignais Yvonne Le Bellec sur le perron. « Ha, bien merde alors, te voilà enfin Benoît... » Debout, pieds nus, en caleçon, face à moi, le père de Marie n'en croyait pas ses yeux.
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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 08:02

Dans l’une de mes chroniques du mois de mai : le vin, le terroir et les petits bourgeons je prenais la défense du petit bourgeon de la vigne http://www.berthomeau.com/article-19352528.html contre la toute puissance, que dis-je,  l’impérialisme du seigneur et maître Vin et de son grand suzerain le terroir. Alors, ce matin, poursuivant mon effort  de réhabilitation des sans grades j’ai décidé, sans vous la prendre, de vous parler de la grappe de vigne cette grande méconnue.

 

Dans le langage courant, au moment des vendanges, on parle presque toujours, du raisin. Du raisin mur et sain comme le dirait mieux que moi Michel Rolland. Mais de la brave grappe de raisin, vaillante, discrète, on en parle si peu, sauf pour l’égrapper, terme d’une barbarie éhontée, fonction confiée à une affreuse machine mais, par bonheur, dans les grandes maisons, sur les tables de tri, on la manie, avec soins, et en gants blancs ma chère. Au temps de nos grands-pères la pauvre petiote se voyait fouler aux pieds. Et pourtant, elle vient de loin la grappe, quand la vigne débourre, que les jeunes pousses font leurs feuilles et ensuite leurs grappes de fleurs, elle est déjà là, en miniature. La fleur dure peu de temps, une quinzaine de jour et je ne m’aventurerai pas dans la description de la fécondation des Viti Vinifera qui sont pour la plupart hermaphrodites. Petite grappe deviendra grande ou grosse, toute verte tout un temps pour, dans notre hémisphère, au mois d’août changer de couleur : c’est la véraison. Et puis vient le temps de la maturité qui se termine par la récolte où le vendangeur coupera son pédoncule comme la sage femme le cordon ombilical. Mais pour la grappe c’est la fin de sa vie. Certaines attendront de pourrir pour mourir, mais c’est pour la bonne cause, puisque leur pourriture est dite noble. Voilà j’ai fait mon devoir et je vous offre quelques spécimens de grappe de raisin. Dieu qu’elles sont belles !


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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 00:01

 

Lors d’un dîner champêtre, alors que nous dégustions en apéritif un excellent Crémant de Limoux, un importateur belge me faisait remarquer, alors que je lui parlais de la croissance du marché des effervescents, que pour ces vins le consommateur considérait que le seul Champagne pouvait tout se permettre en terme de positionnement alors que les autres effervescents, en dépit de leur qualité intrinsèque, devaient se contenter de « jouer » sous le plancher des prix champenois. La conséquence de cette césure radicale est que bien sûr un écrasement de l’échelle des prix, pour les crémants par exemple qui peinent sous la barre des 10 euros. Dur à avaler. De retour à Paris j’ai donc décidé d’aller fouiner dans le rayon vins effervescents de 5 enseignes de la Grande Distribution : Franprix et Monoprix tout près de chez moi, Champion et Hyper Casino à quelques encablures de mon appartement en aval de la Place d’Italie et enfin Le Carrefour de la Porte d’Auteuil qui est connu pour avoir une belle cave. Pour ne pas disperser mes observations j’ai choisi de m’intéresser qu’au brut et j’ai exclu les marques de distributeur qui se contentent de sucer les roues des marques leaders. Dans chaque magasin j’ai repéré le Champagne 1er afin de fixer la référence haute pour les autres effervescents.

CHAMPAGNE
le moins cher : entre 14 euros chez Casino et 11,32 à Franprix, le prix moyen s’établit à 12,50 euros. Ce sont des marques de fantaisies.

1 - Le cul du peloton des champagnes, donc, par ailleurs assez peu représentatif du bas de la gamme des champagnes où beaucoup de produits tournent autour de 20 euros, est donc largement hors de portée des outsiders issus des effervescents AOC.

Le produit le plus proche : Bulle de Blanquette 1 (Casino) est à  8,95 euros soit un ∆ de 3,50 euros. Suivent Louis Bouillot Crémant de Bourgogne (Monoprix) à 7,95 euros et Jaillance cuvée exceptionnelle Clairette de Die (Casino) à 7,40 euros.

À noter que lors d’un passage chez Biocoop j’ai relevé que le Crémant de Bourgogne 11,38 euros, la Clairette de Die 11,34 euros et la Blanquette de Limoux 8,54 euros et que l’écart avec le premier prix des Champagnes 22 euros ne se démarquait guère de ce qui suit.

2- Le peloton des effervescents AOC s’étage entre 7 et 4,50 euros :

Le Crémant de Bourgogne : ses prix tournent autour de 7 euros et sont assez resserrés autour de la marque de JC Boisset Louis Bouillot.

Le Crémant d’Alsace : ses prix tournent autour de 6,50 euros avec une fourchette plus large avec des marques tirant le produit vers le haut Wolfberger, Metz.

La Blanquette de Limoux : essentiellement représentée par la marque Aimery (Sieur d’Arques) ses prix tournent autour de 6 euros mais elle n’est présente que dans 2 enseignes Casino et Carrefour.

La Clairette de Die : elle aussi représentée par une marque Jaillance ses prix sont sur un axe 5,5 euros + mais elle est plus présente (partout sauf Franprix) et un facing plus important assez bien identifiable sur le linéaire du fait d’un étiquetage tranchant sur les codes habituels.

Saumur : fourchette de prix assez large 4,20 à 6,60 l’axe des prix s’établit autour de 5,20 euros.  Une marque Akermann est bien représentée dans le haut de la fourchette.

Vouvray : se situe dans le même niveau de prix que l’appellation précédente mais sans écarts significatifs. Akermann toujours très présent.

Touraine : essentiellement représenté par la marque Blanc Foussy les prix sont sur un axe de 5 euros +

Crémant de Loire : très présents mais avec un grand écart de prix de 4,14 à 6,58 l’axe des prix se situe autour de 4,50 euros.

À noter que dans ce peloton la présence du Cava de Freixenet Cordon Negro qui se situe en terme de prix autour de 5,50 euros.

3- Le petit peloton des marques de Mousseux pédale tranquille en se calant sur des prix tournant autour de 4 euros avec une hiérarchie, parfois troublée par les promos, qui s’établit ainsi : Kriter, Charles Volner et Café de Paris.

