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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 00:09

photo-jacques3.jpgSonia s’installe chez le Taulier, en son espace de liberté bien sûr, à son pas, doucement, naturellement, sans esbroufe mais avec son sens du geste précis, réfléchi, sa faculté d’écoute et de conviction. Elle sait ce qu’elle veut Sonia et c’est heureux car, au-delà des bonnes intentions, de la passion aussi, le faire reste le meilleur des apprentissages. Se confronter au réel, ne dit-on pas que les faits sont têtus, permet de joindre le geste à la parole. Comme le dit avec humour Marc Parcé « on ne fait du vin avec des mots ». Pour autant pour Sonia, se colleter au jour le jour, au train-train du quotidien, ne signifie pas entrer dans le moule, suivre des voies toutes tracées, mais découvrir des voies nouvelles, rencontrer des vignerons qui empruntent des chemins de traverse et faire le travail si je puis m’exprimer ainsi. Dans cette maison, aux portes et fenêtres grandes ouvertes sur des horizons les plus divers, Sonia apporte sa pierre à l’édifice de l’extension du domaine du vin cher à votre Taulier. Qu’elle en soit remerciée.

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Dans le précédent carnet de Sonia, je vous avais parlé des Balmes Dauphinoises, micro appellation de 40 hectares, maintenue grâce à l’opiniâtreté d’une poignée de vignerons dont certains réhabilitent les cépages locaux. Aujourd’hui, c’est auprès de l’un d’entre eux que je vous amène, chez Nicolas Gonin. Nicolas fait partie de ces personnes dont le visage ou les attitudes inspirent la sympathie et l’envie de faire connaissance, de discuter ou dans le cas d’une dégustation, de goûter leur vin. Attirée par sa bonhomie, je suis partie à la découverte de ce vigneron sympathique et intéressant à plus d’un titre.

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Nicolas est œnologue de formation, il a travaillé en France et à l’étranger dans des domaines comme Château Gillette, Domaine Tempier, chez Régis Forey ou Ridge en Californie avant de revenir reprendre les vignes de son oncle. De 2003 à 2009, il procède à la restructuration et au développement de ses surfaces viticoles afin d’atteindre 5,5 ha. Il s’investit dans un travail de prospection ampélographique, de replantation et de préservation d’anciens cépages locaux. Il essaie avec d’autres de faire reconnaître ces cépages historiques par les instances publiques afin que ceux-ci soient de nouveau autorisés dans le cahier des charges de son appellation. Il est déjà parvenu à reclasser 4 cépages : le Mècle, le Bia, la Sérènèze et l’Onchette. Un cinquième est en attente le Salagnin. Ce choix n’est absolument pas guidé par une nostalgie vigneronne mais bien par une logique de terroir, d’adaptation climatique et une vision tournée vers le long terme. Dans notre monde actuel au sein duquel prévalent les visions courtes qui rapportent tout de suite, Nicolas pense à son vignoble dans 100 ans.


Il réinvestit également d’anciens terroirs délaissés mais pourtant au grand potentiel. On pourrait même dire que Nicolas, il choisit tout, sauf la facilité. Ainsi, il replante le coteau de Trieux, une parcelle de 2,3 ha qu’il a acquis en 2000, situé à Saint Chef. Ce coteau, de terrain graveleux, est exposé plein sud et à une déclivité de 40%. Son objectif est de replanter en forte densité à l’hectare. Il a commencé avec de l’Altesse en 2010 et continue en 2013 avec le Mècle de Bourgoin, à 10 000 pieds hectares. Ce dernier cépage est considéré par Nicolas comme un des cépages rouges majeurs du Nord de l’Isère. Il a également replanté du Pinot noir sur le terroir de l’Isle de Crémieux, à St Marcel Bel Accueil et St Hilaire de Brens, dont les sols sont selon Nicolas, comparable à ceux de la Côte d’Or. Il souhaite ainsi revaloriser l’immense potentiel viticole des terroirs de l’Isle de Crémieu où la vigne n’est pratiquement plus cultivée et qu’il considère comme un des plus grands terroirs au monde.


