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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 00:09

L1010574.JPGQue n’a-t-on entendu en son temps sur la raffinerie de Georges Pompidou ou sur l’offense faite au Louvre avec la pyramide de Pei imposée par François Mitterrand ! De Gustave Eiffel, et sa tour éponyme, à Renzo Piano forniqueur de laideur sur le plateau Beaubourg, longue est la cohorte de ceux qui exècrent l’irruption dans leur univers étroit, confortable, de la création. Des conservateurs, des E330 de l’architecture, des dont la vie s’est arrêtée à leur petite ligne d’horizon familière... Le beau et le laid, dans son « Histoire de la laideur » Umberto Eco démontre que cette distinction repose sur une vision simpliste selon laquelle les « goûts communs correspondent peu ou prou aux goûts artistiques de leur temps. » Le laid n’est en rien le contraire du beau, l’affaire est plus complexe et la laideur est rarement le revers de la médaille. Aversion épidermique à tout ce qui tranche sur l’ordinaire, mais comme Wittgenstein l’écrivait « Peut-être la chose la plus importante en ce qui touche l’esthétique est-elle ce qu’on appelle les réactions esthétiques, par exemple le mécontentement, le dégoût, la gêne. »  L1010579.JPG

Tout ça pour vous dire qu’entre le questionnement inconséquent « C’est beau ou c’est moche ou tout le monde s’en fout ? » de ceux qui se veulent profonds mais qui ne remontent jamais de leur abîme insondable et la charge féroce de l’ami Lalau qui, sur la vue de photos dites officielles, très papier glacé : je l’ai dit à Christian de Portzamparc, fait du chai de Cheval Blanc une insulte au paysage, je revendique un autre regard, j’affirme ma place. Je ne me sens ni courtisan, ni procureur, simple piéton en un lieu où je n’avais jamais mis les pieds. Dans les vignes de Saint-Emilion à la lisière de Pomerol, donc à la campagne, loin de mes paysages urbains familiers. Question : faut-il préserver la campagne de tout nouveau geste architectural ? Excellente question mais qui m’amène à répondre qu’avant de mettre le paysage sous cloche encore faudrait-il se préoccuper de la laideur ordinaire des lignes électriques par exemple ou de l’agression de ce que l’on nomme communément ouvrages d’art. De plus faut-il tout figer, momifier, décréter que tout s’est arrêté au XIXe siècle ? Je ne le crois pas et, loin de l’opposition frontale du beau et du laid, je vais tenter d’expliquer pourquoi en vous contant ma visite au nouveau chai de Cheval Blanc.

 

Ce samedi donc, invité par les maîtres du lieu, ayant dormi à quelques encablures, je suis arrivé dans ma petite Twingo noire avant tout le monde et, filant entre de belles hôtesses, j’ai pris possession du lieu, à mon pas, sans idées préconçues. Laissant de côté le côté ventre, là où se fera le vin, je me suis tout d’abord intéressé à l’impact du geste architectural de Portzamparc sur l’environnement. Un détail d’importance : aucun cep de vignes n’a été sacrifié à la construction. Armé de mon petit Leica, en ce petit matin frisquet, la lumière était idéale car en dépit de lourds nuages un fin soleil m’accompagnait. Je m’enfonçais donc dans l’océan de vignes afin de prendre le recul nécessaire pour que mon œil embrassât l’ensemble car c’est à hauteur d’homme, et non vue d’avion ou d’un piédestal, que l’on vit, que l’on voit les choses. M’imprégner, ouvrir l’angle, j’ai pris le temps. J’ai laissé s’installer en moi les images sans retouche et, dans ma solitude je n’ai nullement ressenti d’agression visuelle, bien au contraire, calme, effacement, sérénité, ce lieu nouveau m’est apparu comme un lien, un arc, le crayon de l’architecte s’est fait simple trace s’est inscrit dans l’esprit du lieu. L1010572.JPGQu’on puisse ne pas aimer, c’est le lot du jugement esthétique, je suis le premier à l’admettre mais ce que j’ai du mal à comprendre c’est que l’on puisse contester le fait de construire un chai à côté d’une bâtisse sans grand caractère. Est-ce ostentatoire parce que les deux propriétaires sont très fortunés ? La réponse est non. Je retrouve dans cette prévention la même allergie que celle développée à l’encontre des grands travaux du François de Jarnac (et Dieu sait que cet homme me hérissait). Folie des grandeurs, créations dispendieuses, manœuvres dilatoires d’un Balladur pour ne pas quitter le Louvre, et au bout du compte un enrichissement et une mise en valeur de notre patrimoine. Que Bernard Arnaud et le Baron Frère convoquent le génie d’un architecte, pour construire un nouveau chai s’inscrivant dans son siècle, c’est au-delà du pur investissement d’image, un acte que j’ose qualifier de mécénat. Si notre vieux pays s’enferme dans la pure conservation, la simple préservation, il laissera à d’autres le bénéfice de la vitalité née de la création. Je préfère 100 fois la création à la thésaurisation, au bas de laine ou à l’érection de bâtisses néo machin chose qui ne sont que des ersatz petits bourgeois plaisant au plus grand nombre.