4- Le groupe des avant-derniers où l’on retrouve beaucoup de Veuves se cale sur le prix de Muscador qui tourne autour de 2 euros. À noter, pour ceux qui ont fait croire que la mention du cépage était leur propriété que, ce mousseux à deux balles, lui en fait état : cépage Muscat (ça va de soit) en toute légalité et depuis belle lurette.

5- Les proches de la voiture-balai traînent leurs gros culs en bas du rayon avec des prix chatouillant l’euro avec effort suprême chez Carrefour un Sire de Beaupré à 0,99 euro.

Ce qui m’étonne dans tout ça c’est que j’entends partout dire que la Champagne ne produit pas assez de raisins pour satisfaire ses marchés alors moi je me pose la question : pourquoi ne pas faire du « bon » champagne avec les raisins qui font du champagne bas de gamme ? En clair, est-il vraiment nécessaire pour ce beau produit de se vautrer dans des prix indignes de son prestige ? Ça ressemble comme 2 gouttes d’eau aux châteaux de Bordeaux à 1 euros du temps de la crise (quelle crise ?) Bien sûr, on va me rétorquer que c’est la faute à la GD qui veut allécher le gogo avec des champagnes à 12 euros. Mais alors, si je comprends bien, tous ces acheteurs de la GD qui se prennent pour des œnophiles de haute volée ne sont que des faiseurs de miracles qui amusent la galerie. Franchement, face au mur de grosses boutanches à muselet je me disais : qu’est-ce qui font au juste ces gars-là à part terroriser les plus faibles et copier les marques ? Bref, l’épicerie est un métier que ces mecs-là ne savent plus exercer correctement. L’obsession du prix bas si elle conduit à vendre, sommes toute cher, un produit qui est un premier prix, qualitativement médiocre souvent, alors que l’on pourrait proposer au consommateur pour un prix équivalent un beau produit, me semble être la négation de la base du métier d’épicier, en l’occurrence ici de caviste à grande échelle, qui consiste à proposer le meilleur produit au meilleur prix : « madame Michu plutôt que ce petit Champagne prenez-donc cet excellent Crémant de… »

Je sais les consommateurs sont des veaux qui veulent péter plus haut que leur cul mais, convenez-en, chers « amis » de la GD vous ne vous cassez pas beaucoup la nénette pour mettre en avant les « outsiders ». Ceux-ci d’ailleurs pourraient, au lieu de pédaler chacun dans sa petite appellation, s’unir pour un travail de fond visant à élargir le marché et faire gagner de la notoriété à ces produits que beaucoup de français rangent facilement dans la catégorie infâmante des mousseux (sous entendu le truc qu’on gagne au stand de tir à la foire du Trône). Pour ce qui touche l’exportation je vais avancer une « horreur » : pourquoi diable les grandes entreprises champenoises « méprisent-elles l’apport, de haut niveau qualitatif, de ces bulles « roturières » ? Je rêve d’une grande entreprise française « multibulles » occupant tout l’espace offert par le développement des Sparkling sur beaucoup de marchés extérieurs. Si ça donne des idées à certains, je suis preneur ! Reste, pour compléter mon panorama à lancer un appel à nos amis les grands dégustateurs qui passent leur temps à s’extasier sur les « grands champagnes » : à quand une grande dégustation réunissant toutes les strates des effervescents ? Pour le consommateur lambda ce serait faire œuvre utile. Je veux bien exclure du panel les trucs à 1 euro, style Sire de Beaupré, mais je serais curieux de voir où se situeraient les marques du modèle Kriter qui sont un « modèle économique » intéressant ou qui devrait intéresser nos amis producteurs en terme de valorisation de certains de leurs raisins.

Serais-je entendu ?

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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 00:02

Pour moi Paris-Nice c’était, quand j’étais en culotte courte, une course cycliste de début de saison qui ne partait jamais de Paris mais qui arrivait quand même à Nice. En ce temps-là je suis monté à Paris mais je ne suis jamais descendu à Nice l’idée ne m’a même pas effleuré même si j’aimais bien le maillot de l’Olympique Gymnaste Club de Nice qui ressemblait à ceux des clubs sud-américains. Plus tard j’ai lu la saga de Max Gallo, l’écrivain qui écrit plus vite que les poules en batterie ne pondent, « La Baie des Anges » en 3 volumes puis, en 1981, j’ai croisé Jean-Hughes Colonna député niçois de la vague rose dans les couloirs du Palais Bourbon. Enfin, avec Henri Nallet je suis allé conclure et signer avec Philippo Pandolfi un traité franco-italien sur le vin dans l’ancienne préfecture du vieux Nice. Bref, je n’ai rien contre la ville de Nice et son aéroport gagné sur la mer mais, pour moi, elle est un peu le pendant d’Angoulême : Jacques Médecin et Jean-Michel Boucheron même combat via un petit séjour en Amérique du Sud.


