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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 06:00

Résultat de recherche d'images pour "les porcs et papa au japon"" Le photographe autodidacte Toshiteru Yamaji a suivi un fermier japonais pendant une période de 10 ans, pour saisir des instants de sa vie au milieu des porcs qu’il élève et qu’il chérit. ICI 

Hermès n’est pas une truie de rapport, elle n’avait montré aucun signe de chaleurs, n’avait jamais connue la saillie donc la mise-bas, elle coulait des jours heureux près de Rinco qui lui préparait chaque matin un pain au levain pétri avec des noix ou toutes sortes de fruits à coques.

 

Hermès avait le poil luisant, la queue toujours bien tortillée en tire-bouchon et un air continuellement réjouis, comme si elle souriait.

 

Rinco est une jeune femme de vingt-cinq ans qui perd la voix à la suite d'un chagrin d'amour, elle revient chez sa mère dans son village natal.

 

Rinco, doit se reconstruire après la fuite de son amoureux, parti sans laisser d’adresse avec toutes leurs affaires, il ne lui reste plus rien sauf la jarre de saumure de sa grand-mère. Puisqu’elle n’a plus rien, elle fuit la ville, retour aux origines, un retour à la mère qu’elle a quittée il y a plusieurs années déjà. La relation est houleuse, teintée d’amertume et d’ambiguïté.

 

Rinco aime faire la cuisine, elle décide donc d’ouvrir un restaurant dans le fond du jardin de sa mère. Dans un monde où tout va vite, son restaurant  elle le baptise l'Escargot car elle prend le temps de préparer des plats uniques pour, soit un seul client, soit un petit groupe, pour un seul service par jour. Elle cherche, avec un simple repas, à rendre les gens heureux, et elle y réussit.

 

 

Rinco est l’héroïne, la narratrice, d’un roman d’Ito Ogawa Le restaurant de l'amour retrouvé qu’une amie venait de terminer, émue, touchée, « j’en suis encore toute imprégnée » me dit-elle. « Tu me le prêtes ! ». Elle me répond « tu trouveras ça un peu mou, un peu mièvre… »

 

Résultat de recherche d'images pour "amour en japonais calligraphie""

 

J’ai lu ce livre en quelques heures, d'une traite, c’est beau, c’est tendre, c’est de la tendresse, c’est léger, touché, le rythme du récit est lent, la plume de l'auteure épurée, la poésie des gestes simples, récit d'un retour aux sources, d'un nouvel apprentissage de la vie et de l'amour. Rinco est généreuse et désintéressée, elle fait de la cuisine comme une consolation et un réconfort, mais aussi comme un don d'amour, plein de promesses. C’est sobre. Un art de vivre que nos sociétés de l’instantanéité feraient bien de retrouver.

 

Hymne aux produits locaux, une sobriété magnifiée, le goût des choses simples, ce que fait la main, être attentionné, chercher à  donner du bonheur aux autres… Ce n’est ni un hymne à la décroissance ou à un repli sur un temps révolu, c’est un choix a porté de ceux qui mettent leurs actes en conformité avec leurs idées, loin des slogans, des mots d’ordre, des chapelles, du prêt-à-penser…

 

Avertissement sans frais : il faut avoir gardé un cœur d’enfant pour aimer ce roman, les longues dents, les couteaux tirés, les meilleurs, les winners, celles et ceux qui maquillent leurs idées, doivent passer leur chemin.

 

Et puis un jour, sa mère, lui annonce qu’elle voulait manger Hermès.

 

Je ne vous dirai pas pourquoi, ce serait déflorer l’une des clés du roman.

 

Hermès était devenue comme une sœur pour Rinco.

 

Pigs and Papa Résultat de recherche d'images pour "les porcs et papa au japon""

 

« Un des tout premiers jours du printemps, nous nous sommes mis à deux, Kuma (ndlr le grand ami de Rinco) et mo, pour passer un collier de chien et une laisse au cou d’Hermès.

 

Dehors, il faisait si beau, le soleil riait dans le ciel bleu, les oisillons patauds battaient des ailes vers les nuages blancs, et pourtant, je devais accomplir un acte terriblement triste. »

 

[…]

 

« Sur l’étroit sentier de montagne où les plantes commençaient à bourgeonner, les yeux d’Hermès qui avançaient lentement, d’un pas mal assuré, avaient rétréci, enfoncés dans les orbites. On aurait dit qu’elle riait, ou alors, qu’elle luttait contre l’envie de pleurer en faisant semblant de rire. »

 

[…]

 

« Mais nous sommes arrivés à destination en un clin d’œil.

 

L’endroit, un corps  de ferme à l’abandon, appartenait à un éleveur qui était autrefois un ancien camarade d’école, un ami intime et un compagnon de beuverie de Kuma »

 

NDLR. Celui-ci, avait aidé son grand-père à tuer le cochon pour la maisonnée, et malgré l’interdiction de tuer les animaux d’élevage ailleurs qu’à l’abattoir, il continuait de mettre à profit son savoir-faire, et, plusieurs fois par an, lorsqu’un voisin le lui demandait, il se chargeait de dépecer un cochon en secret.

 

« Hermès savait. Elle savait, ou plutôt, elle avait tout compris. Son propre destin, bien entendu, mais aussi…, les tensions entre nous, et tous les sentiments contraires, impossibles à annoncer, qui m’agitaient.

