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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 00:09

Les Berthomeau depuis le XVIIe siècle sont des laboureurs, c’est attesté dans les registres paroissiaux. Je le sais car un jour, au temps où je séjournais en CDD au 78 rue de Varenne, je reçus une missive d’un lointain parent Berthomeau des Charentes, Charles je crois, qui m’ayant repéré – normal j’occupais de hautes fonctions – dans laquelle copie de ces documents étaient joints. De plus, mon pépé Louis, gardien des traditions, éleveur de bœufs charolais enjugués qu’il touchait avec un long aiguillon, savait tenir les manchons d’acier de la charrue Brabant. Comme il avait aussi des vignes – la Vendée était couverte de vignes – il possédait une charrue vigneronne mais c’était la Nénette, notre indolente jument, qui lui donnait ses gros biscotos pour la tracter. Au risque de vous lasser je pourrais aussi vous parler de la charrue Bonnel à 4 socs réversibles de mon père mais comme elle c’était les chevaux vapeurs du Société Française Vierzon qui la tirait pour faire du labour en planches je ne serais plus dans la limite de l’épure de ma chronique qui remet le cheval à l’honneur. Tout ça pour vous dire, qu’étant donné mes origines, la charrue ça me connaît, la Huard portée est la dernière connue de moi, et le labour fait parti de ma culture.

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Pour autant, étant le petit dernier de la famille, faute d’avoir eu le temps d’apprendre, je n’ai jamais labouré. Ainsi c’est mon frère, Alain, qui fut le dernier laboureur Berthomeau. Moi j’avais déjà le nez dans mes livres et c’est pour cela que je vous livre ce texte de Michelet dans son Histoire de France : « Plus laborieux qu’industrieux, ils labourent souvent les terres fortes et profondes de leurs plaines avec la petite charrue du Midi, qui égratigne à peine le sol... » car je le trouve beau et surtout, enfant du bocage vendéen, il me touche. Cependant, si je n’ai jamais labouré en revanche en suivant la tranchée de la charrue j’ai souvent mis mes pas dans la terre meuble pour y trouver des achées, les vers de terre quoi : lire ma chronique « Allez les vers ou la saga des « gueules noires » de nos beaux terroirs viticoles » http://www.berthomeau.com/article-27712014.html .

 

Alors le retour en force du labour, du travail de la terre, et dans la vigne cette terre nous la dénommons, nous français, le terroir, m’enchante. Je ne vois là rien de passéiste, ni retour en arrière, ni reniement, mais bien au contraire ça me semble simplement une façon de ne plus céder à la facilité. Se colleter, non pas à la nature, mais à la vie, n’est point chose aisée et les urbains, si prompts à exiger de ceux qui sont au plus près de la terre le respect seraient bien inspirés de s’appliquer à eux-mêmes, lorsqu’il s’agit de se soigner, les mêmes bons préceptes. Comme je l’ai déjà écrit, nous nous dirigeons vers une viticulture de précision, moins interventionnisme, plus en phase avec la vie. Et Pascal Agrapart dans tout cela me direz-vous ? D’accord j’y viens même si, comme à mon habitude, j’emprunte des chemins de traverses, un peu de patience que diable, nous ne sommes pas si pressés puisque nous progressons au rythme de « Pégase, cheval de trait ardennais, qui remonte sans effort apparent une ligne de vigne de la parcelle « les fosses » chez Pascal Agrapart justement.

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La famille Agrapart est sise à Avize depuis plus de deux siècles sur 9,7 hectares de vignes de chardonnay plantés sur le sol crayeux de la Côte des Blancs, répartis en majorité sur les grands crus d’Oger, Cramant, Oiry et Avize, et disséminé sur plus de 62 parcelles (certaines ont plus de 65 ans et la moyenne du vignoble se situe autour de 40 ans). Pascal Agrapart je l’ai abordé souvent lors de mes pérégrinations de chroniqueur compulsionnel et je dois avouer que, sans connaître le moins du monde son approche de la vigne, l’homme et ses cuvées m’ont de suite accroché : les deux sont droits, précis et dotés d’une belle vivacité. Ma sensibilité, mon intuition donc, me faisait percevoir en Pascal Agrapart à la fois une belle épaisseur humaine, un je ne sais quoi qui fait la différence : mélange de curiosité, d’intelligence des choses, d’un goût aigu du faire sans le faire savoir « notre meilleure action de communication semble avoir été la réaction de nos voisins vignerons qui jugeaient notre démarche un peu folle avoue Pascal Agrapart avec un sourire ». 


