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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 00:00

Être locataire du 78 rue de Varenne n’a jamais été une sinécure je peux en témoigner mais, dans les temps difficiles que nous vivons, plus que jamais se retrouver à la barre d’une vieille maison qui chapeaute l’alimentation, la pêche et l’agriculture relève d’un goût prononcé pour les causes difficiles. Vu ma position il serait de ma part outrecuidant de vous brosser le portrait de Bruno Le Maire l’actuel titulaire du poste. Cependant, pour l’avoir vu à la manœuvre lors d’une Table Ronde en pleine crise laitière, face à des poids lourds, tel Jean-Michel Lemétayer, je peux témoigner que ce « jeune homme » a de biens belles qualités et une pugnacité qui sait emporter la conviction. Redonner à la régulation des marchés agricoles une nouvelle jeunesse, dans une Union où il a été de bon ton de vider la PAC de ses instruments de gestion, voilà un beau défi qu’il s’est donné. Pour avoir connu, avec Michel Rocard, l’inconfort de grandes réformes : les quotas laitiers et les Accords de Dublin sur la viticulture qui ouvraient la porte à l’Espagne et au Portugal, je sais d’expérience que le temps salue et reconnaît toujours ceux qui affrontent les vents contraires et gardent le cap. Pour la petite histoire, le susdit, reconnaît dans une interview avoir passé au 78 rue de Varenne deux belles années de sa vie (lire chronique du 05/04/2008 « C'était au temps où Michel Rocard s'éclatait au 78 rue de Varenne » http://www.berthomeau.com/article-18131895.html ) et Dieu sait que ce fut agité.
Ce matin, bien évidemment, j’interroge Bruno Le Maire sur notre beau secteur pourvu de tant d’atouts mais qui s’est ingénié, ces 10 dernières années, à déjouer. Le vin, ceux qui le font et ceux qui le vendent, dans le secteur agricole ont toujours cultivé le particularisme, c’est ce qui fait le charme de ce secteur mais c’est aussi ce qui a provoqué son immobilisme face à la nouvelle donne mondiale. Nous sommes en 2010, et Dieu sait que cette date a marqué mon esprit et celui de mes compères de la note stratégique : « Les Défis du Vin Français » et, s’il me le permet, je profite de l’occasion de son passage sur mes lignes pour inviter Bruno Le Maire à venir partager le pain et le sel, et du vin bien sûr, avec le petit groupe d’entrepreneurs du vin du Club «Sans Interdit» (chronique du
12/01/2006  « Les Vingt » http://www.berthomeau.com/article-1582091.html ) qui a repris le flambeau de Cap 2010. Merci Monsieur le Ministre de votre réponse immédiatement positive à la sollicitation de mon petit média « Vin&Cie l’espace de Liberté » et, je l’espère, à bientôt avec ceux qui relèvent les défis du Vin français au quotidien.

 09178_018.jpg© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr

QUESTION N°1 : Nos amis et bons clients Québécois titrent dans la revue Le Cellier de la SAQ « Le Languedoc et aussi le Roussillon c’est le Nouveau Monde mais à la sauce française. Autrement dit, les raisins y mûrissent tout seuls, mais sous un climat politique et administratif assez lourd » et ils s’étonnent d’avoir du solliciter au moins 3 comités interprofessionnels pour réaliser leur reportage. Le magasine Harpers qualifie 2009 comme étant «  l’annus horibilis du vin Français dans ce qui a déjà été une décennie châtiment » et pose la question « First Berthomeau, now it’s plan B » Monsieur le Ministre, en recevant récemment les représentants du monde du vin, vous en avez appelé à un vrai sursaut pour que nos vins, surtout les vins de cépages, regagnent les parts de marchés perdues. Quelle feuille de route leur avez-vous délivré Monsieur le Ministre ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il me semble qu’il faut aujourd’hui construire une politique de marché cohérente, qui passe par un paysage viticole simplifié. La filière viticole est beaucoup trop atomisée. Quand vous avez 26 interprofessions, parfois 4 interprofessions dans le même bassin de production, vous ne  pouvez pas définir une stratégie globale de production, de promotion, de pénétration des marchés, et vous ne pouvez pas rassembler les moyens, notamment financiers, nécessaires à sa mise en oeuvre.

