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2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 06:00
« Destruam et aedificabo » proclamait l’anarchiste Proudhon « Je détruirai et je construirai » : c’est la devise des écrivains qui se sont mis à boire après avoir vidé leur encrier, décidés à plonger au fond du gouffre pour trouver du nouveau.

Portrait de Sébastien Lapaque en 6 questions (L’Express)

 

  • Quel écrivain vous a marqué ?

Georges Bernanos 

 

  • Quel livre ?

En 2008, "l'Homme qui tombe" de Don DeLillo. Le roman contemporain, ce doit être ça. 

 

  • Quel lecteur?

George Steiner commentant "les Antigones".

 

  • Quel événement?

Ma rencontre avec le Brésil.

 

  • Comment écrivez-vous?

Avec un crayon de papier sur un cahier d'écolier.

 

  • Pourquoi écrivez-vous?

Pour les mêmes raisons que Fernando Pessoa : ? Porque a vida não chega?, "Parce que la vie ne suffit pas ".

 

 

« Du sublime au grotesque, du grave au doux, de l’amène au sévère, les ivresses dangereuses des écrivains et des artistes éclairent de manière puissante la situation qui leur est faite dans un monde chargé de misères.

 

Pourquoi les artistes boivent-ils ? Pour oublier ou pour se souvenir ? Pour se retrouver ou pour se perdre ? Pour vivre ou pour mourir ? Heureuses et malheureuses à la fois, solitaires et communautaires, apaisantes et excitantes, comiques et tragiques, leurs ivresses magnifiques et terribles sont l’occasion de tous les questionnements. C’est une expérience étrange de voir un créateur supérieurement qualifié, non commun à la multitude, habité par des rêves, poursuivi par des fantômes, l’intelligence pleine de lumière, décidé à suivre sa soif sans mesure en élargissant les proportions de son gosier aux dimensions de l’univers. On se lamente d’apprendre que le buveur est un grand peintre, un immense poète, un musicien génial ou un romancier prodigue ; on gémit de voir son geste destructeur se révéler constructeur. « Destruam et aedificabo », proclamait l’anarchiste Proudhon, né à Besançon, en Franche-Comté, jolie terre de vins jaunes. « Je détruirai et je construirai » : c’est la devise des écrivains qui se sont mis à boire après avoir vidé leur encrier, décidés à plonger au fond du gouffre pour trouver du nouveau.

 

Charles Baudelaire a magnifiquement évoqué cette immersion dans les « profondes joies du vin ». Dans l’économie intime du poète, l’ivresse permet à l’homme plein de gaieté d’échapper à l’angoisse, de s’élever au-dessus de lui-même pour accéder à la Beauté. Mais chez l’auteur des Paradis artificiels, comme chez Marcel Proust, qui seul a su magnifier les ivresses légères, le dérèglement s’apparente à une discipline, la dépense à une ascèse. L’ivresse baudelairienne n’est jamais une abdication devant la logique ou la détermination rhétorique. Elle en est l’expression la plus haute.

 

Il est peu probable que Charles Baudelaire ait vécu l’ivrognerie aussi brutalement que les saints buveurs dont l’histoire littéraire conserve pieusement les noms. Voyez Edgar Poe, l’auteur du Manuscrit trouvé dans une bouteille, terrassé par une crise de delirium tremens, à Baltimore, le 7 octobre 1849, peu de temps après avoir été incarcéré pour ivresse ; Fernando Pessoa, buveur solitaire de la rue des Douradores à Lisbonne, avigé d’une mélancolie dévastatrice, couché par une cirrhose à l’âge de quarante-sept ans ; Ernest Hemingway, vieille île à la dérive qui ne quitta plus jamais l’Idaho ; Antoine Blondin, devenu un littérateur impuissant après avoir pris l’habitude de s’ivrogner seul dans les bars du VIe arrondissement de Paris.

 

Chanter l’ivresse, voici l’épreuve !

 

L’ivresse n’est pas rassurante. Le désordre régénérateur qu’elle provoque terrorise les fonctionnaires, les magistrats zélés et les gardiens de la paix. Ivresse publique manifeste !… Article R. 3353-1 du Code de la santé publique !… Chez Rimbaud, elle fait peur. « Petite veille d’ivresse, sainte ! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t’affirmons, méthode ! Nous n’oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours. Voici le temps des Assassins. »

 

La suite ICI 

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