 

Je me suis accroupie, j’ai cherché son regard et je l’ai longuement regardée dans les yeux. Plus que d’une vieille femme, son visage était celui d’un vieil homme sage et réfléchi. Sous les rayons du soleil haut dans le ciel, ses cils blancs luisaient. Ses longs sourcils évoquaient ceux d’un ermite.

 

J’ai déplié mes doigts crispés par la nervosité et, timidement, j’ai caressé sa joue. Son visage a pris une expression encore plus douce, elle a entrouvert la bouche comme pour sourire, puis elle a doucement fermé les yeux. »

 

[…]

 

« Elle s’est avancée d’elle-même vers Kuma et son ami qui attendaient. Les deux hommes l’ont fermement maintenue par-derrière.

 

- Rinco, c’est bon ? C’est vraiment la dernière fois, là, m’a demandé Kuma d’un ton bienveillant. »

 

[…]

 

- Oh hisse !

Les hommes synchronisaient leurs efforts en criant. Immobilisée, Hermès a été retournée, ses pattes de devant attachées ensemble avec une corde, puis celles de derrière. Un bâton glissé entre les pattes et elle a été soulevée.

 

Alors qu’elle était restée calme jusque-là, son instinct s’était-il réveillé, elle poussait des cris terribles. Des pleurs semblables à ceux d’un nouveau-né, des sanglots poignants comme si elle en appelait de tout son cœur à sa mère. J’ai fermé les yeux, mais je me suis bouché les oreilles, je me suis ouverte à elle de tout mon être. Sous mes yeux, elle a emportée par les deux hommes.

 

Après un rinçage sommaire à l’eau, Hermès a été accrochée à la branche d’un gros arbre dans la cour.

 

Elle était prisonnière mais elle vivait encore. Peut-être était-elle fatiguée de crier, ses grognements perçants avaient cessé, seule sa respiration saccadée me parvenait aux oreilles.

 

Ouvrant les yeux, je me suis lentement approché d’Hermès. À chaque respiration, son corps enflait comme un ballon de baudruche. Un seau était posé juste en-dessous d’elle, tout était prêt.

 

Ce jour-là, le responsable du dépeçage d’Hermès, c’était moi. Et c’était au responsable d trancher la carotide.

 

L’ami  de Kuma est allé chercher un couteau dans le hangar et me l’a tendu. Kuma, comme pour me dire de couper là, m’a montré d doigt l’emplacement de la carotide. D’un seul mouvement, en faisant le vide dans mon esprit, j’ai planté le couteau dans l’artère. Le sang a giclé comme un feu d’artifice, dessinant un motif dentelé sur la joue tannée de Kuma.

 

Hermès n’a pas souffert.

 

Ou plutôt, elle a sans doute eu mal, mais elle ne l’a pas montré.

 

Kuma et son ami n’arrêtaient pas de répéter : « Quel beau cochon ! » Dans les yeux creusés d’Hermès, semblables à des raisins secs, il me semblait voir des larmes perler, c’était insoutenables. Hermès a arrêté de bouger et elle était morte.

 

Au bout d’un moment, le sang qui irriguait son corps a rempli le seau. On le remuait sans arrêt avec un bâton, en faisant mousser la surface. C’était pour éviter qu’il ne se fige. Ce sang servirait à fabriquer du boudin.

 

Je ne voulais rien laisser perdre du corps d’Hermès, jusqu’à la dernière goutte de sang.

 

[…]

 

« À Okinawa, on dit que tout se mange dans le cochon sauf les grognements, et moi, à part ses yeux et ses ongles, j’avais décidé de tout cuisiner d’Hermès. »

 

Affaire à suivre dans un prochain numéro.

 

Étymologie

 

Buta sécrit en japonais avec le kanji qui représenterait un porc/cochon. Deux hypothèses permettent dexpliquer sa prononciation : la première concerne le bruit du cochon. Au Japon, on estime en effet que c’est buu buu (ブーブー). Il semblerait que dans beaucoup de langues du monde il commencerait par p ou b. Pour nous, cest groin groin, nous n’avons peut-être pas la même oreille ! Lautre hypothèse concerne la grosseur du cochon. Gros se disant futoi (太い) en japonais, on aurait obtenu avec le temps buta.

 

Quoi qu’il en soit, ce terme est assez général et peut vouloir dire “cochon/porc/truie/porcelet…” en fonction du contexte. En français, on réserve en général “porc” pour la viande et “cochon” pour l’animal dans le langage courant. Cette distinction n’existe certes pas en japonais mais on rajoute tout de même souvent le suffixe niku () pour préciser quil sagit de la viande. Butaniku wo yaku (豚肉を焼く) : cuir de la viande de porc.

 

 

Consommation de porc au Japon : focus sur Kyûshû !

 

ICI 

 

Le porc est une composante importante de la cuisine du sud de Japon. Aujourd’hui, le Japon reste le premier importateur de viande de porc au monde, avec 25% des importations mondiales ! Les Japonais consomment plus de porc que de volailles et de boeuf réunis. 

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commentaires

pax 18/11/2019 08:09

Encore le cochon ! ( 3 éme chronique pour cette année 2019 qui s'apprête à disparaître ) On connaissait l'amour du Taulier pour les vaches . Avec ce nouvel amour pourtant clairement revendiqué ( 10/09/11) c’est peut être un nouvel aspect de sa personnalité qui nous est révélé.
Un petit coté Saint François d’Assises ?

JACQUES BERTHOMEAU 18/11/2019 08:24

et ce n'est pas fini hi hi...

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