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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 02:00

Le lendemain matin nous nous fîmes monter une « bassine » de café pour tenter d’effacer les stigmates de notre biture carabinée. Mon dernier souvenir conscient de la soirée, les autres ne correspondaient plus à aucune chronologie pour ne former qu’un tas de gravillons aigus qui me striaient la tête, me voyait plonger les bras, tel un demi de mêlée, dans un ramassis de corps au milieu duquel je tentais d’identifier celui de Marie-Amélie. En effet, après son toast équestre, la comtesse, d’un pas qu’elle voulait assuré mais qui lui faisait exagérément osciller la croupe, suivie d’une grappe de mâles eux aussi très éméchés, avait trouvé refuge sur une balancelle au bord de la piscine. Je dois avouer que, dans un premier temps, je ne trouvais que des avantages  à cette situation : ma tigresse allait pouvoir trouver un débouché à ses ardeurs avec tout autre que moi. Mon lâche soulagement ne me faisait tout de même pas perdre de vue que je ne pouvais laisser, mon chauffeur, aller au-delà des limites du raisonnable. J’avais besoin d’elle pour passer la frontière en toute quiétude alors j’allais me poster dans un transat face à ce qui devint très vite une entreprise d’abattage. Debout, l’un des types préparait son matériel pendant que deux de ses acolytes s’occupaient à effeuiller la comtesse pour son sacrifice. Celle-ci, qui chevauchait un gros dont la chemise ouverte laissait dégouliner une bedaine poilue, buvait du champagne au goulot sans se douter de ce qui l’attendait. Sans réfléchir je fonçais. Le premier candidat, pantalon sur les chaussettes, valdinguait dans la piscine. Les deux préparateurs, dont l’un agitait comme un drapeau le débardeur de Marie-Amélie, n’opposèrent aucune résistance. Une fois extraite je tirais donc derrière moi la comtesse, torse nu, la jupe relevée, jusqu’à l’ascenseur. Nul souvenir du personnel mais je suppose que notre cortège dut faire son effet.

 

À mon éveil je découvrais l’étendue du désastre : Marie-Amélie échevelée, couchée en chien de fusil, le cul à l’air, dormait d’un sommeil agité en lâchant de temps à autre des petits cris accompagnés de ressauts violents. Bon samaritain, avec précaution, je tentai de remettre de l’ordre dans sa mise en entreprenant de lui recouvrir les fesses de son bout de jupe. Bien évidemment, alors que j’étais à la manœuvre, la comtesse en profitait pour ouvrir l’œil et trouvait sitôt le moyen, d’une voix rauque, cassée, de me dire « Mon cul aimante vos mains. Allez-y j’ai envie de dur... » Mon rire grinçant l’éveillait tout à fait et elle se relevait sur son céans. « C’est mon drame, j’ai un beau cul mais je suis plate comme une limande. Par bonheur je suis entière et avec une bonne douche, un ravalement de façade et un broc de café je serai d’attaque pour vous faire passer les Andes... » Une bonne heure après nous enfourchions la R 75 qui elle ne s’offrait pas une gueule de bois et feulait doucement sous le poignet ferme de Marie-Amélie. Elle me bluffait. La route 765 traversait des prairies verdoyantes où paissaient des vaches qui ressemblaient aux vaches normandes de mon grand-père. La comtesse ménageait notre monture dans la perspective des rampes rudes et les lacets que nous allions devoir affronter à El Juncal. Son plan de vol, si je puis dire, elle me l’avait délivré avant notre départ : nous roulerions jusqu’aux environs de midi pour atteindre le pied de la Cordillères puis, afin de ne pas affronter les pentes sous le soleil car le refroidissement de notre monture n’était pas son fort, nous ferions une halte afin d’attendre le déclin du soleil. Prévoyante elle avait fait préparer un panier de pique-nique au service d’étage. Cette femme m’étonnait vraiment et, alors que dans la tenue d’Ève elle venait de passer commande elle trouvait le moyen de me balancer « Je suis sûre que vous allez me regretter »

 

En quittant Los Andes nous passâmes sous les bras d’une statue de la Vierge juchée sur une rocaille et, comme nous n’avions pas mis nos casques, je hurlai dans les oreilles de Marie-Amélie « Avec ce qu’elle a vu hier au soir, nous sommes bons pour l’Enfer ! » Relâchant un peu les gaz elle se tournait vers moi pour me répondre « Vous ne perdez rien pour attendre. La maison ne fait pas crédit. L’air des cimes vous redonnera de la vigueur... » À Rio Colorado nous passions à côté d’une Centrale électrique et le paysage devenait de plus en plus lunaire. Nous nous arrêtâmes au confluent des rios Juncal et Bianco. Marie-Amélie se défaisait de sa combinaison de cuir, enfilait un pull de laine et pieds nus dans ses croquenots étendait un plaid sur un petit promontoire herbeux. Nous déjeunâmes de poulet froid et de fruits accompagnés d’un Carmenere d’assez bonne composition. Les eaux tumultueuses et pures chantaient. Le café lui aussi se révélait à la hauteur. « C’est le mien ! » me fit remarquer la comtesse en constatant mon ravissement. J’en restais pantois et je n’eus pas le temps de me remettre que Marie-Amélie ôtait son pull et sa lingerie fine « Si ça vous dit moi je me baigne. L’eau glacée va me purifier des miasmes de cette nuit. » Mon air horrifié lui tirait un rire chevalin. « Rassurez-vous, vos cojones ne risquent rien ! Venez, je vous les réchaufferai en sortant ! » Je pris le parti d’y aller tête baissée sans réfléchir. Passé la brutalité de la morsure première le plaisir fut au rendez-vous après des jeux de mains qui n’avaient rien d’enfantins. La comtesse me comblait. La comtesse m’épuisait. La comtesse m’émouvait. La comtesse me murmurait des mots de gamine. La comtesse adorait l’écho de ses égarements.     

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

Luc Charlier 09/05/2011 11:21



Pauvre Francesca !


Et on m’a même dit que la Comtesse déplorait au petit matin, faisant preuve d’une connaissance encyclopédique de la géographie
française,  « qu’il n’ y eût pas assez de sites en Beauce ! ».



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