Donc jusqu’à ces derniers jours je vivais fort bien ma vie de parisien privé de TGV terminus Nice lorsqu’on m’est tombé dessus pour me dire que nos grands ingénieurs des Ponts et Chaussées, sans doute lassés de parsemer la France profonde de giratoires aussi nombreux que couteux, avec leurs frères de sang d’un machin dénommé RFF (Réseau Ferré de France) qui est le nouveau gouffre de Padirac de la SNCF, sûrs et dominateurs, tiraient au droit une nouvelle ligne de TGV qui, m’écrit-on, va bousiller un beau paquet d’ha de vignes, défigurer le massif de la Ste Victoire et engendrer toute une série de joyeusetés qui accompagnent partout et en tout lieu le TGV. Très subtilement on me suggère que mon engagement sans faille pour le terroir me fait obligation de soutenir la pétition et que peut-être même qu’une lettre ouverte au PDG de RFF, un X Pont passé par Sciences-Po et ex-patron d’Aéroport de Paris. Pour ça je pourrais peut-être consulter le premier patron de RFF Claude Martinand, ingénieur général des ponts et chaussées qui dénonçait « la dérive technicienne de la SNCF » et qui, à propos du lancement des lignes à grande vitesse, déclarait en 1997 qu’il faudrait lui expliquer pourquoi le prix du kilomètre est passé, en francs constants, de 25 millions (TGV Sud-est) à 75 millions (TGV Méditerranée). Pas simple. Ancien communiste, véritable père de la loi sur les transports intérieurs (la Loti) élaborée alors qu'il était directeur de cabinet de Charles Fiterman, Martinand est un as de la dialectique.
Avant d’aller plus avant je vous dois une mise au point :
-         J’adore le TGV jusqu’à Avignon,
-         Je considère Nice – que les bons Niçois me pardonnent – comme un non-lieu, une sorte de cul-de-sac se jetant  sur une Promenade où y’a même plus d’Anglais,
-         J’ai toujours eu grand plaisir à faire la nique à nos grands ingénieurs des Ponts et Chaussées,
-         Je suis allergique aux pétitions donc vacciné (je m’en expliquerai tout à la fin),
-         Je pense que l’intérêt général doit toujours prévaloir sur les intérêts particuliers mais encore faut-il que celui-ci ne se résume pas dans la seule expression de la caste des Ingénieurs et que les enquêtes publiques soient réalisées dans la transparence et une réelle publicité auprès du grand public,
-         J’ai un goût immodéré pour les combats qui semblent perdus d’avance…
Je commence par les pétitions. C’est un truc très français : on se fait plaisir pour une efficacité très faible. L’Administration sait fort bien laisser du temps au temps, épuiser ses contradicteurs, diviser pour régner, attendre. La seule arme qui dérange ce monstre froid c’est le recours au Droit. Tous les grands projets sont truffés d’abus de droit, de non-respect des lois, de procédures bâclées, etc.
Au temps où j’habitais à La Chapelle-en-Serval, dans une magnifique forêt, j’ai, avec l’aide d’un ami Ingénieur, fait échouer un projet pharaonique de déviation 2x2 voies qui éventrait le massif sur 5km, gaspillait l’argent public, simplement en épluchant le dossier et en mettant en exergue les petits arrangements de la DDE avec le droit forestier. Le dossier est allé jusqu’à Matignon. Le préfet de l’Oise, ex-directeur de cabinet du Ministre de l’Intérieur Jean-Louis Debré, est venu en personne essayer de nous convaincre. L’Elysée nous a dépêché un émissaire car mon propriétaire était un grand collectionneur d’Art Premier. Les élus sont allés voir mon Ministre pour dénoncer mon action. Le puissant directeur des routes, Christian Leyrit (surnommé depuis en Corse le préfet brushing, il a quitté Ajaccio il y a quelques jours juste avant l'affaire) nous vouait aux gémonies. Dix ans après, lorsque je passe à la Chapelle-en-Serval je suis heureux en contemplant ma belle forêt et en constatant que le projet alternatif que nous préconisions par Plailly, dans la plaine, à la sortie de l’A1, est en route si je puis m’exprimer ainsi.
Donc, si j’ai un conseil à donner, moi qui ai pratiqué la haute-administration de l’intérieur et qui connais bien son mode de fonctionnement : les pétitions c’est sympa, les manifs aussi, mais dans la rude bataille rien ne vaut les armes lourdes du Droit. Un bataillon de bons juristes est bien plus efficace à long terme qu’une bordée de signatures et que plusieurs milliers de manifestants (je parle d’efficacité et non d’utilité). Enfin, il faudra qu’on m’explique comment une société comme RFF endettée jusqu’aux oreilles peut encore emprunter de l’argent pour ses projets pharaoniques ? Ne serait-ce pas du fait de la garantie de l’État, un État lui-même pas au mieux de sa forme dans ce domaine ? Ne continuons-nous pas de vivre un peu au-dessus de nos moyens ? Nous ne sommes plus au temps des chemins de fer mais à celui de la concurrence rail-aérien, rail-autoroutes, alors la notion de Bien Public et de l’utilité publique est d’une toute autre nature.
En vrac maintenant :
Avez-vous pensé à alerter cette chère NKM protectrice de l’Environnement qui, est-il utile de le rappeler après l’X a intégré le Corps des IGREF (le Génie Rural et les Eaux et Forêts) qui va fusionner avec celui des Ponts et des Chaussées dans le cadre de la fusion des DDAF et DDE ?
Puisqu’il existe me dit-on un puissant lobby de défense des AOC dénommé CNAOC et présidé par un proche voisin de Tavel, j’espère qu’il sera à vos côtés pour peser de tout son poids dans cette rude bataille ?
En écrivant cela je ne suis pas totalement innocent car dans ce type de bataille les décideurs publics sont à la fois sensibles à la pression de l’opinion publique et au poids de leurs électeurs. Dans le cas présent, il me semble évident que nos grands Ingénieurs de  RFF comme ceux de l’Équipement se soucient comme de leur première chemise des quelques hectares d’AOC sacrifiés, ils préfèrent le béton au terroir mais, qu’en revanche, en alliant un harcèlement juridique pertinent à une sensibilisation du grand public en jouant au-delà du localisme sur ce qui le touche vraiment : la Sainte Victoire par exemple, le projet pourrait subir les inflexions souhaitées. J’ai dans mon souvenir le sourire narquois et l’attitude condescendante du DDE de l’Oise lorsqu’il prit connaissance de notre dossier : combien de divisions ? Et pourtant ce cher homme fut, lui et ses services, battu en rase campagne (il s’en fichait un peu venant d’être nommé à la DRE de Corse). Même si j’adore m’engager dans des batailles incertaines, ce que j’aime par-dessus tout c’est le goût incomparable de la victoire. Alors, même si je suis un peu chiant avec mes conseils, mais c’est mon espace de liberté, je pense avoir répondu à ceux qui sollicitaient mon engagement.

 

Pour terminer cette déjà fort longue chronique quelques mots sur mon allergie vis-à-vis des pétitions. C’est la conséquence de ce que j’ai vécu dans mes jeunes années dominées par la toute puissance des tenants du marxisme : les communistes et leurs compagnons de route. Ne pas signer avec eux c’était être contre eux, et bien sûr être l'allié objectif de leurs adversaires, pur terrorisme intellectuel. La plupart d’entre eux sont aujourd’hui soit des repentis ou soit des renégats qui tiennent toujours le haut du pavé de l’intelligentsia parisienne qui refait le monde sur les bords de la Rive Gauche, la caste des intellectuels piliers du  Flore ou aux 2 Magots, ceux que les gens de droite dénomment dédaigneusement intellectuels « de gauche », gauche caviar ou bobo, rien que de belles âmes, rien que de beaux esprits qui squattent les plateaux télés, qui pondent des points de vue pour Libé ou le Monde, qui sont toujours prompts à se mobiliser pour des causes lointaines ou à signer des pétitions de soutien à X… ou Y…, en cet été c’est pour ou contre le vidage Siné de Charlie-Hebdo. Des circuits bien huilés existent avec des premiers signataires médiatiques, ceux qui sont en gros et en gras, qui attirent le menu fretin genre prof de philo à Romorantin ou psycho-sociologue à Landerneau. Bien évidemment, il s’agit là de l’aristocratie de la pétition, de la crème, qui n’a rien à voir avec les gugusses ou les nénettes qui vous harponnent dans la rue pour que vous apposiez votre signature pour des causes ou des soutiens les plus divers. Voilà pourquoi je ne pétitionne pas ce qui ne m’empêche pas de situer mon soutien sur le terrain que j'ai choisi. Une anecdote : la seule grande pétition que j'ai vu faire reculer le pouvoir c'est celle des happy few de Paris contre la délocalisation par Edith Cresson Premier Ministre de l'Ecole Vétérinaire de Maison-Alfort : les toutous et les chats ont plus d'amis que le Terroir... 


