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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 06:00

Maria Montessori : la vieille dame et sa méthode

Maria Montessori : à Rome, la rebelle de La Sapienza ICI

 

« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (1/6).

Cette pédagogue italienne, célèbre pour avoir inventé des méthodes d’éducation novatrices au début du XXe siècle, est à l’origine des écoles qui portent aujourd’hui son nom dans le monde entier.

 

Assise au milieu de bocaux de formol et des cadavres éviscérés, une jeune femme brune tire nerveusement sur une cigarette. La nuit est tombée sur Rome. A l’université de La Sapienza, seule la salle de dissection demeure éclairée. Ce soir de 1893, comme à l’habitude, Maria Montessori, l’unique étudiante de la faculté de médecine, a dû attendre que les garçons soient rentrés chez eux pour entamer son lugubre tête-à-tête avec les modèles des travaux pratiques d’anatomie. Ne pas vomir. Surtout ne pas flancher.

 

Même en ce haut lieu de la recherche médicale, le fait qu’une femme observe des corps nus est jugé inconvenant – plus encore en compagnie d’étudiants masculins. Maria Montessori se moque bien que sa présence en ces murs dérange. Avec ses cheveux remontés en chignon, ses yeux sombres et ses robes élégantes, elle s’en fiche de les faire jaser, ces fils à papa. Lorsqu’ils la sifflent à son passage, elle souffle sans se retourner : « Sifflez, sifflez donc, vous verrez jusqu’où cela me portera… »

 

Cette nuit encore, noyée dans les volutes de fumée destinées à masquer les effluves de putréfaction, Maria Montessori parfait en solo sa connaissance du corps humain. Trois ans plus tard, elle empochera son diplôme, avec la note de 105/110, à la barbe des railleurs et des jaloux, ces fiers-à-bras qui lui barraient l’accès aux sièges des amphithéâtres. Sur son certificat universitaire officiel, il faudra féminiser – à la main – « Signor » en « Signora ».

 

Confiance et autonomie, la recette des écoles Montessori

 

Phénomène

 

Jamais les pontes de la plus prestigieuse université romaine n’avaient eu affaire à tel phénomène. Brillante, pour sûr. Bûcheuse, c’est un fait. Sacrément têtue, elle le prouve au quotidien. En 1890, à 19 ans, elle a tenu tête au doyen (et ministre) Guido Baccelli, lorsqu’il lui a interdit de s’inscrire. Qu’à cela ne tienne, elle a d’abord étudié les sciences naturelles en premier cycle afin de bifurquer vers la médecine. Baccelli a posé ses conditions : l’étudiante devra être accompagnée jusqu’à la porte d’entrée. Pas question pour elle de papillonner dans les couloirs. En ce qui concerne la salle de dissection, ce sera en nocturne ou rien.

 

A 23 ans, la jeune femme a déjà fait du chemin. Son point de départ, la modeste bourgade de Chiaravalle (4 600 habitants en 1871), dans la province d’Ancône, n’est pas le tremplin idéal pour secouer les conventions romaines. Son père, Alessandro, inspecteur au ministère de l’économie, en charge du sel et du tabac, n’a rien d’un révolutionnaire. Dans cette Italie unifiée l’année même de la naissance de Maria, en 1870, la famille Montessori est plutôt conservatrice. « Tu seras maîtresse d’école », serine l’austère Alessandro à sa fille unique, si vive, si bavarde. Son épouse, Renilde, nourrit secrètement d’autres ambitions. Derrière l’apparence d’une mère au foyer effacée, cette grande lectrice est un esprit libre, une femme créative, soucieuse de l’épanouissement de Maria, dont elle sait le potentiel.

 

Le déménagement de la famille à Rome, en 1875, à la suite d’une mutation d’Alessandro, lui ouvre de nouveaux horizons. Maîtresse d’école ? Jamais de la vie. Elle s’imagine d’abord ingénieure et s’inscrit donc à l’Institut technique, pourtant réservé aux garçons. Puis, elle change d’avis, et rêve de médecine. Papa Alessandro abdique. C’est lui qui l’accompagne le matin en tram à la faculté. Il la soutient à sa manière, toujours en retenue. Le jour où Maria, motivée « comme une dompteuse de lions », soutiendra sa thèse, il sera là, parmi le public turbulent, à l’écouter en pleurant.

 

Oratrice de talent

 

Pour ses 30 ans, il lui offre un épais recueil relié en cuir, l’écrin d’une « revue de presse » personnalisée. Le compte rendu, au jour le jour, de sa fierté de père. Car dès l’été où sa fille est diplômée, Alessandro Montessori n’en est déjà plus l’unique admirateur…

 

Berlin, septembre 1896. Le Congrès international des femmes accueille 1 700 participantes venues du monde entier. Curieuse ambiance que ce symposium où se succèdent exhortations militantes, arides exposés macroéconomiques et parades en costumes traditionnels. Lorsqu’une représentante de l’Italie monte sur scène, mains gantées et robe noire, le reste ne paraît qu’un vain brouhaha. Son discours en Italien sur l’analphabétisme est structuré, fluide, vivant. Les reporters tiennent leur vedette.

 

Qui est donc cette oratrice de talent ? On loue sa beauté, on s’enquiert de son métier. Maria Montessori, 26 ans, médecin, place l’Italie à l’avant-scène. Plus encore après sa seconde intervention, toujours sans notes, dédiée aux inégalités salariales. Le correspondant du Corriere della Sera s’extasie : « Quelle charmante femme émancipée ! » Pas grisée par le succès, l’intéressée s’empresse d’écrire à ses parents : « Mon visage n’apparaîtra plus dans les journaux, et personne n’osera plus mentionner mes soi-disant charmes. Je dois faire du travail sérieux. »

 

Des recherches novatrices

 

C’est loin des projecteurs que la jeune dottoressa débute sa carrière de psychiatre dans les hôpitaux romains. Ses patients – et objets d’étude – sont les enfants alors appelés les « idiots », les « déficients », les « crétins ». Autant de cas désespérés, d’après les théories en vigueur. Au mieux des fous à isoler. Au pire, des criminels en puissance. Maria enchaîne les gardes auprès de ces laissés-pour-compte. Comme à l’hôpital Santo Spirito in Sassia, où un système de tourniquet permet de déposer, jour et nuit, les enfants abandonnés.

 

Le soir, lorsque Maria regagne l’appartement familial du Corso Vittorio Emanuele, elle se plonge dans les écrits des précurseurs français en matière de psychiatrie. Traitement moral, hygiène et éducation des idiots et des autres enfants arriérés, d’Edouard Séguin (1846). Mais aussi les stupéfiants travaux de Jean Itard, au sujet de Victor, « l’enfant sauvage de l’Aveyron ». Maria en est convaincue : il faut stimuler ces gamins, les considérer, leur donner les moyens de se valoriser.

 

A la clinique psychiatrique de Rome, les recherches novatrices de cette surdouée intriguent l’assistant-directeur, Giuseppe Montesano. Ce jeune homme calme et méthodique, de deux ans son aîné, veut partager son combat pour améliorer la prise en charge des petits internés. L’un et l’autre forment vite un duo. Ils étudient ensemble jusqu’aux aurores, cosignent des articles scientifiques, se succèdent dans les symposiums. Et deviennent bientôt un couple fusionnel. La jeune psychiatre, pour la première fois, laisse parler ses sentiments. Quelques mois après leur rencontre, elle est enceinte.

 

Ebranlée par son accouchement clandestin

 

Une grossesse hors mariage, voilà un scandale en puissance dans l’Italie de 1898. Si cela se sait, le Tout-Rome s’en glosera et c’en sera fini de la carrière et de la réputation de la femme médecin la plus célèbre d’Italie. Vraisemblablement sous la pression de leurs mères respectives, les deux amoureux décident de cacher l’événement, sans se marier pour autant. Ils scellent un pacte : jamais ils n’épouseront quelqu’un d’autre. Maria, régulièrement en voyage, dissimulera son ventre rebondi jusqu’au printemps.

 

Le petit Mario naît le 31 mars 1898, à Rome, de « parents inconnus ». Quelques jours plus tard, sa mère le confie à une famille de paysans de Vicovaro, un village lové dans les vallons du Latium, à 40 km de la capitale, puis elle retourne au travail, ébranlée par son accouchement clandestin. Elle, la forte tête, a cédé aux conventions sociales. Elle, la psychiatre toujours prête à prôner les vertus de l’attachement, a abandonné son propre enfant.

 

Giuseppe, lui, a d’autres tourments. Brisant le pacte, il lui annonce son projet d’épouser une autre femme, avec l’assentiment de sa mère. Blessée par cette trahison, elle quitte son emploi à la clinique. Jamais plus elle ne prononcera le nom de Montesano.

 

Dix ans après ses fameuses nuits à examiner les cadavres en putréfaction, Maria Montessori s’inscrit de nouveau à La Sapienza. Son but : tout reprendre à zéro. Etudier la philosophie, l’anthropologie et la pédagogie. Tout le monde l’ignore à l’époque, mais c’est le cœur brisé par l’éloignement de son fils que l’ambitieuse dottoressa donne à sa vie une mission : révolutionner l’éducation.

 

Maria Montessori - un destin, une femme, une scientifique > Mes ...

 

Maria Montessori : comment la psychiatre a lancé sa première école, à Rome, en 1907 ICI

ENQUÊTE« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (2/6).

 

En 1907, la pédagogue italienne, psychiatre de formation, inaugure sa première école à Rome. Son charisme séduit, sa méthode éducative fascine, mais elle s’inquiète pour son fils, dont l’existence reste secrète.

 

Rome, 6 janvier 1907, jour de l’Epiphanie – la fête des enfants en Italie. Dans la cour du 58, via dei Marsi, le public est aussi nombreux que les bambins, dont c’est la rentrée des classes. Journalistes, politiques, universitaires, camarades féministes ou simples curieux, tous sont venus là comme au spectacle. Lorsque la directrice, Maria Montessori, fait découvrir à la cinquantaine d’enfants leur salle de classe, elle sait que sa carrière se joue là, à quitte ou double.

 

En ce matin d’hiver, la femme médecin la plus célèbre du pays inaugure sa première école. Rien n’est habituel. Le lieu ? Le rez-de-chaussée d’un immeuble du quartier « mal famé » de San Lorenzo. Les élèves ? Agés de 3 à 9 ans, vêtus de guenilles, tous habitent les étages en surplomb. La salle de classe ? Meublée de quelques tables et de chaises dépareillées, décorée d’une reproduction de la bienveillante Vierge à la chaise, de Raphaël. Dans un recoin, une armoire où « la Montessori », comme on l’appelle déjà, range son matériel pédagogique.

 

La démonstration tourne vite au fiasco. Les enfants, engoncés dans des blouses bleues au tissu trop lourd, pleurent, crient et n’en font qu’à leur tête, comme si l’intensité du moment les avait rendus plus nerveux que jamais. Maria Montessori, elle, fait bonne figure. Elle distribue des cubes et répond aux reporters ; embrasse les inconsolables et sourit aux philanthropes. Elle a changé depuis ses débuts d’étudiante en médecine à la prestigieuse Sapienza de Rome. Bien sûr, il y a toujours son chignon, ses chapeaux, ses toilettes fleuries, mais sa silhouette a forci, elle a gagné en prestance. A bientôt 40 ans, c’est une signora charismatique.

 

Des meubles à la taille des enfants

 

Au vu de la pagaille, des spectatrices, mains sur le cœur, en appellent à une intervention divine. Seul un miracle pourrait sauver ces gamins – et la réputation de leur directrice, spécialiste des enfants « à problèmes »… Un miracle : c’est à peu de chose près la mission que lui a confiée Edoardo Talamo, l’ingénieur chargé de la rénovation du quartier de San Lorenzo.

 

Après avoir livré seize bâtiments neufs, il n’avait pas prévu qu’une fois les résidents au travail, leurs enfants, livrés à eux-mêmes, mettraient le bazar dans les halls et commettraient leurs premiers larcins. Talamo s’est alors tourné vers la « Montessori » en lui offrant un rez-de-chaussée par bloc d’immeubles. Libre à elle d’y mettre en pratique ses théories éducatives, les techniques ludiques rodées auprès des handicapés mentaux, du temps où elle œuvrait à la clinique psychiatrique de l’université de Rome.

 

Passés les tracas de l’Epiphanie, la psychiatre devenue pédagogue applique donc sa doctrine, fondée sur l’autonomie, la curiosité et la coopération. Elle fait façonner des meubles à la taille des enfants, et des « matériaux » didactiques inédits, dont elle fournit ses propres esquisses aux artisans (planches à écrous, cubes encastrables, lettres rugueuses…). En quelques semaines, le rez-de-chaussée se transforme en une sorte de maison de poupées, style Liberty, où les élèves s’épanouissent chaque jour un peu plus. Ces gamins sales et mal nourris sont lavés et pesés.

 

Peu à peu, les « sauvages de San Lorenzo », comme elle les définira plus tard, se laissent absorber par les bouliers, les lacets, et les activités à leur portée (ménage, jardinage…). Le « miracle » de San Lorenzo est chroniqué dans les gazettes. La dottoressa observe, remplit des fiches d’observations, forme les maîtresses, puis supervise l’inauguration d’autres « maisons des enfants » dans la capitale.

 

Epaulée par un trio d’admiratrices devenues ses collaboratrices (deux Italiennes, Anna Fedeli et Anna Maccheroni, et une Américaine, Adelia Pyle), elle s’affirme comme une meneuse, capable d’alterner douceur et sévérité, bons mots et vacheries, sans perdre sa capacité d’émerveillement presque enfantine. C’est elle qui accueille les personnes désireuses de constater les prodiges de son labo éducatif. Parmi les visiteurs, la reine Marguerite de Savoie ne se lasse pas de contempler ces bambins si concentrés, en particulier à l’heure du déjeuner, lorsqu’ils se servent à tour de rôle, comme dans une trattoria autogérée.

