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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 06:00
Te zo sot ha me zo fin, te ‘evo dour, me ‘evo gwin… tu es bête et moi malin, tu boiras de l’eau et moi du vin… comment être rond quand on est breton !

Ce dimanche un beau soleil d’hiver était enfin au rendez-vous, comme une envie de flâner, de baguenauder sur les hauteurs, de farfouiller dans les étals de livres du côté d’un libraire qui a la bonne idée de se nommer Le Monte en l’Air.

 

Dans cet état j’erre tel un pauvre hère à la recherche d’un appel d’air pour attiser ses neurones encalminés.

 

Donc je rousinais, cherchant la perle rare, et, comme souvent, ce fut au tout dernier moment que mon regard acéré tombait sur « BOIRE, de la soif à l’ivresse ». Bonne pioche ! Et sans offenser mes amies bretonnes, qui ont une belle descente, je me disais, dans ma petite Ford d’intérieur, que l’opus étant l’œuvre du Musée de Bretagne je venais de dénicher une pépite nichée dans le granit.

 

Les historiens de comptoir

 

Quelle belle appellation ! Les historiens de comptoir donc, « vous diront que c’est la guerre 14-18 qui, par les rations distribuées aux poilus, a donné aux Bretons le goût du « pinard »

 

Pas étonnant que Le Drian, ancien maire de Lorient grand port pinardier occupât l’Hôtel de Brienne où sont logés les culottes de peau des Armées.

 

« Pourtant le vin est connu et importé en Armorique depuis fort longtemps. La culture de la vigne y a même longtemps été pratiquée, modestement en Basse-Bretagne, mais un peu partout, notamment dans les rias autour des abbayes. Le cidre ne s’y est vraiment implanté qu’à partir du 17e siècle.

 

Recherchés pour leur qualité et portés par leur force symbolique, les vins d’importation font au cours de la première partie du 20e siècle une formidable percée dans les classes populaires. Pénétrant par les ports, ils s’invitent donc en premier lieu à bord des bateaux. »

 

« Auparavant, aux 16e et 17e siècles, ce sont les Bretons – en particulier les bigoudens – qui dominent le transport du vin entre le sud et le nord de l’Europe. »

 

« Les rôles (état nominatif du personnel embarqué sur le navire) d’Oléron et de Saintonge datant du 13e siècle, offrent déjà au marin breton transportant du vin un « droit de breuvaige » c’est-à-dire l’autorisation de boire tant qu’il veut sur la cargaison. »

 

« Robert Joncour, dernier capitaine de pinardier à avoir approvisionné la Bretagne en vin d’Algérie, affirmait que ce privilège extravagant était encore en vigueur en 1982 ! Au point qu’il fallait s’arrêter en arrivant à l’entrée de l’Odet pour faire descendre les marins fatigués et refaire le niveau avec de l’eau d’une fontaine. Ceux qui cabotaient en rade de Brest avaient moins de scrupules, remplaçant le liquide manquant par de l’eau de mer. »

 

« En 1939, avec un bar pour 71 habitants dans le Finistère (la plupart tenus par les femmes), 255 négociants et 160 litres de vin par habitant et par an, le vin a gagné le cœur des ouvriers et des paysans. Une filière s’est mise en place, stimulée par une publicité très créative, avec ses bistrots, ses marchands de vin devenus des notables dans les villages, et ses ports pour accueillir les hectolitres. Brest en tête. Pour répondre à l’énorme demande, la Bretagne importe du vin d’Algérie, que les négociants coupent avec des vins du Languedoc de piètre qualité. Le produit obtenu, fort en alcool et gouleyant, plaît au buveur, parfois moins à son organisme. Le déclin de la consommation s’amorce à partir des années 60. Les Bretons sont aujourd’hui dans la moyenne nationale, consommant moins de vin, mais de bien meilleure qualité. Pour autant, leur réputation d’avoir « le gosier bien pendu » semble avoir la vie dure.»

 

 

« L’ivresse est en Bretagne un mode d’alcoolisation qui, au fil des siècles, a souvent retenu l’attention des élites. Certains notables n’ont pas hésité à en faire un trait spécifique de la caractérologie régionale, tel Audren de Kerdrel écrivant en 1844 que « l’ivrognerie est un vice… auquel la race bretonne est adonnée depuis des siècles » N’allait-on pas en Cornouaille jusqu’à enseigner aux jeunes garçons à s’enivrer pour entrer dans le monde des adultes ? Boire vite (evit buhan) et tenir bon (dalc’h mad) telles sont, selon Alexandre Bouet, les clés de cette « première leçon d’ivrognerie » croquée par Olivier Perrin.

 

Le sous-préfet de Saint-Malo regrette en 1868 que « la perspective d’une journée exempte de la monotonie et des fatigues du labeur accoutumé jointe au désir de chacun de satisfaire librement des goûts dépravés » attire en ces lieux ( les foires) « plus souvent les cultivateurs peut-être que leur intérêt pour l’agriculture. »

 

Le Dr Lohéac de Gourin en 1906 souligne néanmoins « que la facilité avec laquelle nos cultivateurs s’enivrent, provient de leur abstinence habituelle. »

 

« Au seuil du 21e siècle, alors que l’essor du binge drinking inquiète les pouvoirs publics et que s’exacerbe la question de la vie nocturne en centre-ville, les jeudis étudiants rennais ou brestois deviennent des symboles des excès du boire de la jeunesse pour nombre de médias qui perpétuent ainsi le stéréotype de l’ivrognerie bretonne. Les similitudes ne sont que toutefois qu’apparentes, notamment chez les plus jeunes : l’ivresse, naguère encadrée par les adultes, relève désormais davantage d’un entre-soi générationnel. »

 

Voilà, tout ce qui est écrit ci-dessus ne l’est pas de ma blanche main mais est extrait de l’ouvrage cité publié en septembre 2015.

 

 

Te zo sot ha me zo fin, te ‘evo dour, me ‘evo gwin… tu es bête et moi malin, tu boiras de l’eau et moi du vin… comment être rond quand on est breton !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Busa 16/03/2016 06:57

Bravo

Busa 16/03/2016 06:56

J adore je suis contente de vous avoir decouvert. Votre humour est revigorant.

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