Les liens :
www.lemechanttgvpaca.free.fr
http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1865

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 00:04

Il y a peu, nous étions à Saragosse, avec des amis, pour visiter la foire Internationale dont le thème porte sur l’eau. En déambulant dans les rues de cette ville magnifique et aérée, nous avons été frappés par son dynamisme, le peu d’embouteillages et par le coût de la vie. Nous avons pu photographier des étals de magasins et observer un fait curieux : les fruits et légumes sont globalement moitié prix qu’en France. Il en va de même de la viande dans les boucheries et charcuteries. Quant au vin, on le retrouve à peu près aux mêmes prix qu’en France.

Toutes proportions gardées, ces écarts sont intéressants, car ils traduisent une démarche permettant de maîtriser les exportations de vin face aux problèmes de change.

Naturellement, dans la discussion, on en vint à se poser des questions sur la manière dont l’Espagne pouvait gérer son économie et aurait su tirer parti des aides de restructuration de l’Europe.

 

On n’oubliait pas qu’au même moment, dans le Sud de la France, avec le vin, nous étions dans une situation critique, malgré le fait que la filière « vin et boissons » soit un contributeur majeur de nos exportations françaises (solde positif de 8 B€ environ). Sans vouloir faire de l’économie comparative, ni se lancer dans des études polémiques, on ne peut s’empêcher de faire quelques rapprochements, avec la lettre parue le mois dernier sur les « Cocus » (lettre de R.Amalric publiée  par J.Berthomeau).

 

Dans ce domaine, avons-nous été réellement ‘trompés’ et sommes nous victimes de notre ‘crédulité’ ?  Que s’est-il passé ? … On peut mettre en lumière quelques points :

 

1 – Le problème de la Négociation

Nous sommes, à un an près, en 2010. 

Aux niveaux de l’OCM, de la mise en place des structures opérationnelles (OIV, WWTG, OTC, etc.) et de certains accords sur le vin (Genève, Madrid, etc.) il s’est écoulé environ 20 ans. Depuis l’étude « Cap 2010 » de J.Berthomeau, 10 ans sont passés. Nous avons donc eu le temps de comprendre ce qui allait arriver. Un fait reste important : le vin, si je ne me trompe, est toujours classé, au plan international, dans la catégorie « Agro-industrielle ».

Sur le plan économique, et Européen, on se sent floués, sinon un peu frustrés ! Mais, comment a-t-on fonctionné ? A-t-on pris le bon virage ?

 

Pour défendre nos positions dans la communauté internationale (sur le plan mondial, ou au niveau de l’Europe) qui a mené les débats et les négociations? Nos représentants et nos « leaders » étaient-ils aguerris et rompus à ce genre d’exercice ? Ayant été à Bruxelles comme expert, dans le monde industriel, j'ai toujours constaté que la maîtrise de l'Anglais ainsi qu'un excellent professionnalisme (connaissance des dossiers avec une dizaine de feed-back de toute nature pour parer à la non prévision et l’imprévisible) étaient nécessaires pour ne pas se faire rouler dans la farine. 

 

Dans les négociations internationales, le premier objectif d’un industriel ou d’un groupe d’activités n’est pas de « freiner » le progrès. Il essaie de comprendre le marché, son positionnement concurrentiel, puis il tente de « bétonner » avec des normes, des standards et des  réglementations pour se protéger (dans un premier temps) et permettre sa propre évolution (dans un second temps).

A-t-on agi de la sorte ? De manière unie et cohérente au niveau de la profession ?  N’est il pas un peu tard pour faire valoir certains de nos nouveaux besoins ?

 

2 -  Un problème de Gouvernance

On parle de vin mais... quelle est la stratégie pour notre agriculture ? Existe-t-il encore une agriculture au sens conventionnel du terme ? Quels sont les objectifs globaux à atteindre ? Pour le Vin, quels sont les éléments concurrentiels recherchés, et que l'on veut exploiter, pour quels segments de marché ? Evolution et tendances attendues ?  Place de cette filière dans notre société ? Je fais, bien modestement, de la « veille technologique », mais j'ai un mal fou à collecter quelques informations réalistes et cohérentes.

Je n'ai toujours pas compris la stratégie commerciale et organisationnelle sous-jacente, pour nos vins en France (AOC ? VDP ? AOP ? IGP ? IG ? OI ? Pour quelles définitions, significations et réglementations ?). N’ayant pas fait polytechnique, j’ai du mal à y voir clair ; en ayant discuté avec pas mal de viticulteurs, la seule chose que ces gens retiennent est qu'il va y avoir davantage de contrôles et que cela va coûter plus cher.  

 

3 – Notre Adaptation au Marché

Dans l’Industrie, depuis 20 ans, on ne cesse de répéter que l'Economie de Marché, qui existait déjà du temps des Phéniciens et qui est toujours en vigueur (car c'est la moins mauvaise forme d'économie, malgré des alternances diverses au cours du temps) allait s'exprimer de nouvelle façon. Pour des raisons que les économistes connaissent certainement mieux que moi, on vit maintenant dans le court terme, dans la spéciation, la spécialisation ; ce qui compte est la marge nette... dans une démarche intégrée et globalisée. Notons que pour affronter la concurrence mondiale, la variation du cours des devises est déjà intégrée au niveau des approvisionnements.

L'agro-alimentaire ne peut échapper à ce mouvement : il y a 20 ans, on a mis l’accent sur  l'industrie, on en est aux services (par exemple, la banque) restent l'alimentation, la santé, la formation, etc.  

La priorité d’une filière n’est pas de préserver des emplois ou des avantages acquis, mais de créer des richesses et de nouveaux marchés. Est-ce bien ce que nous faisons ?  

