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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 00:09

L’affaire des faux Pinot Noir fait le miel de la presse française et étrangère. Les jugements moraux fleurissent sous la plume des journalistes et des commentateurs. C’est leur droit même si je les trouve parfois d’une dureté excessive. Dieu qu’il est facile de jeter la première pierre mais c’est humain. J’ai défendu ici la présomption d’innocence et, maintenant que le jugement du Tribunal Correctionnel de Carcassonne est rendu, que  la justice est passée, sous réserve d’éventuels appels, je n’ai pas de commentaires à faire sur le fond de cette affaire. Comme je ne suis ni juge, ni procureur, ni avocat de la défense ou des parties civiles, et que je n’ai pas eu accès au fond du dossier, ce serait de ma part bien léger.

Mon propos de ce matin touche au génie de certains faussaires. Ne vous récriez pas, je fais ici référence à la peinture où les faux ne sont pas un phénomène récent. Dès qu’une œuvre peinte devient un objet recherché et qu’un artiste a une réputation établie le marché du faux existe. « Les élèves de Rembrandt (1606-1669) ont plus d’une fois signé leurs œuvres du nom de leur maître. Les copies des œuvres de Corot (1796-1875) sont plus nombreuses que les originaux [...]

Après la seconde guerre mondiale, l’affaire Van Meegeren (1889-1947) connut un beau succès de presse. Il avait peint un certain nombre de faux Vermeer. Le premier, réalisé en 1923, « les Pèlerins d’Emmaüs », et reconnu par les experts de l’époque comme étant le tableau faisant la liaison chronologique entre deux styles de Vermeer, fut  acheté très cher par le Musée Boimans Van Beuningen de Rotterdam. D’autres faux Vermeer suivirent, dont un fut acquis, pendant la deuxième guerre mondiale, par le chef  nazi Goering. Ce ne sont pas les experts qui ont confondu notre faussaire. L’œuvre, retrouvée en Allemagne par les forces américaines entraîna une enquête qui aboutit chez  Van Meegeren. Pour avoir vendu une œuvre d’art d’importance nationale à un chef nazi, il fut accusé de collaboration et risquait la peine de mort. La seule façon de se disculper était de montrer que ce qu’il avait vendu était un faux et que ce faux, il l’avait peint lui-même.  Il se mit à l’ouvrage en prison pour réaliser un nouveau faux Vermeer et confondre ainsi ses accusateurs. Il réussit à merveille» in Magremanne Robert Juillet 2006

J’espère que vous me suivez et que vous comprenez où je veux en venir. Pour vous mettre sur la voie je vous cite les propos d’un criminologue canadien : « Ce soir, je vais donc m'entretenir avec vous d'un phénomène bien particulier, un phénomène qui ne se compare à aucun autre puisque les faux en peinture,  contrairement aux vols des œuvres d'art, n'existent qu'à une seule et unique condition : celle d'être découverts. En effet, le faux est invisible pour celui qui ne se contente que de regarder en oubliant qu'un miroir a deux côtés. »

Je poursuis en citant Guy Woodward « On peut discuter à longueur de journée sur la question de savoir si un vin doit répondre à un certain critère pour être qualifié de bon vin. Si le Red Bicyclette de Gallo est bon, est-ce que les consommateurs se soucient de savoir si c’est du merlot ou du pinot? ».

Et oui, il y a les consommateurs d’étiquette et ceux qui aiment le vin. Le problème est celui du prix me rétorquera-t-on. J’en conviens aisément mais pourquoi diable le Pinot Noir du Languedoc était-il plus cher que le Merlot du Languedoc ? Tout bêtement parce qu’un effet de mode : Sideways en avait fait monter le prix. La valeur intrinsèque des vins n’est pas en cause. C’est le marché qui s’amuse. Pour autant ne me faites pas dire ce que je n’écris pas : aux yeux de la loi le faux est un faux. Cependant, des faux qui ne sont pas des copies peuvent être intrinsèquement supérieurs à des œuvres dites originales. De nouveau je ne justifie en rien le délit mais je me contente de relativiser le préjudice qu’a subi le consommateur de Red Bicycle pour chaque bouteille achetée. Rien à voir avec les gogos qui achètent des Mouton-Rothschild où les faussaires se contentent de coller des étiquettes sur des bouteilles en y glissant un vulgaire jaja à l’intérieur.

Dernier point, et je ne vais pas me faire que des amis, il me semble facile d’ironiser sur le professionnalisme des acheteurs de Gallo qui n’ont pas su déceler ces faux Pinot Noir quand la plupart des experts qui poussent des cris d’orfraies s’y seraient eux aussi cassé le nez. Un tout petit peu de modestie ne nuirait pas dans ce domaine et sauf à me faire la démonstration contraire dans une dégustation à l’aveugle je maintiens mon affirmation. Que des petits « malins » aient joué avec la loi je n’en disconviens pas. Ils ont été découverts. Jugés dans les formes. Condamnés. Pour autant affirmer que cette affaire est un « crime » contre le vin tout court, et les vins du Languedoc en particulier, me semble bien excessif. La double peine ça n’est pas ma tasse de thé. Pour mémoire je n’ai jamais bu de Red Bicyclette et si je l’avais fait, eu égard à mes faibles compétences de dégustateur, je me serais esbaudi sur le Pinot Noir comme beaucoup de mes chers « confrères ».

