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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 06:00

 

Henri de La Rochejaquelein dans la bataille de Cholet, Paul-Emile Boutigny, 1899

 

Se moucher, l’irruption du Covid 19 dans notre vie quotidienne a fait de ce geste mécanique lorsqu’on est enrhumé un geste barrière contre la diffusion de la maladie.

 

Tousser dans son coude aussi, l’injonction des mères « mets ta main devant ta bouche si tu éternues » proscrite. Aux USA, il est de tout temps Interdit de tousser dans ses mains, sous peine de passer pour le gros dégoûtant de service : là-bas, on tousse dans son coude – ce qui donne l’impression qu’on embrasse son biceps. Pour les débutants, attention à ne pas rendre la manche de votre pull un lieu où fourmillent les bactéries en tous genres.

 

Comme j’adore les expressions surannées, je vous livre celle-ci qui colle parfaitement à la cohorte des toutologues sévissant sur les plateaux  des chaînes de télé en continue « Ne pas se moucher du pied, du coude… »

 

Donc, mon interrogation du jour : comment se mouchait-on avant l’apparition du mouchoir ?

 

Publié en 1530, en pleine Renaissance, le manuel de civilité d'Erasme, De civilitate morum puerilium dédicacé à Henri de Bourgogne, qui a fait référence pendant plusieurs générations dans nombre de pays européens, déconseille fortement :

 

  • de « se moucher avec son bonnet ou avec un pan de son habit »,

 

  • de même que de « se moucher dans sa main pour l'essuyer ensuite sur ses vêtements. »

 

« Si l'on se mouche avec deux doigts et qu'il tombe de la morve par terre, il faut poser le pied dessus. [...] »

 


Jean Avalon, Comment se mouchaient nos aïeux, in Aesculape, mars 1931 

 

Guitard Eugène-Humbert

Revue d'Histoire de la Pharmacie  Année 1931 

 

« Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le mouchoir n’est pas, comme la chemise, par exemple, une création de l’hygiène moderne. Il existait dans l’antiquité grecque, sous le nom de sudarion, èmitubion, èmicratès, et les élégants avaient coutume de le parfumer et de le porter avec ostentation.

 

À vrai dire nous ne savons pas si ces carrés d’étoffes luxueuses étaient utilisés par les Grecs comme nous utilisons les mouchoirs. Il est certain que le peuple se mouchait avec les doigts, et il semble que les élégants eux-mêmes, n’agissaient pas autrement, leur sudarion leur servant à éponger la sueur et probablement à s’essuyer après mouchage. Peut-être auraient-ils jugé répugnant de souiller ce linge comme nous le faisons.

 

Dans la Rome impériale qui, on le sait, avait hérité des mœurs grecques, le sudarium, appelé aussi orarium ou selabis, était aussi un complément indispensable de la toilette des jolies femmes, mais elles s’en servaient plus discrètement encore que les Athéniens ; la bienséance leur interdisait de se moucher en public et de quelque façon que ce soit.

 

Plusieurs textes du Moyen Âge démontrent que le mouchoir était, à cette époque, un objet de luxe ; en revanche il servait déjà comme aujourd’hui à recevoir le trop plein des narines. Au XVIIIe il commença à se démocratiser, ou, tout au moins à s’embourgeoiser, et c’est la mode du tabac à priser qui le mis entre toutes les mains : un refrain populaire au début de la Révolution, et que M. Avalon aurait pu citer, commençait par les mots : « Ton mouchoir, belle Raymonde. »

 

« Chez les Grecs  et les Romains, on ne connaît pas le mouchoir : on se mouche dans les doigts. Paysans et seigneurs du Moyen Âge se servent, eux, du revers de leur veste. Mais à la cour du Japon, au IXe siècle, les dames utilisent déjà des mouchoirs en papier de soie. Le mot « mouchoir » est cité pour la première fois en France  en 1559 dans L’Heptaméron, un recueil de nouvelles. En 1748, un décret fixe leur forme carrée  et même leurs dimensions, sous « peine de confiscation et d’amende » !