 

Sur un autre plan, compte tenu des contraintes économiques et environnementales, certaines filières agro-industrielles (dont en partie la notre) sont devenues sous compétitives. Pour changer cette situation, il faut des aides, des investissements et de l’Innovation. Mais pas n’importe où !!!

Dans le cas de la chaptalisation, par exemple, on n’est pas dans le « structurel » ; de plus cette mesure n’est pas « équitable » : elle est donc condamnée !

Dans le cas de l’irrigation, intrant indispensable, le sujet, est-il abordé de façon intégrée ? Etc.

On ne peut continuer à ignorer et rejeter certaines tendances, les demandes sociétales, les OGM, etc. Cela est suicidaire et on est contraint d’intégrer de nouvelles pratiques, des technologies innovantes,  puis de s’adapter, de s’adapter encore, … pour ne pas se faire éjecter du panorama.

 

4 – La Diversité et la Cohérence

Les considérations précédentes ne concernent pas un schéma unique ; quels que soient les secteurs considérés, plusieurs systèmes peuvent coexister ; la diversité est un fait de la nature.

Le schéma productiviste globalisé n’est pas le seul modèle de référence. Il y a de la place pour tous !

Pour faire simple, on peut considérer 2 modèles économiques dans notre filière :

Soit on élabore des produits « technologiques » (du volume standardisé, à faible coût, etc.),

Soit on élabore des produits « conceptuels » (du haut de gamme, le cousu main, avec également des produits de niche innovants et/ou ciblés, etc.). Dans cette seconde catégorie, on retrouve l’esprit initial des AOC, dépouillé de contingences compliquées (perception actuelle).

On peut encore rajouter d’autres modèles, mais les principes décrits s’appliquent aussi bien aux innovations technologiques qu’à l’oenotourisme !  Comment en faire bénéficier toute une filière ?

 

Avec la réforme actuelle portant sur le vin, on est un peu perdu et je ne vois pas bien comment se positionner : tout d’abord, notre approche, en termes de « procédures » est trop technique. Ensuite notre outil de production est atomisé et peu structuré. Enfin, comme on sait le faire dans notre beau pays, nous avons des organisations trop complexes…. et on légifère trop (bien que cela soit rassurant). Sur le plan des intentions, on essaie de changer, mais y a-t-il vraiment une rupture ?

 

Résultat : dans le vin, on se retrouve avec un « mix » de plusieurs démarches et cultures existantes et nouvelles, avec des règles variées et un chapeau formel (le contrôle) qui méritent d'être mieux ciblées et décrites.

Pour aller dans le sens de ces observations : dans l'automobile, par exemple, ce n'est pas l'Etat qui organise et effectue les contrôles : il définit simplement des normes et des standards, mais c'est le producteur qui définit, met en place et prend en charge ses propres contrôles pour livrer un produit conforme. La validation, elle, est effectuée par le client ou consommateur.

 

5 – La Recherche

Se pose enfin le problème de la recherche. Par expérience, elle ne peut se passer d’une vision, de l’expérimentation et de la validation. Ceci implique donc une symbiose entre tous les acteurs de toute la chaîne de la valeur. En ce qui concerne le vin, pour des raisons historiques évidentes, et pour corser la difficulté, il n'y a pratiquement pas d'intégration du marketing/négoce, de la recherche et de la production. Chacun a des organisations et des intérêts différents. En général, nous ne proposons pas de « solutions globales » comme savent le faire certains « bassins », l’Espagne ou certains pays de l’hémisphère sud. Ceci, bien sûr, n’est pas facile à entreprendre car la démarche est souvent transdisciplinaire, mais nous ne pouvons ni ne devons laisser la responsabilité d’assurer notre évolution au seul domaine de la recherche : les risques de déviation (involontaires) sont trop grands.

  

A ce jour, faute d’adaptation de certains produits au marché et d’amélioration dans nos démarches, on peut lire dans nombre d’articles de presse consultés, qu’il y a des pertes de marchés pour certains types de vins à l’étranger. Notre outil de « production » qui n'est, en fait, qu'un ensemble de centres de coût, ne peut qu'en pâtir. D’où l’intérêt de ne pas s’isoler et d’attirer l'adhésion de tous les viticulteurs.

 

Je n'irai pas plus loin dans ce débat, ni ne parlerai de l’organisation des marchés.

On peut maintenant se poser à nouveau la question : sommes-nous, malgré nous, des cocus ? Pas forcement, car pour un certain nombre d’entre nous, comme on fait son lit, on se couche !

Sans rechercher à qui en revient la faute (cela ne fera pas avancer le schmilblick), que peut-on faire aujourd'hui ? Il est un peu tard pour s’exciter mais il faudrait peut-être tenter de faire avancer ses pions dans d’autres directions et défendre de nouvelles ambitions.   

Un projet mal parti reste un projet mal fichu : malheureusement, les petits et les plus démunis sont en première ligne !  Ce sont eux les cocus.  

Maintenant, bien que je sois un défenseur de la notion de terroir, est-il moral, comme on vient de le lire dans la presse, de les empêcher de se diversifier pour vivre en leur interdisant d’installer des centrales photovoltaïques sur leurs anciennes vignes ? Mais, un panneau photovoltaïque ferait-il moins terroir et serait-il plus polluant qu’une éolienne (dont on ne sait encore comment elle sera démantelée et à quel coût !) ? 

 

Pierre Massotte                                                                                         9 Septembre 2008

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 00:07

 

Ceux qui suivent régulièrement mes pérégrinations se rappelleront qu’au mois d’août pour faire l’emplette d’un Chinon rosé j’ai du prendre ma petite auto pour me rendre chez un caviste de Cachan sur la N20. Bien évidemment, tout en papotant avec la caviste, je m’intéressais à l’achalandage du magasin lorsque je suis tombé sur un Côtes-du-rhône rosé baptisé Génération élaboré par le Domaine Jaume.  Immédiatement ma boîte à chronique se déclenche, j’écris déjà mon papier sur la famille Jaume et bien sûr j’achète le flacon. Rentré at home, je déballe mes achats et examine le cul de la bouteille et, surprise, j’y lis « à Vinsobres, en Drôme provençale, Pascal et Richard quatrième génération du Domaine Jaume… » Caramba, je m’étais planté et ma belle chronique s’évaporait. Sauf que, comme je suis un obstiné, je tenais un beau titre : celui de ma chronique d’aujourd’hui.
* en arrière-plan c'est une grive pas une Gélinotte

 