 

Best-seller instantané

 

La dottoressa, qui exècre l’oisiveté, profite de l’été 1910 pour coucher par écrit les enseignements de son expérience. La Méthode Montessori, imprimée chez un typographe du Latium, est un best-seller instantané, traduit dans une vingtaine de langues. Si bien que Maria abandonne son poste de médecin pour se consacrer à temps plein à la promotion de ses écoles et de son matériel pédagogique qu’elle a fait breveter à son nom dès qu’elle en a perçu le potentiel.

 

Pareille histoire ne pouvait échapper aux Américains. Surtout pas à un certain Samuel S. McClure. Ce publiciste chevronné, propriétaire d’un magazine qui porte son nom, aime dénicher et promouvoir des histoires vendeuses. A l’hiver 1911, il commande un premier article sur la fameuse dottoressa. Tout y est : l’héroïne au caractère bien trempé, le décorum italien… En 19 pages très illustrées, le reportage publié dans McClure’s magazine fait sensation. Le courrier des lecteurs – surtout des lectrices – est saturé de messages enthousiastes. Alors McClure voit plus grand : et s’il devenait lui-même l’imprésario américain de cette Italienne ? Il y aurait, pressent-il, un joli pactole à la clef… Il faut dire que la traduction américaine du livre s’arrache à 5 000 exemplaires en quatre jours, et qu’une forme de « Montessori-mania » enfièvre la bourgeoisie progressiste. Des Américaines se rendent même à Rome pour consulter la dottoressa.

 

Alors qu’elle vient d’emménager dans un vaste appartement avec vue sur la Piazza del Popolo, Maria Montessori donne un premier séminaire à destination d’un public étranger. Une session organisée par son comité de soutien américain, où siègent Alexander Bell, l’inventeur du téléphone, Margaret Wilson, la fille du président, et l’inévitable McClure ; 87 étudiants venus du monde entier – dont 67 des Etats-Unis – se regroupent dans son immense salon. Maria commence par leur distribuer la photo de sa mère Renilde, tout juste décédée, à l’âge de 72 ans. En souvenir de cette femme qui a toujours cru en elle et lui a appris l’art de la liberté, elle portera à jamais le deuil et ne se vêtira plus que de noir. Son père, au rôle tout aussi essentiel dans son parcours, est désormais veuf. A plus de 80 ans, il se déplace en chaise roulante et vit auprès d’elle, très fier de sa réussite.

 

Un circuit promotionnel aux Etats-Unis

 

Devant son public anglophone, Maria Montessori rôde le modèle de ses conférences. Debout dans un coin de la salle, surélevée sur une estrade, elle s’exprime en italien, posément, ne quittant jamais son auditoire des yeux. Chaque phrase, appuyée d’une gestuelle de chef d’orchestre, est répétée par sa traductrice. « Ce que doit savoir l’enseignant, c’est comment observer », martèle la maîtresse de maison.

 

Au retour, ses disciples dissémineront la méthode sur tous les continents. Mais Maria rechigne encore à traverser l’Atlantique. Comment le pourrait-elle alors qu’à proximité de Rome grandit son fils Mario ? Cet enfant né hors mariage, qu’elle fut contrainte de cacher et de placer dans une famille d’accueil pour préserver sa carrière aura bientôt besoin d’elle. Devenu adolescent, il se doute que cette mystérieuse et si bienveillante signora qui lui a parfois rendu visite, n’est pas n’importe qui… Un jour de février 1913, il l’appelle pour la première fois « maman ». Maria décide de le ramener à Rome. Personne n’osera lui demander qui est cet ado omniprésent auprès d’elle.

 

McClure, de son côté, ne ménage pas ses efforts pour la convaincre de se rendre aux Etats-Unis. En novembre 1913, l’imprésario lui présente son plan d’attaque : un circuit promotionnel avec visites d’écoles, supervision de la distribution de son matériel pédagogique, et de multiples conférences sur la Côte est. Montessori superstar, ni plus ni moins. Un « deal » qui rapporterait à Maria 1 000 dollars et 60 % des recettes de ses « shows ». La dottoressa accepte le défi. Elle embrasse Mario et part à la conquête de l’Amérique.

Maria Montessori - Montessori EtCie

Maria Montessori, une vedette américaine ICI

Par Thomas Saintourens

ENQUÊTE« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (3/6).

A l’approche de la première guerre mondiale, la célèbre pédagogue italienne se rend aux Etats-Unis. Le parcours de cette femme d’exception prend alors une tout autre dimension.

 

Les vagues grises de l’Atlantique moussent le long du Cincinnati. Parti de Naples le 21 novembre 1913, ce paquebot doit atteindre New York dans quelques jours. Entassés en troisième classe, près de 3 000 migrants italiens rêvent du Nouveau Monde. Dans sa cabine de première, une célèbre compatriote, la pédagogue Maria Montessori, sujette au mal de mer, a le cœur à la dérive. Elle songe à son fils Mario, resté à Rome sous la responsabilité de sa fidèle amie Anna Maccheroni – alias « Mac » –, après quinze années de vie caché dans la campagne romaine.

 

Ouvrant son carnet de bord, elle confie ce qui la pousse à voyager ainsi, Mario bien sûr : « Pour assurer son futur, pour le rendre heureux et réparer ce qu’il a enduré, et être la seule qui lui donnera tout… C’est ce qui me donne mon énergie, c’est pour cela que j’endurerai tout. » Dans nulle autre archive connue Maria ne fera référence au traumatisme des premières années de son fils, cet enfant né hors mariage en 1898 et qu’elle avait placé en secret dans une famille de paysans. Une séparation prélude à un amour incommensurable, marqué d’une indélébile cicatrice.

 

« La Montessori », comme on l’appelle en Italie, sait aussi que ce voyage aux Etats-Unis lui offrira l’occasion de répandre sa bonne parole dans ce pays continent déjà si réceptif à ses méthodes d’éducation avant-gardistes, rôdées dans son pays. La traduction de sa « Méthode » est un best-seller en Amérique. Chez les pédagogues progressistes, le voyage à Rome pour observer ses écoles et écouter ses préceptes est un « must ».

 

Grenouillant entre le pont principal et la salle de dîner, son imprésario, Samuel S. McClure, a déjà entamé le travail promotionnel : aucun passager n’ignore la présence de sa vedette, psychiatre devenue pédagogue, si douée pour aider les enfants en difficulté. Une pétition, signée par l’ensemble de la première classe, obtient même une conférence privée. A mesure que s’approche la statue de la Liberté, les télégrammes de bienvenue affluent. Le New York Tribune annonce ni plus ni moins « la femme la plus intéressante d’Europe ».

 

Le Cincinnati accoste à Brooklyn le 3 décembre 1913, par une matinée de froid sec. Drapée de fourrure, la quadragénaire est encerclée par une horde de reporters. Les flashes crépitent. L’essaim envahira bientôt son hôtel, un palace de la cinquième avenue. Dès le lendemain, direction Washington, et Kalorama Road, l’école tenue par l’inventeur du téléphone, Alexander Bell, et son épouse Mabel, pionnière de l’enseignement aux sourds et muets. Il s’agit du premier établissement « montessorien » que Maria visite à l’étranger. Margaret Wilson, la fille du président, s’improvise ensuite guide touristique pour lui présenter la capitale fédérale.

 

Le 6 décembre, le temple maçonnique de Washington a des airs d’ambassade un soir de réception. Diplomates et secrétaires d’Etat, accompagnés de leurs épouses, écoutent Maria Montessori, puis visionnent les vidéos de sa « Maison des enfants » de San Lorenzo, à Rome. Maria paonne en habits noirs. Mais ce n’est qu’un avant-goût de la pièce de résistance : le Carnegie Hall.

 

A guichets fermés

Cette scène déjà mythique, où tant de virtuoses se sont produits, est décorée de drapeaux italiens et américains et d’une bannière « America Welcomes Maria Montessori ». Décidément, McClure a bien fait les choses. Un millier de personnes piétine dans la rue sans ticket. L’imprésario présente sa championne à une salle déjà acquise à sa cause…

 

La pédagogue arpente la scène à petits pas. Désormais âgée de 43 ans, la dottoressa a gagné en maturité et en charisme. Ses cheveux sont striés de mèches argentées. Sa panoplie noire est égayée du brillant des pampilles qui s’entrechoquent quand elle tend les bras pour recevoir les bouquets. Le show peut commencer. Deux heures, sans une note, le tout traduit phrase à phrase. Tout y est : sa philosophie, ses objectifs scientifiques, les prouesses des enfants – film à l’appui. Un triomphe.

 

La tournée s’enchaîne. Boston, Providence, Pittsburgh, Chicago, Philadelphie… Et même un second Carnegie Hall à guichets fermés. Maria répond de bonne grâce aux questions des reporters. Elle détaille ses théories, l’air professoral, mais s’exprime aussi, dans un demi-sourire, sur la mode des jupes fendues. Ah, ce pays l’amuse et la fascine… Elle apprécie le ton badin des discussions, les poignées de mains chaleureuses, les gratte-ciel, et bien sûr « ses » écoles si soignées, quelques dizaines de petits établissements privés, dans des quartiers résidentiels. Après un week-end de détente dans la propriété du magnat du petit-déjeuner JH Kellogg, elle repart vers l’Italie, le 24 décembre 1914, à bord du paquebot Lusitania. La mission est accomplie : l’Amérique est sous le charme.

 

De retour à Rome, Maria Montessori reprend ses activités habituelles : la formation, l’écriture… McClure, lui, compte bien capitaliser sur cette Italienne au potentiel commercial énorme. De toute façon, il n’a guère le choix : Maria l’ignore mais il est ruiné. Alors il s’accroche, assurant lui-même, à travers les Etats-Unis, la promotion de sa méthode, vantant sans cesse les écoles, les livres et le matériel pédagogique.

 

Une expérience si grisante

Maria se méfie de ce beau parleur. Au fond, elle n’a plus besoin de ses services pour consolider sa réputation internationale. Au-delà de McClure, elle repousse les propositions de collaboration des Américains, dont une flopée de profiteurs. Elle veut tout contrôler, de la pédagogie jusqu’au matériel. Quitte à retourner elle-même au Etats-Unis un jour ou l’autre.

 

A l’heure où la Grande guerre frappe l’Europe, le mouvement montessorien s’affranchit des frontières. Après son expérience si grisante sur la Côte est des Etats-Unis, « la Montessori » repart à l’aventure, Côte ouest, cette fois. Avant de partir, elle a confié son vieux père malade aux bons soins de la fidèle « Mac ».

 

En 1915, Anna Fedeli et Adelia Pyle, deux de ses plus proches collaboratrices, accompagnent en Californie celle qu’elles surnomment « mammolina ». Un ado brun de 17 ans est lui aussi du voyage : Mario sort enfin au grand jour auprès de sa célèbre mère. Toujours gênée, elle le présente comme son neveu ou, plus rarement, comme son fils adoptif. Elle qui disait vouloir lui offrir « le monde » a enfin l’occasion de voyager à ses côtés. Une réunion de famille pour recoudre les blessures de l’éloignement, apprendre enfin à se connaître.

 

Vivarium pédagogique

 

A San Francisco, la « Panama Pacific Exposition », célébrant l’ouverture du canal de Panama, est un barnum à l’américaine mêlant, neuf mois durant, grand huit, démonstrations technologiques et célébrations carnavalesques (journée de l’ananas hawaïen, compétitions de nourriture…). Dans la zone du « Palais de l’éducation », où 15 000 instituteurs tiennent congrès, a été construite une école Montessori d’un genre particulier. Le public, assis sur des banquettes semblables à celles d’un stade de baseball de campagne, observe la classe de vingt enfants, de 9 heures à 12 heures, derrière une paroi vitrée. Cette sorte de vivarium pédagogique devient l’attraction à ne pas rater, surtout à l’heure du déjeuner, pour la scène désormais fameuse du « restaurant miniature ».

 

L’enthousiasme initial de Maria vire bientôt au malaise. Voilà ces petits Américains devenus des bêtes de foire, des singes savants derrière une vitre, et l’apprentissage un « show » théâtral. Ne parlant pas anglais, elle est contrainte de laisser à sa jeune collaboratrice américaine, Helen Parkhurst, la gestion de la classe au quotidien. En retrait, la « mammolina » se laisse gagner par le stress. Cette « classe de verre » est pourtant un tel succès qu’elle reçoit une invitation officielle à la Maison Blanche. Malheureusement, un autre télégramme urgent, presque concomitant, annule ce projet. Son père est mort, cet homme si austère et réservé qui fut son soutien, puis son plus fervent admirateur.

 

En cette fin d’année 1915, la guerre empêche Maria de regagner Rome. Il lui faut se rabattre sur la Catalogne, épargnée par les combats, où elle est accueillie comme une reine. A l’invitation du gouvernement, enclin à développer une nouvelle forme d’enseignement mêlant valeurs catholiques et approche pédagogique novatrice, Maria prend la tête de l’« Escola Montessori » de Barcelone. Au sein d’une exquise bâtisse de la vieille ville, l’Italienne professe, assise dans un épais fauteuil orange et bleu. Elle est épaulée par une traductrice catalane, et par Adelia Pyle, installée à une autre table, auprès des enfants anglophones. En quelques mois à peine, l’école passe de 5 à 185 élèves.

 

Le disciple de sa mère

Mario, resté en Californie dans la foulée du voyage à San Francisco, en est revenu jeune marié, au bras d’Helen Christie – elle-même enseignante « Montessori ». Sportif, motard, polyglotte, Mario est un disciple de sa mère et aussi son collaborateur attitré, le seul auquel celle-ci peut confier ses états d’âme.

