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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 07:00

Adeline m’écoutait avec recueillement.


Pendant tout un mois, chaque soir, il en fut ainsi. La première fois, en caressant mes cheveux bouclés épandus sur ses cuisses nues, Chantal m'avait dit « j'aime ta semence, elle a le goût du lait d'amande... » Ce j'aime sonnait à mes oreilles comme une promesse de victoire. Nous allions nous aimer, être heureux. Le 30, l'orage menaçait. Sitôt nos noces de chair Chantal allait à la fontaine et rapportait dans la nasse de ses mains de l'eau qu'elle laissait filer sur ma nuque. Le fil de l'eau fraîche traçait au long de mon échine tiède une trace dure. Je frissonnais. Chantal me souriait. Je prenais peur. « Assieds-toi ! » Le ton était faussement léger. Je m'exécutais en pensant que je ne le devrais pas. L'investir. La prendre. L'emplir. Sceller notre union. Qu'elle soit à moi. D'une voix sourde, elle la taiseuse, me parlait. Je n'ai plus le souvenir précis de tout ce qu'elle m'a dit car elle en a tant dit. À aucun moment je ne l'ai interrompu. C'était sobre et juste. Mon cœur s'est mis à battre la chamade lorsque je l'ai entendu me dire « toi tu n'es pas comme les autres. Je ne suis pas sûr que tu sois aussi gentil que tu en as l'air mais je m'en fous. Toi tu ne me prends pas pour un trou à bites. C'est bon tu sais... » Je frôlais la défaillance. Chantal se tordait les mains. « Ce que je vais te dire va te déplaire mais, je t'en supplie, ne dis rien. Laisses-moi aller au bout. C'est si dur... » La crainte me tombait dessus. Chantal murmurait « tu es trop bien pour moi... » Je me cabrais. Elle posait une main ferme sur mon bras. « Ne te fâche pas ! Ce n'est pas de ta belle gueule dont je parle, c'est de toi. Je ne peux que te décevoir et je ne veux pas te décevoir... »


Avant même que je ne me rebiffe Chantal me tirait devant elle. Nous étions nus. Je l'entendais me dire « je te propose un marché. Tu prends ou tu laisses mais, quelle que soit ta réponse, nous ne nous reverrons plus... » J'aurais dû gueuler, lui foutre ma main sur la gueule mais je ne sais, ni gueuler, ni foutre une main sur la gueule d'une fille. Alors face à ma pleutrerie Chantal a pu aller au bout de son propos « voilà, si tu le veux bien, je t'emmène dans mon lit. Là où tous ces boucs qui me sautent disent me faire l'amour. Allons y faire l'amour... » Elle s'est tu, m’as regardé droit dans les yeux, « tu veux ? ». Lâchement j'ai répondu oui. Son marché je l'avais accepté sans protester. Chantal partait le lendemain travailler à Paris. Nous nous ne sommes plus jamais revu. Bien des années plus tard, dans la salle d'attente d'une gare, je ne me souviens plus où, ce devait être au fin fond de la Manche, à Valognes, sur une banquette de skaï craquelé, j'ai ramassé un bouquin de poche défraîchi. Comme j'ai horreur de voir les livres abandonnés, ça me fâche, je l'ai fourré dans mon sac à dos sans même regarder le titre et puis je me suis avachi sur la banquette. J'étais en avance. Je n'avais aucune raison d'être en avance mais j'avais décrété que je ne voulais pas rater le train. Tout le monde s'était marré vu ma situation de glandeur professionnel. Une bonne demi-heure à tirer. Attendre ! Dans ce bout de ma vie je passais mon temps à attendre. Je n'attendais rien mais j'attendais. Complaisant je passais mes jours à m'apitoyer sur moi-même en grillant des clopes roulées et en éclusant des bières.


-         Je suis comme Chantal.

-         Comprends pas…

-         Tu es trop bien pour moi...

-         Allons bon, tu racontes vraiment n’importe quoi. Je suis en bout de course, revenu de tout, vieux quoi, sans avenir, d’ailleurs j’ai tout fait pour ne pas en avoir d’avenir, alors que toi tu as tout pour toi…

-         Mais je ne t’ai pas, toi…

-         C’est une chance je suis un boulet…

-         Je te veux tout à moi…

-         Oui mais je suis trop bien pour toi…

-         Ne me charrie pas je ne sais plus très bien où j’en suis. J’ai peur de te perdre.

-         Tu es une petite fille et moi un vieux barbon.

-         M’en fout !

-         J’ai envie d’un chocolat viennois plein de Chantilly.

-         Moi  c’est de toi dont j’ai envie. Fais-moi l’amour…

-         C’est contraire à nos conventions.

-         M’en fout de nos conventions !

-         Moi pas, va me faire de suite mon chocolat. Compris ! 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

anne bert 03/11/2013 18:31


bonjour,je découvre votre blog via une recherche sur La cuisine de tante Thyne...ah sacré tantine, elle mène
à tout ...et j'ai parcouru vos chapitres de roman, j'aime bien ! mais pouquoi ne le publiez-vous pas en livre numérique (même gratuit si vous préférez donner vos écrits) ou bien sur le site
Calameo, ça serait beaucoup plus confortable comme lecture, et on pourrait lire le roman de façon plus fluide.

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