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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 00:02

Exceptionnel : sur le ring  L’Antonin et Louis 2003 du mas de la Seranne de Jean-Pierre Venture, le Jadis 2002 de Didier Barral dont Venture dit « c’est un dingue...un extrémiste. » et le « Bien Décidé » 2003 de Depardieu dont Venture dit « ce n’est pas du vin, ça n’a rien à voir avec du vin. C’est du show-biz. » Bonjour l’ambiance ! C'est Paul Amar qui serait content de voir les gants de boxe sortis pour mettre notre Depardiou national dans les cordes.

Tout ça n’est pas du pur jus Berthomeau mais du Robert V Camuto dans son livre « Un américain dans les vignes » qui vient d’être traduit et publié chez Michel Lafon. La quatrième de couverture dit fort justement « au fil de ses pérégrinations dans nos terroirs, Robert Camuto nous offre un savoureux tableau de la France et des Français : un très bel hommage à notre amour du Bien-Vivre. » Vous vous doutez bien que le Secrétaire Perpétuel autoproclamé de l’Amicale du Bien Vivre dites des Bons Vivants apprécie l’absolue candeur de notre américain arpentant la France profonde en nous livrant, sans langue de bois, des portraits savoureux de François des Ligneris le « rebelle », de Jean-Bernard Siebert de Wolxheim, de Claude Martin en Provence, de Cyrille Portalis le « malade de Bandol », de Pierre Acquaviva le Corse, de Jacques Mossé à Ste Colombe, de Jean-Michel Stephan dans la Côte Rôtie, de Robert Plageoles à Gaillac entre autres...

Bien évidemment, le morceau de bravoure se niche dans le grand amphithéâtre de South of France du côté d’Aniane où selon Camuto cette « petite ville fatiguée, typique du Languedoc... se situe au carrefour d’évènements singuliers » En vrac : « une géologie préhistorique offrant aux collines alentour des sols chargés de pierres déposées par les anciennes rivières, de rouges sédiments glaciaires, de calcaire et de sable », l’arrivée en 1971 d’Aimé Guibert, industriel du cuir dans un vieux moulin de la vallée de Gassac, l’affaire Mondavi en 20000 et l’irruption en 2003 de Gérard Depardieu et son associé Bernard Magrez.

Je vous propose donc de lire la relation du « grand match » indiqué en incise de ma chronique. Comme le dirait Eugène Saccomano « On refait le match... » Bonne lecture !

« À midi, je débouchai trois bouteilles dans la cave : l’Antonin et Louis 2003 du mas de Seranne, le Depardieu de la même année, et un Jadis 2002 de chez Barral. J’enveloppai les bouteilles dans des feuilles de papier alu pour le plaisir de cacher leur identité.

À 17 heures, nous sommes descendus dans la cave avec une saucisse, du pain et des verres. Mes compagnons de dégustation étaient Philippe, un Français, un « nez » naturel qui travaillait près de Grasse pour une grande usine de parfums et vendait dans le monde entier des arômes destinés à toutes sortes de choses, du parfum au chewing-gum en passant par les produits culinaires ; Ken, un américain ingénieur en logiciels qui, dans sa jeunesse, avait étudié la viticulture en Alsace, avant de travailler en Californie sur le célèbre Opus One de Mondavi ; et Daniel, un enfant de l’après-guerre qui avait grandi en Alsace dans les vignes de son père.

Je servis d’abord le mas de la Serrane qui déclencha au nez beaucoup de bruits approbateurs : « Mmmmm... », « Du fruit... », « Des arômes de liqueur... », « Raffiné... », « Du velours... ». Pour mes trois invités, c’était un vin de la vallée du Rhône. Ken s’aventura à suggérer le nord de la vallée du Rhône, peut-être la Côte Rôtie. Il estima le degré d’alcool à 14 degrés.

Le vin suivant était le Depardieu.

      Oh, Seigneur ! s’exclama Philippe en faisant une grimace de dégoût dès la première gorgée. Ce n’est pas du vin, c’est du porto ou du vermouth. C’est pour l’apéritif. Pour les amateurs de... se whisky.

Je ne résistai pas au plaisir de lui demander à quelle personnalité célèbre ce vin lui faisait penser.

-         À Fidel Castro !

-         Ouaou, c’est un dragster, dit Ken, qui fixa de nouveau le degré d’alcool avec précision. Au moins 15 degrés... Il me rappelle certains Zinfandel californiens.

-         Je suis d’accord, approuva Philippe. Ce n’est pas un vin français. C’est un vin du Nouveau Monde. D’Afrique du Sud, peut-être.

On passa au vin de Barral.

-         Classique, dit Daniel.

-         Classique, dit Ken en écho. Français, peut-être italien... Sec.

-         Hugo Chavez ! s’exclama Philippe, comme si le résidu du deuxième vin (la création de Depardieu) l’amenait à faire une fixation sur les dictateurs latino-américains.

