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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 00:01

Bonjour François,



Comme Gaston Chaissac, l’hippobosque du bocage, j’aime écrire des lettres à des gens connus que je ne connais pas – je veux dire bien sûr des gens connus qui ne me connaissent pas – souvent pour les interpeler ou leur donner le fond de ma pensée ou parfois leur exprimer le plaisir que j’ai de les admirer. Le Chaissac érecteur de totems dans ma Vendée crottée qui écrivait dans l’un de ses post-scriptum « durant un temps je voulais m’établir marchand de souvenirs dans un lieu touristique et n’ayant pas complètement abandonné cette idée, je me demande s’il ne serait pas possible de faire de Boulogne un lieu touristique. Il y a d’ailleurs une rivière qui est la Volga du lac de Grandlieu… » confiait son courrier à l’administration des Postes ; moi je les « post » sur la Toile ; comme lui je reçois rarement de réponse, exception faite de celle de Dominique Sanda.

 

Ce matin, alors que je m’apprêtais à abreuver mes chers abonnés du pur jus de mes élucubrations habituelles j’ai décidé d’innover car rien n’est pire dans mon métier de chroniqueur, qui n’en est pas un, que de ronronner.

 

T’écrire !

 

L’utilisation en incise de ton prénom indique à mes lecteurs que nous nous connaissons. Pourquoi, me diras-tu, un tel revirement de jurisprudence ? Je pourrais m’en tirer par une pirouette facile en te répondant que j’emboite le pas aux hauts magistrats de la Cour de Cassation, qui viennent de reconnaître un sms comme moyen de preuve d’une infidélité conjugale, et que je cède à l’air du temps. En dépit de ma légèreté blâmable, de mon manque d’esprit de sérieux, je ne suis pas encore mûr – même si je suis en âge de l’être – pour verser dans ce travers. Mon entreprise matinale suit un chemin plus sinueux.

 

Je m’explique. Tout part d’une simple emplette chez Ampelos sis au 31 rue de Bourgogne : « Le champ des murailles 2007 », l’un de tes vins de vigneron des Corbières, à Fabrezan. Ensuite, les quelques grammes de QI qui me restent entrent en ébullition. Je phosphore. Pour refroidir mes neurones j’effectue à vélo un raid dominical sur « L’écume des pages » tout près du Flore. J’y fais une razzia de livres. Sur le chemin du retour, en longeant le rucher du Jardin du Luxembourg, dans ma petite Ford intérieure, une évidence incandescente me ronge : écrire sur un vin, fusse-t-il le tien, est pour moi une douleur. Je ne sais pas et, surtout, je ne veux pas ce n’est pas dans mes gènes. Je suis un buveur, à la rigueur un conteur, pas un jugeur.  Que faire alors ? D’abord dormir. Le sommeil est un merveilleux tamis pour le salmigondis de mon garde-manger à pensées.

 

Au matin, dans la fraîcheur d’un mois d’août automnal, tel Mao-Tse-Dung s’apprêtant à traverser le Yangsté, je plonge. T’écrire donc ! Exprimer, avec mes petits mots, le « parce que c’était lui, parce que c’était moi » de Michel Eyquem de Montaigne. Parler de toi… avant d’écrire sur ton vin.

 

À un journaliste de l’Express venu, en 2006, enquêter en terres bordelaises pour écrire un énième papier sur le « mal être » de notre viticulture nationale et la thérapie qui va avec, en deux phrases tu résumais ce que je m’étais échiner à écrire en 80 pages : « Pendant des décennies, le consommateur moyen - français ou étranger - a dû subir la loi simple du «prenez le précieux sang de la terre travaillé avec art, amour et tradition, payez (au prix fort), buvez (avec ou sans modération) et taisez-vous» et «Sur la carte routière du vin, il y aura des autoroutes et des départementales. Pourvu que je puisse toujours rouler sur les chemins de traverse, les autoroutes ne me dérangent absolument pas.»


Nous nous sommes rencontrés, la première fois dans la foulée de mon fichu rapport, un samedi matin à Angers, où avec tes amis de « Vignerons dans nos appellations », qui sont devenus les miens depuis, à l’initiative de Patrick Beaudouin, vous veniez dialoguer avec René Renou, président de fraîche date du Comité Vins de l’INAO, pour faire avancer vos idées sur la nécessaire refondation de notre système des AOC. Face à une palette de vignerons de caractère, j’étais dans mes petits souliers de technocrate parisien. Je ne sais quel souvenir tu as gardé de cette rencontre François, mais pour moi ce fut un moment rare car, dans votre diversité, vos choix parfois abrupts, vos origines et vos parcours souvent singuliers, votre côté border line assumé, vous m’avez transfusé le supplément d’âme qui m’a permis de donner à la démarche qui a débouché sur la note stratégique « Cap 2010 » son architecture et une belle part de sa pertinence. Mon « espace de liberté », te dois, vous dois, ce petit héroïsme du quotidien qui me pousse à écrire, à vous écrire.

