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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 00:01

Quand on tombe au hasard d’un surf sur la Toile sur un témoignage exclusif intitulé : Michel Rocard au Ministère de l’Agriculture* et qu’on a été comme moi son porteur d’eau au 78  rue de Varenne, en parodiant le Che – celui de Belfort – on le lit et, soit on ferme sa gueule, soit on fait du Berthomeau.

* Propos recueillis par Christophe Bellon les 23 et 27 janvier

Je vous offre donc des petits morceaux choisis avec un tout petit commentaire : « Non cher Michel, tu n’as pas inventé la DO en te rasant… ce serait sans doute top moumoute et, même si j'eusse préféré te voir prendre, en ce temps-là, le même chemin que Nicolas, je me dois d'écrire que ce fut vraiment une œuvre collective à laquelle André Lachaux et ma pomme avons beaucoup donné, et si notre cher Antoine Verdale, qui ne portait pas de formidable béret basque et qui était un peu plus grand que tu ne le dis, t’avait entendu dire qu’il était du Sud-ouest il t’aurait rétorqué de sa voix rocailleuse : « qu’assez curieusement d’ailleurs, même s’il était un adepte du cassoulet de Castelnaudary, Trèbes ce n’était pas dans le Sud-Ouest mais dans le Midi… » Pour tout te dire, cher Michel Rocard, la musique de ton interview est assez juste mais, par moment, tu te prends un peu les pieds dans les paroles. Ce n'est pas grave, l’important dans tout ça c’est que tu aies été un bon Ministre de l’Agriculture et, même si certains peuvent estimer que je suis mal placé pour l’écrire : je confirme, tu as été un Ministre de l’Agriculture courageux et efficace…


Extrait n°1 : Michel Rocard fait du Rocard
  

  

Q : Dans votre dernier ouvrage – le livre d’entretiens Si la gauche savait [1], vous décrivez votre présence au 80, rue de Varenne, siège du ministère de l’Agriculture, comme « les deux plus belles années » de votre vie politique. Il ne faut pas oublier que vous preniez une succession délicate. Le ministre sortant, Édith Cresson, était impopulaire…

 

MR : C’est une litote.

 

MR : « Pourquoi ? D’abord, on ne sait plus quoi faire de moi au Plan parce que je suis encombrant. Mais je suis trop populaire pour qu’on se débarrasse de moi comme ça. L’idée de me coller à l’Agriculture a tous les avantages puisqu’il y a de grandes chances de s’y planter ou d’y échouer, ce qui débarrasserait la scène politique française de mon modeste personnage. Et si je réussis, ce qui va être le cas, c’est pour le compte du gouvernement tout entier et du président de la République qui, dans sa sagesse, m’aura mis là. Donc, tout le monde y gagne. »


Extrait n°2 : Rocard et Mitterrand, le grand amour…


MR : Il m’est donc arrivé d’avoir recours à l’arbitrage du président de la République, en serrant les dents et en ayant très peur. Cet homme ne m’aimait pas et je ne l’aimais pas. Nous nous étions construits une vive inimitié au moment de la guerre d’Algérie. Je l’avais tout de même traité d’« assassin ». Il avait envoyé au peloton d’exécution une vingtaine d’Algériens qui, après tout, étaient des résistants, même s’il était question de sabotage ou de terrorisme. Mais il m’a donné raison les trois fois, parce que c’était un rural. D’abord, il sentait très bien que j’aurais du mal à être solidaire d’une décision négative et, d’autre part, qu’il y avait un intérêt d’ordre public et un intérêt électoral à ne pas faire de drame, notamment dans ce monde rural auquel lui, un peu seul, était attaché. Et, petit à petit, je suis devenu un ministre encombrant. C’est vrai. Cela m’amusait beaucoup d’ailleurs.


Petite note d'explication
: Avant son meeting - le troisième de sa campagne et l'un des rares auquel il participera - François Mitterrand accompagné de Michel Rocard a tenté l'ascension du pic Saint-Loup. Brouillard et pluie forçant, ils se sont contentés d'une promenade de deux heures sur les sentiers en contrebas. Le lendemain, la presse relèvera le message de cette nouvelle alliance politique, de cette distinction appuyée. Dans tous les quotidiens régionaux et nationaux, on découvrira la photo de ces deux hommes en singulière tenue de randonneur : celle de Solutré pour Mitterrand, les chaussures montantes et l'imperméable pour Rocard.(extrait Midi Libre)