Lorsque j’eus découvert les bouteilles, la discussion redémarra, sur le vin de Depardieu notamment. Nous étions tous d’accord pour dire que c’était le genre de chose que l’on attendait de lui, un gros vin poussif et pompeux, un vin de bande dessinée, le vin d’un gros Obélix boulimique. Sur le devant de la bouteille, une étiquette gris anthracite, façon pointe de diamant, donnait le nom du vin et citait Aniane en caractères métal cuivré. On lisait en-dessous :

                                            Gérard Depardieu

                                                     Acteur

                                       Propriétaire de vignobles

Bizarre qu’il ait choisi de se présenter d’abord comme un acteur... Quelques mois plus tôt, après une série de flop au box-office national, Depardieu avait annoncé à grand bruit, sur un plateau de tournage, sa décision de se retirer du cinéma – « Je n’ai plus rien à prouver ». L’acteur de cinquante-six ans affirmait vouloir se consacrer à ses vastes vignobles.

Autre bizarrerie, après que l’identité du vin eut été révélée, je notai que Philippe faisait quelque peu machine arrière et revenait sur ses impressions.

-         Évidemment, tous les vins sont bons, dit-il, ajoutant que celui de Depardieu prouvait que la France était capable de produire des vins de style Nouveau Monde. C’est un vin que j’aimerais offrir à mon père, poursuivit-il. Il déteste Depardieu, mais c’est exactement le genre de vin qu’il aime.

Philippe avait-il une âme de groupie ? Sa fierté gauloise avait-elle été piquée au vif ? Ou était-ce le réveil de quelque conflit œdipien non résolu ? Quelques minutes auparavant, il aurait presque recraché ce vin ; maintenant, il voulait l’offrir à son père.

Existe-t-il un autre liquide buvable qui soit à ce point chargé de psychologie ? Quels neurones s’étaient mis à s’agiter dans sa tête à la vue de cette étiquette ? L’industrie française du vin est experte dans ce domaine : les rayons des grandes surfaces croulent sous les appellations tapageuses et les étiquettes cherchant à imiter la classe des grands crus. Si la foi est capable de métamorphoser un vin de table en sacrement, pourquoi le marketing ne transformerait-il pas un « Lafi » ordinaire en un Château Lafite, en un modeste Lafitte, voire en un honnête Lafitte ? »

www.domaineleonbarral.com

www.mas-seranne.com

Ma chronique du 7 septembre 2006 Depardieu viticulteur http://www.berthomeau.com/article-3762612.html

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Emmanuel Delmas 06/11/2009 03:02


Bonsoir Jacques,

Je tiens ce livre, à l'instant même entre mes mains, offert par Papa, et dédicacé par l'auteur, qui parait-il me connait de réputation ! WAOUAOUAOU !!

Qu'importe...! Je n'ai pas vraiment le temps de le bouquiner pour le mooent, mais après votre post je me dis que je vais rater quelques moments savoureux...décrits avec force mots et accent par
notre auteur américain.

Depardieu ? Amusant de lire cette anecdote...

J'en ai une autre vécue voilà quelques semaines. Comme vous le savez, je suis sommelier pour un bien piètre restaurant parisien. Vous le connaissez, aucun intérêt que je le cite.
L'acheteur en vins du restaurant, bien limité s'agisssant de déguster le vin (je ne lui en veux pas, il est français basique, convaincu qu'il est naturellement doué) me demande de gouter un vin
mousseux de Depardieu, avec l'acheteur du groupe Barrière, et le représentant du vin Depardieu.

J'avais pourtant prévenu que je n'étais pas du genre à me compromettre, et que le consensus en terme de tasting n'était pas mon fort.

Le représentant, gentil, et prévenant me vante les mérites du vin avant dégustation..."ce vin est celui de Depardieu..."
Moi: "Pardon ?"
lui: Oui, ce vin est celui de Gérard Depardieu
Moi: "J'ose espérer, monsieur, que votre argumentaire 1er n'est pas celui-ci ?"
lui: Comment ça ?
Moi: "Depardieu, acteur, je veux bien...mais...monsieur, je suis bien trop pointilleux et surtout respectueux du travail élaboré par de vrais bons vignerons pour apporter un quelqconque crédit à
Depardieu concernant le vin...aucun de ses vins ne m'a jamais convaincu, et qui plus est Depardieu n'a jamais été un vigneron."
Lui "Euh..."
moi: " pas bien grave...je déguste, et jugerai..."
Lui" Avec plaisir".

Je déguste, et là...