 

La France des normes et des amendes ne date pas d’aujourd’hui !

 

Ha, les mouchoirs de Cholet du pépé Louis et sa manière sonore de se moucher !

 

Ils étaient immenses… ça m’impressionnait…

 

En 1900, le chanteur Théodore Botrel se fait connaître grâce à son interprétation du « Mouchoir rouge de Cholet ». Il y met en lumière l’épisode marquant des Guerres de Vendée.

 

«…Fit de l'autre une cordelette

Pour pendre son sabre au poignet

Fit du troisième une bouclette

Sur mon cœur, ma mie Annette

... Et tout le jour les Bleus visaient

Le petit mouchoir de Cholet !»

 

Lors de la bataille de Cholet en 1793, Henri de La Rochejaquelein l'un des chefs de l'armée catholique et royale au cours de la guerre de Vendée, se bat avec une bravoure hors du commun portant trois mouchoirs sur lui : un sur son couvre-chef, un sur le cœur figurant le cœur vendéen, et un autour de la taille. Nul dans son armée ne devait le perdre de vue, et tous devaient savoir qu’il était en première ligne sur le front, fidèle à son ordre lancé aux troupes : « Si j’avance, suivez-moi. Si je recule, tuez-moi. Si je meurs vengez-moi! ».

 

Blessé dans la bataille, le mouchoir se teinte de pourpre, le sang du futur martyr des royalistes dans leur quête de sauvetage de la monarchie. Symbole tragique d’une mort annoncée qui survient le 28 janvier 1794 à proximité de Cholet. Le mouchoir gardera une empreinte rouge indélébile de cette journée macabre, qui le fera entrer dans l’Histoire.

 

le_mouchoir_de_cholet

 

Léon Maret, un industriel choletais, a découvert cette chanson dans un cabaret parisien. Il décide alors de lancer la fabrication du mouchoir tel qu’il est décrit dans la chanson. Coup de pub de l’époque, Léon Maret en envoie à Théodore Botrel pour qu’il en distribue partout où il passe. L’effet « boule de neige » se produit, ainsi naît le mouchoir rouge et blanc, Cholet devient la capitale du mouchoir.

 

Les mouchoirs n’ont pas toujours ressemblé à ceux d’aujourd’hui.

 

Leurs couleurs avaient toutes une signification et permettaient de reconnaître leur utilisation.

 

Le mouchoir de vendange -> violet

Le mouchoir de travail -> foncé

Le mouchoir tabatou - servant à « chiquer » le tabac -> jaune ou marron

 

« En 2003, Turpault, le dernier fabricant des fameux mouchoirs rouges de Cholet, met la clé sous la porte. »

 

 

« Mais en 1924, c’est la révolution, l’entreprise américaine Kimberley-Clark invente le Kleenex, un mouchoir carré de papier destiné au démaquillage qui va être détourné par le consommateur pour se moucher. Les premiers paquets de mouchoirs jetables apparaissent huit ans plus tard. ICI 

 

 

En 1966, en Alsace, le Français Ferdinand Béghin (à l’origine aussi de la marque de sucre Béghin-Say) transforme une ancienne cartonnerie en usine de mouchoirs en papier et lance la marque Lotus. ICI

Ferdinand Béghin, au début des années 60, est alors propriétaire d’une petite cartonnerie à Kunheim, en Alsace. D’un voyage en Floride, où les produits en papier sont monnaie courante, lui vient l’idée de transformer son usine pour fabriquer des mouchoirs en papier jetables. En 1966, Lotus est lancé. Ferdinand Béghin aurait choisi ce nom en référence à la douceur que lui évoquait la fleur de lotus. Aux mouchoirs, vient s’ajouter le papier toilette.

 

« Une révolution. À l’époque, les Français utilisaient du papier de soie marron ou du journal déchiré », explique Véronique Blot, responsable marketing papier toilette Europe du Sud chez SCA, propriétaire de Lotus depuis 2012.