 

A Barcelone, la voici bientôt grand-mère. C’est même elle, la mammolina, qui aide sa belle-fille à accoucher d’une petite Marilena, le 16 juin 1919. Mario Junior (alias le « piccolo Mario »), sera ensuite son chouchou, puis suivront Rolando (1925) et Renilde (1929). La pédagogue, séparée de son fils à la naissance, se rattrape avec ses petits-enfants. Elle leur raconte les épopées bibliques comme les exploits des explorateurs ; les initie à l’observation de la nature et les laisse écouter les conversations d’adultes lorsqu’elle reçoit dans son salon. Bien sûr, elle les inscrit dans son école. Elle a pour eux de grandes ambitions, comme sa mère Renilde en avait autrefois pour elle.

 

L’atypique famille Montessori fait de Barcelone son port d’attache. Londres, Amsterdam, Vienne… Maria mène une vie de nomade, plus indépendante et insaisissable que jamais, comme si elle était insensible aux fracas du monde et aux jeux de pouvoir. Mais la politique va la rattraper : c’est en Italie qu’elle sera mise à l’épreuve. A Rome, où personne n’a oublié les miracles de la femme à la robe noire, résonne déjà le claquement martial des bottes fascistes…

 

 

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 06:00

L’image contient peut-être : nourriture

Être abonné à Télérama depuis Mathusalem présente, en dépit de mon allergie à la bien-pensance qui y règne, des avantages, tout particulièrement de me flécher des événements culturels intéressants.

 

“Je mange donc je suis” : un grand mezze ludique et savant au Musée de l'homme

 

Vue de l’exposition.

Le crâne d'Homos sapiens (-14 000 ans) : le secret des mandibules du chasseur cueilleur

 

Des pierres taillées dans les cavernes à la porcelaine des dîners à l’Elysée, des galettes de blé du Néolithique aux repas en poudre des cosmonautes, des offrandes de Papouasie-Nouvelle-Guinée aux néons du supermarché… Il y a à voir et à manger en quantité dans l’exposition proposée par le Musée de l’homme, à Paris.

 

Pour sa nouvelle exposition, la vénérable institution blottie au pied de la Tour Eiffel s’empare d’un sujet aussi fédérateur qu’universel : l’alimentation. Conçue comme une déambulation à travers nos assiettes, ce copieux banquet ethno-scientifique en explore les facettes biologiques, culturelles et écologiques, sous un titre aux consonances cartésiennes : « je mange donc je suis ». En trois salles, 650 mètres carrés et 450 objets, l’accrochage propose un picorage ludique et savant, à la croisée de la science et de l’art, du passé et du présent. Le tout servi par une scénographie aux petits oignons, qui n’oublie pas l’humour, la poésie et l’inventivité.

 

Pédago sans être pédante, l’exposition ne craint pas, aussi, de se frotter aux sujets qui fâchent, de l’agriculture intensive (sans doute la première entrée au musée d’un bidon de Round Up !) aux OGM, des poussins broyés de l’élevage industriel aux « fausses » tomates marketées par la grande distribution…

 

La suite ICI 

 

Christophe Lavelle, biophysicien, chercheur au CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle, cofondateur du Food 2.0 Lab, dans son labo au MNHN, à Paris, le 21 juillet 2020.

 

Christophe Lavelle, chercheur : « La cuisine, c’est la culture qui transforme la nature »

 

Commissaire de l’exposition “Je mange donc je suis”, présentée jusqu’à la fin août au musée de l’Homme, à Paris, Christophe Lavelle est un scientifique gourmand. Du casse-croûte de Cro-Magnon à l’assiette du futur, de la chimie de la mayonnaise à la pêche éthique, rien de ce qui touche à la nourriture ne lui est étranger. Pour lui, l’acte de manger fonde la civilisation.

 

Aussi à l’aise avec une fourchette qu’avec un tube à essai, Christophe Lavelle parle couramment la langue des cuisiniers, qu’il fréquente avec gourmandise, tout en menant des recherches pointues sur la fermentation ou l’épigénétique — l’incidence de notre environnement sur nos gènes. À 45 ans, et après s’être rêvé chef, ce physicien de formation mène ses recherches sous la houlette du CNRS, de l’Inserm et du Muséum national d’histoire naturelle. Jetant des ponts entre sciences dures et sciences humaines pour éclairer le sujet qui le passionne : l’alimentation. C’est avec cet appétit omnivore qu’il a conçu le menu de l’exposition « Je mange donc je suis », présentée jusqu’à la fin août au musée de l’Homme. Un voyage à travers l’assiette où se mêlent arts de la table et paléontologie, rites ancestraux et nourritures futuristes, pour mieux rappeler que « la cuisine, c’est la culture qui transforme la nature », comme le dit joliment cet épicurien. Et que se nourrir, acte aussi banal que vital, est plus que jamais au cœur d’enjeux essentiels — d’écologie, d’éthique et de santé —, comme la récente crise sanitaire est venue nous le rappeler.

 

L’alimentation semble devenue un inépuisable sujet de controverse. L’a-t-elle toujours été ?

 

Ce n’est que lorsque l’on a la certitude d’avoir une assiette pleine que l’on peut commencer à se demander dans quelles conditions nos tomates ont été cultivées, ou si on tolère bien le gluten du pain… Dans le monde occidental, ce confort absolu date des années 1950, moment à partir duquel ont commencé à émerger ces préoccupations, parce que les pratiques agricoles ont profondément changé en quelques décennies. Il faut se rappeler que l’histoire de l’humanité a été marquée par deux grandes révolutions alimentaires : la première est la transition du paléolithique au néolithique, le passage du chasseur-cueilleur, qui puise dans la nature ce dont il a besoin, à l’agriculteur-éleveur, qui produit lui-même sa nourriture. La seconde n’est intervenue qu’au milieu du XXe siècle, avec l’industrialisation des modes de production. Engendrant avantages — la capacité à nourrir le plus grand nombre — et inconvénients — des pratiques très énergivores, très polluantes, et qui posent de lourdes questions sanitaires sur le long terme.

 

L’article intégral ICI 

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 06:00

Moderniser les rouges du Languedoc me dit-on, mais jusqu'où ira-t ...

En France, pendant le confinement, note Steve Charters, professeur en marketing du vin à la Burgundy School of Business : « Les cavistes sont restés ouverts (alors même que les marchés ouverts de produits alimentaires étaient fermés), vendant ce que le gouvernement français considère comme des produits de première nécessité. Puissamment ancré dans la psyché nationale française, le vin est de toute évidence «de première nécessité»

 

Les rayons vin de la GD sont restés approvisionné et accessibles pendant toute la période.

 

Le trou d’air dans la consommation de vin a donc eu pour cause essentielle la fermeture des CHR et a donc touché principalement les producteurs vendant essentiellement dans ces circuits.

 

Comme je m’interdis toute allusion au plan gouvernemental d’aide au secteur du vin je me contenterai de faire remarquer qu’un diagnostic précis et argumenté des causes des difficultés de certains est essentiel, l’arrosage indifférencié ne fait que masquer les insuffisances structurelles du secteur. Les porteurs institutionnels des revendications sont bien éloignés des réalités du marché.

 

Afterwork du taulier : Des rafales de chiffres pour les vins de ...

 

Le confinement a révélé les différences de cultures de consommation de vin dans le monde ICI 

 

Entre interdiction de boire, organisation de rituels et repli sur sa production nationale, tour d'horizon des pratiques lors de l'épidémie mondiale de Covid-19.

— 9 août 2020 —

La presse a beaucoup insisté sur l'idée que pendant la crise du Covid-19, le monde buvait plus qu'avant. Ainsi a-t-on lu dans le Sydney Morning Herald que les ventes en ligne en Australie d'un détaillant avaient augmenté de 50 à 75%.

 

Aux États-Unis, les chiffres du site de sondage Nielsen concernant les ventes de vin ont montré des augmentations spectaculaires au cours des deux semaines suivant le début du confinement dans des États clés, puis une chute, suivie de deux autres semaines d'augmentation (bien que moins intense) –soit une hausse des ventes de vin aux États-Unis de 29,4% depuis le «début» du Covid-19.

 

Au Royaume-Uni, le mois de mars aurait été le meilleur de tous les temps pour la grande distribution. L'un des principaux détaillants en ligne britanniques a vu le nombre de nouveaux clients augmenter de 300% en mars/avril par rapport à l'année précédente.

 

Mais que se cache-t-il derrière ces gros titres?

Est-ce simplement la peur de pousser les gens à boire du vin, ou le besoin d'un soutien en temps de crise?

Et ce changement de comportement en matière de consommation d'alcool se constate-t-il dans le monde entier?

 

Très peu de temps après le début du confinement en France, j'ai reçu le courriel d'un magasin de boissons haut de gamme à Dijon m'indiquant que le samedi suivant serait un «Happy Saturday», avec 20% de réduction sur toutes les ventes de vin.

 

Les cavistes sont restés ouverts (alors même que les marchés ouverts de produits alimentaires étaient fermés), vendant ce que le gouvernement français considère comme des produits de première nécessité. Puissamment ancré dans la psyché nationale française, le vin est de toute évidence «de première nécessité». En Afrique du Sud, où l'abus d'alcool peut être considéré comme un fléau en soi, l'occasion a été saisie pour faire de l'ingénierie sociale autour de la consommation des drogues légales. Ainsi le pays a interdit toute vente d'alcool pendant le confinement (ainsi que les cigarettes et le tabac).

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:00

 

Le corporatisme était la pierre angulaire de « l’état français » du maréchal Pétain ; du côté de la paysannerie ce fut étiqueté comme tel avec la Corporation Paysanne qui fournira les futurs cadres de la FNSEA et des Chambres d’agriculture ; dans les professions libérales naquirent toute une tripotée d’Ordre : médecins, pharmaciens, avocats, notaires, architectes…

 

Régime de Vichy - Wikiwand

 

De Gaulle les légitima.

 

L’un des plus connu est l’Ordre des médecins.

 

Le jour où Vichy a liquidé la CSMF du Dr Cibrie ICI 

 

 

Alors même que le syndicalisme médical, porté par le Dr Paul Cibrie, avait fait en 1940 des offres de service au premier gouvernement du maréchal Pétain, il fut littéralement interdit et ses biens immédiatement dévolus au Conseil supérieur de l’Ordre dont un projet existait depuis 1933. Cet été, « le Quotidien » retrace l'histoire de médecins qui se sont illustrés pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Quant au printemps 1945, il vient enfin de rentrer dans ses murs huit mois après la Libération de Paris, le Dr Paul Cibrie raconte dans le numéro du « Médecin de France » paru en juillet 1945 l’humiliation qu’il avait subie cinq ans plus tôt avec la « liquidation » de la CSMF.

 

Le secrétaire général de la confédération – plus général que secrétaire, selon ses détracteurs – n’a rien perdu du mordant qui caractérise habituellement ses relations avec ses adversaires : « Nous sommes partis après avoir signé l’inventaire établi par M. l’inspecteur des Domaines dont la courtoisie fut parfaite. Messieurs de l’Ordre arrivèrent, raides chacun comme un bâton de maréchal, daignèrent trouver la maison “digne d’eux”. Leur discourtoisie fut totale. Pas un mot, pas un geste, pas une carte. Rien : rien à l’égard des représentants présents des syndicats dont ils héritaient (!!) – ce vol légal étant pudiquement qualifié “d’héritage”. Deux seuls médecins praticiens [...] perdus dans un brillant aréopage, témoignaient du mépris bien net dans lequel on tenait la tourbe médicale. »

 

Un pilier du syndicalisme médical

 

À la veille comme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Paul Cibrie est le personnage emblématique de la vie médico-politique. Rentré de la Première Guerre en 1918, avec moult médailles au plastron, il avait été mobilisé pour la Seconde en septembre 1939 avant d’être libéré six mois plus tard pour motif d’âge (il avait 56 ans !). Mais son vrai titre de gloire était d’avoir littéralement « porté » le syndicalisme médical sur les fonts baptismaux d’abord, en 1927-1928, puis dans les coulisses lorsqu’il lui avait fallu négocier avec Louis Loucheur, ministre du Travail de l’époque, les termes du compromis ouvrant la voie aux assurances sociales.

 

On date souvent de la Libération, et de ses ordonnances de 1944-1945, la création de la Sécurité sociale actuelle, faisant injustement litière du régime qui l’avait précédée avec quelques nuances, mais « nuances » seulement : paiement à l’acte, tarif de responsabilité, tiers-payant, convention, autodiscipline étaient autant de concepts qui faisaient déjà débat avant-guerre. Lui était l’inventeur du concept d’« entente directe », opposé à la notion de « liberté contractuelle » défendue par la majorité et les dirigeants de l'Union rescapée d’avant-1914.

 

Mais le Dr Cibrie, provincial « monté à Paris » pour y faire carrière, était finalement moins doctrinaire que pragmatique, opportuniste, voire « social-traître » comme on ne disait pas encore. Et ses meilleurs ennemis, lorsqu’il eut accédé à la barre de la Confédération, devinrent… les mêmes barons parisiens ou lyonnais qui l’avaient porté aux affaires en 1928 !

 

Il aurait fourni à Pierre Laval une capsule de cyanure

 

Il avait en effet œuvré avec tous les pouvoirs que lui offrait le suffrage universel, y compris avec le Front populaire de 1936, heurtant alors le libéralisme de sa base qu’il engageait à investir dans des « centres de diagnostic » afin de contrer les projets de dispensaires de toutes obédiences. Son activisme était demeuré vain et il avait dû batailler pour garder le cap de la raison dans les années folles. Combattre aussi les excès de la… déraison à propos d’une prétendue pléthore professionnelle, qui avait, depuis le berceau, servi de boussole au syndicalisme médical.

