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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 08:00

Nantes, le 11 septembre 1943, juste avant 23 heures à proximité de la Kommandantur, Antoine Desvrières caché dans une porte cochère guette le passage du « lieutenant Werner » pour l’abattre. Celui-ci, Werner de Rompsay, un descendant de huguenots, est sur le point de terminer son enquête sur le réseau « Cornouaille ». Rue Monselet, Marie-Anne de Hauteclaire, fille du bâtonnier de Nantes, enceinte des œuvres d'Antoine, attend dans l’angoisse. Devant la Kommandantur, place Louis XVI. Le feldgendarm Helmut Eidemann essaie de faire démarrer le camion pour la patrouille de 23 heures Ainsi commence l’Ironie du sort de Paul Guimard : le destin de tous les protagonistes de l’histoire sera changé par le fait qu'Helmut Eidemann allume son moteur quelques secondes plus tôt ou plus tard. Pour les BR naissantes, il en fut ainsi car l’irruption de la police dans l’appartement, si elle était intervenue quelques minutes plus tard, aurait décapité le mouvement. Ce n’était qu’une poignée d’individus : Curcio, Margherita sa femme, Franceschini, Moretti, Morlacchi et quelques autres, à peine une douzaine entourée d’une petite centaine de sympathisants. Celui qui nous avait donné aux flics, Marco Pisetta, ne savait pas grand-chose et, en plus, il n’avait même pas raconté tout ce qu’il savait. Quand les flics l’avaient relâchés il avait appelé pour dire qu’il avait été obligé de parler, qu’il était désolé mais qu’il ne voulait pas faire de taule à cause des BR… En fait, la police était arrivée jusqu’à l’appartement en suivant Giorgio Semeria un ami de Pisetta mais elle s’était trop précipitée et Semeria fut le seul à être arrêté.


Nous avons tout abandonné : nos planques, nos voitures, nos vêtements, notre fric, une vraie déroute pour les fondateurs des BR. Ce coup de semonce fit entrer les BR dans la clandestinité la plus totale et la plus opaque ce qui aura bien sûr une grande influence sur son enfermement et sa perception de plus en plus obtuse du réel.  Pour moi, cette fuite à la cloche de bois m’a, sans aucun doute, permis d’échapper au désastre qui conduira à l’assassinat d’Aldo Moro. Ce qui m’importait, je me foutais du sort des autres, c’était de sauver la mise à Lucia. Je la récupérai à la sortie de son travail et nous allâmes passer la nuit dans la chambre où elle exerçait autrefois son petit commerce avec les gros porcs susceptibles d’intéresser l’état-major des BR. Le lendemain matin je récupérais ma musette de guérilleros à la consigne de la gare Centrale. Elle ne contenait ni sel, ni cigares cubains, mais rien que des liasses de billets verts. Nous avions, après réflexion, estimés que le moyen le plus sûr d’échapper aux contrôles de la police était d’emprunter un vol international. Nous serions un gentil petit couple en partance pour Paris. Mon stock de passeports vierges et mon petit outillage me permettaient toutes les fantaisies. J’achetai des valcroques de luxe et tout un stock de fringues. La police des frontières et les douaniers n’y verraient que du feu. Ce fut le cas. Nous prîmes l’avion du soir et, Francesca nous accueillit à Orly. Je fis les présentations. Les deux femmes se jaugeaient. Nous allâmes dîner chez Taillevent où nous attendait le père de Marie et la mère de Chloé.


Le Tout Paris politique en cette fin de mai 1972 bruissait des manœuvres assassines de Pierre Juillet et Marie-France Garaud pour éjecter le maire de Bordeaux, jugé trop laxiste, de son poste de Premier Ministre. Pour les plus fins analystes, sans aucun doute, pour tenter d’effacer l’atmosphère délétère des « affaires » le président Pompe allait se tourner vers Olivier Guichard l’un des barons du gaullisme. Le père de Marie, toujours à contre-courant, nous détrompait « Pompidou veut se défaire de l’emprise de la vieille garde gaulliste qui ne l’aime pas parce qu’elle estime qu’il a capté l’héritage du Général. Bien sûr, il apprécie la finesse de Guichard mais il veut un Premier Ministre moins indépendant… » Je le questionnai « alors vous voyez qui ? Mon ancien patron Chalandon ? » La princesse, la mère de Chloé, s’esclaffait « Il traine l’affaire Aranda comme un boulet. Vous qui avez vécu l’emprise de cet illuminé sur Albin vous devriez savoir qu’il est pour l’instant carbonisé. Pompidou va le recycler. Et puis, il aime trop les femmes… » Tout en  écrivant ces lignes la réflexion de la princesse, prenait toute sa saveur lorsque l’on sait que Rachida avait su séduire le vieux beau pour gravir les marches qui allaient la conduire jusqu’à la Place Vendôme. « Pour moi c’est Messmer qui tient la corde… » tranchait le père de Marie. Je ricanais « Cette culotte de peau, il n’a pas la queue d’une idée… »

-         Justement, c’est que souhaite Pompidou. Il veut un type loyal, discipliné, sans état d’âme. C’est gaulliste pur sucre qui saura mettre de l’ordre dans les rangs de l’UNR et contrer brutalement les ambitions de cette jeune ordure de Giscard…

-         Vous y allez fort, Giscard est intelligent… tempérait la princesse.

-         Il baisera les gaullistes avec son porte-flingue de Poniatowski. Croyez-moi il faut s’en méfiez comme de la vérole cet acheteur de titres… Rappelez-vous les cactus…

-         Je suis d’accord mais Messmer tout de même soupirais-je…

-         Parlons de choses plus gaies, minaudait la princesse, il se murmure que Pompidou est malade…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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