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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 00:35

 

Dick, se pointait en tongs, à 15 heures pétantes, tout frétillant, enveloppé dans une blouse de lin immaculé, courte et vague, au col fendu offrant le spectacle de sa pilosité blonde abondante et frisée, qui bouffait sur un saroual du même acabit. Une vague sucrée de Shalimar accompagnait son entrée dans la cabine, entêtante. Il minaudait tout en agitant, avec des petits gestes précieux, un éventail sévillan. En le regardant se poser sur la pointe des fesses sur le canapé, telle une dame patronnesse venant prendre le thé chez ses consœurs, je ne pouvais m’empêcher de penser que sa présence sur un Mermoz entièrement dédié à la France rancie des petits épargnants détonnait. Cependant, comme il n’était pas là par hasard, je me promettais, au cours du traitement que nous allions lui faire subir, de l’interroger sur les raisons de sa présence sur cette croisière. Tout sourire je l’attaquais avec gourmandise : « ôte-moi tout ça mon beau, je te veux nu pour mater comment tu es monté… » Il gloussait et s’exécutait : « tu es un chef, toi, il est difficile de te résister… » Je me laissais aller dans un fauteuil alors qu’il se défaisait de son saroual en me lançant des œillades énamourées. Il portait un string, à l’époque on se contentait d’appeler ça un cache-sexe. Le sien, bien rebondi, affichait des dispositions certaines pour le pointage. Je claquais des doigts, impérieux. D’un pas chaloupé, il venait se planter face à moi et, de ses doigts fins, aux ongles manucurés, il libérait, presque à la hauteur de ma bouche, son sexe en érection. Je le rabrouai : « c’est ton cul qui m’intéresse. Retournes-toi ! » Soumis, il opérait un demi-tour gracieux.

Dick se cabrait. Ses mains s’assemblaient sur son sexe dressé. Il balbutiait : « non, non… » D’Espéruche se tenait dans l’encadrement de la porte ouverte de la chambre affichant un sourire carnassier environné de sa constellation de tics. J’interpelais le futur supplicié sur un ton rassurant mais sans équivoque : « Viens te rassoir ma belle… Nous devons avoir une conversation franche entre personnes de bonne compagnie… »  Pétrifié, ses épaules s’affaissaient et tout son corps se couvraient de chair de poule. Lorsque d’Espéruche le saisissait par le poignet pour le contraindre à s’asseoir il éclatait en sanglots. Son rimmel traçait des rigoles noirâtres sur la couche dorée de son fond de teint. Entre deux reniflements, il hoquetait : « vous n’allez pas me faire du mal… » Sa belle virilité subissait le contrecoup, il débandait. D’Espéruche requinqué par le spectacle retrouvait ses vieux réflexes de la coloniale « mais si, mais si, grosse truffe, on va te faire goûter au plaisir de l’entonnoir et de la gégène… » éructait-il en tapant du plat de sa main sur les cuisses nues de Dick qui rebandait de plus belle. « T’aimes ça ma salope ! » commentait-il égrillard. Je douchai ses ardeurs « remballes tes conneries ! La partie de touche-pipis n’est pas au programme des réjouissances… » Chloé se pointait un peu pompette dans la cabine. Dick couinait « c’est affreux… c’est affreux… »

Dick n’opposa aucune résistance. Nous n’eûmes même pas besoin de le cuisiner, son aptitude à trahir, à ne défendre que sa peau, lui fit préempter toutes nos exigences. Cet empressement fébrile n’augurait rien de bon sur la solidité de ses promesses. Au lieu de le lui faire remarquer je me contentais de mettre les points sur les i : « le jet des ordures par-dessus le bastingage en pleine nuit est une vieille coutume dans la marine marchande. Engraisser les poissons avec les rognures inutiles c’est participer au cycle de la vie : rien ne se perd tout se transforme Judas… » Sans faire de jeu de mots, Dick, se décomposait : « vous n’oseriez pas faire ça… » murmurait-il en agrippant la manche d’un d’Espéruche qui profitait de l’aubaine, en le repoussant, pour aller faire une incursion dans l’entrecuisse du désespéré et y stationner. « L’espoir fait vivre ma chatte mais je te conseille de ne pas dévier d’un millimètre car j’aurais grand plaisir à t’offrir en plat de résistance aux maquereaux de la Méditerranée… » Convaincu, le bellâtre, jura à nouveau ses grands dieux qu’il nous obéirait au doigt et à l’œil, qu’il ferait tout ce nous voudrions, que les mouches avaient changé d’ânes, mais il  se risqua tout de même à poser une question idiote : « vous êtes qui pour faire ça ? » Chloé, en lui balançant ses fringues sur les genoux, lui servait avec le plus grand sérieux : « des rouges, des buveurs de sang, des que rien n’arrête mon petit père. Souviens t’en ! Quand tout sera plié, tu n’auras rien vu, rien n’entendu, rien compris, sinon où que tu sois nous te retrouverons pour te faire taire. Compris ! » Dick opinait en roulant des yeux effarés.    

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Georges Lebouc 15/02/2009 21:25

Toutes mes félicitations pour cet article qui m'honore par sa qualité, sa pertinence et même par son impertinence !
Ce qui ne gâche rien, il est écrit dans la plus correcte des langues françaises, ce qui devient rarissime !
Merci donc et meilleures salutations

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