Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 00:09

 

Cote-de-Veau-003.JPG Tout a commencé entre Jean-Luc et moi, dans une chronique sur les vins de garage, en janvier 2008, par une inversion syllabique à l’intérieur de son patronyme. En effet, atteint d’une forme de dyslexie des noms propres, je l’avais rebaptisé, sans l’accord de l’Église apostolique et romaine, THUVENIN. Je reçus donc, non pas du papier bleu, mais un petit mot plein d’humour dans lequel Jean-Luc me fit remarquer que thune et vin lui allait fort bien au teint. Tout en corrigeant bien sûr ma copie je me suis dit que ce gars-là n’était pas fait du même bois que les autres proprios de tonneaux de Saint-Émilion.

 

Mon intuition ne me trompa pas, ce jeune homme atypique, autodidacte, qui s’assume, se révéla par la suite de ceux en qui j’ai le bonheur de placer mon amitié. Reste un détail qui m’avait échappé mais que je viens de constater en consultant la dite chronique : tout en bas de celle-ci je lançais un appel à l’adhésion à l’A.B.V. et pour attirer le chaland j’avais inclus le visuel ci-dessous. Depuis ce jour-là Jean-Luc me voit en une forme moderne de Casanova alors que je ne suis qu’un modeste taulier qui n’a même pas de garage. D’ailleurs pour prouver ma bonne foi cette vidéo, qui m’avait été envoyée par un de mes collègues I.G.R.E.F, illustrait une chronique très scientifique sur ce qu’était un mouvement harmonique simple ICI link

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Cette année je m’étais juré d’aller, dès le premier avril, sonder les cœurs et les tonneaux des Primeurs à Bordeaux et bien sûr de me pointer chez Jean-Luc pour apprécier les premières asperges blanches, me délecter d’un aloyau de bœuf échalotes confites et haricots plats, et me régaler des fraises et les framboises au sucre… le tout arrosé de link Mais horreur, malheur, mes vaches de Coutras m’ont fait tellement fait faire de Paris-Bordeaux-Paris en  2de classe (la République est économe) que je n’ai même pas eu une minute pour assurer l’intendance d’une descente vers les deux Rives de la Mecque des Grands Vins (putain, c’est vachement incorrect ce que je viens d’écrire) J’ai bien mangé des asperges blanches des Landes dimanche soir mais ça n’a pas suffi à compenser l’horrible manque qui m’étreint ce matin. Dans ces cas-là la seule thérapie reste l’écriture. Alors, j’écris ! Désolé Jean-Luc de te compromettre avec mes déclarations mais que veux-tu nous partageons la même exécration : celle de la langue anglaise « à l'école, sa bête noire était l'anglais » et celle de la comptabilité « au Crédit Agricole, c'était la comptabilité qu'il l'empêche de décrocher le CAP, indispensable pour progresser. »


Reste que, comme moi, délaissant les voies de garage, car « il voulait être chef… » Jean-Luc a appliqué le « bien faire et laisser dire… » et tracé sa route au milieu de multiples embuches « Entre 1984 et 1996, j'ai risqué de faire faillite deux fois." Sans la sécurité financière des Arnault, Pinault et autres Rothschild qui prospèrent dans le Bordelais, Jean-Luc Thunevin, qui reconnait avoir été parfois négligeant, jouissait d'une situation économique précaire. « Quand tu es pauvre, ton énergie se perd à rembourser les agios. » Que voulez-vous j’aime mieux les gens qui, comme on le dit, se sont fait tout seul, que les héritiers. Enfin, Murielle, Jean-Luc et moi nous partageons ce que je qualifierais d’un fond commun, nous avons été minoritaires, mais cela est une autre histoire qui n’intéresse que nous. Bref – ce que je suis rarement – trêve de confidences : place au vin !

