En réponse à un commentaire d'Agnès Payan sur la justification de l'action des JA (ma chronique haro sur l'épicerie) permettez-moi, sans référence à l'âge, qui en l'occurence jeune ou vieux ou entre les deux, n'est ni une excuse, ni un facteur aggravant, de vous donner mon point de vue sur la violence gratuite, délibérée, justifiée comme seule réponse à la violence sociale. Je la récuse absolument dans une démocratie où la liberté de manifester ses opinions est garantie. L'action des Don Quichotte est pacifique, donc respectable. En revanche, que des jeunes chefs d'entreprises - les viticulteurs en sont - au nom d'un syndicat : les JA, reçu très officiellement dans les palais de la République, préméditent et exécutent une action de commando visant une entreprise ou une administration, n'est ni justifié, ni justifiable. Désolé, chère AP, mais en 1968, sur la Place Royale, j'étais de ceux qui s'opposaient à la réthorique violente et au goût de la casse des pseudos-révolutionnaires (1). Si la France, contrairement à L'Italie et à ses années de plomb et l'Allemagne de la bande à Baader, n'a pas sombré dans la violence extrême, c'est parce que des gens de gauche, dont Rocard, s'y sont opposés. Le romantisme révolutionnaire, du passé faisons table rase conduit aux pires totalitarismes.
Comme j'avais 20 ans en 68, je suis donc à ce jour un presque vieux qui ne regrette rien de chacun des âges de sa vie, qui assume sa part de connerie, et qui n'a aucune envie de refaire un nouveau parcours, je peux vous narrer deux épisodes de cette vie où j'ai assumé, contre la compréhension ambiante, le risque de m'opposer aux adeptes du double langage. Dans le cas de nos JA qui ne peuvent pas faire autrement que de casser, je signale qu'à l'époque du grand débat sur l'avenir de notre secteur, ils sont rentrés sagement à la niche comme de bons petits toutous lorsque leur grand maître a sifflé la fin de la récré. Le courage n'est pas leur qualité première. La violence est l'exutoire des faibles. Dans le cas de notre viticulture, l'absence des responsables jeunes, leur volonté de coller à leurs aînés, explique leur accès de violence. Que la situation présente soit grave, je suis le premier à le reconnaître, mais pour autant je ne vois pas au nom de quoi je trouverais de bonnes raisons à leurs actions violentes.
Revenons à mes souvenirs de barbe grise. C'était, au temps de Rocard, Ministre de l'Agriculture, confronté au refus de l'élargissement, aux plasticages, je lui proposai que nous refusions de recevoir l'un des leaders charismatiques, Perfecto ouvert sur croix occitane et Ray Ban incorporée, tant qu'il ne condamnât pas explicitement les exactions des CAV. Ce qui fut fait. Stupéfait, notre homme excipa son ancienne appartenance au PSU, ses rendez-vous au château et l'antienne du " il faut bien que je donne des gages à la base". Rien n'y fit. Deux ans de privation de la rue de Varenne qui ne nous empêchèrent pas de conclure les accords de Dublin. L'histoire nous a donné raison. Quelques années plus tard, dirigeant le cabinet du Ministre, je fus confronté à des actions violentes contre des camions de moutons britanniques. Un jour, un commando mit le feu à un camion et le chauffeur faillit griller avec les ovins. Au téléphone le commandant de gendarmerie m'indiqua que ses hommes avaient relevé les numéros des voitures mais il me fit comprendre que si la procédure habituelle se déroulait : protestation formelle mais classement sans suite, il les garderait par devers lui. Plainte fut déposé et les auteurs condamnés.
Tout cela est peut-être du radotage de vieux mais on ne se refait pas chère AP. Continuez votre combat, je le respecte. Ne comptez pas sur moi pour baisser pavillon face à ceux qui exploitent la misère du monde pour se donner des raisons d'exister. Le travail des gens de peu est trop respectable pour qu'on l'insulte ainsi. Il est de l'honneur des dirigeants, quel que soit leur âge, d'assumer leur pleine et entière responsabilité.
(1) à Nantes, rien à voir avec le Quartier Latin, le conflit fut dur mais toujours respectueux des outils de production comme des biens, tradition des organisations ouvrières et paysannes de ce lieu.



Allier origine et espace de liberté, en voilà une belle intention en ce début d'année, c'est beau comme un voeu pieu et c'est voté à l'unanimité par l'assemblée générale du syndicat. Pour faire encore plus joli, les décideurs, yzont donné de jolis petits noms à leur segmentation autoproclamée : Collection, Style et Séduction, ça sent le chiffon - sous ma plume de mec qu'aime les fanfreluches c'est plutôt un compliment - ça a comme un petit air de Cap 2010 mais avec encore une forte dose de centralisme démocratique. N'en m'en veuillez pas de souligner aussi que ça vient un peu tard pour " réagir, profiter de la réforme de l'OCM et nous réorganiser pour faire face à un nouveau défi ". Tient donc, y'aurait donc bien un nouveau défi et ce "potentiel de 6 à 8 Mhl de cépages qui arrive" c'est, sans doute, aussi une découverte récente ?
L'Erythrée qui sait où c'est ? La corne de l'Afrique, la télé en a causé la semaine passée : l'Ethiopie, la Somalie, une histoire de tribunal islamique, bref encore un truc entre affamés en guenilles armés par on ne sait qui... L'Erythrée est au nord de l'Ethiopie, à la frontière soudanaise. Ce matin, au lendemain de libations, je voudrais vous parler des hautes terres de l'Erythrée, là où il ne pleut quasiment pas une grande part de l'année, où il fait plus de 30° à l'ombre, et où pourtant il faut trouver de l'eau. La quête de l'eau c'est le quotidien des femmes dans ce pays encore meurtri après ses guerres contre l'Ethiopie. Un documentaire diffusé sur Arte, le 23 décembre " Erythrée, l'âne de la dernière chance" conte l'histoire de Lemlem, habitante d'un petit village niché à 2300 mètres d'altitude.