Vendredi 3 décembre 2010 5 03 /12 /Déc /2010 00:09

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Messieurs,

 

Nous ne nous adressons pas aux dames car nous n’en connaissons pas dans votre profession. Ceci dit, pour ne rien vous cacher vous êtes de ceux, comme le dit souvent Marcellin Gourret, notre ancien instituteur qu’est un lettré, le seul dans notre Conseil Municipal, à propos des ramenards de tout poils qui savent tout et qu’on des avis sur tout « qu’ils parlent ou qu’ils pètent, cela se vaut ».

 

Vous faites chez nous, ce qui est rare et donc notable, l’unanimité contre vous, même cette vieille bourrique d’Ulysse Vergnes et cette vieille carne d’Achille Gauche, mes deux seuls opposants, sont d’accord avec moi et mon Conseil. Faut dire que votre Perico, il les enfile comme des saucisses, sauf votre respect, les bouffonneries du genre « Sans paysans, pas de produits. Sans produits, pas de cuisine. Sans cuisine pas de gastronomie. Donc, sans paysans, pas de gastronomie. Il est là le trésor à préserver. »

 

Nous préserver ! Sans doute comme les pipistrelles ou les faucons crécelette, et pourquoi ne pas nous parquer dans un de vos conservatoires pour espèces en voie de disparition pour que les enfants des écoles puissent venir voir ce qu’était un péquenot qu’avait de la paille dans ses sabots.  Des conneries tout ça, rien que du blablabla de gars qu’ont, sauf votre respect, leurs gros culs dans des fauteuils et qui travaillent qu’avec leur clapet. Rien que des j’en foutre et des va-de-la-gueule, des chancres qui se servent de nous pour vendre leur torche-cul. Pas besoin de les pousser pour qu’ils aillent bavasser dans le poste ou faire les beaux à la télé mais les avez-vous vu inviter un de ces fameux paysans qu’y disent vouloir préserver ?

 

Nous n’avons pas besoin ni de beaux parleurs ni de haut-parleurs pour causer en notre nom. Nous les paysans, les vignerons qui font bon ce n’est pas de conservateurs ou de défenseurs dont nous avons besoin pour continuer à faire bon, et à continuer tout court, mais de consommateurs qu’ont assez de picaillon, ou qu’ont envie de les lâcher pour bien bouffer, pour payer nos bonnes patates, nos bons poulets, notre bon beurre ou notre bon vin à un prix qui nous permette de ne pas avoir comme seule issue de mettre la clé sous la porte ou que nos gars ou nos filles, qu’ont fait des études, puissent avoir envie de reprendre le manche. C’est aussi con que ça les gars ! Nous comme vous on ne vit pas de bonnes paroles

 

Que les chefs de cuisine qu’ont des étoiles sur leur toque mettent à l’honneur dans leur beau frichti nos bons produits du terroir comme vous dites ça nous paraît à nous, gens d’en bas, comme disait le « bavou » du Poitou, la moindre des choses vu la hauteur de l’addition. Mais tout de même faut pas pousser le bouchon trop loin et faire de ces bons artisans – ce n’est pas un gros mot, y’en a même qui sont meilleur ouvrier de France – le dernier rempart contre la fameuse Malbouffe du papy Coffe et du moustachu du Larzac. Qu’y nous fasse de la réclame nous on n’est pas contre mais au bout du compte tout ce beau monde qui va poser ses belles fesses autour de leurs belles tables ça ne fait pas derche comme clients et ce n’est pas avec ça que vous allez sauver les paysans.

