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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 07:01

Après un tel titre les puristes vont certainement demander, dans un appel publié dans les colonnes de la RVF, que je sois fusillé pour outrage aux bonnes mœurs des AOC. Et pourtant je vais tenter ce matin de faire œuvre utile auprès des jeunes générations – Martin est mon petit-fils – ignorantes en abordant la merveilleuse complexité de nos AOC par l’un des terroirs emblématiques de Bordeaux : le Médoc. 
CarteMedoc.jpg
Tout d’abord, cher enfant, pour remettre à leur place tes fantaisies langagières, Médoc serait une corruption du latin in medio aquae, ce qui décrit la situation géographique du lieu : au milieu de l’eau, entre l’Océan Atlantique et la Gironde. En effet, le Médoc est une péninsule du nord de la Gascogne de 85 km de long ( [meˈðuk] en gascon ) située sur la rive gauche de l’estuaire de la Garonne : la Gironde qui s’étend du nord de Bordeaux à la pointe de Grave. Le Médoc des vignes est adossé à celui des landes. Voilà pour la géographie mais ce n’est pas suffisant ici car si on y fait du vin c’est que le raisin s’épanouit sur un terroir qui, pour faire simple Martin, est constitué de petits cailloux (comme ceux du Petit Poucet) appelé en ce pays : grave (je sais que ce mot est en ton vocabulaire pour qualifier certains copains) avec parfois un mélange de sable dénommé gravette.

carte_vins_bordeaux_medoc.jpgVoilà, ce pourrait être tout, mais il faut que tu saches que lorsque tu regardes la carte le Haut-Médoc est en bas et que le Bas-Médoc est en haut mais, comme personne en France ne veut être en bas, le Bas-Médoc est appelé tout simplement Médoc. Ne ricane pas ! Du côté du climat, comme le Médoc est la région viticole de Bordeaux la plus proche de l’Océan et que la Gironde y est aussi large qu’une mer en face de Pauillac et de St Estèphe, il y est plus doux et plus humide. Bien évidemment cher Martin pour faire du vin il faut d’abord faire mûrir du raisin qui est un fruit poussant sur de la vigne qui un arbrisseau (le cep) sarmenteux de la famille des ampélidacées. Pour ne pas trop t’embrouiller (je sais les embrouilles tu sais ce que c’est dans la cour de l’école) je vais m’en tenir là en me contentant de te citer les variétés de ceps, on dit cépages, qui peuvent porter du raisin en Médoc : le Merlot (40%), le Cabernet-Sauvignon (35%), le Cabernet-Franc (10%), le Malbec, le Petit Verdot et aussi le Carmenere.

Tu suis ? Tu dis oui mais tes yeux me disent : pourquoi le Médoc ? Je pourrais te répondre parce que j’en reviens mais pour te prouver que je ne te raconte pas des craques je vais te faire un peu de lecture. C’est Alexis Lichine dans son Encyclopédie des Vins qui l’écrit « Le Médoc est au premier rang des grandes subdivisions de la région de Bordeaux et bien des experts estiment que c’est la première du monde pour les vins rouges de haute qualité. Quand on considère à la fois la quantité de bon vin que produit le Médoc et les bouteilles incomparables de certains châteaux, cette opinion semble justifiée. » Et ce n’est pas nouveau mon loupiot. Toi qui adore l’Histoire sache que dans L’Etat des paroisses d’où viennent les vins de la sénéchaussée de Bordeaux et leur différence de prix, qui date de 1770 (le XVIIIe siècle coco) s’ouvre sur une présentation du Médoc en trois classes mettant en lumière la primauté acquise par cette région. « Ce sont les paroisses de Pessac, Margaux, Latour et Pauillac qui possèdent les premiers crus de vins rouges ; ils peuvent se vendre de 800 à 1200 livres, et de 1500 à 2500 livres pour les meilleurs. » Ne me demande pas combien ça fait en euros mais je puis te dire sans me tromper : beaucoup !

Avec cette page d’Histoire je fais la transition avec ce qui fait le charme de nos AOC : leur merveilleuse complexité. En effet, se profile déjà les appellations communales et les premiers crus classés. Pour les premières elles sont au nombre de 5 : Margaux (avec le fameux château Margaux), Saint Julien (avec le château Léoville Las Cases), Saint Estèphe (avec le château Cos d’Estournel), Pauillac (avec les fameux Châteaux Latour, Lafite et Mouton-Rothschild), Moulis (avec le Château Chasse Spleen) et Listrac (avec les Châteaux Fourcas-Hostein et Fourcas Dupré). Ouille, ouille je t’embrouille avec mes beaux châteaux mais je vais t’expliquer jeune homme qu’en 1855, lors de l’Exposition Universelle (c’était sous l’empereur Napoléon III) les courtiers bordelais établirent un classement pour le Médoc, les Sauternes&Barsac en fonction de la réputation des châteaux et des prix de leurs vins en se basant sur les résultats des cent années précédentes.
Ce classement va comme de bien entendu des de Premier Cru à Cinquième Cru. Donc, à l’origine dans les Premiers Crus ils étaient 4 : Châteaux Latour, Lafite et Mouton-Rothschild et Haut-Brion qui n’est pas un Médoc mais un Graves mais qui méritait d’être là. Ne m’interromps pas en rigolant sacripant car en 1973 le Château Mouton Rothschild les a rejoint. Déjà en 1856, le Château Cantemerle, un Haut-Médoc, entrait dans le classement comme 5ième cru.