Mon Jaume à moi, s’il me permet ce possessif, se prénomme Alain et, j’aurais du me souvenir que son Domaine « historique » était le Grand Veneur. Bref, je me suis dis que l’occasion se représenterait, qu’il me suffisait d’attendre. C’est de David Cobbold et de son site Ecce Vino que la lumière est venue. Face à la baie de Tiuccia, au petit matin, j’ai découvert dans la foire aux vins d’Ecce Vino un Côtes du Ventoux, Les Gélinottes, Alain Jaume 2007 avec une bonne note et un commentaire flatteur : « Flatteur au nez et très gourmand en bouche, voici un excellent vin de fruit, net, juteux et souple qui donne un plaisir immédiat. 14/20 » et il était disponible sur le site de vente www.rouge-blanc.com dont je vous livre

 

Notre avis

 

Portant le nom de cet oiseau voisin de la perdrix, tant ce vin accompagnera magnifiquement les gibiers à plume, ce Côtes du Ventoux élevé sans apport de fût se montre magnifique de fruit et de souplesse, et illustre bien plus que jamais ces bouteilles que l’on aime déboucher lors de repas entre amis pour surprendre et faire plaisir à tous.

 

Dégustation

 

Belle robe grenat aux reflets violacés. Le nez repose sur une gamme aromatique variant des fruits frais (framboise notamment) aux fruits noirs (cassis et mûre). La bouche se montre particulièrement savoureuse et gourmande, elle dispose d’un bon volume et d’une texture aux tannins très doux et souples. Le fruit reste dominant jusqu’en finale. Ce vin aux aromes de fruits très flatteurs sera très agréable à déguster en toutes circonstances.

 

Notes

 

Rouge-Blanc : 5/5

 

C’est du bon pour un prix très doux. D’ailleurs, à l’heure où j’écris cette chronique le site est en réapprovisionnement, preuve du succès de cette cuvée.

 

D’Alain Jaume, sa modestie dut-elle en souffrir, je dirais qu’il est pour moi le bon exemple de l’excellent vigneron qui sait aussi consacrer de son temps à la collectivité vigneronne. Au temps où je trainais mes semelles de crêpe dans les rues de Châteauneuf-du-Pape pour tenter de dénouer les fils d’un étrange écheveau, et qu’il présidait au destinée du Syndicat « d’en face », j’ai de suite apprécié chez lui sa simplicité, son caractère direct, sa volonté d’aboutir, de trouver des solutions laissant de côté les faux-semblants chers à certains habitués de la rue de Varenne. De son passage au CNJA il a gardé, au bon sens du terme, la fibre syndicale, représenter ses pairs, ce qui, n’en déplaise à certains, manque beaucoup dans la mise en place des réformes actuelles. Face aux technostructures publiques et privées, qui savent si bien calcifier les choses, il me semble capital que les représentants des vignerons soient des chefs d’entreprise confrontés à la réalité du marché, responsables, qui puissent tout à la fois amener leurs collègues à évoluer tout en faisant prévaloir des solutions de terrain. Bien sûr, comme l’avoue Alain Jaume « il faut aimer les emm… » mais, comme l’actualité d’un monde saisit par la dictature de l’instantanéité, nous le montre, prendre des responsabilités collectives redevient une ardente obligation. Bref, sans le couvrir de compliments encombrants, avec quelques-uns de ses collègues de Châteauneuf (ils passeront eux aussi à la moulinette de ma chronique), Alain Jaume entre dans mon petit cercle de mes amis vignerons.

 

Les 9 hectares des origines, en 1979, sont devenus 60 et maintenant l’entreprise c’est Alain Jaume&Fils, Sébastien et Christophe sont associés à Odile et Alain Jaume pour assurer, autour du Domaine du Grand Veneur et du « Clos de Sixte » à Lirac, le développement et la pérennité de cette belle entreprise familiale. www.domaine-grand-veneur.com/ Ceux de mes détracteurs qui ne voient en moi que le chantre d’une viticulture dites « industrielle » doivent savoir que je suis un ardent supporter du modèle des Jaume, fait de savoir-faire vigneron conjugué à une approche commerciale fondée sur le modèle artisan mais ne dédaignant pas d’intégrer des sélections d’autres vins dans sa gamme :  Côtes du Ventoux "Les Gélinottes proposé ainsi que le "Côtes du Rhône "Haut de Brun", le Rasteau "Les Valats", le Vacqueyras   "Grande Garrigue", le Gigondas "Terrasses de Montmirail", le Lirac "Roquedon" et le  Châteauneuf du Pape "Vieux Terron". Comme dirait mon ami Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble, l’entreprise Jaume c’est tout le contraire du « petisme » cher aux chroniqueurs qui ne jurent que par les petits vignerons suant sang et eau, loin du monde mercanti, sur des lopins de terre. La dynamique des vins français passe aussi par une plus large prise en compte de ce nouveau modèle adapté à la demande d’un certain type de consommateurs.

 

Mais revenons au vin, ceux d’Alain Jaume sont à son image, francs du collier, droit, sans chichis, sincères, d’un caractère bien trempé mais d’un commerce agréable. J’invite donc mes très chers confrères dénicheurs de vins – dit de propriétés – à se rendre au Domaine du Grand Veneur (cf. plan) pour y déguster la palette de ses CHÂTEAUNEUF DU PAPE, LIRAC, COTES DU RHÔNE VILLAGES et CÔTES DU RHÔNE et ses Vins de Sélection comme ce remarquable Côtes du Ventoux Les Gélinottes à qui vous devez cette petite chronique. En effet, on ne peut à la fois se plaindre de nos reculs volumiques à l’exportation, par ailleurs masqués par la valeur des vins de haut de gamme, et s’arque bouter sur un seul modèle relevant d’une vision idyllique du tout petit producteur tirant la quintessence de ses vignes. Ceux qui, comme Alain Jaume, par leur travail patient, ont acquis un savoir-faire reconnu, tant au plan de leurs vins que du commerce, dynamisant ainsi leur environnement, créant de la valeur, doivent être reconnus comme des acteurs majeurs de notre secteur. S’en tenir à une vision d’un autre âge, cultiver les oppositions entre les divers modèles économiques, relève du masochisme national. Si nous voulons rester le plus grand vignoble généraliste du monde, ne pas laisser l’espace grand ouvert à nos collègues espagnols, il nous faut jouer nos atouts sans complexe et surtout ne pas brider le développement de ceux que j’ai qualifié, à propos de Claude Rivier, d’entrepreneur-vigneron.