 

À cet égard, Cibrie était un xénophobe assumé, au moins sur le plan professionnel, affolé par l’immigration médicale massive des années vingt et trente. Il avait bataillé pour obtenir le vote, en 1934, d’une loi dite Armbruster, du nom du sénateur qui en avait repris la proposition, protégeant (mal) les intérêts des médecins français titulaires du diplôme d’État. Une thèse récente fait néanmoins du personnage un « antisémite qui s’ignore » sans autre démonstration qu’une relecture partiale de ses propos du moment et au motif d’une prétendue amitié avec Laval, fondée sur un seul témoignage… forcément précaire. Le médecin aurait fourni, dans d’obscures conditions, la capsule de cyanure qui aurait permis à l’homme politique d’échapper au poteau d’exécution. Mais d’autres médecins avaient enrayé l’issue fatale du poison !

 

Personnage controversé

 

À la vérité, l’histoire reste, et restera sans doute, définitivement obscure, en tout cas insuffisante à qualifier d’antisémites Cibrie et la Confédération, dans les rangs de laquelle on trouve d’ailleurs beaucoup plus de résistants que de suspects de collaboration.

 

Ne subsiste qu’un seul élément « à charge » : l’audience accordée à trois médecins juifs sarrois (lorsque cette province avait été réinvestie par les troupes du Reich) venus lui demander son soutien pour une dérogation à la loi Armbruster. Vainement, mais le compte rendu qu’il avait fait de ce rendez-vous était un réquisitoire objectif et sincère du régime racial à ce moment déployé outre-Rhin.

 

À sa décharge : une motion d’Assemblée générale adoptée à son initiative en solidarité aux confrères juifs allemands après 1933 et – plus éloquent encore –, le fait qu’il avait lors de l’Assemblée générale de 1938 publiquement ridiculisé les comptes du délégué de banlieue nord, un dénommé Paul Querrioux, médecin de Saint-Ouen, antisémite du haut de l’affiche. La relecture de la presse de l’époque démontre en outre qu’il prenait garde de se tenir à l’écart des banquets de l’Action française où s’exprimaient le plus ouvertement les grandes voix antisémites de l’époque. Ce qui n’empêcha Paul Cibrie de flatter le pouvoir issu du coup de force constitutionnel du 10 juillet 1940.

 

Au service de Vichy

 

Dans son dernier éditorial, intitulé « Servir », daté du 4 juillet et de la ville de Brive où il avait organisé le repli de la CSMF, il racontait : « […], nous nous sommes adressés au vice-président du Conseil avec lequel, lors de l’application en 1930 et 1931, de la loi des Assurances sociales, nous avions eu de nombreux contacts, et qui, à ce moment, avait pu se rendre compte de notre organisation, la plus complète déjà dans l’ordre corporatif. » Laval était donc le destinataire de cette missive ! Et se réclamant de la « courtoisie » de leurs échanges, il se montrait rapidement disposé à « travailler dans le sens […] indiqué par le gouvernement ».

 

Quand il livrait copie de sa missive à Pierre Cathala, directeur de cabinet du même Laval et avec qui il était d’évidence plus intime, il précisait dans une note manuscrite : « Nous sommes particulièrement résolus à nous employer ardemment et sans faiblesse au redressement national. Nous sommes prêts, en conséquence, à prendre la place qui nous serait attribuée dans la représentation des professions envisagée par le gouvernement. »

 

La CSMF dissoute... pour faire place à l'Ordre

 

L’offre – spontanée – de service ne fait donc aucun doute alors même qu’on ne sait, à ce moment, rigoureusement rien des intentions du gouvernement. Le 20 juillet, Cibrie rentrait donc seul dans ses locaux parisiens ayant envoyé son adjoint à Vichy essayer de nouer, vainement, des contacts plus féconds avec des interlocuteurs « autorisés ».

 

Pas de nouvelles avant le 17 septembre où on trouvait une nouvelle « offre de services » de la Confédération au gouvernement, cette fois dans les colonnes de Paris-« Soir : elle s’y déclarait disposée à mobiliser ses troupes de terrain pour y procéder au recensement des médecins étrangers – privés du droit d’exercice par une loi largement improvisée en date du 16 août – sans se cacher de son intention de les remplacer par des praticiens – français – de son choix selon les termes d’une autre loi adoptée avant la déclaration de guerre.

 

Difficile de faire plus explicite ! Paul Cibrie savait-il à ce moment déjà, que le sort de son œuvre était déjà scellé et condamnés le syndicat et ses 20 000 adhérents, ses « œuvres » connexes (MACSF mais aussi une centrale d’achat et un système domestique de retraite), ses biens (le siège social de l’époque, boulevard Latour-Maubourg mais aussi le précédent, rue du Cherche-Midi). Le décret de dissolution fut signé le 26 octobre, le même jour que les textes officialisant la création d’un Conseil supérieur de l’Ordre et désignant ses responsables.

 

L'Ordre légitimé par le Général de Gaulle après la guerre

 

La CSMF était donc le seul syndicat frappé d’une telle infamie sans que Paul Cibrie puisse s’en offusquer, lui-même défendant la création d’un Ordre depuis … 1932. « Il eut presque suffi de changer l’étiquette – écrivait-il dans son ultime circulaire aux syndicats départementaux – en rendant le syndicat obligatoire […] et la Corporation était créée. Un “Ordre” qu’aucun d’entre vous ne reconnaîtra […]. Il est non pas corporatif mais nettement étatiste. Les “dignitaires” en sont directement nommés par le secrétaire général de la Santé. […] Sans réunions, sans avis, eux seuls administreront, réglementeront, ordonneront, jugeront. » Et avec, en guise de conclusion, cet oracle : « La foudre ne tardera pas à tomber. Retenez bien cette prédiction hélas facile. »

 

« Le mépris vient de changer de camp », observait le même Cibrie à son retour triomphal à la Domus Medica en 1945. Il s’apprêtait pourtant à devoir cohabiter durablement avec un Conseil de l’Ordre que le général de Gaulle venait de doter de la légitimité des urnes.

 

Jean-Pol Durand

Conseil de l'Ordre - Encyclopédie médicale

L'ordre et le repentir ICI
Par par Anne-Marie Casteret et ,
 

Après Jacques Chirac, l'ordre des avocats et l'Eglise catholique, et en plein procès Papon, l'ordre des médecins va-t-il faire l'autocritique de son comportement institutionnel pendant la Seconde Guerre mondiale? Bernard Glorion, président du conseil national, et Olivier Dubois, chargé de moderniser l'institution, y seraient favorables. Au même moment, le conseil départemental de la Haute-Garonne traduit le Dr Henri de Serres-Justiniac devant les instances régionales pour avoir écrit dans une revue professionnelle: «L'ordre, au nom de la sélection raciale, a dénoncé les médecins juifs avant même que l'occupant le lui demande...» Malaise dans la profession. A ceux qui réclament depuis des années une grande repentance, la réponse officielle était, jusqu'à présent, stéréotypée: l'ordre créé par Vichy en 1940 ne peut être représentatif des instances actuelles, réorganisées par de Gaulle en 1945. La collaboration contrainte et forcée de 1940-1945 appartiendrait donc à une autre branche, préhistorique et avortée, de l'arbre généalogique professionnel. Mais, pour qui se penche sur les documents de l'époque, la réalité apparaît tout autre. 

1940-1944 - Les années noires de la Collaboration - Herodote.net

 

La guerre de 1939-1940, la défaite française, la formation du gouvernement de Vichy et l’occupation allemande engendrent l’apparition en France d’une nouvelle force, la Résistance. Celle-ci est aussi une force nouvelle dans les professions libérales.

 

Mais ce que Jean-Pierre Rioux appelle « le grand parti de la Résistance » ne prend jamais forme ; de même, dans la profession médicale la Résistance ne se substitue pas à l’Ordre des médecins qui, bien que dissous, est réinstallé par l’ordonnance du 24 septembre 1945. La Résistance se trouve immédiatement en lutte pour le contrôle de l’Ordre, contre les syndicats médicaux traditionnels d’avant-guerre dissous par Vichy mais reconstitués à la Libération. Cette concurrence dure jusqu’en 1946, et finit par tourner à l’avantage des syndicats. Comment et pourquoi ? L’objet de cet article est d’analyser les raisons qui ont contribué à ce que la Résistance, réputée novatrice, perde le contrôle de cet organisme médical nouveau et important, au profit de syndicats qui représentent la continuité dans les traditions de l’exercice médical. Comme pour la pérennisation d’autres mouvements issus de la Résistance, déjà étudiée historiquement, la pérennisation de la Résistance médicale est un échec.

Monument aux morts de la faculté de médecine Paris-Descartes, à Paris

Le triomphe de l’ignoble Dr Querrioux ICI 

 

PUBLIÉ LE 11/08/2020

Fleuri tous les ans le 11 novembre, le monument aux médecins « morts pour la France » de la faculté de médecine Paris-Descartes, à Paris, présente une singularité : un nom y a été masqué à la lettre « Q », celui de Fernand Querrioux. Explication, exhumée des poubelles de l’histoire.

 

Le 16 août 1940, le maréchal Pétain a consacré (« J.O. » du 19) le monopole d’exercice médical aux citoyens français « nés de père français » Également signée ce jour-là, la création des « corporations » pour revenir à l’organisation sociale de l’ancien régime, mais seule la profession agricole en sera dotée, au grand dam des corporatistes médicaux qui devront se contenter d’un « Ordre », créé, lui, par une loi du 26 octobre.

 

Le législateur n’avait pas eu à chercher bien loin l’inspiration puisqu’une proposition législative existait depuis 1933, facile à recycler et recueillant a priori l’assentiment de toute la profession qui en avait, vainement, réclamé l’adoption.

 

Cette tutelle ordinale n’était pourtant pas celle des Allemands qui lui auraient préféré leur propre organisation, avec un gauleiter des médecins, en charge de toute la police professionnelle, « éthique » et comptable. Le Dr René Leriche, premier praticien à prendre la présidence de l’Ordre, avait expliqué dans ses mémoires n’avoir accepté la charge de la nouvelle institution que pour éviter cette jurisprudence nazie et sur la demande expresse du ministre de la Santé, Serge Huard.

 

Dermatologue, activiste antisémite

 

Cet Ordre alimentait évidemment les espoirs les plus débridés de la droite extrême : « La première tâche de l’Ordre des médecins sera de faire appliquer la loi du 19 août [mais] tout notre effort doit maintenant tendre vers le rétablissement de la Corporation qui, pour nous, […] est devenu le mot magique que la résurrection », peut-on ainsi lire sous la signature d’un dénommé Fernand Querrioux. Auteur du libelle paru en novembre 1940 sous le titre « La médecine et les Juifs » aux « Nouvelles Éditions Françaises » - faux nez des éditions Robert Denoël qui avaient précédemment édité « Comment reconnaître le Juif » du Dr George Montandon – le médecin pouvait exulter à la perspective de voir triompher, enfin, la thèse qu’il défendait de longue date.

 

La suite ICI 

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 06:00

 

Le bonheur est dans le pré, 1995, réalisé par Etienne Chatiliez avec Michel Serrault, Eddy Mitchell, Sabine Azéma

 

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Télérama fait la fine bouche :

 

Le PDG d'une usine de lunettes pour WC profite d'une méprise pour changer de vie. Il part vivre dans le Gers. Là-bas : le bonheur.

 

Après La vie est un long fleuve tranquille (petits-bourgeois javellisés contre prolos crados) et Tatie Danielle (méchante vieille femme contre famille neuneu), Etienne Chatiliez et sa scénariste, Florence Quentin, se livrent à nouveau à leur exercice favori : plonger un corps étranger dans un univers donné et voir ce qui se passe. Ici : petites femmes de la ville, coincées et prétentieuses, contre filles de la campagne, sympas et libérées. Tant qu'à faire dans la caricature, autant aller le plus loin possible... Jusqu'à la vulgarité. Chatiliez ne l'évite pas, il la traque. Heureusement, les comédiens, déchaînés, sont savoureux, et la tendresse finit par l'emporter sur la caricature. Car, ici, pour arriver au bonheur, il faut surmonter la plus grande des vulgarités, celle d'une société qui a codifié les sentiments. — Philippe Piazzo

 

Superbe

 

J'ai mis des années avant de me convaincre de regarder ce film, et j'ai très rapidement compris mon erreur.

 

Le jeu des acteurs est criant de réalisme et captivant dans la qualité des interprétations. Je salue bien bas les performances d'Eddy Mitchell, excellent, de Sabine Azéma, qui touche également l'excellence, La réalisation est simple, impeccable. Le scenario, de par sa forme si proche d'une situation réelle dans notre pays, nous fait vivre une vraie aventure dans une vie française de tous les jours. A tel point que je qualifierais l'oeuvre d' "action contemporaine". Et sans qu'il n'y ait d'action, le film ne revêt pourtant aucun temps mort, aucunes longueurs. On se complait à accompagner les pérégrinations de nos personnages et le cheminement psychologique et moral qu'ils effectuent tout au long de l'histoire.

 

Un véritable moment de détente, de tranquillité, d'émotions, de sensibilité et... de bonheur qui, cette fois, est dans la télé plutôt que dans le pré !

 

Une oeuvre vraie et superbe.et bien entendu celle du très regretté Michel Serrault.

 

Je vous ai mis l’eau à la bouche, je vous ai fait languir, mais il est l’heure d’abandonner les amuses-bouche pour passer au plat de résistance :

 

« Ma belle, pendant des années à chaque fois tu me regardais avec l’air de dire que ma bite elle a un goût, et maintenant tu t’habilles comme un sapin de Noël pour avoir des nouvelles. »

Eddy Mitchell

 

Les mots délicieusement surannés

 

Faire une tête de monsieur-votre-bite-a-un-goût ICI 

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 06:00

 

Rien n’est de moi, tout est de Jérôme Garcin ICI 

 

« Indifférente aux modes, l'Auvergne produit des valeurs sûres, sur quoi le temps n'a pas prise : des pneumatiques, de l'eau minérale, du bleu, de la fourme, des couteaux, de la dentelle et des chroniques de Vialatte. Sans cesse rééditées depuis la mort, en 1971, de l'auteur de «Battling le ténébreux», elles se dégustent nature, à l'unité ou en bloc. On les trouve chez tous les bons libraires. La collection «Bouquins» en a même tiré deux gros volumes, où l'on ressent l'effet de foehn, entend hurler les loups et apprend que «Pascal aimait tellement l'Auvergne qu'il naquit à Clermont-Ferrand».