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la profession, le 18 novembre dernier, de me faire, dans les deux mois, des propositions de regroupements d’interprofessions, d’articulation de leur travail. Nous ne devons plus perdre de temps ! C’est indispensable pour avoir une réelle stratégie de marché.

De même, j’ai demandé à la profession qu’elle fasse des propositions pour mettre en commun des moyens de promotion et de recherche-développement au niveau national. ça pourrait être la constitution d’un fonds, par exemple.

 

QUESTION N°2 : Nos collègues et concurrents du Nouveau Monde parlent de leur « industrie du vin », comme je suis un peu provocateur j’aime utiliser cette dénomination pour notre secteur qui est un grand secteur stratégique pour la France. Récemment, dans le cadre du CGAER, j’ai assisté à une présentation par l’ancien Ministre de l’Agriculture Jean Puech du plan de relance de la filière bois et j’ai noté qu’un fonds stratégique était créé. Le développement des vins de cépages, à des coûts compétitifs pour le marché,  mais permettant aux viticulteurs de vivre, passe par la maîtrise de la ressource vin en partenariat avec les metteurs en marché. Ce couple, qui fonctionne si bien en Champagne, exige à la fois un vignoble dédié et des entreprises en capacité de générer des marques. Pourquoi, Monsieur le Ministre, ne pas initier un fonds stratégique vin, en mobilisant des fonds privés et professionnels, pour accompagner la reconquête ?

 

Réponse de Bruno Le Maire :

Le développement d’un partenariat entre producteurs et metteur en marché est absolument essentiel, en effet.  C’est lui qui permettra une segmentation cohérente, adéquate, des produits viticoles. Une segmentation cohérente, qu’est-ce que c’est ? C’est d’abord répondre à la demande du consommateur : analyser cette demande, se mettre en capacité d’y répondre, que ce soit du point de vue de la qualité du produit ou de son coût, c’est enfin se mettre en capacité de promouvoir le produit. C’est aussi savoir si le vin produit pourra être valorisé à la hauteur de son coût de production. A mon sens, il y a un marché pour tous les types de vins. La demande en vins de cépage est forte sur le marché international, et c’est sur ce marché que nous perdons des parts. Il faut donc se poser la question sous tous ses aspects : cette stratégie est-elle valable ? Sera-t-elle payante au regard de nos coûts de production, de nos rendements, de nos conditions pédoclimatiques ? On le voit, une stratégie de marché, quelle qu’elle soit, ne peut se décider qu’en partenariat entre le producteur et le metteur en marché.

 

Un fond stratégique vin est certainement une bonne idée, qui rejoint l’effort de mise en cohérence que j’ai demandé à la filière. Mais ma méthode est toujours la même, et passe avant tout par le dialogue avec tous les acteurs. Je rencontrerai les négociants viticoles au début du mois de janvier, pour analyser avec eux ces questions et voir dans quelle mesure  il est possible de rendre plus claire pour la production les stratégies à développer. Il faudra sans doute accentuer la contractualisation pour donner les assurances nécessaires.

 

QUESTION N°3 : Ma dernière question, Monsieur le Ministre, touche un sujet très sensible auprès de mon lectorat : il s’agit des rapports parfois très tendus entre les responsables de la Santé Publique et le monde du Vin. Les vignerons se sentent stigmatisés, mis en accusation, alors qu’eux-mêmes citoyens et chargés de famille adhèrent sans restriction à la lutte contre l’alcoolisme. Ils ne se ressentent pas comme un lobby mais comme un groupe social attaché à son pays, à ses vignes et ses villages, qui oeuvrent pour créer de la valeur, non seulement marchande, mais aussi de développement durable. Observateur engagé, membre de l’ANPAA, et initiateur de l’Amicale du Bien Vivre, je me fais leur interprète pour vous demander comment, Monsieur le Ministre, pensez-vous œuvrer pour que s’instaure, plus encore qu’aujourd’hui, un dialogue serein et constructif ? 