Mon bon Martin tu n’es pas au bout de tes peines car en 1932, les non classés ont créé les « Crus Bourgeois » qui regroupent les meilleurs des vignerons exploitant plus de 7 ha. Estime toi heureux car à l’origine y avait des crus Bourgeois, Grands Bourgeois et Grands Bourgeois Exceptionnels mais ça a disparu aujourd’hui. Bon y’ a eu un peu de rififi chez les Bourgeois mais tout est rentré dans l’ordre depuis peu. Enfin pour compliquer encore un peu les choses depuis 1989 il existe une dénomination « Cru artisan » pour les moins de 5ha.
Voilà mon loupiot, comme tu es un as de la PlayStation, je suis sûr que tu as tout compris. D’ailleurs, puisque tes parents aiment le bon vin, et que ta petite sœur est une petite curieuse je te charge de leur transmettre le message délivré par Alexis Lichine « Le Médoc est le type même du Bordeaux rouge qui acquiert en vieillissant un bouquet subtil, évoquant la rose et la violette ou l’odeur indéfinissable des bois au printemps et celle de la terre fraîche. Ils sont féminins et délicats quand on les compare aux Saint-Emilion, plus charnus et plus chaleureux. On dit souvent d’eux que ce sont les reines plutôt que les rois des vins rouges. Les Médoc ont une finesse prodigieuse lorsqu’ils ont été amenés à vieillir correctement. Même les crus secondaires du Médoc acquièrent de la qualité en vieillissant. »

Je m’en tiens là canaillou après mon excellent séjour à Listrac à l’invitation du président Alain Meyre (Château Cap Léon Veyrin Cru Bourgeois (Listrac), Château Julien (Haut-Médoc) et Château Bibian Cru Bourgeois (Listrac) www.vignobles-meyre.com et de son équipe dont Vincent Fabre (Château Lamothe-Cissac) un de mes fidèles lecteurs. Après le déjeuner j’ai fait un saut au château Fourcas-Hostein pour alimenter mes neurones et mon stock de chroniques. Pour le reste je ne sais si, devant les vignerons, dans la salle communale de Listrac, mes propos sur les perspectives d’avenir, dans notre monde mondialisé, du vin français en général et de ceux du Médoc en particulier, ont redonné du moral pour affronter tous ces défis. Mais, comme j’ai surtout insisté sur la diversité des consommateurs, ce matin je me devais Martin de te mettre au parfum sur les vins médocains puisque dans quelques années tu feras parti je l'espère de la relève.
Chou-6107.JPG La merveilleuse simplicité des étiquettes d'autrefois...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Norbert 22/02/2010 15:14


S'agissant du nombre de crus, différents d'une catégorie à une autre, c'est simplement le résultat d'un constat. Les catégories avaient été définies en fonction des prix du tonneau. Les faits ont
fait qu'il y en avait tant pour les premiers, tant pour les deuxièmes, etc...


mauss 22/02/2010 15:13


Quasi honte à toi mon Frère : il te manque une catégorie : les "crus paysans".

Et il eût été céans de mentionner que les crus bourgeois ont eu une naissance prématurée en rive droite.

C'est le fils Delon qui va être content que tu cites son pote en référence de "son" AOC :-)

Et un jour tu raconteras au gamin ce qu'on a appris des Johnston : le Tsar de Russie qui voulait du Latour… mais à condition qu'on colle l'étiquette de Lafite sur les bouteilles.

Et un autre jour tu lui diras comment un négociant des années 50/60 partait en Belgique avec un seul vin, mais avec plein d'étiquettes de plein de châteaux qu'il collait au fur et à mesure des
souhaits d'une clientèle bon enfant comme on en fait plus.

Et puis un jour tu nous parleras de Renvoisé et d'autres qui, après une longue carrière aux frais des domaines, ont su craché dans la soupe avec plus ou moins d'élégance.

Et puis l'innénarable histoire des corréziens dont l'habileté à draguer les mamies-propriétaires à la sortie de la messe - en gants blancs, svp - n'a eu d'égale que leur supériorité de travail et
de comprehénsion des marchés au détriment des nobles familles costumes trois pièces (bonne flanelle anglaise) de la rive gauche.

Et puis tant d'autres belles histoires comme les pains de glace jetés dans les cuves pour les refroidir dans les années chaudes d'après-guerre.

Et puis, c'est vrai, cette extraordinaire capacité de ce vaste vignoble, de sortir, quelque soit le millésime, chaque année une bonne centaine de crus qui restent des références absolues.


Masson Pierre 22/02/2010 14:30


Un peu paresseux, je n'ai pas vraiment recherché la question posé par mes stagiaires : pourquoi le nombre de crus classés est t il différents d'une catégorie à l'autre ? En d'autres termes,
pourquoi 14 seconds et troisième, 10 quatrième et 18 cinquième ??? Pierre


tchoo 22/02/2010 09:34


On pourrait rajouter que le Médoc viticole est une succession de croupes graveleuses entrecoupées de dépression marécageuses appellées Jalles et quasiment perpendiculaires à la Gironde.
La vigne étant bien sur privilégiée sur les croupes


gus 22/02/2010 07:58


Et les TP?
L'a pas droit aux TP ce petit?
"T "de travaux et" P "de "pratique" ou peut être ici de "public" tellement ce cours magistral en fait oeuvre d'utilité....
Bonne journée.


JACQUES BERTHOMEAU 22/02/2010 08:18


Encore un peu jeune pour les TP.
Sur un autre sujet : le Paul Quilès m'écrit qu'il aime les vins de Gaillac, l'avez-vous vérifié ? Fait-il des TP ?
Bonne journée


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