 

Et même si Lotus appartient au géant suédois leader de l’hygiène en Europe, la marque reste 100% française. « L’usine de Kunheim est toujours en activité. C’est d’ailleurs ici qu’est basé le centre de R & D mondial de SCA pour le papier toilette », déclare Véronique Blot. Les produits Lotus sont aussi fabriqués dans deux autres usines françaises de SCA, à Gien et à Hondouville. Les trois sites emploient environ 1 500 collaborateurs. « 15 millions de mouchoirs sont fabriqués chaque jour à Kunheim. L’usine de Gien produit, elle, 2 millions de rouleaux de papier toilette par jour », ajoute la responsable marketing. »

Le 3 avril 2020

Les petits secrets des mouchoirs en papier ICI 

Pour en finir avec cette histoire de mouchoir, je dois vous avouer que lorsque naquit l’idée de cette chronique j’ai fait un nœud à mon mouchoir pour m’en souvenir :

 

  • Garçon, mon tabac ?

 

  • Ah ! pomme-de-reinette, je l'ai oublié… attendez, je vais faire un nœud…

 

  • Mais il y en a déjà un !

 

  • Le second est pour me rappeler le premier…

 

Source : 1854. Deux profonds scélérats (pochade)

 

Connaissez-vous l'origine de l'expression "Moucher une chandelle ...

 

Dans mon labeur d'enfant de chœur j'adorais moucher les cierges entre mon pouce et l'index...

 

Moucher une chandelle = éteindre la lumière

 

Cette expression date du XVIe siècle et plus particulièrement de l'époque baroque. Durant cette période, le principal mode d'éclairage était la bougie, mais aussi la chandelle : une mèche de tissu trempant dans du gras de mouton et de boeuf. Cette "lampe" pouvait ainsi durer plusieurs heures et pour l'éteindre, la mouchette (ciseaux à réservoirs) était indispensable.

 

La Nausée

- La citation titre est de Sartre, La Nausée, 1938, p.8

Image

Manger vos crottes de nez, c'est bon pour votre santé et voici pourquoi ICI

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commentaires

pax 20/05/2020 08:39

Ferdinand Beghin était un fils de famille de la haute bourgeoisie.
Son CV est élogieux et révèle la personnalité d'un homme de qualité assez exceptionnel.
Intéressé autant par le carton que par le sucre il s’est trouvé propriétaire de la
Cartonnerie de Kaysesberg. Le directeur de cette entreprisse entretenait, de longue date des liens d’amitié avec le père de la mouche du coche. Mais aussi professionnel car la Société Générale Alsacienne de Banque devait siéger au C.A de cette Cartonnerie représenté par la mouche du coche père. C’est ainsi qu’il a participé, après l’entré en jeu de Ferdinand Beghin, à la construction de l’usine de Kunheim. Cette usine fabriqua, tout d’abord des couches culottes jetables Lotus haut de gammes. Marie Hélène, sœur de la mouche, était chef de produit dans les années 70 chez Lotus et s’occupait du lancement de ce produit innovant en France mais destiné à concurrencer Pampers qui préexistait sur ce marché. Je me souviens de propos quelques peux cyniques tenus par ma sœur. « Curieusement, dans la Grande Distribution, et malgré le positionnement haut de gamme et plus cher que la concurrence, nos chiffres sont excellents » et de préciser que les jeunes maman veulent toutes ce qu’il y a de mieux pour leur bébé. Il faut dire qu’on était en pleines trente glorieuses. La France n’avait pas encore commencé à se paupériser et Les Leclerc et consorts commençaient seulement à prendre en otage et mettre en coupe réglée le domaine de la distribution en vendant leur camelote.« le moins cher »
Bien qu’étonné par la direction que prenait la vie de ma jeune sœur, je ne lui en ai jamais voulu. Elle n’a pas fait long feu dans ce monde tordu. Paix à son âme.
Aller, je range mon tire jus.

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