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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 00:05

Lisez ! C’est un ordre. Face à ceux qui qualifient de provocation le simple fait de proposer des initiations à la découverte du vin à de jeunes adultes dans le cadre de la Restauration Universitaire sous le prétexte fallacieux qu’il s’agirait d’une incitation, d’un premier pas menant tout droit au pochtronage. Dans quel monde d’hypocrisie vivons-nous ? De quel droit l’ANPAA, avec sa petite poignée d’adhérents, et la kyrielle d’associations ne vivant que de la manne publique, s’érigent en gardiennes de nos vies et de celles de jeunes gens qui sont à quelques encablures du monde du travail ? Adeptes de la chaise vide, ce qui démontre de leur part une conception « totalitaire » de l’état de droit, ces prohibitionnistes masqués et leurs porteurs d’eaux des médias au crédit en chute libre, n’ont de cesse d’en appeler à l’opinion publique en la cernant de peurs. Arrogance, suffisance, mépris hautain, toute cette palanquée de menteurs : le fameux premier verre de vin, pérore, se moque, discrédite, se complaît dans une stratégie de pure communication. Crédibilité zéro ! Ce sont les mêmes qui ont mené de main de maître la calamiteuse campagne de vaccination contre la grippe H1N1. Nous ne voulons pas d’une société de moutons que l’on terrorise, que l’on mène à une triste vie encadrée d’interdits, de terrorisme intellectuel. Nous sommes des citoyens et nous entendons le rester. Je laisse la plume à Denis Grozdanovitch, hédoniste curieux de tout, rêveur épicurien, qui dans un petit opus gouteux « Minuscules extases » chez Nil nous conte un monde de bien-vivre que nos tristes sires veulent engloutir sous leurs bottes de Diafoirus à la manque.  

« Ayant remporté, au sortir de l’adolescence, un tournoi de tennis à Bordeaux dont le prix comportait une caisse d’excellent Saint-Estèphe – du Cos d’Estournel –, j’avais convié, une fois revenu à Paris, deux camarades à venir goûter le divin nectar. Ainsi qu’il était recommandé, j’avais débouché deux des bouteilles quelques heures à l’avance et prévu aussi quelques zakouskis à grignoter. Dès les premières gorgées, nous fûmes en réalité plus décontenancés qu’autre chose car le goût était d’une telle finesse, d’une telle spiritueuse spiritualité, que nous ne pouvions en apprécier l’excellence supposée. Cependant, dès le deuxième verre, je sentis que ma chimie intérieure subissait un changement notable : une sorte de sourde joie indicible s’emparait de moi, je commençai de trouver une qualité exceptionnelle à cette soirée improvisée et je vis que mes deux camarades étaient à l’unisson de cette croissante félicité.

L’ébriété qui nous avait saisis n’était en rien cette franche gaieté qui précède l’ivresse, mais plutôt, s’il était possible de le formuler ainsi, un discret bonheur à exister, sans autre forme de procédure. La conversation se révéla d’une douceur poétique inusitée et l’habituelle pudeur à deviser des choses les plus simples dissipée. Nous osâmes évoquer des détails supposément insignifiants que seule d’ordinaire la confession littéraire permet d’aborder. Les verres succédant aux verres, nous ne sombrions nullement, en effet, dans la grosse torpeur bachique à laquelle nous avaient habitués nos libations habituelles. Nous évoquions avec délectation tous ces mouvements infimes et irremplaçables dont sont tissés les circonstances et, plus amplement, nous sembla-t-il alors, la réalité effective du monde : la qualité spécifique de la lumière, par exemple, qui, filtrant ce jour-là à travers les nuages venait animer les briques du mur d’en face, la teneur de l’atmosphère printanière, le bonheur à simplement sentir palpiter en nous la discrète et silencieuse santé, le goût des aliments que nous grignotions, le regard interloqué et comique du chat nous observant assis sur la commode... Mais à chaque instant nous ne ressentîmes le moindre désir d’engager l’une de nos coutumières controverses idéologiques et esthétiques, comme si cette funeste initiative eût – nous ne le sentions que trop bien – gâché le moment de discrète euphorie qui nous était accordé par la grâce de la plus civilisée des alchimies humaines : le savoir-faire ancestral d’un grand viticulteur.

La soirée se prolongeant, nous bûmes les deux bouteilles sans ressentir aucunement les habituelles lourdeurs de l’abus alcoolique et, autant qu’il m’en souvienne, l’impression était plutôt celle d’avoir été miraculeusement enveloppé dans un nuage de doux bonheur ineffable. Nous flottions littéralement dans une bulle de mysticisme matériel, au-dessus des contingences triviales, et nous avions, je crois, l’impression (nous étions tous trois encore jeunes) que cette révélation de la délicate structure intime du bonheur serait définitive et stable et que licence nous serait désormais faite d’en user à discrétion à l’avenir...

En y repensant, je crois qu’intervient dans ce type de circonstances le phénomène synesthésique en question dans ces textes, lequel, par le jeu des affinités sensibles, nous entraîne dans le labyrinthe des correspondances spirituelles les plus subtiles. On emploie d’ailleurs, par référence à la distillation de l’alcool, le mot «alambiqué » qui désigne bien cette opération consistant à quintescencier « l’esprit du vin » pour en exprimer le suc le plus volatil, le plus éthéré et le plus ineffable. Il me semble que l’ »écume spiritueuse et ignée », selon la belle formule de Chateaubriand traduisant Milton (1), qui mousse en nous à l’occasion de la dégustation d’un grand cru parvient ainsi à ranimer la chimie transcendante qui nous hante secrètement et que la vie moderne, devenue trop cérébrale, ne cesse d’engourdir. On peut parfois se demander d’ailleurs si les délices physiologiques incomparables que la vie terrestre nous offre parfois ne pourraient suffire à réveiller les morts eux-mêmes ;

 

« Donnez-lui une goutte de « sacré-chien », je garantis que, s’il n’est pas encore bien loin dans l’autre monde, il reviendra pour y goûter.

Effectivement à la première cuillérée de spiritueux, le mort ouvrit les yeux (2) »

 

Que devez-vous faire pour lutter contre « l’engourdissement de nos vies » :

1° acheter ce petit livre.

2° le recommander à vos amis, à vos élus et relations professionnelles.

3° le proposer à la lecture de vos têtes blondes, du moins ce texte.

4° pour ceux d’entre vous qui chercheraient des idées de cadeaux : offre-le !

5° pour les GCC ou autres nectars du haut : l’offrir à vos clients !

6° pour François le Débonnaire voilà un bon client pour la villa d’Este...

 

Réveillons-nous sacredieu !

 

(1) Dans son livre au titre suffisamment explicite en l’occurrence : Le Paradis perdu !

(2) Jean-Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût ou Méditations de gastronomie transcendante, Paris, 1825, p.135.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Jacques Perrin 12/03/2010 09:15



Bravo pour ce vibrant plaidoyer en faveur de la culture du vin... ou comment une bouteille de Cos d’Estournel peut transformer votre vie ! Entre JMG Le Clézio ("mysticisme
matériel") et Bergotte avec son petit pan de mur jaune, devenu ici terre de Sienne.  




Olivier Borneuf 12/03/2010 08:10


J'y étais !! C'est exactement ce que j'ai vécu hier soir quand mon voisin m'a "alpagué" sur le pas de ma porte ! C'est sur ma liste d'achat et je m'en servirai dans mes animations !

A+


Eric FABRE 12/03/2010 07:56


C'est exactement ça une bonne bouteille!


David Cobbold 12/03/2010 06:47


Cela sera fait, chef !


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