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Rogerio Rebouças 28/02/2010 09:24


Très bien. Mon point de vue n'est pas loin.
Cdt,
Rogerio

http://www.jblog.com.br/conexaofrancesa.php


Michel Smith 25/02/2010 22:04


Je ne suis pas Saint-Just et ne réclame aucune punition. Puisqu'appel il y a, j'attends avec vous et je cloue mon bec.


Norbert 25/02/2010 20:55


Tout à fait d'accord avec Jacques: la position des dirigeants est une affaire interne à cette société et il n'y a a priori aucune raison d'exiger une auto-flagellation supplémentaire de leur part
et d'ajouter à la peine prononcée par le tribunal (d'autant plus que cette peine est suspendue à l'appel). Ils ne sont pas nos représentants et je n'ai aucun droit sur Sieurs d'Arques.


JACQUES BERTHOMEAU 25/02/2010 21:19



Merci de ce soutien Norbert.
La confusion des esprits me navre.Je défens des principes et non des amis.Il n'y a aucun affect dans ma position.


 



Michel Smith 25/02/2010 20:10


Jacques, je comprends ce que tu ressens lorsque l'on touche à l'intégrité de personnes que tu connais, que tu aime et qui sont devenues au fil du temps des personnages incontournables dans le monde
vitivinicole du Midi puisqu'ils ont fait de Sieur d'Arques un nom au rayonnement mondial. Ta saine colère me touche. Je comprends que tu sois blessé et que tu prennes la défense de tes amis. Mais
voilà, c'est aussi sous leurs directions que cette brillante société en est arrivée à devoir payer pour longtemps une faute grave, une tâche de plus sur la déplorable image du Midi.

Car même s'il y a appel, le mal est fait. Je n'aboie pas avec les loups, Jacques, j'essaie simplement de me demander comment on peut sortir dignement d'une telle situation. Une démission ?
Cela n'a rien de honteux. C'est même honorable. Et c'est souhaitable quand on a fait passer de la lumière à l'ombre un société coopérative longtemps montrée en exemple. Il faut savoir prendre
ses responsabilités. Tu vas dire qu'en disant cela je m'érige en défenseur d'une morale hypocrite. Alors oui, je l'assume.

C'est un tendance trop généralisée que nous avons en France que de penser qu'un dirigeant d'entreprise est intouchable. Personnellement, je me suis tenu informé de cette affaire en lisant les
comptes rendus du procès dans les pages du Midi Libre qui, en principe, de par sa position régionale, est un quotidien ne va pas rechercher le scandale à la manière de la presse anglo saxonne. Mais
peut-être est-ce ma légère ascendance anglaise qui fait que je pense qu'il serait exemplaire et sage de la part de dirigeants responsables que de démissionner quand un tel scandale éclabousse la
viticulture tricolore. 


JACQUES BERTHOMEAU 25/02/2010 21:08



Michel je ne ressens rien je suis un légaliste et j'écrirais et j'ai écrit déjà les mêmes arguments en faveur de gens avec je n'avais aucun lien d'amitié qu'ils soient puissants ou
misérables.
Je ne suis pas blessé je suis excédé par les pauses hypocrites, journalistes y compris qui puisent leurs sources aux seuls comptes-rendus des localiers du Midi Libre. La dignité des dirigeants de
Sieur d'Arques n'est pas notre problème. Ils ont fait appel et laissons leur le soin d'assumer leur responsabilité.
Je ne participerai jamais d'une manière ou d'une autre à une quelconque chasse à l'homme car que tu le veuilles ou non c'est ce que souhaitent certains pour qu'ils expient leur faute.
La justice des hommes n'a rien à voir avec l'expiation des fautes.
Mais sans doute suis-je infréquentable pour les Saint Just car j'ai trop vu et entendu les meutes saliver.
Ce n'est pas votre cas à Jim et à toi mais de grâce laissez à d'autres ces mouvements de manches sur le scandale qui éclabiousse la viticulture tricolore.






Michel Smith 25/02/2010 18:13


Reste que, comme le dit si bien Jim Budd sur le site www.les5duvin.com, les responsables de Sieur d'Arques auraient dû présenter leurs démissions.


JACQUES BERTHOMEAU 25/02/2010 18:31


Pourquoi le dit-il si bien ? Ses arguments ne sont guère fondés car il se contentent de glaner ses infos dans une presse qui n'a pas suivi l'affaire au fond.
Au nom de quoi cette demande ? En quoi êtes-vous légitimes pour la formuler ? Vous êtes des purs, des sans taches, des sans-reproches, vous lavez plus blanc que blanc, vous ne dépassez jamais la
ligne jaune...
C'est du style tous pourris ! Je suis déçu par cet appel à la démission. C'est trop facile.
Que les mandants de P Mirc et d'Alain Gayda les virent ce n'est pas à nous de jouer les pères la morale.
Désolé mais je ne me mêlerai jamais à ce genre de sport !
Pourquoi laissez-vous de côté celui qui est au coeur de la fraude ?
N'est-il pas suffisamment médiatique pour nourrir votre fureur de laver le linge sale !
Comme c'est étrange !



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