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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 00:09

Buoux-021.JPGCe matin je vais vous entretenir d’un beau vin blanc du Sud et de l’art d’être grand-père, pas sûr que j’en sois un très bon mais là n’est pas la question. Sur le plateau des Claparèdes, au lieu-dit Salen, à Buoux, dans les taillis de chênes verts s’élèvent d’étranges érections de pierres blanches. Qu’est-ce donc ? Le hobby d’un homme, enseignant, donc homme de tête se rêvant bâtisseur, qui les a façonné de ses mains. Rien n’est plus fascinant que la beauté d’un geste sans autre utilité que celle de son accomplissement.  

 

Quel rapport avec l’art d’être grand-père me direz-vous ?  

 

Réponse : « l’allée des gâteaux »   

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Suivez-moi ! Le sentier zigzague sous les ramures d’un taillis ouvert et bas, ça et là, des tas éboulés de pierres blanches, vestiges de constructions humaines ou d’accumulations de ce qui a du être extrait des champs pour les rendre cultivables. Labeur énorme que ce charroi incessant. Partout les murets portent témoignage d’un temps où chacun ici assurait sa subsistance en tirant d’une terre pauvre des céréales et de quoi nourrir quelques animaux domestiques. La nature a repris ses droits diront certains qui seront sans doute les premiers à déplorer l’exode des paysans vers des lieux plus cléments. 

 

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Le premier gâteau de pierres est une merveille de légèreté, d’élégance, de sérénité, avec planté au centre, la signature, la patte de l’architecte, une pyramide gracile. Viennent ensuite deux œuvres monumentales, le gâteau d’anniversaire de Luca, grand gâteau de Savoie encerclé de petits chênes qui filtrent le jour et le birthday cake de Paul, lui aussi cerné de chênes, mais plus exposé à l’ardeur du soleil qui jette sur ses flancs blancs une lumière crue. Le gâteau suivant est austère, lunaire, plus tourné vers l’introspection, la recherche d’une pure simplicité. C’est celui de Flora. Le dernier, tel un pot renversé à l’image de ce que les enfants font moulé dans leur petit seau avec le sable de la plage, est la torta de cumpleaños de Violaine. Ce qui m’a fasciné c’est que sur son flanc, une niche à la bonne hauteur n’attendait que ma belle bouteille de Grande Toque vienne y trouver sa place. 

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Même si vous allez me taxer d’orgueil : dites-moi, où trouverez-vous ailleurs qu’ici, dans la modeste crèmerie du taulier, un tel parcours initiatique permettant de déposer dans un bel écrin de pierres sèches, au cœur d’une nature sauvage, une belle bouteille symbole de la capacité de femmes et d’hommes de donner des lettres de noblesse à un terroir plein de promesses. Le Luberon, cher à Jean Lacouture dans les ocres de Roussillon, aux peuplades nordiques qui ont investi ses villages, tels Peter Mayle à Menherbes, ou les parigots pas encore bobos tel Wolinski à Gordes, ou encore le grand John Malkovitch, aussi snob qu’il fut devenu (le Luberon bien sûr, paas John!) n’a pas placé sur sa lancée les vins du Luberon sur une trajectoire de notoriété. Pour ce faire, en dépit de belles réussites individuelles, tels mes chouchous du château de La Canorgue il a fallu que le gros chat se réveille : Marrenon in Luberon. 

Buoux-033.JPGQu’on ne me taxe pas ici de favoritisme parce que j’applaudis le travail accompli par le Piton du Luberon et son équipe conduite d’une main experte par Philippe. Pensez-donc : une Union de coopératives, l’abomination de la désolation pour le petit monde vibrionnant et inconséquent des goûteurs de little wine fait à la main, au piquet, même pas question d’en parler. Sauf qu’en bas ça travaille ! Que le collectif n’est pas synonyme de médiocrité, de négligence et de vin fait à la va que je me pousse. Ils ont des valeurs les gens de Marrenon, sans beaucoup de bruit médiatique ils construisent pierre par pierre leur maison, un peu à l’image du grand-père avec ses gâteaux. Beaucoup de militants du terroir microscopique oublient trop souvent que la diversité qu’ils prônent passe aussi par celle des modèles économiques. Contradiction entre leur discours très communautaire et leur recherche exclusive d’une singularité individuelle. Dresser des barrières, exclure, débouche sur l’incapacité à vaincre le conservatisme. 

Buoux-017.JPGIl n’y a aucune contradiction à conjuguer le cousu-main d’un vigneron porté sur le pavois avec celui mené avec le même soin à l’intérieur d’une maison telle celle de Marrenon in Luberon. Ainsi la Grande Toque m’apparaît comme issu de ce souci de proposer aux consommateurs, non pourvus de toutes les références des amateurs des vins authentiques, un vin bien accroché à son terroir originel. C’est du Vermentino majoritaire (70%) en assemblage avec du Grenache blanc qui le démarque de ses voisins rhodaniens ou provençaux. Vignobles d’altitude, 300 à 400 mètres récoltés dans la fraîcheur des nuits des monts du Luberon entre le début et la fin de septembre en fonction de leur situation et des cépages. Robe jaune paille, bel éclat et nez de flore méditerranéenne, intense. De la fraîcheur, de la vivacité, une belle longueur en bouche et une finale qui donne envie de marée. Au marché de l’Isle s/la Sorgue j’ai acheté un beau filet de Baccalhau salée : 24 heures au bain avec 4 changements d’eau, cuisson al dente, pommes de terre bouillies, petite sauce échalotes revenues dans un soupçon de Grande Toque, beurre salé, et le tour est joué. Plat simple, vin de belle tenue : 4,30 € le flacon. Pourquoi se priver de petits bonheurs en ces temps d’anxiété ?  

