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21 août 2007 2 21 /08 /août /2007 00:25

" Fraîcheur, gourmandise et minéralité caractérisent le millésime 2006 assez classique " indique Philippe Faure-Brac, petit-fils de vigneron provençal, sacré meilleur sommelier du monde en 1992, chez lequel le banc d'essai se déroulait. " c'est dans Régal d'août&septembre. Dans une prochaine chronique je reviendrai sur ce concept de banc d'essai, pour l'heure ce sont les qualificatifs utilisés pour caractériser ce millésime des Côtes-de-Provence qui me font en remettre une couche sur le vocabulaire du vin. Dans une langue, le vocabulaire est un ensemble de symboles à partir duquel se bâtit un langage qui permet à une population ou une corporation de communiquer et, si possible, de se comprendre. Dans le cas présent, le vocabulaire se veut spécialisé car il est utilisé par des spécialistes - le jury du banc d'essai regroupait une sommelière, Myryam Huet oenologue-conseil, un propriétaire de bar à vins, un organisateur de salon de vins, un importateur de vins et un journaliste gastronomique - mais il s'adresse à des lectrices et des lecteurs qui, eux, ne le sont pas. Mon interrogation est simple et sans malice : qu'elle est la fonction de ce vocabulaire ? Donner aux consommateurs des éléments objectifs qui orienteront son choix ? Faire joli : sous les mots fleuris, élégants, de fruits chacun met ce qu'il veut ? Dans cette hypothèse, il s'agit essentiellement de séduire les lectrices et les lecteurs pour les inciter à acheter ces vins. En soi, ce parti est défendable, mais pourquoi diable parer l'exercice d'un vernis technico-scientifique ? La séduction joue dans un registre autre, sauf à penser que Meetic devient la norme des amours du XXI e siècle.

La minéralité me semble un concept purement visuel puisque nos papilles n'ont guère l'occasion d'étalonner leurs connaissances en suçant des cailloux ou des galets. Quand à la fraîcheur, elle est, par essence, totalement subjective, puisqu'il s'agit d'une sensation liée à l'environnement dans lequel on se trouve : déguster un rosé frais sous une tonnelle en Provence ou un rosé tiède dans un igloo du pôle Nord procure-t-il des sensations identiques ? De plus, si la fraîcheur fait référence à la notion utilisée pour le poisson ou les légumes, il faut accepter de classer les vins en deux catégories : les frais et les pas frais mais, dans cette hypothèse, je doute de l'efficacité de la méthode pour des grands vins qui, bien vieux, procurent des sensations plus subtiles. Bref, ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. Les expressions : être frais comme un gardon le matin ou frais comme une vieille limande le soir expriment bien, sous forme imagée, un état. Sans vouloir ironiser j'admets que la fraîcheur va bien au rosé comme les jupes aux filles.

Reste la gourmandise ? Mémé Marie me disait que c'était un vilain défaut, maman et le curé l'un des 7 péchés capitaux. Le gourmand, et même si nos sociétés sombrent de le relativisme, c'est quelqu'un qui ne peut s'empêcher de consommer, quite à s'empifrer ou se bourrer. C'est un peu compulsif mais, après tout, à chacun d'assumer sa bedaine ou ses rondeurs ou ses excès. Ce qui me pose question c'est que dans le cas d'espèce, le vin gourmandise est un vin gourmet ce qui veut dire un vin raffiné qui procure du plaisir. Ma question est simple : en dehors d'une minorité de vins anonymes, mal fagotés, ratés ou massacrés, les autres ne sont-ils pas, par construction même des produits gourmets ou gourmands ? Le vin, sur le plan nutritionnel, n'est pas indispensable - il a d'autres vertus - si on le consomme n'est-ce pas par simple plaisir ? Là encore, peut-on quantifier l'échelle du plaisir comme l'échelle de Richter ? Bien sûr que non, alors qualifier un millésime de gourmandise est-ce vraiment le différencier d'un autre millésime qui lui serait ascète ou frugal ou, horreur, sobre ? Désolé d'écrire qu'en l'occurence ici, comme souvent, on se paye de mots. Tout ça, bien sûr, n'a aucune espèce d'importance car ce qui importe c'est de vendre du papier glacé, du vin aussi alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes...    

