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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Rendez-vous était donné dans l’église d’Elisabethville prêtée par un curé sympathisant. (60)

L’heure de la contre-attaque avait sonné. La commémoration du premier anniversaire de l’assassinat de Gilles Tautin allait servir de détonateur pour libérer l’autonomie des ouvriers de Flins étouffée par l’alliance des chiens de garde syndicaux et des bureaucrates de la direction de la Régie. En souvenir du premier martyr de la longue marche version française la GP allait montrer concrètement aux forces capitalistes que les grilles, les nervis, les CRS, tout l’arsenal répressif, n’étaient pour elle que l’équivalent de la maison de paille des petits cochons. Le souffle brulant des larges masses allait balayer ces ridicules défenses. La violence insurrectionnelle, braise sous la cendre, exploserait, nécessaire et légitime. Bien sûr le détail de l’opération restait secret. Rendez-vous était donné dans l’église d’Elisabethville prêtée par un curé sympathisant. Cette fois-ci, le chef des opérations militaires déconseillait de se rendre sur le théâtre des opérations via l’autoroute de l’Ouest. July et Prisca Bachelet, la première fois, juste après le Pont de Saint-Cloud s’étaient fait cueillir par les gendarmes et embarqués pour Beaujon. Quant à Edern Hallier, il n’aurait pas à prétexter un départ «en week-end» à Deauville avec sa Jaguar car on avait omis de le mettre au parfum. Trop bavard ! Nous savions tout car l’immonde Gustave avait déjà bavé à son correspondant des RG. Les troupes de choc de la GP allait pénétrer de force dans l’usine de Flins et affronter l’encadrement. Ensuite, repli en bon ordre et évacuation par une tranchée d’égout à ciel ouvert. Ce vieux salaud de Gustave se marrait doucement car lui n’en serait pas alors que nous venions de nous jeter dans les pattes des frelons arythmiques.

 

L’atmosphère de la réunion, à la fois enfumée et chargée d’électricité, nous donna un avant-goût de ce qui nous attendait. Ça ne relevait pas de la folie ordinaire mais d’une forme très élaborée – le marigot étant très majoritairement squatté par des têtes d’œufs – de frustrations rancies. Que des mecs frustrés sexuellement, détestant leurs corps, qui tentaient de masquer sous leurs discours péremptoires leur impuissance. La clandestinité revendiquée, célébrée, abritait, réchauffait même, une forme étrange d’homosexualité de machos sans humour. Ces fils de bonnes familles donnaient l’impression de chercher à s’enlaidir, physiquement et moralement. Pitoyables ! Le statut « de seul prolo du Comité Exécutif de la GP »réservé à cette enflure de Gustave, par ces « petits-bourgeois-intellos », en disait long sur l’épaisseur de leur aveuglement et de leur indécrottable connerie. Ce gros postillonneur, trapu, ventru, hâbleur, tenait le haut du pavé. Ils l’écoutaient débiter ses « hénaurmités » dans un silence religieux, l’approuvait, le révérait, l’adulait telle une star. Gustave, archétype du prolo, péteur, roteur, ratiches pourries, tarin bourgeonnant, mains au cul des gonzesses, les rassurait. L’idée sous-jacente, pour eux, justifiant leur idolâtrie, était d’une simplicité biblique : « si d’authentiques prolos comme Gustave se rallient à notre cause c’est que nous sommes dans le vrai. Syllogisme de bac à sable digne de normaliens égarés dans une Révolution d’opérette.

 

Tassés en bout de table nous nous gardions bien d’intervenir. Benoît, analysait le fait nouveau qu’il venait de découvrir, ce vieux salingue de Gustave avait menti à son « agent traitant » des RG : il faisait bien parti du premier cercle entourant Pierre Victor, le « Raïs » de la GP. Ça confirmait leur analyse qu’il était plus facile d’infiltrer un prolo chez des intellos que l’inverse. Nul besoin pour ce pourri de Gustave de posséder leurs codes, leurs tics de langage, leurs références livresques, leur dialectique impeccable pour être admis, il lui suffisait d’apparaître modèle déposé, idéal, insoupçonnable donc, des « larges masses ». Là où Gustave les bernait c’est lorsqu’il minorait sa capacité d’influer sur le cours des évènements. Il comptait. Il pesait lourd et profitait de la situation sur les deux tableaux. En le regardant plastronner, Benoît comprenait mieux la portée de son avertissement à Armand lors de leur première rencontre Gare du Nord : «  Tu sais mec comme je suis un bon zig, et même si je m’occupe de ce qui ne me regarde pas, faut que je te dise que je ne comprends pas tout ce tintouin qui font pour cette bande d’enculeurs de mouches. Que des va-de-la-gueule ! Toi, je ne sais pas d’où tu sors, mais je t’aurai prévenu, faudra pas dire que t’savais pas, tire tes arpions de ce nid de petits frelons, y sont tellement cons qu’un jour y seront capables d’en faire des conneries. Tu vois ce que je veux dire… ».

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