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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 00:07

Depuis dimanche dernier, date à laquelle j’ai découvert dans la presse méridionale des articles faisant état de l’existence d’une enquête préliminaire menée par la Brigade de Recherche de la Gendarmerie de Carcassonne concernant « un soupçon de vaste fraude » sur des achats de cépage Pinot par un négociant de Carcassonne, la SAS Ducasse, auprès « d’une dizaine de viticulteurs et de caves coopératives ». Le nom de la coopérative, Sieur d’Arques, y est cité, je suis stupéfait par ce que j’entends ou lis.

Une remarque liminaire : il est inadmissible qu’alors que cette « affaire » n’en est qu’au stade d’une enquête préliminaire une « fuite », manifestement voulue, mette dans la nature des éléments de cette enquête. On ne peut parler de secret de l’instruction car le procureur de la République n’en a pas encore diligenté une. Les journalistes ne sont là que les « haut-parleurs » d’une « gorge profonde » qui se fait mousser au mépris de la déontologie de sa fonction. L’acte anonyme n’a rien de courageux, que je sache l’affaire n’était pas enterrée. Notre démocratie est bien malade et le sens civique bien émoussé pour que certains piétinent ainsi nos principes.

Écrire ce que j’écris ne préjuge en rien de la gravité des faits ni des responsabilités en cause. Simplement, je rappelle à ceux qui avec cynisme ou légèreté jettent en pâture des informations, par nature invérifiables par ceux qui les réceptionnent, que c’est pure lâcheté. En effet, lorsque je prends le cas de la coopérative de Sieur d’Arques, dont les dirigeants n’avaient même pas été auditionnés par les enquêteurs à l’heure où les articles furent pondus, la voilà sommée de s’expliquer à la barre de l’opinion publique. C’est une infamie ! Je ne souhaite pas à ceux, y compris les localiers qui pratiquent un amalgame douteux, de découvrir un jour leur nom jeté ainsi à l’opprobre du bon peuple. C’est la loi de Lynch.  

Le mal est fait. Le soupçon plane. Certains avec une jubilation malsaine profitent de la situation pour hurler avec les loups. Par bonheur, d’autres scandalisés par de tels procédés m’ont incité à écrire cette chronique. Je ne défends personne. Je plaide pour une administration sereine de la justice. Bien sûr certains feront remarquer, avec un sourire entendu, que ma plume est vive car les dirigeants de Sieur d’Arques sont de mes amis. J’en conviens, ils le sont et ils le resteront mais sachez qu’elle l’aurait été pour n’importe qui d’autre. Ma sensibilité sur cette question essentielle de la présomption d’innocence n’est pas de fraîche date, elle est au cœur de ce que mes parents m’ont inculqué : le respect des autres.

Dans une chronique de décembre 2006 mettant en cause des gens bien j’écrivais : « La justice des hommes doit s'exercer loin des passions, de la foule versatile et surtout respecter ses propres règles en évitant de jeter en pâture des citoyens présumés innocents. C'est l'honneur et la grandeur des démocraties que de tenir bon face aux dérives d'une société avide de sensationnel confortée en cela par des médias violant le secret de l'instruction.

Pour ma part, ayant dans l'affaire du Crédit Agricole de la Corse été entendu comme témoin - j'étais chargé du dossier Corse au cabinet du Ministre entre 1988 et 1990 - j'ai eu la désagréable surprise de découvrir sur l'internet, de la part d'un ragotier en mal de sensationnel, des insinuations et des sous-entendus basés sur une rhétorique imparable : toute personne qui entre dans le cabinet d'un juge d'instruction est un coupable potentiel. C'est très grave car le juge instruit à charge et à décharge, il fallait donc que ce magistrat puisse remettre les faits dans leur contexte en auditionnant toute personne en capacité de nourrir son dossier. Des directeurs du Ministère eux aussi avaient été entendus, mais ce n'était que du menu fretin pour les délateurs, un ex-directeur de cabinet de Ministre, ça fait saliver dans les chaumières. Dans cette affaire, j'ai eu droit, à une pleine page dans un journal local : le Monde, avec même un encadré, où mon témoignage transcrit dans le PV était soumis à un autre témoin mineur : Pierre Joxe, Ministre de l'Intérieur à l'époque, et Premier Président de la Cour des Comptes lors de sa déposition. Témoin j'étais entré, témoin je suis sorti et ma vérité valait celle d'un plus puissant que moi...Tout ça pour quoi ? Pour alimenter le populisme des tous pourris. Comme si le témoin d'un accident par le fait même de sa présence sur les lieux puisse en être jugé responsable.

Dans la vie que l'on vit, seuls les bras croisés, les yaka, les fokon, s'exonèrent à bon compte, lapident ceux qui agissent, qui prennent des risques, le risque de croiser des escrocs, de travailler avec des gens sans parole, le risque de faire dans le cambouis du quotidien, le risque parfois - et je l'écris - de faire le sacrifice de sa vie comme Lucien Tirroloni le président de la Chambre d'Agriculture de Corse du Sud, qui était mon ami, et qui a été lâchement abattu par des soi-disant « purs ». La santé d'une démocratie se mesure à la capacité des médias d'informer les citoyens sur la face cachée des « grands de ce monde » mais à la condition de tirer ses informations non des poubelles, des rumeurs d'officines, mais d'enquêtes sérieuses et vérifiées. Souiller, bafouer l'honneur d'hommes et de femmes innocents est trop souvent une marque indélébile, un sceau d'infamie intolérable. »

Je ne retire pas un seul mot de ce que j’avais écrit ce jour-là. Très sincèrement vous me feriez réellement plaisir si pour une fois vous sortiez de votre réserve car « ça n'arrive pas qu'aux autres ! » Bonne journée à tous. 



