Le titre de cette chronique est aussi NUL que la déclaration du journaliste britannique Jamie Goode : 90% des vins sont de la merde. Je fais confiance à Hervé Lalau, link dont le sérieux est bien connu, qui rapporte cette saillie.

Libre à chacun d’exprimer son opinion, qui plus est lorsque l’on exerce la profession de critique, mais les mots pour l’exprimer, lorsqu’ils se situent au niveau de la cuvette des chiottes et des étrons qui y barbotent, n’éclaboussent et ne souillent que celui qui les utilisent.
En 2001, je me suis permis d’écrire, à propos des seuls vins Français, en un Rapport Officiel de la République : « Sous les grandes ombrelles que sont nos appellations d’origine contrôlée, surtout sous celles qui jouissent de la plus grande notoriété, s’abritent des vins moyens voire indignes de l’appellation. Succès aidant ou pression d’une demande momentanée une grande part de nos vins de pays, petits nouveaux dans la cour, se sont laissés aller, comme certains de leurs grands frères AOC, à confondre rendement administré, moyenne arithmétique, et qualité du produit. » Je ne sens donc parfaitement légitime pour dire au sieur Goode que son propos est stupide, tant dans la forme que sur le fond.
« Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques.» disait Mark Twain et René Crevel d’ajouter « Précisions, statistiques : autant d'inutiles obscénités.» 90% ça frappe les esprits faibles, mais, fort justement, Abe Burrow, souligne que « La raison d'être des statistiques, c'est de vous donner raison.»

M’en fout de la grosseur du pourcentage ! Une louche de plus ou une pelletée de merde de moins qu’importe ! Ce qui m’horripile c’est la suffisance et la grossièreté de ce type de propos. Pour qui se prend-il se garçon ? Libre à lui d’éreinter, d’assassiner, d’écrire pique pendre sur les vins qu’il déguste, en les citant. C’est dans la logique de la critique. Cependant, même si avant le papier d’Hervé j’ignorais qui était Jamie Goode, honte à moi David, selon le sieur Pousson, qui sait tout, ce jeune homme aurait plutôt tendance à ne publier que des papiers laudateurs. Sans doute ne prend-il pas le temps de déconseiller le flot de merde qu’il déguste par ailleurs pour justifier la confection de sa goûteuse statistique.
Tout ça n’a pas grande importance car, logiquement, les critiques de vin ne s’adressent qu’à la frange la plus intéressée, la plus cultivée parfois, des consommateurs de vins. Les autres, ceux qui ingurgitent les 90%, l’océan de merde de Jamie Goode, produit bien sûr par des producteurs de merde, vendus par des vendeurs de merde, comme ils ne savent pas qu’ils engloutissent de la merde, puisque nul ne leur dit précisément que telle bouteille qu’ils achètent au supermarché c’est de la merde, n’intéressent personne. S’il est un produit où le consumérisme de masse est à son degré zéro c’est bien le vin. Ce qui veut dire en clair que le sieur Goode, en dépit de ses déclarations éclaboussantes, se tamponne comme de sa première couche culotte de l’information de ces pauvres débiles qui boivent des trucs à chier. Comme je le comprends, le vin du peuple n’existe plus, le vin de monsieur et madame tout le monde subit les mêmes outrages que la masse des produits que fourgue l’industrie agro-alimentaire qui n’intéressent guère la critique gastronomique mais séduisent parfois certains grands chefs qui, moyennant finances, sponsorisent de plats cuisinés en sachets.

N’étant, selon la terminologie d’un sémillant garçon très en vue pendant tout un temps au RU comme au-delà des Pyrénées, chalutant selon toute vraisemblance selon Jamie Goode dans les 10% de la crème des vins, même ceux fort en une forme de MG, qu’un petit blogueur de merde, vous ne vous étonnerez pas de mon intérêt pour ce qui n’est, après tout, qu’un sous-produit humain qui participe au cycle de la vie en retournant à la terre nourricière, l’humus quoi. Plaisanterie mise à part si je viens de vous infliger une nouvelle chronique ce n’est pas principalement pour fustiger le sieur Goode mais pour mettre en lumière un phénomène très usuel dans les lieux clos, les espaces délimités et fermés, quel que soit le nom qu’on leur accole, le besoin de se démarquer, de se faire remarquer, d’exister. Pour y arriver soit on prend le chemin de l’intelligence, de la pertinence pour être reconnu par ses pairs, soit faute, souvent d’y arriver par ce chemin, de faire du bruit, de la démagogie, en prenant à témoin le plus grand nombre qui n’en peut mais, de jeter des soi-disant pavés dans la mare pour provoquer des remous. C’est le parti choisi ici par Jamie Goode : après avoir plongé sa jauge dans le grand tonneau son œil acéré lui a permis de nous asséner la cruelle vérité : 90% des vins sont de la merde…
Messieurs les vignerons Français faites vos comptes : à partir de vos déclarations de récolte ça fait combien d’hectolitres de merde Made in France ? Je n’aurai pas la cruauté de demander à notre statisticien britannique de convertir ce fleuve odoriférant en cols et de réaliser l’hydrographie région par région car je pense qu’il risquerait de finir dans un tonneau de coaltar et de retraverser le Channel bien emplumé. Cependant, je rappelle pour la petite histoire le « Vin de merde » appellation d’origine Aniane incontrôlée existe link et je suggère au gargotier qui l’a mis sur le marché de demander à Jamie Goode de parrainer la prochaine cuvée 2012 puisque c’est un expert en la matière.
Voir aussi les propos d'Enrico Bernardo : 90% des vins français valent le caniveau : link
