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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 00:09

Je ne devrais pas l’écrire mais je l’écris tout de même « c’était au temps où l’INAO, vieille maison sise tout en haut des Champs Elysées s’appuyait en nos terroirs profonds sur des « barons régionaux » qui connaissaient les hommes et le terrain. Je l’ai bien connue même si j’ai fait mes débuts dans la crèmerie de la rue de Rivoli : l’ONIVIT (Office des Vins de Table) qui donnait, du fait du poids de ses gros hectos et des importations de vins d’Italie, bien des soucis à Paris comme à Bruxelles : la garantie de bonne fin c’était la dernière rustine avant le clap de fin. Par la suite, et je ne vais pas vous raconter ma vie, j’ai suivi de près la boutique. Aujourd’hui, de beaux esprits ont cru bon d’ajouter un Q à cette maison où la normalisation – la culture de la norme s’entend – va bon train sous la férule d’un CAC bien réducteur. Tout ça pour dire que, ce matin, la plume de la chronique, de mon espace de liberté, est tenue par Jules Tourmeau www.crvf.com un de ces grands régionaux de l’INAO. Jules et moi nous nous étions recroisés dans la région délimitée de Cognac où j’exerçais alors mon métier de médiateur lors de la dernière grande crise. Lui était venu porter la parole de l’AOC à des charentais qui n’en avaient pas la moindre idée. Maintenant il me lit et, c’est ainsi que lui est venu l’idée de vous conter cette belle histoire. Merci Jules.

BILD2006.jpg 

Le 18 septembre 1978, je « débarque » à ANGERS pour occuper le poste de Chef de centre de l’INAO avec mission de « réveiller » la production angevine. Il faut dire qu’elle en a besoin car sur le million d’hectolitres que produit ce vignoble, 500000 hectolitres concernent l’appellation ROSÉ D’ANJOU qui se vend alors 2, 50 FF le litre ; les COTEAUX DU LAYON (50000 hl) se vendent eux : 5 FF le litre. Mais là n’est pas mon propos d’aujourd’hui.

 

En 1982, M. SAMSON, père, hôtelier-restaurateur établi à HONFLEUR me téléphone pour un rendez-vous ; demain si possible, c’est urgent, mon fils veut faire le métier de vigneron et je souhaiterais vos conseils. Difficile, mais nous nous mettons d’accord pour le lendemain matin. Le temps de venir : vers 9h ? D’accord.

 

A l’heure dite, je vois arriver mon restaurateur accompagné de son épouse et du jeune Gérard. Tout de suite, je me dis que ce jeune homme me paraît bien frêle et menu, mais pas de délit d’appréciation hâtive !  Notre dialogue s’engage : Que fait-il ce jeune homme ? Il est en 2ème année de notariat et il veut arrêter et devenir vigneron, que doit-il faire comme formation et comment s’y prendre ? J’essaie, compte tenu de l’apparence et de la formation en cours, de décourager mon client et de le persuader de suivre son cursus. Vous savez, Monsieur, le métier de vigneron, comme tous les métiers de la terre – et j’en viens – est dur physiquement, puis il faudra que Gérard acquiert une formation spécifique qui peut s’avérer longue, et puis ensuite il faudra qu’il trouve un emploi, un vignoble, que sais-je ?

 

Rien n’y fait, je veux être vigneron. Bon, on envisage les formations et un contact avec le CFPPA de BEAUNE, nous octroie une place pour notre protégé.

 

En 1984, après un stage d’un mois à la Cave Coopérative de SAUMUR, c’est à dire en Novembre 1984, notre Gérard inscrit à la formation pour adultes, arrive à BEAUNE pour 1 an. Tout se passe bien, suivant en même temps sa formation pratique dans une exploitation bourguignonne, dans l’année suivante, les résultats sont là. Gérard est déjà rôdé aux nombreux aspects du métier. Il sort du CFPPA nanti de son diplôme, qui plus est avec la meilleure note de sa promotion, pourtant composée de gens plus proches du milieu vigneron que lui. Plusieurs stages, dont un à CHINON chez un « grand » viticulteur-négociant et un au Château DOISY-DAËNE à SAUTERNES, vont compléter cette formation et conforter Gérard dans sa destination.

 

Maintenant, il faut trouver un domaine car mon vigneron en herbe veut exploiter lui-même !

Le papa a quelques moyens pour soutenir le projet et nous partons en chasse ! Il jette son dévolu sur le Val de Loire : JASNIÈRES, COTEAUX DU LOIR, CHINON, VOUVRAY… on ne trouve pas ce qui convient, malgré un (presque) aboutissement sur CHINON.