"Bon, une belle cheminée, ce vin mousseux semble vif, fringant. Au nez, du fruit blanc, des agrumes, mais surtout je ressens énormément de bois. Vanillé, une pointe de brioche...en bouche, le vin
(car je parle toujours de vin concernant le vin mousseux), offre une bonne droiture, de la fraicheur, mais la signature du bois me semble trop marquée."
Voici en gros mes impressions.
Lui (très gentimment, ce monsieur fut toujours très gentil, et avenant): Vous n'aimez pas ?
Moi: Non pas que je n'aime pas, mais ce vin traduit une forme de vin mousseux à l'élevage ambitieux, devenu prétentieux, parce qu'on lui a raconté qu'il était le plus beau. Du bois, voire de la
planche, peu de fruit, des bulles à la limite de l'agression...pas mauvais, mais sans intérêt. Si ce n'est que ce mousseux me semble super trop maquillé. J'aime le jus de la terre, le fruit et le
minéral. Là,rien de tout cela, si ce n'est la planche à bois. C'est prétentieux, limite vulgaire.
Lui: Vous êtes dur !
Moi: Je n'ai jamais aucun plaisir à me montrer injuste vis à vis d'un vigneron, quel qu'il soit, monsieur. J'ai bien trop de respect pour le vrai vigneron et du travail qu'il abat pour me le
permettre.
Lui: ....
Moi: Quels sont pour vous, vos références, ou exemples de vins mousseux que vous souhaiteriez égaler avec ce produit ?
Lui: Euh...
Moi: Soyons pragmatique: Jacky Blot et son triple zéro. Un mousseux, sans prétention, droit, épuré, vif, mais toujours élégant. Un joli mousseux bien travaille.
Lui: Ah, je connais de nom...
Moi: 10 euros, voire 12, tranchant, pertinent, intelligemment travaillé...au mieux, vous pourriez vous situer à son niveau. On sent une certaine ambition, mais je ne suis pas convaincu.

Je vous laisse imaginer la tête des acheteurs du restaurant et du groupe...!! Il fallait savoir que Depardieu avait loué et commandé un service du déjeuner en grande pompe au sein de l'hôtel...et
m'avaient demandé de les accompagner dans la dégustation.

Moi: Quel est votre modèle ?
Lui: Nous souhaitons rivaliser avec le Champagne:
Moi: Donc pas bien ambitieux !
Lui: Pardon ?
Moi: Avez vous déjà pris plaisir avec du Champagne ?
LUI: Oui!
Moi: Lequel ?
lui: Les grandes marques...( Roedere, Pommery...)
Moi: Mauvaise réponse, votre modèle étant mauvais...je comprends que votre produit le soit aussi...
Lui/ Mais...
Moi: Quel; prix votre mousseux ? Personnellement, il n'égale pas en finesse un Triple Zéro de J Blot. 12 euros. Votre mousseux ne vaut pas plus de 10 euros. Or, je me dis vu la prétention de votre
élevage (outrancier) sous bois qu'il est plus cher.
Lui: 23 euros !
Moii: Pardon ?
Lui: Oui...
Moi: Et votre seul argument....Gérard Depardieu ?
Lui (tête baisssée): Oui.
Moi: Je suis sincèfrement désolé, Monsieur, je ne sais pas être consensuel, par simple respect des vrais bons vignerons.

Je vous laisse imaginer la tête des acheteurs du groupe !  Je n'avais pourtant fait que mon vrai travail. Celui de toujours rester objectif. Parfois, je peux me laisser trop
enthousiasmer...par des conditions facilitées. Je ne suis pas infaillible. Mais trop de "vignerons" se disent "vignerons" alors qu'ils ne l'ont jamais été. Depardieu élabore des vins de
fossoyeurs,mais comment lui en vouloir, finalement ? Il fait partie des 95% de la masse, élaborant des vins sans fond, fondement, creux et vaporeux, ennuyeux...

Vous comprendrez donc aisément que le jour du lancement de cette cuvée au sein d 'un restaurant de l'hôtel, je ne sois pas convié, comme ce fut prévu. Qu'importe, j'en fus rassuré. Nos patrons, en
restauration ou hôtellerie sont bien trop souvent pervertis ou prostitués par l'appat du gain facile. Minables sont ils. Porte ouverte aux fossoyeurs de plaisir d'où émanent cartes de vins plus que
ridicules, oscillant entre négoce, et fossoyeurs, pots de vins, et intérêts illégitimes. Sommeliers que nous sommes,  perdus...et voués à disparaitre. (je m'en fous, je prépare mon terrain
depuis déjà queqlue temps...mais vous autres, sommeliers passionnés, osez sortir de vos restaurants, et surtout frapper du poing sur la table, prêchez la bonne parole, défendre le VRAI vin)


Alors, oui, ce livre de Camuto, dédicacé, je le lirai...Alors, oui, j'essaierai toujours d'essayer de mettre en avant de vrais vins. Même imparfaits, ils ont pour eux,  une vraie forme de
caractère et d'authenticité que j'aime tant.

Pas de pitié, pas de quartier pour les vins d'esbrouffe. Merci Jacques pour ce post, une fois encore excellent. Ce livre, je le lirai et l'aborderai d'une manière forcément un peu différente
désormais.

Emmanuel D


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