 

Donc sur www.marrenon.com y’a du bon, allez-y faire un tour du côté de la Tour d’Aigues et pour les membres de l’ABV qui le souhaiteraient, même si je ne me prénomme pas Nathalie, je pourrai vous servir de guide pour vous faire découvrir l’allée des gâteaux.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

nadine Franjus-Adenis 04/01/2012 08:25


D'accord, je présente mes excuses aux vignerons de Marrenon. Je ne voulais pas les offenser, ni eux ni les professionnels de la communication. J'ai réagi à une image. On peut aussi apprécier la
qualité d'un travail bien fait et regretter qu'il soit si peu "visible".

philippe tolleret 03/01/2012 18:16


Bonjour Jacques,


Je dois vous avouer que la lecture de votre texte nous a fait grand plaisir. Nous ne saurions mieux évoquer ce que cette région est capable de produire comme émotion, comme plaisir, comme
découverte. Nous nous reconnaissons pleinement dans cette atmosphère de pierres sèches accumulées, symboliques de l'abnégation et du talent des hommes, de l'attachement à de belles valeurs
humaines et environnementales, et fin du fin, les vins que nous produisons essayent de transmettre un peu de tout cela. 


Tout est dit dans ce que nous pouvons produire à partir d'un terroir. Le mode de production n'est pas une fin en soi . Un groupe coopératif bien organisé, avec comme objectif chevillé au corps de
produire des vins plaisants - au sens littéral du terme- peut démontrer au quotidien que ce n'est pas le modèle qui compte mais les idées et la capacité de les réaliser.


Ce que nous essayons de faire, de façon non ostentatoire, mais en avançant à notre rhytme. Avec nos valeurs et une identité que nos consommateurs partagent de plus en plus...


Merci à Michel de ses commentaires élogieux


Bonne année 2012 


 

Irène Tolleret 03/01/2012 10:46


Honte à toi Nadine ! que sais tu des actions de communication de Marrenon ?Effectivement, ils ne passent pas leur vie à faire des voyages de presse ou à dépenser leur argent en publicité.
Effectivement, ils ont fait passer en priorité un énorme travail vignoble qui leur a permis tous ensemble de mettre en avant le potentiel énorme de leur terroir. Ils sont en train de construire
leur propre histoire, pas à pas, avec des choix qualitatifs audacieux comme les soirées  Mix en Bouche (soirée avec plusieurs chefs et DJ qui mixent musique plats et boissons en recrutant
des jeunes, des milliers de jeunes...), des soirés Pétula night fever l'été, des dîners truffe quand c'est la saison, des pique niques avec les vignerons pour les touristes l'été, des soirées
dégustation de vin les pieds dans le sable dans le monde entier. Ayant un pied en Languedoc et un pied en Marrenon avec Philippe, aujourd'hui je comprends mieux pourquoi la Vallée du Rhone y
arrive et que Languedoc & Corbières patine : eux ils font, nous on passe notre vie à débiner. Vive l'action, Vive Marrenon ! (non mais !)


(ps : pour le nom de Marrenon répulsif, c'est un nom qui a une histoire lié à l'histoire de ce groupement et une réalité historique, donc c'est le leur. Où va notre société si on commence à se
juger sur nos noms de famille ?)

nadine Franjus-Adenis 03/01/2012 10:03


La pauvreté de communication m'attriste qu'elle soit des vignerons des Corbières ou d'ailleurs. Surtout quand le vin est bon. Mais puisqu'il nous est donné dans cet espace la liberté d'exprimer
nos goûts, faut-il se limiter à ceux, tout aussi subjectifs, de l'organoleptique. Je n'est pas noté mon avis,moi. Et il n'est que personnel. Jusque là.

nadine Franjus-adenis 03/01/2012 09:22


Quand les coopératives décident de privilégier la qualité, ça donne des résultats surprenants. Ils ont les moyens de l'excellence aussi bien techniques que humains et ils sont disciplinés. Leur
grande faiblesse reste la commercialisation et surtout la communication. Il faudrait un peu plus de Vincent Pousson pour savoir mettre en avant le collectif authentiquement rural. Trouver des
jolis noms pour coller avec leur splendide paysage et leur sacré caractère. Pour ce voisin des carrières d'ocres, je trouve leur logo et leur nom parfaitement.... repulsifs. (peut-on donner son
avis sur ces choses aussi?) Dommage, la mise en scène de la bouteille est majestueuse.

JACQUES BERTHOMEAU 03/01/2012 09:54



Sans être désobligeant je pense que les vignerons des Corbières ont beaucoup à apprendre sur la commercialisation de la part de Marrenon... Quand aux goûts et aux couleurs il faut souvent se
méfier d'une approche purement personnelle qui ne correspond en rien à la perception des consommateurs... Demandez à Irène Tolleret ce qu'elle en pense ? -:)



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