Cote-de-Veau-008.JPGJ’ai choisi Clos Badon que Jean-Luc a acheté en 1998. Cette propriété historique a été créée avant 1900 sur la commune de Saint Emilion. Le vignoble, situé entre Pavie et de Larcis Ducasse, couvre 6,5 ha sur des sols siliceux-graveleux. L'encépagement est réparti entre Merlot (50%), Cabernet Franc (40%) et Cabernet Sauvignon (10%) de vignes âgées de 30 ans de moyenne. Pourquoi Clos Badon ? En plaisantant et en reprenant une citation de « Terre de Vins » qui l’a classé second de son Palmarès pour le millésime 2008 : je pourrai répondre parce qu’il est « 6 fois moins cher que château Valendraud le fleuron de la maison ». Il vaut 26€.  Mais telle n’est la raison de mon choix qui est, une fois n’est pas coutume chez le taulier, c’est parce que ce vin m’inspire.


Dois-je pour autant me lancer dans l’exercice périlleux de la traduction écrite de ce qu’il m’inspire ? J’avoue que j’ai du mal à mettre des mots sur un vin même s’il m’inspire. Alors j’ose la photo de Sean Connery en 1964 pendant le tournage de Goldfinger :

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L’élégance décontractée, main dans la poche, l’équilibre fluide de l’appui sur l’aile du coupé anglais, l’homme épanoui dans la force de l’âge, le classique de la chemise blanche sous une veste chinée appareillée avec un pantalon au pli impeccable. Pour moi le séducteur à l’état pur, le naturel alliant force et simplicité, l’allure de l’homme qui va bien vieillir, prendre de la patine, du charme, de la rondeur sans ajouter de l’épaisseur à sa silhouette. Le Clos Badon, est fin, onctueux, généreux, équilibré, séduisant sans coquetterie, est pour moi le versant vin d’un Sean Connery qui a su passer, avec facilité, volupté et même gourmandise, du tombeur de femmes fatales  qu’était 007 dans les films tirés des romans de Ian Flemming au moine Guillaume de Baskerville, accompagné du jeune novice Adso de Melk, confié par son père au clergé et qui va découvrir la chair avec une pulpeuse sauvageonne promise au bucher de l’Inquisition, dans Au nom de la Rose le film de JJ Annaud inspiré du livre d’Umberto Ecco.

 

Comprenne qui pourra diront les es-dégustateurs mais que voulez-vous je suis ainsi fait, le côté dissection d’un vin avec le vocabulaire du vin me glace et j’ai l’impression d’être face à une paillasse de laboratoire. Je préfère les étoffes anglaises souples, chaudes et moelleuses : shetlands, tweeds ou flanelles des vieux lords anglais excentriques … revisitées par l’animalité juvénile d’un Mick Jeagger ou par l’élégance raffinée de Luchino Visconti. Les esprits chagrins me rétorqueront que le Clos Badon exhibe sur son étiquette un coq et moi de leur répondre que ce coq a de l’allure, une belle allure, c’est le Chantecler de Rostand au champ, frac et chapeau claque, canne, qui avait le pouvoir de faire lever le soleil. Pour me claquer le bec, pas simple…non ?

Cote-de-Veau-011.JPG Mais comme j’adore jouer à contre-emploi, comme faire le modeste par exemple, la chute de cette chronique va me voir accorder le Clos Badon avec un plat. Les accordailles officielles, bénies par les grands-prêtres ou les grandes-prêtresses, entre un mets et un vin me mettent, vous le savez tous, me procurent une forme de joie salutaire qui me déride – très bon pour les VC - car je ne puis m’empêcher de penser au temps passé par des petites mains à se triturer la cervelle pour accoucher de mariages improbables (alors que le mariage est par construction improbable) Mon goût me porte sur la simplicité naturelle d’une question rituelle « Bon, ce n’est pas tout ça mais que boit-on sur la côte de veau aux tagliatelles de Murielle ? » et la réponse tombe, sans contestation : « Un Clos Badon ! »

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Bon je laisse le soin à Jean-Luc de choisir le millésime mais par l’entremise de ma plume je m’arroge le droit de choisir la côte de veau et là ce sera celle de mon voisin de la rue Boulard : le souriant Hugo Desnoyers qui, sans contestation, est l’un des rois de la côte de veau. Joignant le geste à la parole, posant mon porte-plume, me transformant en maître-queue, je me fis ma côte de veau d’Hugo – pas Victor bien sûr – couchée sur son lit de tagliatelles et je lui donnai comme compagnon le Clos Badon. « Madame est servie ! » je me la jouai baronne G (ce n’est que pour la rime…)

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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