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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 00:09

Dans sa préface du livre de Florent Quellier « Gourmandise histoire d’un péché capital » chez Armand Colin Philippe Delerm écrit « Quand j’étais encore professeur, j’aimais beaucoup étudier avec mes élèves de 6ième un poème intitulé le baba et les gâteaux secs, dont j’ai appris seulement le jour de ma retraite qu’il était tiré des Fables de Franc Nohain. Ce texte opposait l’hébétude satisfaite du baba, trempant sans vergogne dans sa flaque de rhum sucré, pendant que les gâteaux secs, pinçant la bouche, disaient tout le mal qu’il fallait penser de cet ivrogne. L’auteur faisait s’exprimer à tour de rôle les deux gâteaux antagonistes, et c’était très amusant de faire jouer cette petite scène, métaphorique de la gourmandise mais aussi de la vie. Plus encore que la récitation de la fable, le bon moment consistait dans la discussion qui suivait l’explication du texte. Difficile d’affirmer qu’il faut être complètement baba ou complètement gâteau sec. Mais j’ai toujours en tête l’enthousiasme d’un Nicolas légèrement enrobé qui coupa court à l’échange philosophique pour s’exclamer : « Moi, m’sieur, j’suis au moins à soixante-quinze pour cent baba ! » Je respecte son sens des proportions. »

 

Et vous quel est votre pourcentage ?


Le baba et les gâteaux secs 

 

Ce qui caractérise le baba,
C'est l'intempérance notoire.
A-t-il dans l'estomac
Une éponge ? On le pourrait croire,
Avec laquelle on lui voit boire,
— En quelle étrange quantité —
Soit du kirsch, de la Forêt-Noire
Soit du rhum, de première qualité.
Oui, le baba se saoule sans vergogne
Au milieu d'une assiette humide s'étalant,
Tandis que près de lui, dans leur boîte en fer-blanc
De honte et de dégoût tout confus et tremblants,
Les gâteaux secs regardent cet ivrogne.
« Voyez, dit l'un des gâteaux secs, un ancien — à ce point ancien qu'il est même un peu rance —
Voyez combien l'intempérance nous doit inspirer de mépris
Et voyez-en aussi les déplorables fruits :
Victime de son inconduite,
Sachez que le baba se mange tout de suite.
Pour nous qui menons au contraire
une vie réglée, austère
on nous laisse parfois des mois. »
Cependant, une croquignole,
jeune et frivole, et un peu folle,
Une croquignole songe à part soi :
— On le mange, mais lui, en attendant, il boit.
Je connais plus d'un gâteau sec
Dont c'est au fond l'ambition secrète
Et qui souhaite d'être baba.

 

« Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain, né le 25 octobre 1872 à Corbigny – mort le 18 octobre 1934 à Paris, avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète[1]. Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Son père était agent-voyer.

 

Au lycée Janson-de-Sailly, il fonde avec André Gide et Pierre Louÿs Potache revue.

 

Il publie ses poèmes dans la revue Le Chat noir. Il se qualifie de « poète amorphe ». Il a écrit de nombreux livrets d’opérettes pour le compositeur Claude Terrasse et, notamment, celui de L’heure espagnole de Maurice Ravel. Il fonde Le Canard sauvage et devient le rédacteur en chef de L’Écho de Paris.

 

Il a eu deux fils : Jean Nohain (dit Jaboune), dont le parrain était Alfred Jarry, et le comédien Claude Dauphin. » source Wikipédia

franc_nohain_02.jpg

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Michel Smith 17/11/2011 16:08



Alors là, j'en reste baba... Quelle belle histoire !



La Fée DéCabossée 17/11/2011 13:23



Merci, Jacques !


J'avais acheté le dernier recueil de poèmes en prose de Philippe Delerm, "Le trottoir au soleil" et, étant malade, je me suis plongée, avec toujours autant de délectation, dans ces petits textes
sur les plaisirs simples de la vie...


Il y reprend l'évocation de ce poème et j'avais très envie de le savourer comme un bon baba au rhum...


Il faut préciser que c'est en confectionnant ce gâteau divin que, dans un autre millénaire (pas si lointain), un jeune homme -qui devint 30 ans plus tard mon mari, pour mon plus grand bonheur- me
ravissait, tandis que, de mon côté, je réalisais des fleurs en papier pour décorer sa chambre ! A l'époque, on est passé à côté d'autres plaisirs mais ceux-ci sont délicieux !


Merci également pour toutes les informations complémentaires !


La Fée DéCabossée



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