 

De Jacques Audiberti :

C'est un Peau-Rouge, c'est un hercule forain, c'est le Fuégien tatoué d'une tortue. Que dis-je ? C'est une kermesse complète.»

 

De Blondin :

C'est un cavalier d'Ekebù

 

De Céline :

Il a bâti des cathédrales de vomissure qui se mirent dans des lacs de purin.»

 

De Dutourd :

C'est un don Quichotte qui se méfie des moulins à vent

 

De Montherlant :

Il est tout entouré de bustes et de citations.»

 

De l'homme de Chaval :

C'est un pingouin qui s'est mis le chapeau de Bonaparte.»

 

Et des héroïnes de François Mauriac :

Ce sont des Agrippine de département

 

Ajoutons qu'il n'aimait pas l'Académie française, où «la littérature n'entre que si elle est conformiste, et encore sur la pointe des pieds». Il se moquait - c'est hilarant et injuste - de Jankélévitch en donnant une version charcutière et cantalienne du je-ne-sais-quoi et du presque-rien. Il jugeait que «Gallimard, c'est l'usine et Grasset, la manufacture». Et il tenait que les dictionnaires «sont sûrs, car ils sont faits par des étudiants pauvres».

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 08:00

Livre: Les yeux de la momie / l'intégrale des chroniques de cinéma ...

« Tous les journalistes sont des menteurs et des putes », rappelle manchette en conclusion des chroniques de cinéma hebdomadaires qu’i publia Charlie hebdo de 1979 à 1982 sous le titre « Les yeux de la momie ».

 

Préface de Gébé

 

Manchette nous laisse une masse de critiques où le nom des films importe peu. On peut remplacer les titres. Restent son jugement, son discernement, sa lucidité, sa pénétration, sa morale qui s’appliquent à tout. Une philosophie.

 

Les Yeux de la momie - Jean-Patrick Manchette - SensCritique

Frédéric Bonnaud

 

Manchette aimait le cinéma, mais plus guère celui de son temps. D'où ce mélange de compétence et de désinvolture qui fait tout le prix de son recueil d'articles.

 

On sort de ce livre comme d'une cure. Ainsi, à côté du génial romancier, il existait aussi un grand critique, qui a écrit à la fois sa passion du cinéma (mais pas seulement...) et son dégoût du journalisme ("Tous les journalistes sont des menteurs et des putes", bien dit !) pendant plus de deux ans, d'août 79 à décembre 81, dans les colonnes de diverses publications "bêtes et méchantes" (Charlie hebdo, La Semaine de Charlie, L'Hebdo Hara-Kiri, et même le très fugitif Charlie Matin). En le découvrant en un seul bloc, on est d'abord frappé par l'alliage inédit de deux qualités devenues rares, même prises séparément : une extrême compétence (Manchette sait parfaitement de quoi il parle, il connaît même Irving Lerner, ce qui n'est pas donné à tout le monde) et une parfaite désinvolture (il finit par "avouer" qu'il n'a souvent même pas vu ce dont il parle, sauf les "reprises").

 

C'est que pour lui, le cinéma est fini, juste apte au grand recyclage.

 

D'un côté, il y a le stock, les fameuses "reprises" justement ("Je vais finir par croire que j'ai été traumatisé par une chaussette dans ma petite enfance"), avec le quatuor de génies immortels (Ford, Lang, Hitchcock, Welles), les perles (Péché mortel ou Now voyager) et les déesses (Gene Tierney, "On en meurt ou on en reste idiot, je le sais, je l'ai pas eue" ) 

 

Et de l'autre, le robinet des sorties, le tout-venant, avec en vrac les films de Costa-Gavras ("ce cinéaste a la vue basse"), ceux d'Altman ("ce pauvre débile"), ceux de Bertrand Blier ("que je boycotte depuis Les Valseuses, pour cause d'ignominie dans sa tête") et ceux de Wajda ("le célèbre con centriste, anus du pape en second").

 

On le voit, Manchette a l'insulte facile et drôle, il aime bien "déconner" la suite ICI 

 

Clair de femme - Film (1979) - SensCritique

 

6 septembre 1979

 

« Par exemple, dans le confort douillet et gratuit d’une projection privée, aurais-je aimé Clair de femme ? Évidemment non. Sujet : un monsieur vieillissant quitte la compagne de sa vie à la demande de cette dernière (la compagne, pas la vie) qui, cancéreuse, préfère se flinguer tout de suite. Et, dans la nuit, le monsieur unit son désespoir à celui, encore plus pire, d’une dame dont la fillette est morte et le mari complètement débranché dans sa tête (agnosie). Question : l’amour peut-il triompher de la déchéance et de la mort ? Réponse : des fois on croit ça mai fait non. À l’appui de cette thèse, des images léchées de déchéance, d’élans désespérés et retenus, et puis du dialogue désespéré et retenu aussi, sobre, tout ça. Montand et Schneider font leur numéro, avec capacité et conviction. Costa-Gavras filme avec capacité et conviction. Le résultat est, comme son nom l’indique, un bol de mastic.

 

L'Aveu” : le procès des procès staliniens

 

Permettez-moi une digression qui va me permettre de dégager une vieille colère, vieille de plusieurs années. Au temps où Costa-Gavras et Jorge Semprun, et Montand, ont entrepris de critiquer le stalinisme dans L’Aveu, ils ont choisi de porter à l’écran le témoignage d’un homme d’appareil maltraité par ses collègues, le témoignage d’un stalinien, le témoignage d’un menteur. Quand on sait ce qu’Arthur London avait écrit sur le POUM espagnol (en particulier pages 249, 254 et 255 de son livre Espagne, éditeurs français réunis, vous pouvez vérifier), quand on sait que les mêmes calomnies avaient servi de prétexte aux staliniens pour torturer et assassiner de nombreux militants du POUM, on se dit qu’Arthur le menteur était bien placé pour se plaindre après ce que ses petits copains eurent entrepris de lui tordre les couilles à lui aussi. C’est pourtant son histoire que Costa-Gavras et ses potes choisirent de tourner, plutôt que l’histoire d’un Andrès Nin ou d’un Berneri (ceux-ci, il est vrai, après être passé entre les mains des staliniens, se sont trouvés définitivement incapables d’écrire un best-seller).

 

L’Aveu et Clair de femme n’ont aucun rapport. Est-ce bien sûr ? Le problème de Costa-Gavras n’est-il pas qu’il pose toujours des questions fausses ? En amour comme à la guerre, il apparaît que ce cinéaste à la vue basse. C’est cohérent.

 

Lettre d’Yves Montand parue dans le numéro du 13 septembre 1979

 

En tant qu’abonné de Charlie hebdo, j’ai lu ça (la critique ci-dessus)

 

Tout ceci me paraît cousu de fil blanc pas très propre, comme dirait mon ami Jacques Prévert. En effet, dix longues années après, c’est toujours à Arthur London qu’il faut poser la question, mais sûrement pas au scénariste et au réalisateur qui ont tout fait pour souligner dans le film la part de responsabilité de l’auteur ainsi que celle de tous les responsables staliniens, militants, sympathisants, où, comme moi, compagnons de route dans d’autres « aveux ».

 

Il me semble tout à coup être revenu dix ans en arrière, quand les Kanapa de service avaient ordre d’aboyer et si possible de mordre.

 

Salut

Yves Montand

 

1er PS : En ce qui concerne la liquidation du POUM, vous devriez (quand on veut bien faire ce métier de critique), vous devriez, dis-je, avoir vu le film de Jorge Semprun, Les Deux Mémoires.

 

Les Deux mémoires - Catalogue des restaurations et tirages - La ...

 

2e PS : Je souhaite au cinéma en général et aux metteurs en scène français en particulier d’avoir « la vue aussi basse » que celle de mon ami Costa-Gavras, et d’avoir le talent et le courage de réaliser Z, État de siège, L’Aveu en tenant bien compte du contexte politique dans lequel ces films ont été réalisés.

 

Le PS du 20 septembre 1979 de JP Manchette

 

On a pu lire dans le dernier Charlie hebdo une lettre d’Yves Montand faisant suite à mes remarques désagréables sur le vieux film l’Aveu. Mes remarques étaient claires. La lettre l’est aussi, et n’appelle donc pas de réponse. Surtout que, plutôt qu’avec Montand, j’aimerais m’engueuler avec des salauds méprisables. Quant à la recommandation  que me fait Montand de voir Les Deux Mémoires de Jorge Semprun, elle tombe à plat car je l’ai vu, et elle confirme notre désaccord car ce film aussi me paraît courtaud. Davantage que la comparaison avec Jean Kanapa, la suggestion que je pourrais vouloir faire bien mon travail est une offense. Mais le déstalinisé meurtri étant un gibier trop facile à tirer, nous en resterons là.

 

Romain Gary "Clair de femme" - Bouquinerie du Lion - Belfort

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 06:00
 
26 juillet 
 
 
Banon 2020

Au temps où j’allais, profitant de mes congepés, traîner mes guêtres du côté de Buoux je me rendais de temps en temps à Banon.

 

9 juillet 2011

 

BANON : pourquoi en faire tout un fromage ? Les bleuets, les feuilles de châtaignier et qu’est-ce-que vous boirez avec ça ? ICI 

 

 

Banon est un charmant petit village des Alpes-de-Haute-Provence adossé au plateau d'Albion entre Lure et Ventoux dans les collines chères à Jean Giono. 878 habitants et plus de 100 000 livres à la librairie « Les Bluets » de Joël Gatefossé menuisier originaire de l’Essonne qui raconte avoir « cassé sa vie » à la mort de ses parents en 1990 et être venu s’installer un peu par hasard à Banon. Les débuts sont difficiles puis c’est le décollage et enfin le succès du au bouche à oreille. 

 

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Le banon est un petit fromage français de 6 à 7 cm de diamètre, au lait cru de chèvre d'une centaine de grammes issu d'anciennes recettes des fermes des Alpes-de-Haute-Provence. Les chèvres sont exclusivement de races provençale, rove et alpine et elles doivent paître sur les collines de la région pendant au moins 210 jours par an. Fromage à pâte molle à croûte naturelle, élaboré à partir de la technique du caillé doux et moulé à la louche avant d'être habillé, à la main, dans des feuilles de châtaigniers brunes et liées par un brin de raphia naturel (il est auparavant trempé dans l'alcool pour éviter les moisissures). Le ramassage des feuilles, qui doivent être récoltées brunes, se fait en automne lors de leur chute. Elles sont ramassées par des équipes de saisonniers sur le plateau d'Albion, dans les Cévennes, en Corse et en Ardèche.

 

À la récré, du pain, du banon, un livre, avec 1 petit coup de Bel-Air&Chardy d’Alice et Olivier de Moor : goûtons le silence !

 

17 mars 2017

À la récré, du pain, du banon, un livre, avec 1 petit coup de Bel-Air&Chardy d’Alice et Olivier de Moor : goûtons le silence !  ICI 

 

« À Banon, on ne plaisante pas avec les livres. La preuve avec cette expérience géniale et exemplaire que personne ne semble regretter ! »

 

À Banon si vous vous promenez dans les couloirs du collège après l’heure du déjeuner, vous serez sans doute surpris par un silence complet…

 

Depuis la rentrée de septembre, c’est en effet devenu un rituel : des élèves à la cantinière en passant par le principal et le secrétaire, plus personne ne parle, plus personne ne bouge, plus personne ne travaille… mais tout le monde lit ! Lumière sur une initiative exemplaire qui a l’air de faire énormément de bien à tous !

 

Cette nouvelle habitude pour le moins originale a été prise au collège de Banon (Alpes-de-Haute-Provence). Désormais, entre 13h40 et 14h05, il y est interdit de faire autre chose que de lire. On peut lire n’importe quel livre, n’importe où ET dans n’importe quelle position, mais on est obligé de lire !

 

Je ne sais si ces vieilles chroniques ont donné à Alice et Olivier de Moor l’envie d’aller prendre du repos, goûter de la beauté, dans cette belle région où se situe Banon, mais Olivier m’a fait parvenir un petit mot :

 

Bonsoir Jacques,

 

Nous sommes rentrés: trop tôt. Car la vendange va devoir se faire trop tôt. Par obligation et déjà je sens l'obligation de courir une fois de plus.

 

J'aime beaucoup les "basses alpes". Et la librairie de Banon. Dans l'offre des livres offerte à l'acheteur, je suis tombé sur un livre consacré à la peinture et c'est passionnant.

 

Ha ! les Basses-Alpes...

 

Carte des Basses-Alpes de 1852

 

Souvenir  de mes années où nous récitions les noms des départements, préfecture et sous-préfecture.

 

Le nom de Basses-Alpes était jugé péjoratif, surtout quand on le comparait à celui du département voisin : les Hautes-Alpes. D'autres départements d'ailleurs avaient déjà ouvert la voie : la Charente-Inférieure était devenue en 1941 la Charente-Maritime, la Seine-Inférieure changeait de nom en 1955 pour devenir la Seine-Maritime, la Loire-Inférieure devenait en 1957 la Loire-Atlantique et les Basses-Pyrénées s'appellent depuis 1969 les Pyrénées-Atlantiques. Enfin, les Côtes-du-Nord, qui ne sont pas situées dans le nord de la France mais au nord de la Bretagne, sont devenues les Côtes-d'Armor en 1990.

 

C'est en 1952-1953 que l'idée d'un changement de nom pour les Basses-Alpes fait son chemin, au moment où le tourisme commence à se développer et où la mention de "Provence" veut être mise en avant, comme l'indique sur France Bleu 100% Sud Jean-Christophe Labadie, directeur des Archives Départementales des Alpes-de-Haute-Provence.