Au printemps 1988, Michel Rocard vient, une fois de plus, de se désister en faveur de son aîné pour la présidentielle. Mais il n'en a pas terminé avec l'humiliation. Pour bien lui monter à quel point il le domine, Mitterrand le convie à une curieuse promenade à la campagne. Dans son ouvrage « Si la gauche savait » (Robert Laffont), Michel Rocard raconte : « C'est le branle-bas de combat. J'ai à peine le temps de passer chez moi prendre un imper et de me procurer des chaussures de marche adaptées à la cambrousse. Cet accoutrement va faire de moi la risée de la France entière. Sur la photo, on me voit dans la boue à côté d'un Mitterrand impérial, avec -mes- énormes chaussures et -ma- casquette trop grande (...). Il ne voulait que ça, à l'époque, une photo avec moi. C'était bon pour les sondages ».


Extrait n°3 : Rocard et son cabinet fabuleux

 

Q : Quel rôle a joué votre cabinet ministériel ? On y croise déjà ceux qui vous suivront longtemps : Yves Colmou, Guy Carcassonne, Jean-François Merle, Jean-Paul Huchon.


 MR : Vous venez de citer, à juste titre, tous ces excellents polyvalents. Mais il y avait aussi des spécialistes du monde agricole, et j’ai eu une chance de plus, celle d’avoir effectivement un cabinet fabuleux. Il y a des hasards de carrière partout. J’ai bénéficié, dans un cadre de carrière, de quelques unes des meilleures cervelles du monde agricole français et disponibles à ce moment-là. Je tiens à citer ici Bernard Vial, Bernard Candiard, Jean Nestor, Jacques Berthomeau et François Gouesse, parmi d’autres. Et puis, j’ai eu des relations amicales. Je me suis trouvé lié d’une amitié qui existe toujours, avec le très puissant directeur général de l’INRA, Jacques Poly, en retraite aujourd’hui et dont la complicité, par des entretiens officieux, m’aida beaucoup. Ajoutons que l’INRA réfléchit non seulement sur les techniques du monde agricole, mais aussi sur sa macroéconomie. Tout cela était très précieux. J’ai donc été un ministre puissant, encombrant, jalousé.


Rocky.jpg


Extrait n°4 : Michel Rocard se la joue grave…


«  Et un beau jour, c’est en me rasant le matin - ça peut faire rire aujourd’hui, car l’image a servi récemment – que j’ai eu l’idée confinant à l’œuf de Christophe Colomb. Il s’agissait de rendre obligatoire la distillation qui n’était que facultative et la rendre obligatoire avec des volumes parfaitement massifs, de manière à essayer d’obtenir que le total de la production tombât au-dessous du niveau de la demande, pour relancer le marché… »

Note de l'auteur des notes sur la distillation obligatoire : on peut toujours écrire l'histoire comme ça mais la distillation obligatoire c'est une autre histoire mon cher Michel... C'est comme pour l'Antoine ci-dessous : pas de béret et sous la toise, sans te manger de la soupe sur la tête, il tangentait avec le mètre 70... Souvenirs, souvenirs...



Extrait n°5 : Rocard et l'Antoine Verdale de Trèbes

  

Q : Quelles sont vos relations, sur ce problème de la vigne, avec vos interlocuteurs et notamment avec le plus puissant d’entre eux, le président de la Fédération des caves coopératives viticoles ?