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il n’y a pas de bonne décision qi soit prise sans dialogue. Et j’entretiens avec Roselyne Bachelot un dialogue constant sur cette question.  Depuis mon arrivée, je me suis assuré qu’aucune décision n’était prise tendant à une stigmatisation. Je connais le prix qu’attache la filière à une consommation responsable et au principe de la modération et je salue cet engagement.  C’est un point de vue que je partage totalement. Par ailleurs, le conseil de la modération se réunira prochainement et je me réjouis de la récente nomination de Michel Thénault à sa présidence. Je pense que nous avons là une personnalité légitime qui contribuera pleinement à mener les débats nécessaires que nous devons avoir sur le sujet.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

ISSALY Michel 05/01/2010 09:41



Merci Jacques pour ce premier entretien de l’année avec notre Ministre de l’Agriculture.


Il est un fait et tu as raison, ce Ministre à beaucoup de pugnacité.


Pour le reste, et malgré toute leur bonne volonté, les Ministres se suivent et la viticulture française continue de reculer.


A partir d’un certain moment les personnes extérieures à notre secteur ne peuvent plus rien pour notre viticulture (si ce n’est de
tout gommer et de tout reconstruire, mais cela tu le sait c’est impossible).


La bonne question est alors, que peut faire et que doit faire la viticulture pour elle-même. Tant qu’elle n’aura pas eu ce déclic elle
n’avancera pas.


A mon sens Plusieurs chantiers doivent être ouvert (certains le sont déjà) :


 


-   La connaissance précise des marchés et des entreprises. C’est notre capacité à
nous adapter et celle de faire une valeur ajoutée équitable sur tous les marchés. Cela nous permettra de nous rendre compte que aujourd’hui notre filière perd de l’argent tous les jours sur
certains segments de marchés !!!


     Cette intelligence économique est à
bâtir.


-          L’innovation : un des axes essentiel pour nous permettre face à nos contraintes de retrouver de la valeur ajoutée et une place de leader.


-         Adapter la segmentation à la réalité économique et il est
impératif à ce niveau là d’avancer très rapidement sur la contractualisation et sur des vignes dédiées (les moyens financier mis à notre disposition par l’OCM étant capital pour adapter les
entreprises de l’amont et de l’aval).


-         Bien sur qu’il faut simplifier la gouvernance régionale de
notre filière. Mais n’oublions pas que si nous voulons que tout le monde avance ensemble il faudra aussi une vraie gouvernance nationale capable de construire un projet « France ».
Cette gouvernance devant obligatoirement avoir des moyens financiers, un cadre réglementaire, une représentativité et surtout des moyens législatifs.


 


Sur tous ces points, et j’en oublie très certainement,  c’est à la filière de se
reprendre en main.



Jean-Baptiste 05/01/2010 08:05


Tiens j'ai une idéee, pour montrer notre réel attachement au pays en tant que "groupe social", nous pourrions demandé que la viticulture fasse désormais partie du ministére de l'identité
Nationale !
Jean-Baptiste


bernard 05/01/2010 07:52


Bonjour,  

  Bien évidemment il va bien falloir mettre en adequation la production et le négoce en s'adaptant aux marchés. Réunir les interprofessions est aussi un impératif. Dans ces milieux coopératif
on a trop joué à se placer en créant des satellites dans tous les sens à la place de donner dans l'efficacité.

Avec  la crise il faut le dire, bien des viticulteurs ne sont plus rentables. Leur vignes n'étant plus en phase. Certain, qui ont investis, qui ont les terres, eventuellement l'arrosage
arrivent à des taux de production hectare que le vin mondialisé demande. Alors, obligeons les à fusionner à la place de garder des caves par ci, par là qui poussent à l'agonie des viticulteurs peu
adaptés qui finiront par y passer, c'est inéluctable....Laissons libre les viticulteurs et obligeons les caves à s'unir pour étre plus compétitive. Actuellement c'est le contraire.

Pendant ce temps ces viticulteurs pas trop dans le coup du vin mondialisé finance les caves, qui tiennent bon an mal an le cap, qui finiront de toute façon ensemble dans une fusion... Allez savoir,
le jour ou tous seront obligé économiquement de fusionner, autant ils auront trois ans de retard.....


Alain Leygnier 05/01/2010 07:41


La réponse à la troisième question est un parfait exemple de langue de bois.


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