 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 17/02/2009 08:05

Ne généralisons pas. Il y a médias au pluriel et journalisme au singulier. Il y a des journalistes comme des vignerons qui font leur métier avec honnêteté. Il y en a même qui font de leur mieux pour que le vin soit positivement exposé que ce soit à la source ou dans les colonnes d'un journal. Il en va des journalistes véreux, comme des viticulteurs qui fraudent. Le monde est ainsi fait. Le plus grave n'est pas de dénoncer une fraude ou une tentative de fraude, mais de mettre des noms en pâture sans preuves, sans jugements. N'oublions pas cependant que la liberté de la presse est l'un des fondements de nos sociétés démocratiques. Et quand il y a des abus, des dérives, cela peut-être effectivement triste pour notre société et grave pour notre démocratie. Les victimes des rumeurs dans cette dernière affaire devraient consulter leurs avocats et voir dans quelle mesure ils ne peuvent pas faire condamner ceux qui ont exposé leurs noms dans une affaire non jugée. Enfin, je ne suis pas juriste...

olivier Nasles 16/02/2009 22:20

Je suis vraiment atterré par la bêtise humaine. Les médias, cette masse informe et irresponsable, puisqu'ils ne sont pas UN, s'arrogent tous les droits y compris celui de rendre la justice avant même que l'enquête préliminaire ne soit terminée. Je ne voudrais pas être à la place des deux ou trois personnes qui se sont permis de lancer une telle information, et si, par malheur ou par honte, j'étais à leur place, je dormirais mal.

CETTE IRRESPONSABILITE ASSASSINE !
Se targuant de faux conditionnels, il y a au moins deux irresponsables dans cette affaire, celui qui a transmis la soit-disante information et celui qui a osé la relayer. Mais que risquent-ils ? Rien bien cacher derrière l'anonymat de la machine du groupe Hersant qui se frotte les mains de voir les tirages de leur journal monté.
Ils sont irresponsables au moins à trois niveaux : D'abord au niveau humain en mettant en cause l'honneur de personnes qui jusqu'à ce jour n'avait jamais failli à leur tache. Peu importe, Jacques, que ce soit des amis ou pas, la rumeur fait toujours plus de dégats que la vérité.
Ensuite Irresponsable au niveau Economique, c'est vrai que cette belle région du Languedoc se porte tellement bien qu'elle peut se tirer une balle dans la pied. C'est vrai que les réussites économiques dans le Languedoc se ramassent à la pelle et qu'en casser une n'a que peu d'importance. A moins que, justement, ceux qui ont échoué ne prennent leur pieds en détruisant les autres.
Enfin Irresponsable au niveau de l'image que va donner la France du Vin à travers un tel étalage. Loin de moi l'idée de défendre des fraudeurs mais encore faudrait-il que la fraude soit avérée et que les responsabilités établis. Je connais les dirigeants de Sieurs d'Arques et je ne peux imaginer une seconde qu'ils aient sciemment fraudé. Quel intérêt aurait-il eu de prendre le risque mettre en péril la réussite de leur Groupe Coopératif pour vendre quelques hectolitres de VDP d'Oc.
Non vraiment, je suis triste de constater que la bêtise humaine puisse s'exprimer de la sorte mais malheureusement, je suis certains que la "presse" n'accordera pas la même place à un non-lieu. Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne.
Avec toute mon affection pour Pierre et Alain.

Dominique Granier 16/02/2009 22:17

ecoeuré par ce journalisme,dégouté par cette fraude,il faut rester enthousiaste et jamais se décourager malgré l'adversité...merci Jacques pour ce pamphlet non exageré!le midi a encore besoin de toi.Pour certains responsables viticoles ,la conservation du pouvoir est plus importante que l'objectif visé... c'est triste,mais je suis confiant pour la generation de vrais vignerons qui arrivent. le bonjour aux hommes de limoux et amitiés a JP cathala

Iris 16/02/2009 12:40

Merci, Monsieur Berthomeau, pour cet article! J'ai vu la "nouvelle" sur ce "cas" annoncé dans les médias Allemands, avec la suffisance coutumière dans ces circonstances... J'ai essayé d'aller au fond de l'information, et j'ai trouvé, comme vous, qu'à la base n'était encore rien, qui aurait donné le droit, de diffuser des articles avec des noms, sans pouvoir élucider des faits derrière.

Mais, comme vous dites: le mal est probablement fait, et le vieux adage de l'homme, qui a vu l'homme, qui...a encore fait ces mauvaises preuves.

1ppy 16/02/2009 11:20

Martin Niemöller (http://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Niemöller):

"Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes
Je me suis tu, je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes
Je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les sociaux-démocrates
Je me suis tu, je n'étais pas social-démocrate.
Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs
Je me suis tu, je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester."

Je pense, Jacques, que tous ceux qui ont été un jour jeté en pature à l'opinion publique para la presse (la presse = journalistes mais surtout directeurs de redaction) vous remercient de ne pas vous taire (comme d'habitude :-D ).

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