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Olivier Nasles 26/08/2007 11:59

Mon cher Jacques,

Effectivement, il est bien difficile de trouver les mots justes pour décrire des sensations qui par définition sont subjectives.

Il ne faut cependant pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il est facile de démonter des mots sortis de leur contexte. Décrire un vin ou une huile d'olive n'est pas chose aisée et il serait plus simple de dire que ce vin sent le vin ou que cette huile sent l'huile.

Mais la nature de l'homme est ainsi faite qu'il faut savoir choisir des descripteurs simples enregistrés dans notre mémoire olfactive et même s'il nous arrive rarement de sucer des caillous, tu sais très bien percevoir la minéralité caractéristique d'un sciaccarellu d'Ajaccio.

Là où je te rejoins, c'est lorsque les "sachants" emploient des mots compliqués pour faire savants et compliquent à loisir les perceptions pour donner l'impression au consommateur qu'il est nul parce qu'incapable de percevoir l'odeur de "foutre" de lièvre (ils ne sont pas nombreux ceux qui ont pu y avoir accès).

Mais décrire un vin avec des mots simples, des aromes fréquemment rencontrés comme les fruits rouges, les agrumes, des aromes de fleurs courantes, des sensations comme la vivacité, l'astreingence, ... je crois que c'est apporté une information qui va guider le consommateur dans ses choix.

Ceci étant la frontière est étroite entre la description facilement compréhensible et le masturbage de méninge.

Tout ce débat nous rappelle combien la dégustation est un art subjectif et que la notion de qualité ne veut rien dire en la matière car n'est de qualité pour chacun que ce que l'on aime et que fort heureusement les goûts de chacun sont différents. Les "sachants" devraient parfois se poser des questions avant de pontifier.

Olivier

pouget françoise 21/08/2007 11:57

Bonjour,
Quelques rapides remarques rapides
Aujourd'hui, mauvais temps pour le vocabulaire du vin et de l'huile d'olive!
Sur votre blog et sur France Inter dans sa rubrique matinale, Jean-Pierre Coffe a taillé en pièce les commentaires oléicoles.

J'avoue, que lorsque l'huile d'olive sent le bourgeon de cassis ou est décrite comme beurrée! cela frise, à mon goût, une très légère cuistrerie.
Néanmoins, j'ai moi même pratiqué l'exercice d'écriture dans un journal "type papier glacé" et il m'a été reproché mon manque de "qualificatifs descriptifs"

Difficile de trouver un juste milieu entre pertinence, honnête du dégustateur, le désir des médias d'affrioler pour vendre etc...
Et si le consommateur, prenais "en main" son nez et ses papilles? Cela pourrait-être un début...
Bien à vous

TCHOO 21/08/2007 10:10

Je vais vous faire une confidence:quand je ne sais pas quoi dire sur un vin (eh oui, ça arrive!) j'emploie trois ou quatre mots qui ne veulent pas dire grand chose mais chante bien.Il est vrai que je ne suis pas un grand sommelier! 

jJean-Louis VALLET 21/08/2007 09:42

Je suis d\\\'accord, mais c\\\'est un vaste sujet, car pour certains, l\\\'art de la dégustation du vin, est de savoir le décrire. Il en faut...
Mais voilà, nous pouvons avoir quelques dérives mais aussi quelque nostalgie. Qui parle encore de la "cuisse", quel consommateur sait ce que celà exprime? Pourtant c\\\'est bien concret...
Pour ce Provence de  2006 faudrait-il parler d\\\'une pointe d\\\'acidité juste comme il faut pour se désaltérer, avec une valeur de 1 sur l\\\'échelle de l\\\'évolution. Un vin à boire (et à reboire) qui en bouche, se caractérise par une légère conotation rappelant le gout du pétrole.   ??????
Jean-Louis V

pphilippe 21/08/2007 08:43

Bonjour Jacques Pas faux... Les mots peuvent qualifier un produit et le corpus qui sert aux experts à s’y retrouver
( et aussi à confirmer leur expertise et leur appartenance au cercle )
Les mots décrivent aussi l’univers autour duquel les consommateurs
( quel vilain mot mais j’ai pas mieux !) se retrouvent .
C’est pas inintéressant ,
c’est de l’imaginaire de la très peu rigoureuse pâte humaine qui pense et s’émeut, irrécouvrable par le marketing,
du volatile,  du futile
l’essentiel en quelque sorte.
Amitiés

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