 

Au sortir de cette rencontre tu m’as donné ta carte de visite sur laquelle tu figurais – si tu me permets cette expression –  bras dessus-dessous avec ton âne. Sans que tu le saches, elle m’allait droit au cœur eut égard à mon amour pour cet animal trop souvent moqué (lorsque j’ai quitté Sarriette, l’ânesse compagne de mon périple de 8 jours en août 2001 sur une partie du sentier parcouru par Stevenson avec Modestine, j’ai pleuré). Par la suite nous nous sommes peu vus mais Marc et Patrick me donnaient souvent de tes nouvelles. Le lien de mon blog dont tu es un fidèle lecteur, puis de ton adhésion enthousiaste à l’Amicale des Bons Vivants accompagnée d’un prosélytisme rieur à L'Envers du Décor ton restaurant de St Emilion.

 

Pour ceux de mes lecteurs qui ne te connaissent pas je te laisse le soin de te présenter : « Je suis natif de St-Emilion et j'ai travaillé sur le domaine familial du Château Soutard pendant 28 ans  jusqu'en septembre 2006, date à laquelle ce domaine a été vendu par ma famille. En 2002, j'ai acheté quelques hectares de vignes dans les Corbières et en 2003, j'ai constitué un petit domaine viticole en bordelais, à quelques kilomètres de St-Emilion ». Astrid Bouygues, dans son Compte-rendu du colloque « Le vin dans ses œuvres », Revue PAPILLES n° 20, novembre 2001, p. 55 écrit : « S'il n'avait été viticulteur, cet homme qui a fait des études d'architecture aurait pu être forain, bateleur, harangueur. En tout cas c'est un magicien… » Mais j’avoue que le titre que je préfère c’est celui dont Le journal du Médoc t’a affublé : « Le baron rouge  du Libournais » Il me fait penser à celui de « marquis rouge » donné à Gaston Le Vaillant du Douet de Graville, qui a présidé de 1960 à 1968 la Confédération Nationale de le Mutualité et de la Coopération.

 

Reste le plus difficile, écrire sur ton vin, « le champ des murailles 2007 », trouver les mots justes sans que les mauvaises langues disent : il le couvre de fleurs – le vin bien sûr – parce qu’il se dit on ami, et patati sans patata… Avant d’en arriver à cette extrémité, pour tous ceux qui m’ont suivi jusque là je leur conseille de se rendre sur ton site de vigneron-aubergiste www.magazinvin.com qui est une petite merveille de simplicité et de convivialité, pour découvrir ta gamme :

–       la nature des choses

–       le champ des murailles

–       une affaire de familles


   

Sobres, en découvrant « Le champ des murailles », trois bouteilles habillées de gris, couchées côte à côte sur le beau présentoir de l’Ampelos, tel est le qualificatif, paradoxal pour un vin, que je leur aie attribué. Une sobriété synonyme de dépouillement, d’élégance simple et, sans moquer ceux qui l’emploient sans modération, minérale. Et pourtant, est-ce la volonté de la main du bâtisseur de la muraille ou le hasard, de l’agencement des pierres émerge une image florale : tournesol ou marguerite… ou celle d’un soleil levant. Cet assemblage de Grenache 60%, de Carignan 25% et de Syrah 15% est aussi beau à l’intérieur qu’à l’extérieur. Belle robe rubis profond, nez intense, puissant, bouche tendue – ça c’est pour de rire, pour faire jacqueduponien – fraîche, ronde et surtout qui vous donne envie de faire de ce vin le compagnon de votre repas. Merci François de ne pas céder à la mode des conseils d’appariement mets-vins, chacun fait comme il l’entend selon le moment, l’humeur ou le temps qu’il fait.

 


Comme tu peux le constater je ne suis pas très disert mais, bien épaulé par un pack de Bons Vivants, guidé par toi, je suis tout prêt à forcer ma nature de buveur assis, assis autour d’une table, chez toi, à l’Envers du décor, et à enluminer tes vins ou ceux des autres, comme savait si bien le faire Gaston Chaissac avec toutes les matières les plus humbles et à me sentir comme lui « en pleine verve désultoire ».


Dans cette attente, cher François, reçoit mon amitié.



Jacques

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Michel Smith 21/08/2009 00:54

Ce mec a le doux délire des poètes et en plus ses vins, dont je m'échine à garder les bouteilles vides pour agrémenter les rayonnages de ma bibliothèque, en plus, disais-je, ses vins sont bons. Je ne rate jamais une virée dans sa boutique de Saint-Émilion quand je suis en pèlerinage chez les Gascons. Chez lui, même le café vaut la peine d'être goûté !

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