 

La suite ICI 

 

Le sauvetage de la librairie "Le Bleuet", qui voulait concurrencer ...

 

Et la librairie de Banon. Dans l'offre des livres offerte à l'acheteur, je suis tombé sur un livre consacré à la peinture et c'est passionnant. C'est un résumé d'émissions que Daniel Arasse a fait avant de décéder. C'est Laure Adler qui lui confia pour France Culture une émision mensuelle sur les arts plastiques et l'histoire de l'art. Un extrait que voici :

 

 

FINALEMENT, La Joconde est un de mes tableaux préférés, il a fallu pour l'aimer beaucoup plus de temps que les cinq ans pris par Léonard de Vinci pour la peindre. Moi il m'a fallu plus de vingt ans pour aimer La Joconde. Je parle de l'aimer vraiment, pas seulement de l’admirer. C'est pour moi aujourd'hui l'un des plus beaux tableaux du monde, même si ce n'est pas nécessairement l'un des plus émouvants, quoique, franchement, c'est l'un des tableaux qui ont eu le plus de commentaires enthousiastes, jusqu'à la folie, de la part des gens qui l’aimaient, et cela montre qu'il touche. Moi, j'étais dans l’état d'esprit d'un spectateur de la deuxième moitié du XXe siècle, c'est-à-dire qu'on avait tellement vu La Joconde, on la connaissait tellement, qu'elle était devenue plus une plaisanterie qu'autre chose, d'autant que, Duchamp l’ayant reproduite avec cette inscription en bas du tableau : « L.H.O.O.Q. », on ne pouvait plus la prendre au sérieux. Il m'a fallu remonter ce handicap duchampien, non pas pour retrouver le regard de Léonard de Vinci ou de l'un de ses contemporains sur ce tableau, mais simplement pour comprendre comment celui-ci, peint dans des circonstances tout à fait particulières, pouvait avoir encore un tel effet, à bientôt cinq cents ans de distance. Cela ne tient pas seulement au délire de Walter Pater ou de Théophile Gautier. Même Kenneth Clark, le grand spécialiste de Léonard de Vinci, un homme très sérieux et l'un des meilleurs historiens de l’art du milieu du XXe siècle, dans un article, non pas de jeunesse mais de pleine maturité, écrit que La Joconde a l’air d'une déesse sous-marine : cette femme est assise dans une loggia, en hauteur devant un paysage très lointain, et il la voit comme une déesse sous-marine. Que se passe-t-il dans ce tableau pour que des gens sérieux, des responsables de musée et de grand savoir, puissent en dire des choses pareilles ? Ce tableau avait sûrement quelque chose. Personnellement, cela m'intéressait à moitié, mais à partir du moment où je devais écrire un livre sur Léonard de Vinci, je ne pouvais pas évacuer La Joconde, Je devais essayer de comprendre les enjeux de cette œuvre pour ce peintre. Et là, mon travail a été très fructueux. Je me suis demandé comment ce tableau était fait. Je vais en faire la description et vous verrez qu'apparaissent beaucoup de choses qu'on ne voit pas.

 

 

D'abord, la Joconde est assise dans une loggia, c'est-à-dire qu'il y a des colonnes de part et d'autre, sur les bords droit et gauche, jointes par le muret, derrière elle. Elle tourne le dos au paysage, qui est très lointain. Ensuite, elle est assise dans un fauteuil, je le sais uniquement parce que le bras gauche de la figure est appuyé, parallèlement au plan de l’image, sur un accoudoir. Mais cet accoudoir est Punique trace du fauteuil, il n'y a pas de dossier, ce qui est étrange. Et puis le paysage à l'arrière-plan est curieux puisqu'il est composé uniquement de rochers, de terre et d'eau. Il n'y a pas une seule construction humaine, pas un arbre, il y a seulement dans ce paysage quasiment pré-humain un pont, et c'est cela qui m'a posé beaucoup de problèmes d'interprétation. Ce pont enjambe ce qui doit être une rivière, mais qu'on ne distingue pas. Or, comment se fait-il que dans ce paysage des origines il y ait déjà un pont alors que toute présence humaine a disparu ?

 

 

J'ai donc commencé à me rendre compte que ce tableau recelait une méditation de Léonard particulièrement dense. Je ne devais pas m'en étonner puisque Vinci a dit que la peinture est cosa mentale c'est une chose mentale, et que par ailleurs, lorsqu'il a reçu cette commande en 1503 - il avait besoin d'argent et n'avait pas encore en ce temps-là de grandes commandes de la ville de Florence ça précédait de quelques mois la grande commande du palais de la Seigneurie (cf. Bataille d’Anghiari) qui fait qu’il ne livrera jamais le tableau à son commanditaire, Messere Giocondo, et le gardera pour lui toute sa vie. Il a achevé ce portrait pour lui-même. On a la preuve que l’idée de l’arrière-plan est venue très lentement. Il fallait comprendre le rapport qui liait cette figure assise si singulièrement dans ce fauteuil sans dossier et ce paysage : y a-t-il simplement opposition entre d’une part la beauté et le charme de la Joconde et d'autre part l’arrière-plan du paysage, ou bien y a-t-il aussi une relation entre les deux ?

 

 

J’ai essayé de mieux voir comment était peinte cette figure. Si vous la regardez bien, elle a le bras parallèle au plan de l’image, appuyé sur l’accoudoir. Elle est proche de nous, puisqu’on ne voit pas d'espace entre ce bras et une zone plus basse qui inscrirait une distance. En fait, elle est passée devant le parapet qui traditionnellement à l’époque séparait la figure peinte du spectateur, comme dans ces portraits d'origine flamande où le personnage est visible, mais où la base du tableau est faite d'un petit parapet, situé devant lui et devant lequel il place éventuellement sa main. Petit trait de génie de Léonard : mettre la Joconde dans l’espace du spectateur en faisant passer le parapet derrière elle, tandis qu'en même temps son bras fait barrière, bloquant la pénétration. Ensuite, le buste est de trois quarts, elle se tourne donc légèrement vers nous, le visage presque de face, et les yeux, perpendiculaires au plan, nous regardent directement où que nous nous trouvions par rapport à elle. Donc, depuis le bas du tableau jusqu'aux yeux, il y a une torsion de la figure qui fait qu'elle vous fixe. On est sous son regard, ce qui constitue un élément de fascination de ce tableau, tout comme on est un peu sous celui de la Vénus d'Urbin de Titien, le premier grand nu de la peinture occidentale, et ce n'est certainement pas un hasard si l'on est sous le regard de l’archétype du nu occidental. c'est-à-dire que du chaos on passe à la grâce, et de la grâce on repassera au chaos. Il s'agit donc d'une méditation sur une double temporalité, et nous sommes là au cœur du problème du portrait, puisque le portrait est inévitablement une méditation sur le temps qui passe. Montaigne le dit dans ses Essais : « J'ai plusieurs portraits de moi, combien suis-je différent aujourd'hui d'à cette heure. » On passe donc, avec ce sourire éphémère de La Joconde, du temps immémorial du chaos au temps fugitif et présent de la grâce, mais on reviendra à ce temps sans fin du chaos et de l’absence de forme.

 

Restait ce pont, dont je ne comprenais pas la présence jusqu'au moment où j'ai lu Carlo Pedretti, le grand spécialiste de Léonard de Vinci, capable d'écrire comme lui de la main gauche et à l'envers. C'est un homme admirable qui a passé toute sa vie avec Léonard de Vinci. À propos de cette interrogation sur la présence du pont, il dit une chose très simple à laquelle je n'avais pas pensé, à savoir que c'est le symbole du temps qui passe ; s'il y a pont, il y a une rivière, qui est le symbole banal par excellence du temps qui passe. C'est un indice donné au spectateur que l’étrangeté du rapport entre ce paysage chaotique et cette grâce souriante est le temps qui passe. Le thème du tableau c'est le temps. C'est aussi pour cette raison que la figure tourne sur elle-même, car un mouvement se fait dans le temps... Et l'analyse peut repartir à ce moment-là. Le tableau est fascinant parce que sa densité et sa sobriété font qu'il n'arrête pas de renvoyer la réflexion et le regard au regard...

 

 

Cela dit, et je n'en dis pas plus sur La Joconde. ]e ne pense pas que messere Giocondo aurait aimé le tableau s'il l'avait vu. Je pense même qu'il l'aurait refusé parce qu'il ne lui aurait pas plu.

 

Et le fait de faire de l'histoire permet là aussi d'avoir un regard un peu plus neuf sur les choses. Je pense que Francesco del Giocondo n'aurait pas accepté le tableau fini pour une bonne et simple raison : c'est qu'à l'époque, c'est un tableau scandaleux.

 

Aujourd'hui c'est le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre, mais en 1503-1505, c'est un tableau inadmissible.

Pourquoi?

Voilà un bon bourgeois florentin, et pas n'importe qui, qui commande au plus grand peintre du moment le portrait de sa femme parce qu'elle lui a donné des enfants, et ce peintre lui présente, comme portrait, une jeune femme qui sourit, ce qui est incorrect, toute proche de nous, épilée des sourcils et des cheveux - alors qu'on sait très bien qu'à cette époque seules les femmes de mauvaise vie s'épilent - et ensuite il la plante devant un paysage pré- humain affreux, terrible. Or, comment voulez-vous qu'un mari souhaite voir sa femme charmante, aimante, qui lui a donné deux enfants, devant un tel paysage et non pas devant des prairies, des arbres et des petits oiseaux, ce qu'on trouve dans les fonds de portraits de Raphaël contemporains de Léonard. Il n'aurait pas pu comprendre, et je pense que c'est pour Francesco del Giocondo ou pour ce genre de spectateur que Léonard de Vinci a peint le pont, pour leur expliquer qu'il ne faisait pas n'importe quoi, et qu'il y avait effectivement une méditation profonde sur le temps. Mais je crois que ce tableau était trop innovateur il impliquait à l'époque un tel bouleversement des pratiques du portrait qu'il ne pouvait pas être compris immédiatement.

 

On le voit d'ailleurs dans les répliques qui en ont été faites. Raphaël a admiré La Joconde mais quand il fait La Dame à la licorne, il la normalise. La Joconde est à part.

 

 

Ce qui m'a aussi beaucoup frappé quand je travaillais sur La Joconde, c'est que je travaillais en même temps sur tout Léonard de Vinci et donc sur les cartes géographiques qu'il a réalisées à la même époque, et un soir j'ai eu une sorte d'illumination, peut- être une sorte de folie, en regardant ces cartes : j'ai perçu que le paysage de La Joconde en arrière-plan, avec son lac très élevé et son val aquatique et marécageux dans la partie gauche, était pratiquement la prise en vue cavalière d'une carte de la Toscane que Léonard de Vinci réalise aussi en 1503-1504, et l'un des problèmes qu'il se pose dans cette carte est de savoir comment le lac Trasimène a pu jadis, dans un temps immémorial, expliquer les marécages du Val d'Arno, qui se trouve au sud d'Arezzo, en Toscane. On voit sur sa carte qu'il a dessiné un cours d'eau qui n'existe pas dans la réalité, allant du lac Trasimène au Val d'Arno. Ce qui m'a frappé, c'est de voir que la construction de La Joconde s'accordait pleinement à une réflexion cartographique et géologique de Léonard de Vinci, si bien que le paysage représenté derrière elle, c'est la Toscane immémoriale, celle qui existait avant que l’humanité n'y crée la grâce de ce pays, car la Toscane est très belle et c'est La Joconde. Ce cours d'eau qui relie le lac Trasimène au Val dArno, c'est le sourire de la Joconde. On pourrait continuer.

 

 

Par exemple, c'est vrai qu'elle a l'air d'être dans une grotte, et on a un très beau texte de Léonard sur la grotte : comme il se penche pour voir ce qu'il y a dans la grotte, il est attiré et il a peur. Cette attirance et cette peur de Léonard de Vinci par rapport au corps féminin sont bien connues : il est le premier artiste à avoir dessiné un sexe féminin comme une grotte. On peut continuer indéfiniment comme cela. La Joconde condense, je crois, une méditation sur le portrait et le temps qui est fondamentale pour l'art du portrait occidental, et en même temps c'est certainement l'un des tableaux les plus personnels de Léonard, parce qu'il a peint pour lui le portrait de la femme fertile, l’épouse de Francesco del Giocondo.

 

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2 août 2020 7 02 /08 /août /2020 06:00

Truman Capote : l'enfant terrible de la littérature américaine ...

Qui n’a pas lu à 50 ans De sang-froid de Truman Capote a raté sa vie !

 

Amazon.fr - Truman Capote - De sang-froid - traduit par Raymond ...

 

Dans le cadre d’un été résolument culturel je vous offre une réflexion sur la vérité romanesque, dans Cercueil sur mesures, Capote a poussé le bouchon un peu loin, mais peu m’importe ça m’est égal car il a atteint un degré de vérité incomparable.

 

Après le succès phénoménal remporté par De sang-froid, Capote avait délaissé le genre romanesque pour revenir à ses premières amours : la nouvelle. Le recueil Musique pour caméléons, publié en 1980, réunit 7 textes, dont un, en particulier… sous-titré Récit véridique non romancé d’un crime américain, Cercueils sur mesures décrit une série de 7 meurtres ayant frappé une petite ville américaine du Midwest, que Capote prétend ne pas pouvoir nommé, pour ne pas interférer avec le processus de la justice.

 

Amazon.fr - Cercueils sur mesure - Capote, Truman - Livres

 

Enquête faite, Capote a produit un faux plus vrai que nature.