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 00:07

 

Hier matin j’ai eu vent d’un vent soufflant sur la Toile, non pas un petit pet discret lâché en loucedé, l’air dégagé de celui qui ne veut pas se faire remarquer, mais un tonnant, odoriférant, le genre largué par un mec pas gêné devant le buffet où les autorités proposent des canapés au Préfet. Sous la violente poussée l’anémomètre s’affolait, ça déchirait. En bon défenseur des AOC de France je m’inquiétais de l’origine de cette flatulence. Mes limiers guidés par la fragrance m’informaient que l’exhalaison provenait d’un coup de gueule émis d’Aniane. Étonné par une telle assertion je demandai des précisions : un pet n’est pas un rot. On me répondait du tac au tac que le fumet provenait non d’un pet mais d’une cuvée joliment baptisée par un gargotier « Vin de Merde ». Dans mon dos de beaux esprits alter-mondialisés susurraient déjà qu’en dépit de son héroïque combat contre les barbares étasuniens qui voulaient y faire du vin, Aniane, loin d’être le trou du cul du monde, lançait cette élégante appellation « rien que pour faire du bruit autour de ses vins qui méritent une réelle reconnaissance ».


Comme je suis un fan de Reiser et de son gros dégueulasse alors croyez bien que je ne fais pas la fine bouche, ou plus précisément je ne frise pas le nez, face à ce positionnement d’un nouveau type destiné à accroître la notoriété des vins du Languedoc. Que les grands médias alléchés par l’odeur se soient précipités, tels des mouches, rien d’étonnant mais un gros pet est comme un fusil à un coup, il ne fait du bruit qu’une seule fois. Bien sûr on peut renouveler la partition, par exemple lancer un vin de chiasse. De celles que l’on attrape en consommant sans modération le moût tout juste sorti du pressoir. Moi ça me rappellerait mes vertes années, alors que l’appellation précédente me fait immanquablement penser au futur métier que nous mentionnions, par pure provocation, sur les petites fiches que nous faisait remplir le recruteur des séminaires de l’évêché de Luçon : « vidangeur ». Tout est possible comme le proclame je ne sais plus quel animateur abruti de la télé ! Le pire comme le meilleur même si l’homme par qui le vent ne soufflait pas dans les branches de sassafras, philosophe de bord de bar, précise sa pensée : « le pire… cache le meilleur ». Tout compte fait comme l’écrivait Shakespeare Much Ado About Nothing  et pour être plus tendance, je pense que les appellations « fuck off ! » ou « fucking hell ! » eussent été plus efficaces et bien sûr exportables.


Comme il est de tradition dans les meilleures feuilles gastronomiques je vous propose en matière d’association mets-vin, pour ce nectar d’étron, une nourriture spirituelle : « Lire aux cabinets » d’Henry Miller. Je cite un extrait « Même aux cabinets, où l’on pourrait croire qu’il n’est pas nécessaire de faire quoi que ce soit, ou de penser à quoi que ce soit, où une fois par jour au moins on est seul avec soi-même et où tout ce qui se passe est machinal, même ce moment de béatitude, car c’est bien une sorte de petite béatitude, il faut le rompre en se concentrant sur la matière imprimée. » Attention ne pas confondre Henry et Arthur Miller, ce dernier plus jeune, bon écrivain aussi, était plus people puisqu’il épousa en 1957 Marylin Monroe. Ceux qui préfèrent les DVD peuvent visionner « Certains l’aiment chaud » en dégustant, pas à l’aveugle bien sûr, mais à la température ambiante, ce cru élaboré « à partir de parcelles sélectionnées et vendangées manuellement, « le vin de merde » est conditionné en bouteille prestige (sic) avec étiquette dorée à l’or chaud » En livrant les effluves de ce beau flacon à votre verre évitez les commentaires du genre : « il a une belle couleur caca d’oie » ou « ça sent la rose ».  Ne voyez dans mes propos nulle ironie. J’informe. D’ailleurs qu’est-ce que mes dires viendraient faire dans cette affaire puisque l’inventeur a reçu le nihil obstat au plus haut niveau de South of France « Je suis très content pour ce garçon que je ne connais pas. Quoiqu'il puisse dire, c'est une bonne opération marketing et c'est l'essentiel. Ça va braquer positivement les projecteurs sur notre région, c'est une bonne provocation. Et puis avec un tel nom, je suis certain que ce type a été obligé de faire un bon vin. Je lui souhaite une bonne réussite... »

5000 bouteilles à 6,5 euros, soit 37 hl 50, une fois l'effet "pétomane" passé, la puissance de feu d'une telle initiative, dites marketing, proche du chassepot, risque à coup sûr de faire long feu... Au risque de paraître sérieux le déficit de notoriété du Languedoc ne se comblera pas par l'effet de telles iniatives folkloriques sans lendemain. Ceux qui me connaissent bien savent toute l'empathie que j'éprouve à l'égard des vignerons de cette belle région et que mes analyses ont toujours été orientées vers des propositions lui permettant de retrouver la place qu'elle mérite, alors je crois pouvoir me permettre d'écrire à nouveau que ni les leurres, ni les slogans, ni les discours, ni les trucs qui font plaisir, sont à la hauteur des enjeux du marché mondial du vin.


Dans ma Foire aux Vins http://www.berthomeau.com/article-22881267.html : 14 vins sur 28 sont issus du Languedoc soit 50% de l'ensemble et ceux qui les font sont les vrais vecteurs de la notoriété du Languedoc. Ils labourent profond depuis longtemps...

