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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Benoît résistait à l'attrait de leur riche couche, se vautrer dans le luxe, la luxure lui paraissait prématuré (9)

Ses premières années d'Université furent insouciantes et légères. Loin de ses terres originelles, libéré de ses entraves, Benoît papillonnait. Ses amours duraient le temps que durent les fleurs coupées. Moisson facile, il lui suffisait de promener sa grande carcasse dans l'amphi 2 de la Fac de Droit pour cueillir, sur ce vaste parterre, les plus belles pousses de l'opulente bourgeoisie nantaise. Le premier rang, celui des beaux genoux pour ce vieux satyre de doyen Bouzat, celui du gros bouquin de droit pénal, exhalait les effluves lourds de parfums mythiques. Pure économie de cueillette, pour le seul plaisir de les sortir, de s'afficher à leur bras, de jouer le chevalier servant attentionné au bar Cintra de la place Graslin, de petit déjeuner au Molière, de les sentir s'abandonner sous ses effleurements dans le noir du Katorza.

 

Même si vous avez du mal à le croire Benoît résistait à l'attrait de leur riche couche. Son refus obstiné s'appuyait sur une froide analyse. Se vautrer dans le luxe, la luxure lui paraissait prématuré. C'était le privilège des grands prédateurs. Mais plus encore, il craignait la chaîne dorée, ces colliers de perle de culture sur chemisier immaculé, sac Hermès sur kilt épinglé chassaient le mari. La modestie de ses origines constituait, certes, un handicap largement compensé par mon fort potentiel. Benoît attirait les lucioles ambitieuses. Il était un beau parti. Afin de ne pas céder à la tentation ou aux guets-apens des fins de soirée arrosée il coupait court. Au lieu de rompre, il se tirait.

 

Immature et cultivé, sur la route de l'ENA, Benoît observait avec un sentiment mêlé d'étonnement et d'intérêt, les premiers plissements, sous l'impact d'une poignée de trublions, du vieil habit universitaire, trop étroit, empesé par les mandarins, si poussiéreux qu'on avait le sentiment d'être confiné, enfermé dans un monde mort. Né dans l'eau bénite Benoît exécrait les chapelles et, comme le petit monde des enragés vivait en vase clos, avec des codes ésotériques, rabâchant la vulgate marxiste, pire encore, pour lui, les rares filles présentes dans leurs cercles cultivaient le dépenaillement et les cheveux gras, alors il se tenait à l'écart. Dans le camp des officiels, les bourrins du PC et les fachos de la Corpo se foutaient sur la gueule, bourraient les urnes et inondaient de tracts lourdingues les amphis. Ses belles plantes, à de rares exceptions – les filles d'avocats et de pontes du CHU compagnons de route des rouges - l'attiraient en des salons où, même un socialiste – objet difficilement identifiable en ces temps par la faute de Guy Mollet – prenait des allures de buveur de sang des filles et des compagnes, de bouffeur de curé sournois capable de piquer l'argenterie. Dans ces lieux cossus Benoît affichait le détachement d'un dandy, courtois avec le petit personnel, caustique et arrogant en présence de monsieur le Procureur de la République. Les mères frissonnaient. Les pères haussaient le sourcil. Les filles en redemandaient. On le tolérait. Sous l'ennui apparent de la France vu par Viansson-Ponté la tempête se levait.

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