 

L’objection la plus recevable pour moi n’est pas celle émanant des néoconservateurs mais celle des partisans de l’audace toujours plus d’audace ! Pour eux le geste de Portzamparc n’a rien d’innovant, bien au contraire il s’inscrit dans le goût dominant de ce début de siècle. À ce stade se repose la question du respect de l’esprit du lieu ? Y en a-t-il un à Cheval Blanc à la lisière de Saint-Émilion ? Afin d’éviter des constructions intempestives, comme pour le lotissement du coin, faut-il un règlement d’urbanisme dans les vignes de Grand Cru ? Je vois très bien les nouvelles ODG se pencher sur le sujet : combien de tours au château, faut-il un pont-levis, faudra-t-il s’éclairer à la bougie ? Bref, à question idiote réponse idiote. Par le passé nul ne s’est soucié de l’architecture de Cos d’Estournel alors au XXIe siècle laissons éclore les cents fleurs seule l’épreuve du temps triera le bon grain de l’ivraie.

L1010580.JPGEt puis j’ai pris le grand escalier aux marches de bois qui se love au flanc du bâtiment pour m’amener sur le toit. La « colline inspirée » déclare Christian de Portzamparc, un jardin suspendu flottant au-dessus des vignes, un 360°, un grand angle sur le vignoble : la Conseillante, l’Evangile et tout autour de l’herbe et des bleuets, rien d’apprêté, manque que les ruches. Halte au feu me direz-vous, je verse dans le dithyrambe. Rassurez-vous tout ne pas enthousiasmé dans mon périple mais, face à tous ceux qui, sans être venus voir si ce chais respectait l’esprit du lieu je me dois d’écrire qu’à mon sens ils se trompent. Je les invite à venir le constater sauf à ce qu’ils estiment que ce chai n’a aucune raison d’être. Reste que le geste architectural est une chose un chai reste un chai : il se doit de remplir ses fonctions. Pierre Lurton et son équipe ont donc, si je puis m’exprimer ainsi, enserré Christian de Portzamparc dans leur réseau de contraintes techniques. Hormis les cuves, il n’y a pour l’heure rien d’autre, toute la chaîne qui mènera le raisin à son devenir n’était pas en ligne. Le décor est planté reste donc à ce que la vie l’irrigue pour que le premier millésime emplisse les 52 cuves qui sont à l’image des 52 parcelles du domaine Cheval Blanc.  L1010587.JPG

La suite sur mes lignes si je suis convié à Cheval Blanc pour voir comment tout ça fonctionne...  

L1010565.JPG

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 29/06/2011 12:45



Impacter. On n’entendait jamais cela il y a quelques années.


Le vrai mot français est « influencer ».


Allez, va, bouffon ; nique ta mère ! Ou mieux encore – c’est un Président qui parle : « Casse-toi,
pôv’con ! ».


David Cobbold se félicite que l’anglais évolue sans cesse.


Je
ne sais si évoluer suffit à enrichir une langue ... you son of a motherfucker !



houps 28/06/2011 18:02



la seule question qui  vaut d'être posée: est ce que ce chai impactera le prix  de vente des 100 caisses de cheval blanc que j'achète bon an , mal an: non eh bien youpeeeee la vie est
belle!!



Michel Grisard 27/06/2011 00:59



J'admire cette réalisation, c'est magnifique! C'est juste en relation avec le prix des bouteilles et l'esprit Bernard Arnaud & Co.


Dans les allées de Vinexpo, j'ai entendu parler de ces aides. Bruit de couloir? De toutes façons, les aides à l'agriculture sont officielles et publiées. On doit les trouver sur internet.


Semaine dernière, m'indignant des aides à l'agriculture, une dame de notre cher ministère, m'a fait valoir le bien fondé de ces aides pour permettre la répartition et l'équilibre de la valeur des
produits alimentaires auprès du consommateur.... C'est sûrement plus complexe que ça? En France, on aime bien faire compliqué, pour ne pas faire simple.


Jacques, je ne comprends plus le fonctionnement de notre pays. Je vieilli et deviens ringard. Mais je sais que nos parents et grands parents se retournent dans leur tombe. Ils ont monté tout un
réseau d'organisations pour aider l'agriculture. Ces organisations sont à leur propre service, pour leur propre développement et leur propre intérêt, à en oublier l'agriculture.


Jacques, on a plus le droit de se taire. L'agriculture doit retrouver sa dignité et vivre du revenu de son travail et plus des aides. Ce ne doit plus être, les aides à qui sait mieux monter et
faire suivre les dossiers. Indignons nous! C'est trop grave! Ce vol légale de l'argent public est instauré par un système d'organisation irresponsable ou intéressé.


Ton espace de liberté est le bienvenu pour en parler. Si tu es gèné aux entournures, on en parlera entre nous. C'est un vaste sujet qui mériterai de ne pas gâcher ton propos sur le chai de Cheval
Blanc.



Michel Grisard 26/06/2011 23:44



J'ai laissé samedi un grand commentaire sur le sujet.


Il s'est perdu. Il devait y avoir un dysfonctionnement, car il n'avait qu'un message écrit pour 6 annoncés.



EmbusCad 26/06/2011 18:47



Pas idiote du tout la question mais je suis contente néanmoins de ne pas l'avoir posée moi-même



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