 

Truman Capote : «De sang-froid», le livre d'une vie | Télépro

 

Rappelons que Capote, en 1959, voit son attention attirée par le meurtre d’une famille de fermiers du Kansas. Il se rend sur les lieux. Les deux vauriens Dick Hickock et Perry Smith sont rapidement arrêtés et passent aux aveux. Capote conçoit alors le projet d’un livre à mi-chemin entre la réalité et la fiction : la réalité parce qu’il va rencontrer tous les protagonistes de l’affaire ; la fiction parce qu’il devra reconstituer de nombreuses scènes auxquelles il n’a pas assisté. On a parlé pour décrire le résultat de « roman non-roman » ou de « roman-vérité »

 

« A new understanding of the différence between what is true and what it really true. »

 

Dans Cercueils sur mesures, les victimes présentent deux points communs : elles ont siégé au sein d’une commission ayant voté le détournement d’un cours d’eau arrosant le ranch d’un riche fermier du nom de Quinn et elles ont reçu, peu avant leur mort, un cercueil miniature en bois. Les assassinats sont autant d’œuvres d’art : un couple d’avocats périt sous les piqûres de serpents à sonnettes préalablement dopés aux amphétamines qui ont été placé dans leur voiture ; les victimes trois et quatre meurent carbonisées dans leur maison à laquelle on a mis le feu après avoir scellé les issues par des parpaings ; le conducteur d’une décapotable est décapité par un filin invisible tendu à travers de sa route ; un médecin est empoisonné ; une professeure se noie dans de mystérieuses circonstances. Le facteur, se sachant sur la liste, décampe à Hawaii, tandis que le dernier membre de la commission, le seul à avoir voté en faveur du fermier, est épargné. Car il ne fait pas de doute pour personne que Quinn est à l’origine de l’hécatombe. Il ne fait d’ailleurs pas grand-chose pour démentir la rumeur. Par bravade – à moins que ce ne soit par courtoisie – il accepte de rencontrer Capote. Les entrevues glaçantes entre les deux hommes et leurs parties d’échecs constituent le point d’orgue de la nouvelle.

 

Quel régal que ces nombreuses métaphores : Elle était bâtie comme Poncho Villa et portait des pantalons de cow-boy avec une braguette à glissière … Tempérament aussi bouillant qu'un tamale au poivre rouge … Plus saoul qu'une tribu d'Indiens en train de danser dans les maïs.

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 07:30

 

Jean-François est, contrairement à ma pomme, un garçon sérieux, lorsque nous étions ensemble au cabinet du Ministre de l’Agriculture, dans les années 90, où il tenait le poste de Conseiller Technique chargé des questions internationales, donc communautaires, j’étais tranquille, ses notes au Ministre, synthétiques, précises, argumentées, nous permettaient de faire progresser dans la tête d’un politique pur, Louis Mermaz, la nécessité de réformer en profondeur de la foutue PAC. Ce qui fut fait, je ne sais si ce fut un progrès mais la porte était ouverte sur une autre conception du soutien à l’agriculture communautaire. Depuis, avec les élargissements, le chemin parcouru est bien modeste et le verdissement reste bien pâle.

 

Si je tresse des lauriers mérités à JF c’est qu’en plein mois de juillet il vient de me faire parvenir une note où il évalue l’accord adopté par le Conseil européen de Juillet 2020, pendant que votre serviteur buvait des canons tout jetant un œil distrait sur le fil Twitter pour glaner des informations sur ce sommet qualifié par notre guide élyséen, en pleine mutation, de grande avancée dans la construction européenne. Il a travaillé au corps Angela confie-t-il au très people Paris-Match, j’en suis fort aise mais, contrairement à notre Mélenchon, qui ne bite rien aux questions communautaires, je ne vais pas dézinguer l’œuvre du chef, ou en entonner avec zélotes de notre Emmanuel, « on a gagné, on a gagné… »

 

Pour mémoire, au temps de Rocard Ministre de l’Agriculture, le Conseil Européen de Dublin du 27 février 1985, marqua le grand virage de l’OCM vin essentiellement consacrée au vin de table, en adoptant la distillation obligatoire pour stopper les hauts rendements et l’arrachage des vignes les produisant. Ce qui m’a frappé à ce Conseil c’est que les négociations étaient menées au nom de la France par le Ministre des Affaires Etrangères, Roland Dumas, et le Président de la République, François Mitterrand, pour qui la distillation obligatoire et l’arrachage relevaient d’une autre planète et que nos notes à leur attention, éléments de langage, devaient  se résumer en quelques phrases. Nous étions, et nous sommes toujours, la seule délégation dans cette configuration, c’est tout à fait baroque.

 

Bref, la parole est donnée à Jean-François :

 

Comme toujours après un conseil européen difficile, tous les participants disent qu’ils ont gagné. Cette présentation des négociations européennes comme une guerre entre Etats de laquelle chacun doit revenir avec une victoire sur ses partenaires, en dit long sur la solidarité et l’esprit fédéraliste qui règnent dans cet ensemble fragile. Les médias mettent en valeur le rôle décisif de leurs représentants nationaux et insistent sur le caractère « historique » des décisions prises. Ensuite, les polémiques sont d’autant plus bruyantes que les résultats de la négociation ont été présentés avec emphase et beaucoup d’approximation.

 

Un plan de relance économique et un budget de l’Union Européenne jusqu’en 2027.

 

Le conseil européen de ce mois de juillet 2020 devait se prononcer sur deux sujets intimement liés : un plan de relance de l’économie européenne frappée par la récession consécutive à la pandémie et le budget de l’Union européenne pour la période 2021– 2027.

 

Ces discussions présentaient, en plus de leur caractère budgétaire, une dimension politique puisqu’il s’agissait  d’autoriser la commission européenne a emprunter sur les marchés financiers 750 milliards d’euros (la commission a déjà emprunté mais jamais des sommes aussi importantes) pour financer le plan de relance en lieu et place des Etats membres et de trouver de nouveaux moyens de financement des dépenses européennes.

 

Le plan de relance « Next Generation EU » n’est pas un nouveau cadre budgétaire européen.

 

Le conseil européen a autorisé la commission à emprunter 750 milliards d’euros pour financer le plan de relance.

 

Les fonds empruntés pourront être prêtés aux Etats de l’Union européenne, pour 360 milliards d’euros, ou transférés sous forme de subventions pour financer des dépenses à hauteur de 390 milliards d’euros.

 

La commission remboursera ces emprunts au plus tard le 31 décembre 2058.

 

Les dépenses du plan de relance seront engagées en trois ans : 2021, 2022 et 2023. Le « droit de tirage » des Etats sur ce programme exceptionnel sera proportionnel à leur perte de PIB en 2020 et à leur perte de PIB cumulée en 2020 et 2021. C’est ce qui permettra  à des pays comme l’Espagne, l’Italie ou la France d’être parmi les principaux  bénéficiaires de ces subventions européennes.

 

Pour bénéficier de ces aides, les Etats-membres devront présenter des « plans nationaux de réforme et d’investissement » pour les années 2021–2023, qui seront évalués par la commission européenne et soumis au conseil européen statuant à la majorité qualifiée.

 

Il ne s’agira donc pas d’un chèque en blanc ; les concours financiers ne seront accordés que si les programmes de dépenses présentés sont considérés comme conformes aux orientations de politique économique formulées à l’occasion de l’examen annuel de la situation budgétaire des membres de l’Union par les instances européennes, notamment en matière de « réformes structurelles ». Ce vocable désigne habituellement les mesures de dérégulation de l’économie, de privatisation, d’ouverture à la concurrence et de réduction des dépenses publiques demandées par les instances européennes.

 

La décision du conseil précise que l’effort de relance consacré par le programme « Next Generation EU » (nom officiel du programme de relance européen) est « limité dans le temps parce que le cadre financier pluriannuel (le budget européen) et les règles qui le régissent demeurent le cadre de base pour la planification et l’exécution du budget de l’Union ». « Les fonds supplémentaires générés par les emprunts…seront versés par l’intermédiaire des instrument et des programmes du CFP ».

 

Les 750 Mds€ d’emprunts que la commission est autorisée à souscrire constituent donc bien une mesure exceptionnelle qui n’a pas vocation a être renouvelée. Ce n’est pas un nouveau budget européen, l’embryon d’un budget fédéral comme cela est parfois abusivement présenté. Le financement de l’UE reste assuré par son budget, financé par les contributions des Etats-membres, donc les contribuables des Européens, théoriquement à raison de leur richesse moyenne, sans rupture dans son enveloppe globale avec le budget des sept précédentes années.

 

Un plan exceptionnel financé par les moyens habituels - Beaucoup de mensonges sur la réalité des décisions prises

 

Les dispositions relatives au financement du programme européen de relance et du budget européen pour les années à venir sont peu explicites.

 

Le plafond des ressources propres de l’UE est porté de 1,20% du revenu national brut des Etats membres à 1,40% pour le financement du prochain budget, ce qui pourrait représenter une augmentation de la contribution française annuelle de l’ordre de 4 à 5 Mds€. De plus, le financement du plan de relance serait assuré par un relèvement temporaire de 6 points de pourcentage du plafond de ressources propres affecté au financement des dépenses de l’Union, au-delà de 1,40%.

 

Pour le moment, les dépenses ordinaires de l’UE et le plan exceptionnel seront donc financés par les moyens habituels des contributions des Etats, donc par les impôts des contribuables européens, qu’il s’agisse d’impôts directs ou indirects (fraction de la TVA collectée).

 

Il est mensonger de dire, comme le font MM. Macron et Le Maire, que « le plan européen ne sera financé ni par nos impôts ni par notre dette ».

 

S’agissant de l’avenir, le paragraphe A 29 du compromis est ainsi rédigé : « Au cours des prochaines années, l’Union s’efforcera de réformer le système des ressources propres et d’introduire de nouvelles ressources propres. Une nouvelle ressource propre fondée sur les déchets plastiques non recyclés sera établie et appliquée à partir du 1er janvier 2021. Au cours du premier semestre de 2021, à titre de base pour des ressources propres supplémentaires, la commission présentera des propositions relatives à un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et à une redevance numérique, en vue de leur introduction au plus tard le 1er janvier 2023. Dans le même esprit, la commission présentera une proposition relative au système révisé d’échange de quotas d’émissions, éventuellement étendu à l’aviation et au transport maritime. Enfin, l’union s’efforcera au cours du prochain cadre financier pluriannuel, de mettre en place d’autres ressources propres, qui pourraient inclure une taxe sur les transactions financières. Le produit des nouvelles ressources propres introduites après 2021 sera utilisé pour le remboursement anticipé des emprunts contractés dans le cadre de « Next Generation EU ».

 

La seule ressource nouvelle présentée comme certaine est donc la taxe sur les plastiques non recyclés, mais elle n’est certainement pas de nature à produire 750 Mds d’euros de rendement. Le reste relève d’une simple déclaration d’intention de s’efforcer de faire évoluer la situation.

 

La capacité des 27 pays de l’Union à décider de la création d’une taxe carbone aux frontières européennes puis de l’imposer à l’Organisation Mondiale du Commerce et à leurs partenaires américains et asiatiques disposant de moyens de rétorsion considérables peut, à tout le moins, susciter un peu de scepticisme.

 

La taxation des GAFA n’est pas un sujet nouveau ; les récentes décisions de la cour de justice européenne annulant les sanctions prises par la commission contre certaines des entreprises concernées a mis en lumière la profonde division des Européens sur le sujet, certain pays comme l’Irlande choisissant d’offrir un paradis fiscal aux grands groupes américains du secteur et défendant leurs intérêts face à la commission européenne.

 

Quant à l’extension de la taxe carbone, du reste très insuffisante pour atteindre la neutralité carbone en 2050, aux compagnies aériennes qui sont déjà à terre, cela ne paraît pas très crédible.

 

Le financement du plan de relance sera donc assuré pour le moment et peut-être pour longtemps par les contributions des Etats a proportion de leur richesse. Il n’y a là aucun changement, aucun pas en avant vers le fédéralisme souhaité par certains, si ce n’est l’affirmation d’une volonté de « s’efforcer » de trouver d’autres ressources. Mais dans ce domaine, c’est l’unanimité des Etats qui prévaut et elle n’a pas prévalu pour négocier le programme de relance. Au contraire, on a vu s’agrandir le fossé entre ceux qui veulent que l’UE ne soit qu’un espace de coordination des disciplines budgétaires imposées aux Etats membres et ceux qui voudraient une Europe plus solidaire.

 

Pire encore, le compromis adopté par le Conseil européen n’a pas rendu plus fédéral ou solidaire le financement de l’Union, il a prolongé les entorses aux règles normales de financement qui prévalent aujourd’hui en prolongeant les « rabais » dont bénéficient certains Etats membres.

 

Les règles de calcul du montant des contributions des Etats-membres devraient être les mêmes pour tous les pays européens. Ce n’est plus le cas depuis que le Royaume-Uni a obtenu un rabais sur le montant de sa contribution (le fameux « I want my money back » de Mme. Thatcher). L’UE a versé au Royaume-Uni, depuis 1984 et jusqu’au Brexit, un chèque représentant 66% de la différence entre sa contribution au budget européen et ce qu’il percevait au titre des dépenses de l’UE en sa faveur. En clair le Royaume-Uni payait plus au budget européen qu’il n’en recevait, il était un des « contributeurs nets » (comme la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède…) et il a obtenu de faire financer par les autres européens les deux tiers de cette contribution nette.

 

Cette entorse très importante au principe de solidarité financière entre les pays de l’Union en a entraîné d’autres. Le cadeau aux Britanniques devait être payé par une augmentation de la contribution nationale des autres pays européens, mais l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche et la Suède ont obtenu de ne payer que 25% de la somme qu’ils auraient dû payer à ce titre. De ce fait, la France est depuis 1984 le principal financeur du cadeau fait aux britanniques.

 

Ces rabais devaient disparaître avec le Brexit. Le conseil européen de juillet a décidé de les prolonger pour les 7 ans qui viennent, sans autre justification que celle de dire que ce n’est pas parce qu’on est riche que l’on doit payer pour les pauvres.