 

Je retourne à  mon ouvrage et pendant quelques mois, le projet me semble en sourdine ! C’est sans compter sur la ténacité de mes amis. Gérard reprend le notariat. Je me dis que mes prédictions étaient bonnes et que cette  transition était irréalisable.

 

ERREUR !

 

Études de notariat terminées, Gérard prend une étude (de notaire cette fois) associé  à un confrère. Et comme nous sommes devenus amis et toujours en contact, j’accompagne à distance les projets et j’apprends que l’idée de travailler la vigne et faire vin est toujours présente, mais que cette fois elle a migré ! – on n’arrête pas Gérard comme cela ou, la passion plus forte que les réalités - de la possibilité de planter de la vigne en Normandie  s’est faite jour et de bibliothèques en archives départementales, mon vigneron découvre qu’il y a eu autrefois (en 1762 selon la carte de Cassini) de la vigne sur un coteau d’une petite commune du Calvados, proche de l’étude notariale de SAINT PIERRE sur DIVES ( et de CAEN !!), à GRISY, sur la commune de VENDEUVRE, sur un coteau bien exposé et dont le lieu-dit porte le nom de « Le Soleil ». Ce coteau a toutes les qualités : il est sur substratum calcaire, les sols sont argilo calcaires, en pente, bien exposés à l’est, bien drainés, sur le même étage géologique qu’un cru bourguignon réputé, proche du lieu de stage de mon vigneron et que donc, c’est là que je vais planter ma vigne.

Le parcours du combattant commence !  IMG-grisy.jpg

Et Jules est appelé  à la rescousse, comment planter de la vigne ici ? C’est impossible…. Les droits de plantation sont réservés aux vignerons installés dans des régions viticoles établies et dont l’économie est florissante. La CEE distribue des deniers pour éliminer dans certaines régions des surfaces plantées, afin d’adapter l’offre à la demande…. Etc, …etc.

 

Une voie n’a pas été explorée dit-on, celle de l’expérimentation. Après tout, l’ONIVINS a mis en place dans d’autres régions de France des expérimentations sur des territoires autrefois en vigne, Pourquoi pas en Normandie ?

Un dossier est constitué et en 1995, Gérard se voit octroyer 50,00 ares de droits. Il les plante avec 4 cépages : Muller-Thurgau, Pinot gris, Auxerrois et Melon, + quelques pieds de Pinot noir (pour voir).  La vigne pousse bien, apporte des raisins qui murissent bien, même en année difficile et l’aventure de la vinification commence.

 

Mais Gérard est exigeant ! Il veut devenir vigneron et 50 ares ne suffisent ni à faire des cuvées, ni à rentabiliser un minimum d’équipements. Alors, l’expérimentation validée par l’ONIVINS, suivie, est concluante. Il demande donc de nouveaux droits pour étendre son domaine ; la parcelle sélectionnée a une superficie totale de près de 5 hectares plantables. Il formule donc une demande nouvelle de droits et obtient, non sans mal, mais après études et enquêtes,  successivement plusieurs autorisations,  2 hectares en 2004, puis 2 en 2009-2010, pour arriver aux  5 hectares actuels.  

BILD1997BILD1994.jpgLe vignoble se compose toujours des 4 cépages du départ auxquels ont été ajoutés un peu de Chardonnay, Sauvignon, Pinot noir. Le Muller-Thurgau et le Melon ont été maintenus dans leur surface initiale, cependant que le Pinot gris et l’Auxerrois ont été développés. La culture est raisonnée et  les méthodes utilisées sont toutes soucieuses de la protection de la biodiversité. Mais pour être persuadé de tout cela, il vaut mieux se rendre sur le site : www.arpents-du-soleil.com et se rendre directement à GRISY. L’homme et le paysage valent le détour. »

 

Jules Tourmeau

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 04/01/2012 10:34


Belle histoire qui trouvera son couronnement sous un petit auvent en forme de toit circulaire de couleur violette au milieu du chai.
Depuis lors, on parle toujours de « Samson et son dais lilas ».

Michel Smith 04/01/2012 06:35


J'ai évoqué dans quelques petits articles de presse, il y a quelques années, les premières demies bouteilles tout à fait estimables de ce Vin de Pays du Calvados (à l'époque) inattendu en plein
pays du cidre. Bravo à son généniteur qui ne manque pas de courage et merci à Jules Tourmeau de nous avoir conté cette histoire...

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