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 00:05

Les premiers échos de la seconde bataille de Flins arrivaient. Il se disait que la femme de l’ex-grand chef de l’UJ, la Nicole, qui avait pour mission de récupérer dans un minibus, une poignée des assaillants, s’était égarée. Qu’elle avait tout de même retrouvé son chemin mais, quand elle était tombé sur ses camarades, Gamelin en tête, blessé, celui-ci n’avait du son salut qu’à la présence d’une voiture qui l’avait embarqué en dépit de ses protestations, les véhicules des gardes mobiles s’engageaient dans le chemin forestier et alors elle avait détalé. Tout ce beau monde gloussait en se léchant les babines encore humides de caviar. Edern pérorait. Gustave éclusait cul sec des petits verres de Vodka frappés. Chloé sur un sofa, à l’écart du brouhaha, devisait avec Anna. J’abandonnais Aline au milieu d’un paquet de ses sœurs de militance qui se payaient la fiole de la pauvre Nicole : « elle n’aurait jamais du quitter son officine. Faire pharmacie c’est s’engager dans l’épicerie pas dans le mouvement populaire. Avec son Robert, le visionnaire, ils font vraiment la paire. Des petits bourgeois étriqués… » Ça fusait. Je me retenais de leur dire que le Robert en question s’esquintait la santé chez Citroën mais, comme le temps n’était plus pour moi à jouer les redresseurs de torts, je me contentais de lâcher un « bande de connes » qui les conforta dans leur allergie de plus en plus prononcée pour les porteurs de slip kangourou. Je me laissais choir sur le sofa auprès d’Anna qui confiait à Chloé : « vraiment ce July ce n’est pas une lumière… »    

Pour moi cette soirée au cœur de la gentry intellectuelle parisienne, qui ne pouvait être en ce temps-là que de gauche, une gauche qui se voulait rebelle, engagée, pétitionnaire, révolutionnaire du modèle « tigre de papier », bavarde, intolérante, bien logée, protégée, donneuse de leçons, internationaliste versus 1ière Classe d’Air France ou de la Pan Am, que la droite n’osait pas encore la qualifier de caviar, était une première. Tel un jeune ethnologue débarquant en Papouasie Nouvelle-Guinée, le cul posé sur le sofa, j’observais les mœurs de la peuplade en faisant semblant de m’intéresser à la conversation de mes voisines. Les vieux mâles de la peuplade paradaient, prenaient des poses tout en surveillant, d’un œil qui se voulait indifférent, la superficie et la qualité des cercles de leurs concurrents. Deux ou trois spécimens remarquables, très Collège de France, mandarins marxistes, crinière blanche et ongles manucurés, portant beau, drainaient l’essentiel d’une population féminine qui devait avoir passé beaucoup de temps à s’enlaidir et à choisir des fringues informes. On aurait dit des hordes de sorcières dépenaillées, les plus vieilles tétaient des cigarettes américaines alors que celles qui auraient pu être leurs filles se refilaient des joints. Toutes buvaient sec. Que du menu fretin sans intérêt, pour espérer lever des espèces rares il me fallait aller jeter mes filets en des eaux moins poissonneuses mais plus profondes. Je claquais une bise sur le front de Chloé avant de me lancer dans la pêche au gros.

 Jean-Edern, l’œil de traviole, cerné par une nuée de godelureaux, en futal pattes d’éléphant, vestes à carreaux cintrées sur chemises à jabot, gesticulait et pérorait en postillonnant sur ses adorateurs. Sur une bergère Louis XV Gustave, entouré de deux filles défoncées qui gloussaient en fourrageant dans sa braguette, pionçait la bouche ouverte. Dans le couloir qui menait à l’office un grand type sans âge, aux yeux globuleux et inexpressifs, bien mis, vomissait avec élégance dans un vase de Sèvres. Indifférent à ma présence, toujours avec des gestes précieux, il se débraguettait pour aller pisser sur la terre sèche d’un grand Yucca en pot. « J’amende, jeune homme… j’ensemence aussi… si ça te dit je peux m’astiquer le membre rien que pour toi… j’ai une faculté d’érection hors du commun… d’ailleurs c’est bien ma seule supériorité… j’adore me faire défoncer par de beaux étalons comme toi… si ça te dis ton prix sera le mien… » Sans prendre la peine de répondre à sa proposition je me contentais d’empoigner ses fesses étiques fermement « avec un tel matériel, ma pauvre fiotte, t’es tout juste bon à faire des passes gratos, pour les taxos en manque, à la vespasienne du boulevard Arago… »

 

  

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 00:01

Ma chronique à propos de la médiatisation de la souffrance m'a valu d'être traité de Vien Con tant par Thomas car j'osais m'effarer de cette exploitation par Catherine Millet que par une "alcoolique" en voie d'abstinence qui cherchait le bouquin de Chabalier pour tenir le coup. Moi je veux bien être traité de VC mais je demande simplement qu'on lise mon propos : je ne parlais pas du livre de CM "Jour de Souffrance" mais du battage fait autour, donc je ne contestais pas les talents d'écrivain de CM. De même pour Chabalier, je ne mettais pas en doute la profondeur de sa souffrance, je lui demandais simplement de mettre un bémol dans son apostolat de nouvel abstinent. Bref, dans notre beau monde, seuls les icones médiatiques ont droit à la parole alors ce matin je vous livre quelques réflexions sur le bonheur...  

Tout homme veut être heureux, mais pour parvenir à l’être, il faudrait commencer par savoir ce que c’est que le bonheur. »

Jean-Jacques Rousseau L’Emile, livre III.


Ce matin je vous propose donc ce conte chinois qui peut se poursuivre à l’infini car le bonheur peut difficilement être circonscrit puisqu’il ne correspond pas à un état mais à une quête qui se heurte perpétuellement, telle la vague sur le récif, à l’ennui des situations acquises. Pour être heureux devons-nous contenter de notre sort, ne pas récriminer, ne pas espérer ? Oui mais me rétorquer-t-on il y a ceux qui sont nés sous une bonne étoile, ceux qui ont de la chance, ceux que la bonne fortune favorise. Notre époque creuse les inégalités, ou du moins les rend plus voyantes donc plus intolérables. La mondialisation nous met sous le nez toute la misère du monde. Nous prenons peur. Nous craignons d’être des nantis insouciants. Près de chez nous, alors qu’on ne cesse de flatter le désir de consommer, beaucoup en son privé. Les loups sont aux portes de Paris. Tout va si vite d’un côté, tout va si mal de l’autre. Et puis, la sagesse populaire dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres : dans la compétition si je gagne c’est que l’autre perd ou, traduit à l’échelle de notre pays : si les nouveaux entrants gagnent c’est que nous perdons…

 

«  Un paysan chinois perdit un jour son cheval.

-         Quel malheur ! dit son voisin.

-         Qu’en savez-vous ? répondit le paysan.

Et en effet, le fils aîné ramena outre le cheval perdu trois chevaux sauvages.

Le voisin dit :

-         Quel bonheur !

-         Qu’en savez-vous ? répliqua le paysan.

Et en effet, le fils aîné se brisa une jambe en dressant l’un des chevaux sauvages.

Le voisin dit alors :

-         Quel malheur !

-         Qu’en savez-vous ? rétorqua le paysan.

Et en effet des soldats vinrent dans le village, afin de recruter parmi les jeunes gens et le fils aîné, alité, fut épargné… »

 

à poursuivre…

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Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

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