 

Le rabais allemand reste fixé à 3,7 Mds€, tandis que le rabais annuel de l’Autriche sera doublé à 565 M€, celui des Pays-Bas grimpe à 1,92 Md€ contre 1,57 milliard d’euros précédemment, la Suède (1,09 Md€) et le Danemark avec 377 M€ ont aussi obtenu plus que prévu. Au total, c’est une perte de 53 milliards d’euros pour le budget européen entre 2021 et 2027.

 

On voit par là que les soi-disant progrès du fédéralisme sont bien illusoires et l’on pourrait s’étonner que l’Allemagne qui portait le projet de plan de relance avec la France n’ait pas renoncé à son rabais.

 

Bien sûr, la prolongation de ces rabais injustifiés constituera une charge supplémentaire pour ceux qui n’en bénéficient pas, comme la France et beaucoup d’autres pays beaucoup moins riches que nous.

 

 

Des décisions importantes pour l’Union européenne mais un impact économique faible

 

Le budget européen pour la période 2021–2027 sera de 1 074,3 Milliards d’euros, soit 153,4Mds€/an, à comparer au PIB total des 27 membres de l'Union européenne en 2019, soit 13 929 Mds€ ; le budget de l’Union européenne représente donc 1,1% du PIB européen.

 

Avec les 312 Mds€ de subventions adoptées par le conseil européen, qui seront engagées entre 2021 et 2023, le budget annuel de l’UE passera à 257 Mds€/an pendant cette période, soit 1,8% du PIB européen. Si l’on ajoute les 360 Mds€ de prêts auxquels pourront avoir accès les pays qui le souhaitent, le budget annuel de l’UE représentera 2,7% du PIB européen. 

 

Une augmentation de 63% (en prenant en compte les seules subventions) ou de 170% (avec les prêts) du budget de l’UE rapporté au PIB européen n’est pas insignifiante. Elle représente une rupture dans l’univers de l’union européenne marqué par la volonté de maintenir le budget de l’Union à un niveau aussi bas que possible, même si elle ne constitue pas le basculement vers un budget fédéral.

 

Mais ces décisions importantes du point de vue du fonctionnement de l’UE n’auront qu’un impact économique très limité.

 

Prenons le cas de la France, deuxième contributeur au budget européen, derrière l’Allemagne avec 21 Mds€ de contribution en 2019, soit 14% des recettes de l’UE, et 14,5 Mds€ de retour sur le budget européen, dont 9,2 Mds au titre de la politique agricole commune. Sa contribution nette au budget européen en 2029 fut donc de 6,5Mds€.

 

Si La France présente un plan satisfaisant aux instances européennes, elle pourra bénéficier de 13 Mds€ de subventions par an en moyenne de 2021 à 2023, soit 13 % du plan de relance de 100 Mds annoncé par le gouvernement conduit par J Castex. C’est moins que le seul plan de soutien consenti au secteur aéronautique de 15 Mds€.

 

Dans cette logique comptable, il faudrait déduire un certain nombre de chose de ces 40 Mds€ de subventions pour arriver à un compte juste. Les crédits consacrés à la Politique agricole commune généraient jusque-là un retour de 9 Mds€/an à la France. Les moyens accordé à la PAC vont baisser de 10%/an dans le prochain budget communautaire, ce qui devrait entraîner un manque à gagner de l’ordre de 900 M€/an, donc 6,3 Mds€ sur la période 2021/2027. Les fonds structurels vont également diminuer. Notre contribution au budget européen va augmenter relativement à notre PIB pour financer le plan exceptionnel et le prochain budget. Comme on ne voit pas l’intérêt pour la France d’utiliser l’emprunt européen puisqu’elle emprunte sur les marchés financiers à des taux très bas, les subventions constitueront l’essentiel de l’intérêt qu’elle peut trouver à ce plan de relance européen.

 

Le gouvernement commet une erreur en présentant ce plan européen comme une victoire française, ou au mieux franco-allemande, permettant de financer la reprise de notre économie. Si l’on raisonne dans ces termes, l’Europe nous « coûte » chaque année 6 à 7 Mds€, et elle coûtera un peu plus dans les années qui viennent. Elle rapportera 13 Mds€ pendant trois ans avant d’être à nouveau une charge nette pour notre budget et déficitaire sur la durée du prochain budget.

 

Le solde positif de 6 à 7 Mds€ sur la période 2021/2023 représentera 0,002% du PIB français (2 427 Mds€). Ce n’est certainement pas avec cela que nous allons sortir de la crise économique dans laquelle nous nous trouvons. Ces sommes sont sans rapport avec les moyens mis en oeuvre par le budget de l’Etat, 338 Mds€, les collectivités locales, 270 Mds€ ou la sécurité sociale, 450 Mds€.

 

Ce qui est vrai pour la France l’est pour les autres pays européens.

 

On peut craindre par ailleurs que les responsables de l’Union européenne ne doivent se retrouver à nouveau rapidement pour déterminer les moyens de faire face à une nouvelle crise financière en raison du poids des créances irrécouvrables dans le bilan des banques. La crise pourrait d’ailleurs bien venir des soi-disant pays frugaux. 

 

L’un d’entre eux a agit avec la plus forte détermination contre le projet franco-allemand, les Pays-Bas. Ce paradis fiscal affaiblit constamment l’UE. Il favorise l’installation de multinationales européennes à La Haye ou Amsterdam pour payer moins d’impôts, Renault par exemple, bien que l’Etat français en soit actionnaire, privant ainsi les pays d’origine de précieuses recettes fiscales. Ces pertes s’élèveraient à 2,7 Md€ pour la France, 1,5 Md€ pour l’Italie et l’Allemagne et près de 1 Md€ pour l’Espagne, selon l’ONG Tax Justice Network.

 

Par ailleurs si les « frugaux » affichent une dette publique très basse : 33,2 % du produit intérieur brut au Danemark, 35,1 % en Suède, 48,6 % aux Pays-Bas et 59,4 % en Finlande, contre 77,8% en moyenne dans l’UE, la dette privée est très élevée. Les ménages des « frugaux » figurent parmi les plus endettés au monde. Selon l’Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE), la dette des ménages représente 280 % du revenu disponible net au Danemark, 240 % aux Pays-Bas, 189 % en Suède et 148 % en Finlande. A côté, les ménages italiens (87 %), grecs (106 %) et espagnols (107 %) sont d’une prudence remarquable.

 

Du coup, les banques néerlandaises sont très exposées au risque immobilier, une fois de plus, car durant la crise de 2008 La Haye a dû nationaliser une partie d’entre elles pour les sauver.

 

Au passage, les donneurs de leçons néerlandais ne sont pas non plus les plus laborieux d’Europe. Ils travaillent en moyenne 1 434 heures par an, selon l’OCDE, avec un poids très important du temps partiel (46,8 % des emplois, en particulier chez les femmes), pendant que les paresseux du Sud travaillent 1 718 heures par an en Italie, 1 719 heures au Portugal ou 1949 heures en Grèce.

 

Un accord qui n’est pas inutile

 

On peut défendre l’utilité de l’accord passé au Conseil européen, même en prenant en compte tout ce qui est écrit ici. En considérant que si l’Union européenne n’avait rien fait, on le lui aurait bien davantage reproché que le compromis auquel elle est parvenue.

 

Il n’est pas exagéré de dire que les pays du Sud, Italie et Espagne en particulier, avaient besoin de cet accord, beaucoup plus que la France ou l’Allemagne. Ils sont frappés beaucoup plus durement que nous par la crise post-pandémie. La chute du PIB espagnol sera l’une des plus importante d’Europe et la sensibilité du chômage à la croissance est plus forte que dans la plupart des pays européens ; on parle d’une remontée du chômage à 20% de la population active comme aux pires moments de la crise de 2008 et après. Les faiblesses intrinsèques des ces économies conduisaient au cours des dernières semaines à une aggravation des différences de coût de l’endettement de l’Italie ou de l’Espagne en comparaison des taux obtenus par la France ou l’Allemagne, ce qui constituait une menace supplémentaire pour l’économie de ces pays.

 

L’immobilisme n’était donc pas une position souhaitable.

 

Avec cette crise et avec cet accord, l’Allemagne a également redécouvert sa dépendance vis à vis de l’Union européenne, alors que se ferment à leurs exportations d’automobiles et d’équipements, le marchés américains et certains marchés asiatiques, ce qui constitue une bonne nouvelle.

 

Mais un accord sans doute payé trop cher

 

L’Allemagne et la France ont beaucoup sacrifié pendant la négociation pour obtenir cet accord. On passera sur la réduction des subventions de 750 Mds€ à 350 Mds€,  mais il a fallu aussi sacrifier le “Fonds de transition juste” qui devait permettre d’aider les pays les plus dépendants des énergies fossiles à passer à une économie moins carbonée ; il passe de 30 Mds€ prévus dans le projet de budget à 10 Mds€.  Le programme de recherche « Horizon 2020 » perd 8 Mds€ des 13,5Mds€ qui lui étaient attribués dans le projet de la Commission, tout comme InvestEU (moins 25 milliards) ou Solvency (moins 26 milliards), programme destiné aux entreprises en grande difficulté qui passe carrément à la trappe, de même que le programme santé, qui passe de 9,4 milliards à rien du tout, ou la politique de défense. Il faut y ajouter la PAC et les fonds structurels, sacrifiés également.

 

Cela finit par faire beaucoup et par donner un résultat qui sacrifie l’avenir au profit de moyens sans doute trop limités pour le présent

 

En raison d’une erreur politique

 

E Macron et A Merkel ont considéré qu’à partir du moment où un accord existait entre eux, l’accord des 25 autres était une formalité. Ils se sont trompés d’époque.

 

E Macron poursuit son projet de renforcement de la construction européenne en dotant la zone euro d’un budget propre et l’union européenne dans son ensemble de capacités budgétaires plus importantes pour améliorer sa résistance aux crises qui se succèdent. Il a pensé que la crise actuelle serait un moment favorable pour imposer ses vues et il s’est trompé. Il paie cher, sur des sujets qui sont normalement sa priorité, un succès qui pourrait rester de façade si les négociations à venir sur les ressources propres n’aboutissent pas et il a d’ores et déjà accepté un budget qui pour 7 ans n’est qu’un budget de reconduction.

 

Les divisions européennes se sont affirmées avec force pendant cette négociation. Il faudra formuler d’autres objectifs que budgétaires pour les surmonter.

 

Il reste maintenant au Parlement européen à approuver ou remettre en cause cet accord qui sur plusieurs points (maintient des rabais, réduction du volume du budget par rapport à l’ambition initiale, priorité à la transition énergétique) ne correspond pas à la volonté qu’il avait exprimée.

 

Jean-François Collin

24 juillet 2020

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30 ans de Pays d’Oc : La saga qui changea le visage de la viticulture

ICI 

« Notre production comblait le manque à gagner d’autres productions en chute libre », voire à la débâcle de certaines : « Les accords de Dublin, sous Rocard, lui imposaient de distiller massivement, jusqu’à 12 millions d’hectolitres d’excédents français! » Pour endiguer la crise, l’Europe mis aussi en place des primes à l’arrachage qui fut de masse. Parallèlement, « nous avons engagé un remembrement des vignobles avec les organismes comme la Safer et la chambre d’agriculture à faire en sorte que les exploitations aient toutes le plus possible une taille critique d’au moins 25 hectares chacune. » Les cépages qualitatifs imposés par le label ayant moins de rendement, la surface doit grossir.

De la piquette à  l'AOC

 

TIME - NEW YORK

Dans la plupart des pays d’Europe du Nord, les deux ingrédients de la révolution industrielle ont été la houille et le minerai de fer. En France, il y en a eu un troisième : le vin rouge bon marché. La plupart venaient du Languedoc, le vignoble le plus vaste du monde. Mais les goûts ont évolué, et les ventes ont chuté après la Seconde Guerre mondiale tandis que, grâce aux subventions agricoles du Marché commun, le pays produisait beaucoup plus qu’il ne pouvait écouler.

 

 

En 1984, l’accord de Dublin a limité les subventions [européennes], et les viticulteurs languedociens se sont trouvés confrontés à un choix difficile : s’adapter ou disparaître. A l’initiative de pionniers, ils ont entrepris de planter des variétés de raisin renommées comme la syrah et le cabernet sauvignon sur des coteaux à moindre rendement. Quinze ans plus tard, la région a oublié son complexe d’infériorité et dispose de plus de 100 000 hectares de vigne.

 

Les ventes internationales ont été le catalyseur du renouveau. A l’époque où le vin de Bordeaux perdait des parts de marché à cause de prix trop élevés, le Languedoc courtisait les consommateurs étrangers en leur offrant des vins de très bonne qualité à des prix abordables. La région offre quelque chose que le Nouveau Monde n’a pas : des vins faits d’un mélange de différentes variétés de raisin, dont le goût complexe reflète les idiosyncrasies du sol sur lequel elles ont mûri.

 

 

Attirés par un fantastique potentiel, les étrangers s’adonnent désormais aux libations languedociennes, comme investisseurs et consommateurs. Mondavi, le géant de la Napa Valley, en Californie, plante actuellement 50 hectares pour produire son propre vin. A une échelle plus modeste, Robert et Kim Cripps, un couple anglo-américain, ont acheté 18 hectares de vignes près de Montpellier. Le domaine du Poujol produit 100 000 bouteilles par an, dont 80 % pour l’exportation.

 

 

Le label Appellation d’origine contrôlée (AOC), qui est censé garantir la qualité du vin, fixe également la quantité de chaque variété qu’il est possible de faire pousser sur une surface déterminée. S’il n’est pas en conformité avec les critères AOC, votre vin sera vendu comme “vin de pays” ou “vin de table”, des étiquettes moins recherchées. Selon Cripps, “c’est un exemple de législation française très restrictive qui ne contrôle pas grand-chose. Si vous voulez vendre en France, il faut être AOC, mais à l’étranger cela n’a aucune importance.” La pression est de plus en plus forte pour une révision des critères AOC, de façon à prendre en compte les caractéristiques du marché actuel.

 

 

Nicholas Le Quesne

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