 

Nous qu’avons pas fait de hautes et grandes études on ne va pas se gêner pour vous dire que la meilleure façon qu’y est encore des paysans ou des vignerons dans nos campagnes c’est d’abord de faire comme le père Ford avec ses ouvriers pour qu’y achètent ses petites autos, faut que les gens aient du boulot et qui soient payés. Mais même avec notre vue basse et notre air con nous savons bien que ce n’est pas suffisant encore faut-il dire à ceux qui bossent que c’est bien beau de n’acheter que des trucs à 2 balles fabriqués à Pétaouchnock par des gens payés avec des coups de pieds au cul, au Mutant ou au Lidl du coin, mais de quoi nous vivrons-nous demain ? Chez nous c’est pareil que chez vous, même pire, les gens pleurnichent qu’y a plus de petits commerces dans le bourg mais faut voir le monde qu’y a sur le parking de Carrefour.

 

Pour revenir à la bonne bouffe qu’a besoin pour être dans nos assiettes de gars comme nous dans les campagnes, plutôt que de chanter les mérites de la Grande Gastronomie Française faudrait peut-être commencer par faire mieux manger nos gamins dans nos cantines scolaires. Faudrait aussi améliorer l’ordinaire de nos gars et nos filles qui font des études comme le proposaient récemment nos grands amis le professeur Pitte et JP Coffe. En toute chose faut toujours commencer par le commencement ne croyez-vous pas. Bien sûr c’est plus facile de vanter les panais d’Alain Passard  cultivé avec soins dans son jardin, d’en faire les derniers remparts de la défense des culs-terreux que nous sommes, plutôt que de se préoccuper de ramener sur la table de beaucoup des choses simples, des choses bonnes, abordables pour leur porte-monnaie tout en mettant dans le notre les sous qui faut pour nous sauver.

 

Ceci écrit, j’entends déjà dans nos villes et nos campagnes monter l’accusation à l’encontre de mon Conseil Municipal que nous ne fussions – c’est Marcellin Gourret qui m’a soufflé cet imparfait du subjonctif pour bien montrer à Périco que nous ne sommes pas des nigauds – que des représentants de la pire démagogie rurale, rien que des enfants de Pierre Poujade le papetier de Saint-Céré qu’a fini dans les soutes de l’Elysée. En êtes-vous si sûr messieurs les gastronomes patentés au portefeuille étoffé ? Au contraire ce ne serait t’y pas vous qui seriez du genre à brosser les gogos dans le sens du poil ? À faire accroire aux bonnes gens que toutes les balivernes que vous débiter pour vous faire mousser sont des vérités.

 

Le bien manger messieurs est simple comme un quignon de bon pain avec un petit quelque chose de bon dessus, partagé autour d’une table, avec pour ceux qu’en on l’âge d’un petit verre de vin. Nous qui ne sommes pas forcément plus con que la moyenne nous ne sommes pas contre le beau boulot des Grands Chefs, loin s’en faut, mais quand à nous bassiner à tour larigot que ce sont eux qui empêcheront la fin des péquenots que nous sommes, c’est vraiment prendre le populo pour des nigauds. Des bons produits y’en a, et y’en a même de plus en plus. Des gars qui sont prêts à en faire y’en a aussi, et y’en a même de plus en plus. Alors messieurs les enfonceurs des portes ouvertes cherchez l’erreur !

 

Sur ce, comme nous ne savions pas comment, depuis le trou du cul du monde où nous sommes, porter à votre connaissance notre façon de penser, nous nous sommes rappelé qu’un seul gars, un certain Berthomeau, avait accepté de publier notre lettre à Paul Dubrule http://www.berthomeau.com/article-31444032.html et que grâce à son immense notoriété elle avait fait bien plus de bruit que nous ne l’avions escompté. C’est donc à l’unanimité du Conseil que nous avons renouvelé le procédé même que l’Achille Gauche, qu’a beaucoup manié la mèche lente à la grande époque, voulait que nous signions notre lettre Canal Habituel.

 

Salutations républicaines.

 

Le maire et le Conseil Municipal de « Losse-en-Gelaisse » 

 

images Losse  

PS. Jacques Berthomeau vous prie de l’excuser pour l’arrivée intempestive ce matin de 2 chroniques programmées pour la semaine prochaine. Vraiment désolé pour ce désagrément.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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