On ne peut s’empêcher de penser à la citation de Roger Dion lorsque l’on voit le travail entrepris par Nicolas Gonin : « Le spectacle de la création d’un vignoble de qualité en terrain neuf est devenu chez nous, depuis longtemps déjà, chose si rare, que nos contemporains ne se représentent plus ce qu’il faut de labeur et d’ingéniosité, en pareille entreprise, pour contraindre la nature à donner ce que jamais, d’elle-même, elle n’eût offert à l’homme. Il appartient à l’histoire de nous en rendre le sentiment. »


Il n’est donc pas étonnant de retrouver Nicolas Gonin au poste de Vice-Président du Centre d’Ampélographie Alpine Pierre Galet. Ce centre participe à la prospection dans les vignes familiales pour retrouver les anciens cépages et ainsi prélever les bois pour les replanter. Il procède au classement et à la sélection des meilleurs plants. Il aide les vignerons qui souhaitent replanter ces cépages et incite les autres à en planter. Il organise des dégustations et des interventions publiques d’ampélographes. J’en profite pour passer le message que tout le monde peut adhérer pour soutenir leur démarche, que vous soyez professionnels ou amateurs et ceci pour la modique somme de 30 euros par an.


A la vigne, Nicolas a deux grands préceptes : l’enherbement et la gestion de la vigueur auxquels on peut rajouter les méthodes préconisées par le botaniste Gérard Ducerf avec les plantes bio-indicatrices. Il est officiellement en agriculture biologique depuis 2009. Et les vins? Lorsque l’on pose la question à Nicolas sur ce qu’il souhaite faire comme vin, la réponse fuse: des vins les plus naturels possible avec le moins d’intrants. « Je recherche la complexité du fruit, des épices et des arômes spécifiques à certains cépages : réglisse pour le persan, noisette pour l'altesse. Pas de bois. Des vins à degrés limités, si c’est possible. Un élevage sur lies sans batonnage pour les blancs, et une macération courte avec une faible extraction pour les rouges. »


Et cela donne quoi en dégustation ? Et bien si je devais mettre un seul mot sur les vins de Nicolas ce serait « élégance ». J’ai particulièrement apprécié 3 cuvées : l’Altesse, le Persan et la Mondeuse/Persan. J’ai également eu la chance de goûter sur cuve le millésime 2012.

 

Sur Cuve, millésime 2012 :

 

L’altesse avec une belle richesse, une complexité alliant le côté floral, l’épicé, le fruité et une magnifique finale sur la mandarine fraîche. Le Persan, étonnant par son élégance, sa buvabilité, ses tanins soyeux, des arômes d’épices, de réglisse et de… peau de brugnon ! La Mondeuse, une bombe d’épices et une grande fraîcheur, pour un futur vin qui promet une haute buvabilité.

 

Millésime 2011 :

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Altesse : On est tout de suite sur les fruits jaunes, agrumes, pommes cuites légèrement caramélisées et la noisette. Un vin riche avec du gras au sein duquel l’équilibre entre l’acidité et l’amertume lui confère finesse et élégance. Ce vin semble tailler pour la garde.


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Persan-Mondeuse : Un vin gourmand, croquant avec les épices qui vous réveillent les papilles et toujours cette élégance.


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Persan : les fruits noirs et les épices dominent ce vin, les tanins sont plus expressifs que sur le vin précédent et lui confère personnalité et caractère. Il y de la profondeur dans ce vin, de l’élégance (encore), un vin prêt à affronter le temps. J’aimerai regoûter ce vin dans quelques années.

 

Si vous ne connaissez pas les vins de Nicolas Gonin, je ne peux que vous inviter à découvrir le travail de ce vigneron dont, je suis sûre on parlera bientôt comme d’un grand vigneron à la base du renouveau d’un vignoble qui failli disparaître…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Carnets de Sonia
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commentaires

Bebert 20/02/2013 11:58


9 euros pour le Persan et l'Altesse. 7,50 euros pour le Persan/Mondeuse.

Michel Smith 18/02/2013 09:14


Dans le genre sauvetage d'un vignoble en péril, voilà un article intéressant, Sonia. Précisons cependant que Balmes Dauphinoise n'est pas une appellation, mais une IGT (ex vin de pays), ce qui
n'enlève rien à la volonté de quelques vignerons de faire de ce nom un nom qui compte dans le monde du vin. Je regrette simplement que l'on oublie de mentionner les prix.

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