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Revenons un instant au labour « Je laboure sur sol propre. La charrue est là pour empêcher l’herbe de pousser, pas pour la couper. Je fais du débuttage/décavaillonnage à la fin mars, une fois la taille et le liage achevés. Je descends alors à 7-8 cm de profondeur. Je travaille ensuite le sol sur le milieu. Ma fréquence de passage est ensuite d’environ tous les quinze jours jusqu’au 15 juillet » En septembre, du mouron couvre l’interrang. Il est conservé pour la vendange et ne sera retourné qu’en mars de l’année suivante. Le labour au rythme des mois et des saisons c’est, comme le souligne Oronce de Beller, gérant de la société Equivinus qui fournit du matériel pour le travail des vignes au cheval « être particulièrement attentif aux réglages de ses outils... le travail du sol à l’aide du tracteur a souvent fait oublier les habitudes du réglage subtil de l’angle des versoirs... Revenir à l’utilisation du cheval dans ses vignes n’est donc pas un retour en arrière, c’est un challenge technique qui nécessite une formation sérieuse... » extrait du magazine VITI Repenser son travail pour un vin de terroir septembre 2009.

 

Même si mes histoires de cheval et de labour donnent un peu d’urticaire à certains je les rassure de suite j’ai découvert les cuvées de Pascal Agrapart avant de connaître son histoire. Reste que l’on fait du raisin avant de faire du champagne et, que cette culture de la vigne passe d’abord par le travail du sol qui permettra de mieux exprimer les qualités de ce terroir de craie.  Travail de fond qui donne une autre dimenssion, une autre ampleur aux champagnes de Pascal Agrapart. Sans vouloir ramener une science que je n’ai pas permettez-moi tout de même de souligner que je profère là des évidences qui devraient susciter de vraies interrogations pour tous les chantres du terroir. En effet, être aussi peu soucieux de sa terre, je ne parle même pas ici de terroir, être d’une certaine manière indifférent à son devenir, ce serait comme pratiquer une culture hors-sol. Le sol n’étant plus qu’un simple support que l’on s’ingénierait à neutraliser.

 

L’ami  Olivier Borneuf écrit sur son site Brittle www.brittle-boutique.com  explique à propos du domaine Agrapart « Partisan de la vinification parcellaire, le domaine a conçu ses Champagnes par terroir. Tout commence par la cuvée Les 7 Crus représentative de tout le domaine, puis le travail s’affine dans la cuvée Terroirs, pour se préciser avec Minéral issu de Cramant et Avize seulement. Ce travail de recherche trouve enfin son aboutissement dans L’Avizoise et Vénus, deux Champagnes mono-crus. Des Champagnes conçus en toute sincérité, pour lesquels chaque détail a son importance. Des vins d’une finesse redoutable, équilibrés et minéraux par le plus modeste des vignerons. »


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Vénus, la fidèle jument de Pascal Agrapart n’est plus là depuis 2008 mais c’est  toujours le nom d’une cuvée qui représente 2300 bouteilles par an « elle nous semble plus minérale, plus fraîche, plus liée aux qualités de notre terroir que d’autres de notre gamme » souligne Pascal Agrapart.

 

Lors de notre derrière rencontre à une dégustation à la maison de l’Aubrac j’ai posé une question directe à Pascal Agrapart : « Quelle est la cuvée qui vous ressemble le plus ? » Il m’a répondu : « Minéral » et c’est tout a fait mon avis. Cette cuvée possède, comme la ferme poignée de main de Pascal, une grande droiture, de la rectitude, du caractère, de l’authenticité, une séduction retenue mais durable. Minéral 2004 sera là pour fêter les 30 ans de Cédric dimanche prochain. Pendant que j'y suis et comme j'aime ramener ma fraise sur tout : je trouve les nouvelles étiquettes de Pascal à la fois en accord avec son style et son travail...  


