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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Benoît occupait l'essentiel de son temps à l'observation des femmes mariées. Dans son bestiaire féminin, l'épouse, la jeune épousée surtout, présentait la supériorité d'être potentiellement pécheresse.  (8)

Lui, la belle gueule, grand ramier indifférent, il avait bonne mine avec ses conneries sur le potentiel d'amour des laids. Bourré de sommeil Benoît se sentait sale de l'intérieur, infect, rien qu'un pourri-gâté. Comme il détestait les petits matins blafards qui le glaçaient, lui donnaient envie d'un bol de café au lait à la cuisine, coude sur le formica, les pieds dans des charentaises, face à bobonne en robe de chambre ; s'enfouir dans la douce chaleur du foyer. S'offrir l'hôtel lui sembla le seul antidote à son état de minable lamentable. Pas n'importe lequel hôtel, la gamme au-dessus du bouge pour VRP en costume tergal, le genre un poil vieillot avec baignoire à gros robinets qui pissent drus. Le Terminus St Lazare lui allait bien. Vu sa dégaine crasseuse Benoît se l'offrit, en anglais, avec une poignée de dollars et juste ce qu'il faut de mépris. Le loufiat de la réception le traita avec les égards dû au duc de Windsor ; dans les taules de luxe ça marche à tout coup le coup du mépris.

 

Benoît s’éveilla sur les coups de cinq heures de l'après-midi. Revigoré, il se sentait prêt. Terminé la pente douce dans l'indifférence. Sans effort apparent, ni frustration, il décida d’adopter une abstinence sereine, rangeant les filles dans la catégorie des plantes d'ornements. Face à ce retrait, certains garçons de mon entourage en déduisirent, à tort, que leur heure était venu. Trop de poils, trop de muscles, trop facile, Benoît les éconduisaient en soupirant. De cette période de chasteté non contrainte il garda un souvenir de force contenue, forme la plus accomplie de la maîtrise de ce que ses frères de chaîne, les mecs, qualifiaient de besoins physiologiques. Chantal l'avait lavé des hantises sexuelles propres aux garçons de son âge. Sa réclusion n'avait pourtant rien de monacale, Benoît occupait l'essentiel de son temps à l'observation des femmes mariées. Dans son bestiaire féminin, l'épouse, la jeune épousée surtout, présentait la supériorité d'être potentiellement pécheresse. Son serment de fidélité, tel celui de chasteté des prêtres, la plaçait en première ligne de la tentation : la chair est si faible et le plaisir si fort.

 

Le clan des femmes, en chœur, avait toujours chanté ses louanges en avance, apprenait tout ce qu’il voulait... et lui de soupirer dans son for intérieur qu'il échangerait tous les prix d'excellence du monde pour le corps d'une de ces femmes mariées qui ne peuplaient que es rêves. Du haut de ses seize ans elles étaient inaccessibles. Pour une fois, son avance ne lui servait à rien, ces dames allaient chercher dans des bras plus puissants le plaisir défendu. Comment auraient-elles pu imaginer que ce grand gamin, même s'il était dépourvu d'acné, lorsqu'il pointait son regard noir sur elles, c'était pour les déshabiller avec une volupté dont les privaient leurs rustres amants ? Elles l'ignoraient. Ne pouvant pousser plus avant les feux de son désir, et comme il ne pouvait user de la puissance de sa plume, Benoît restait encalminé. Sur ses cahiers secrets il brocardait ces amantes s’abandonnant  entre des cuisses rustres. Quel manque d'imagination ! Benoît enrageait.

 

Tout près de la frontière, aux confins de son univers connu, Benoît attendait le jour où la vraie vie commencerait. Il était le clone de Giovanni Drogo, ce jeune ambitieux pour qui « tous ces jours qui lui avaient parus odieux, étaient désormais finis pour toujours et formaient des mois et des années qui jamais plus ne reviendraient... » Aux yeux du clan des femmes il croissait, en âge et en sagesse, dans l'étroit périmètre du bocage cernée de hautes haies, alors qu’il ne poussait vraiment que dans l'obscurité du Rex et du Modern. Perfusé par les yeux verts et le nombril de Debra Paget dans le Tigre du Bengale, par les bas de soie glissant sur les cuisses diaphanes de Catherine Deneuve dans Belle de Jour. Benoît se lignifiait dans le silence  de sa futaie. Jour après jour il accumulait la chlorophylle de la canopée sur le papier glacé des magazines de mode de sa mère. Il thésaurisait de la beauté pour gagner les centimètres qui le placeraient au-dessus du commun. C'était le bonheur de jours passés à regarder filer les heures, hors des limites du réel, avec pour seule ligne d'horizon la belle destinée qu'allait lui offrir la vie, au plus haut, à l'étage des seigneurs. Quand parfois le doute l'effleurait  allait-il pouvoir s'extraire de ce monde contraint ? – se parant des oripeaux d'Edmond Dantès, le trahi, le paria surgi de nulle part accomplissant son implacable vengeance ; les yeux topaze d'Yvonne Furneau l'irisaient...

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