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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 13:43

photo-Tunisie.jpg

Ce texte, simple coup de cœur personnel, publié ailleurs et rapatrié sur mon blog aujourd’hui pour en assumer seul la responsabilité ne donne aucune leçon à qui que ce soit. J’y exprime ma joie loin des bisbilles franco-françaises. J’y exprime aussi ma honte d’un silence assourdissant face à un pouvoir qui fait tirer sur son peuple. Je m’incline devant le courage des gens de peu. La joie dimanche soir de mes 2 épiciers tunisiens du Boulevard St Jacques m’a ému, surtout lorsque l’un d’eux à découvert que pour la première fois de sa vie il allait voter « pour de vrai ».Lire ma chronique sur le Vin de l'épicier du coin link

 

Vendredi soir je sortais du métro à Saint Placide, il pluviotait. Tout en haut de l’escalier un jeune homme me sourit et me dit «C’est un beau jour monsieur!» Je lui réponds «oui» sans hésiter car je le prends pour un jeune Tunisien – en fait il me dira être marocain – nous conversons. Du bonheur, de l’espoir, beaucoup d’intelligence, le dictateur, comme l’écrira Joffrin, n’était «qu’un pleutre et quand le peuple insurgé lui a signifié son congé, il est parti la queue basse». Je ne sens pas très fier de mon pays, du moins de ses représentants officiels qui, comme ceux qui ont tenu ce régime pourri à bout de bras au nom de la realpolitik, et j’ai honte comme l’écrit Jacques Camus dans La République du Centre «Cela a tout de même duré 23 longues années, marquées par un silence dont nous devrions avoir honte».

 

Alors j’espère que vous comprendrez que ce lundi, au lieu de vous raconter des histoires de vin, je préfère lever mon verre à la santé de mes amis tunisiens libérés du joug d’un régime féroce, prévaricateur, aux mains couvertes de sang, menée par une clique de profiteurs, en formant des vœux pour que le peuple tunisien, si accueillant, si joyeux, si émancipé – les femmes surtout – puisse prendre son destin en mains, vivre librement, et bâtir son destin. Je m’incline respectueusement devant la dépouille mortelle de Mohamed Bouaziz, 26 ans, vendeur ambulant à qui une police corrompue avait saisi sa charrette, qui en transformant son corps en torche humaine a allumé l’incendie qui a mit en fuite l’indigne successeur de Bourguiba. Le désespoir des gens de peu, leur sacrifice, leur courage me remettent à ma petite place de petit homme. Je les salue et leur tend la main au-dessus de la Méditerranée qui nous unit de liens d’amitiés et de destin commun

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Passarini 18/01/2011 22:30



J’aime, Jacques, quand vous sortez de vos gonds, mais il est vrai que dans ce monde politique on n’a que l’embarras du choix pour s’offusquer de tant de mépris,
avec maintenant cette chasse à Stéphane Hessel.


J’ai trouvé ces lignes :


 "Ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut pas
le taire, mais l’écrire."


                                                     
Jacques Derrida


Heureusement qu’il nous reste quelques beaux flacons en cave, à déguster entre amis, pour oublier.


Amitiés.


Sam



Luc Charlier 18/01/2011 17:06



Dany Cohn bendit l’a comparé à Jan Pallac, ce brûlot humain. Bien vu.


Je partage ta joie, Jacques Bertomeau, mais aussi de l’appréhension : les voisins (au sud et à l’ouest) directs et même celui du
nord. Et l’histoire a montré que les Tunisiens avaient tendance à se laisser faire par leurs puissants envahisseurs, en un raccourci qui va des Phéniciens à la France, en passant par les
Habsbourg aussi.


Et comme je ne peux pas rester solennel plus de quelques instants, j’avouerai que ce pays que j’ai visité pour la première fois bien
avant l’arrivée au pouvoir de celui qui vient de s’enfuir m’a laissé deux souvenirs impérissables : la lumière au coucher et au lever du soleil à Tozeur ... et la plus effroyable diarrhée de
ma vie !



laurentp 18/01/2011 16:31



Bonjour Jacques,


 


merci pour ce texte d'une belle et grande franchise, un peu comme une accolade.


Souhaitons une démocratie pour la Tunisie et surtout pour son peuple. Mais ce n'est pas gagné. L'histoire a des lendemains qui déchantent souvent.


L'actualité, c'est aussi le retour de baby Doc en Haïti. Retour au pays étrange, malsain et inquiétant.


 


Cordialement,


Laurent



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