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Pour les experts la cuvée « Minéral » provient pour ½ de raisins de Cramant : parcelle Biones, élevés sur lies en futs de chêne ½ muids 600 L (au moins 5 vins) et pour ½ de raisins d’Avize parcelle Chambouton élevé en cuves. Levures indigènes bien sûr. Extra-Brut dosage 5 g/L. www.champagne-agrapart.com

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Fabrice Agrapart 01/10/2011 09:50



Bonjour


Je trouve un peu domage que vous ne parliez pas de moi Fabrice son frére et associè pour 50% dans la société .Nous travaillons ensemble depuis 1982 ,je suis somme toute plus discret mais
néenmoins tres présent sur toutes les etapes de l elaboration de nos Champagnes.La photo avec Venus c est moi !!!


L EARL Agrapart et fils :C est PASCAL et FABRICE Agrapart


Merci de votre compréhention


Un MODESTE et DISCRET vigneron


Fabrice



Olivier Borneuf 06/12/2010 17:46



Cher Michel Smith,


 


Sur votre première idée je suis loin de la trouver minable ! Quant au potentiel de vieillissement, tout dépend de ce que l'on recherche dans les vins non ? Il existe des grands vins qui ne sont
pas faits pour vieillir et qui pour autant donne la même émotion. J'ai récemment gouté le beaujolais nouveau de Chermette, je me suis éclaté… Peut-être sera-t-il toujours là dans 10 ans,
peut-être pas ! Il y a des grands grands vins et des grands petits vins ; )


Enfin, je dois quand même hausser le ton par rapport à votre critique sur les Aubois, vous auriez eu la gentillesse ou le temps de nous rendre visite ce week end à Paris au Salon Brittle des Vins
de Champagne, vous auriez été surpris de voir 3 vignerons Aubois présenter leurs vins : Pierre Gerbais, Lamoureux-Mary et Olivier Horiot. Nous avons même fait l'apologie de l'Aube sur le micro
d'Hervé Pauchon ! Que des vignerons, oui monsieur, c'est quand même pas aussi facile que d'inviter Billecart and Co !!


 


à vous !


Olivier Borneuf



MichelSmith 06/12/2010 17:15



Je quitte les savants commentaires pour revenir, cher Jacques à la notion de "grand" vin (ou "grand champagne") en déclarant haut et fort que cela s'applique à un vin qui fait parler en bien. Je
sais, c'est minable comme explication. Alors j'en ajoute une : un grand vin est un vin qui sait rester droit et frais au bout de 5 à 10 ans d'attente. Il devient "très grand" s'il tient entre 10
et 20 ans. En matière de Champagnes, j'en ai des tonnes, même dans les terroirs de l'Aube que nos doctes commentateurs n'osent même pas regarder en face. Mais il y a d'autres "grands" champagnes,
ceux que j'aime. Ils viennent de maisons toutes situées du côté de la colline d'Aÿ, face à Epernay : Deutz, Bollinger, Jacquesson, Billecart-Salmon... En face, j'en pince pour Pol Roger et
Laurent Perrier. Voilà, je sais désormais qu'il n'y aura point de Champagne lorsque l'ami Luc me rendra visite..



Olivier Borneuf 06/12/2010 13:34



Concernant le bio : rien n'est prouvé à ce jour concernant le cuivre. Concernant les rendements je partage votre avis mais notez l'exemple d'un Cabernet de Coonawarra (disons John Riddoch
fabriqué à la mode européenne) qui est très arômatique et pour autant développe des arômes "minéraux" type "dusty"… Si l'on entend par "minéral" la déscription de ce que l'on peut sentir, je suis
d'accord avec vous; si l'on décrit par "minéral" une signature arômatique du terroir pourquoi pas mais ce terme a à mon avis plus de sens sur la structure du vin que sur les arômes. Vous savez,
puisque vous êtes œnologue, que l'on peut pas mal s'amuser avec l'expression arômatique d'un vin…


 


Olivier



Olivier Borneuf 06/12/2010 13:23



C'est bien ce que je dis ! La fraîcheur ne vient pas de l'acidité ! Relisez moi !



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