MR : C’est un peu grâce à lui aussi que l’affaire va être gagnée. D’ailleurs, il se passe une scène extraordinaire que je ne résiste pas au plaisir de vous raconter. Je crois bien que c’est la première fois que je raconte toute cette période avec force détails. L’homme puissant était précisément le président de la Fédération des caves coopératives viticoles. Il s’appelait Antoine Verdale et il était de l’Aude. Je me dis alors que seul Verdale peut ou non décider d’avaler ça. Si ça ne passe pas avec lui, on fera ce qu’on pourra, mais on ira à la guerre civile. Avec son accord, c’était presque assuré. C’était un potentat. Il terrorisait un peu. C’était un vieux de la vieille de la SFIO que j’avais le souvenir d’avoir rencontré dans quelques congrès. Bref, on se connaissait un peu. En qualité de vieux militants socialistes, nous nous tutoyions. Mais depuis que j’étais ministre, c’était complètement banni. Bref, je le convie. Il arrive dans mon bureau. Il mesurait 1,55 m. Il ne dévissait pas d’un béret basque formidable. Il l’enlève cependant pour me saluer et me dit avec un bel accent du Sud-ouest : « Comment allez-vous, Monsieur le Ministre. Ça me fait plaisir de vous voir ». Je ne comprenais que 25 % de ce qu’il me disait. Son accent était plus prononcé que l’Aveyronnais. Bref, c’était dur. Alors, je lui dis : « Ça va, Monsieur le Président. On réussit des choses ». On venait de passer le Conseil européen de février 1984 et j’avais déjà quelques succès à afficher. Je revois très bien l’atmosphère de cet entretien dans mon bureau de ministre. C’était le printemps, il faisait beau. C’est alors que je lui explique l’idée de la distillation obligatoire. Un long silence s’ensuit et il me répond à peu près ceci : « Monsieur le Ministre, je vous demande pardon. Je n’ai pas fait les écoles, moi. Je ne suis pas énarque. Vous pouvez me réexpliquer ? » Je prends un crayon et un papier et je lui fais un schéma. Il s’ensuit un long, très long silence, invraisemblable. Un silence de deux minutes, c’est l’éternité. Il cogitait. Et puis, tout à coup, il explose, se lève d’un seul mouvement et me lâche : « Écoute, petit, oh pardon, Monsieur le Ministre, je crois que je comprends ton truc, oh pardon, votre truc, Monsieur le Ministre. C’est pas tout à fait impossible ». Le tour était joué. La qualité des relations personnelles est l’une des clefs des grands dossiers. On passe du temps, il réfléchit bien. J’attends qu’il fasse accepter l’idée par son conseil, ce qu’il fait. Personne n’en sait rien. Rien n’est public. Et puis, il a fallu que j’aille vendre ça aux autres. N’oublions jamais cela : le vin, ce n’est pas un produit. C’est une civilisation. Souvenez-vous ce qu’avait prescrit l’empereur Domitien au iiie siècle de notre ère : l’arrachage de toute vigne en Gaule pour ne pas concurrencer la vigne romaine. C’est quand même beau comme l’Antique.

Antoine Verdale fait valider ce que je lui avais proposé par le conseil d’administration de la Fédération des caves viticoles et je sais que c’est une proposition secrète. À ce moment-là, il fallait l’accord de l’Italien. Il y avait 5 pays qui distillaient : la France, l’Italie, l’Allemagne avec les vins de la Meuse et du Rhin, le Luxembourg et la Grèce. Pour ma chance, le ministre italien était tout nouveau. Quand j’étais arrivé à l’Agriculture, son prédécesseur était un mafieux sicilien, un forban effrayant avec lequel il aurait été extrêmement difficile de travailler. Il était devenu un peu voyant et encombrant pour l’Italie et avait fini par démissionner du gouvernement. Il fut remplacé par un professeur de philosophie de Pergame, Filippo Pandolfi, un admirable bonhomme qui avait essayé de moraliser la démocratie chrétienne dont il était. C’était un ami proche. Nous passions des week-ends ensemble. Alors, j’explique le tout à Pandolfi. Je crois même que j’ai fait le voyage pour cela à Rome. Et j’obtiens l’accord de l’Italien. « Ecoute, c’est risqué, mais on peut tenter », me dit-il." 


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

kawouede 21/05/2008 18:55

A la recherche d'infos sur Michel Rocard je découvre ce drôle de témoignage : merci !

alain laufenburger 05/04/2008 16:26

Ah oui, c'est bien mieux ainsi. Je préfère -de loin- cette fougueuse tignasse à la robe longue au premier rang. Quoi que...

tchoo 05/04/2008 11:27

Antoine Verdale est bien du Midi et pas du Sud Ouesteuh! 1,55m, c'est pas mon souvenirs, et puis si lui fait cette taille combienmesure Michel Rocard (voir la photo)Et je n'ai pas le souvenir d'avoir vu ce personnage avec un béret basque sur la t^te.Et c'est trop marrant de lire Michel Rocard relever l'accent d'Antoine Verdale et dire qu'il ne comprennait pas tout à cause de son accent....

JACQUES BERTHOMEAU 05/04/2008 20:55


Pour la photo notre Antoine est en surplomb de ce cher Michel mais il n'empêche que les souvenirs sont ce qu'ils sont toujours sujets à caution...
Pour l'accent Antoine Verdale était battu en rocaille par le catalan René-Jean Camo, prendre des notes avec lui au temps du CD de l'ONIVIT relevait de l'exploit 


alain laufenburger 05/04/2008 07:40

Jacques, est-ce bien vous sur la photo du cabinet, en bas à droite ?

JACQUES BERTHOMEAU 05/04/2008 09:50


Non, non Alain, pour voir ma tronche de cake de l'époque voir la nouvelle photo introduite en bas de la chronique 


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