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23 novembre 2017 4 23 /11 /novembre /2017 06:00
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.

Les salons sous la IIIe République étaient très nombreux. Le 29 mars 1885, Etincelle, la chroniqueuse mondaine du Figaro, passant en revue les salons aristocratiques, académiques et politiques, écrit : « Il y a dans Paris une centaine de salons-leaders qui marchent à la tête de l’opinion et prononcent des jugements ayant force de loi. »

 

Le Tout Paris de l’époque est plutôt retreint, à peu près 500 personnes.

 

« Un salon c’est d’abord une femme. Et, de préférence une femme qui a de l’esprit… C’est une institution régulière, fréquenté par des habitués… C’est une réunion intime, qui dure depuis plusieurs années, où l’on se connaît et se cherche… La femme qui a le mieux incarné cette institution c’est madame Récamier… Il faut attirer les gens d’esprit et les retenir. Il faut cajoler tout le monde et surtout savoir s’ennuyer, écrivait Mérimée. »

 

Comme j’ai l’esprit de contradiction j’ai choisi dans cette profusion une étrange institution, le plus restreint des cénacles littéraires, le dîner de Flaubert devenu dîner des auteurs sifflés ou dîner des Cinq.

 

Cinq, que du beau linge : Flaubert, Goncourt, Zola, Tourgueniev et Daudet.

 

Goncourt en parle pour la première fois le 14 avril 1874 : Dîner chez Riche… Un dîner de gens de talent qui s’estiment – et que nous voudrions faire mensuels les hivers prochains. On débute par une grande dissertation sur les aptitudes spéciales des constipés et des diarrhéïques en littérature ; et de là on passe au mécanisme de la langue française. »

 

Le 5 mai 1876, les Cinq mangent une bouillabaisse dans une taverne derrière l’Opéra-Comique : « On  est, ce soir, note Goncourt, causeur, verveux, expansif. » Tourgueniev parle de la Russie : « Il y a chez moi une petite maison en bois, le jardin est planté d’acacias  jaunes – nous n’avons pas d’acacias blancs. À l’automne, la terre est recouverte de gousses, qui crépitent quand on marche dessus… » Flaubert raconte un souvenir d’enfance. Il était amoureux d’une petite fille et rêvait de lui « donner son cœur » au sens propre : il avait imaginé que son père, qui pratiquait des opérations, pourrait lui ôter le cœur pour qu’il soit apporté à la petite fille. De l’enfance on passe au sexe, grâce à Zola qui déclare son enfance « pervertie, dans un mauvais collège de province ». Tourgueniev répond par un récit de scène érotique dans un cimetière. Daudet affirme brutalement qu’il séduit les femmes en les avilissant, quelles aiment les mots orduriers, qu’il faut les traiter en putains. Tous sont « cochons » et fiers de l’être, même si Flaubert doit faire des efforts car il est plus sentimental que ses camarades. Le même genre de conversation revient sans cesse. Ainsi le 28 janvier 1878 Tourgueniev, en « barbare qui ne fait l’amour que très naturellement », s’étonne des perversités contées par Daudet. Quand on lui demande la sensation d’amour la plus vive qu’il ait éprouvée, il évoque la jolie femme de chambre de sa mère – une esclave – qui l’avait saisi par les cheveux de la nuque en lui disant : « Viens ! » Zola se plaint d’être hanté par le désir de coucher avec une jeune fille et s’imagine en cour d’assises.

 

Le dîner des Cinq finit par avoir lieu chez l’un d’entre eux. Le 9 mars 1882, c’est Zola qui les accueille, avec un menu approprié aux gourmets qu’ils sont : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée. Ce dîner raffiné est l’occasion d’une conversation inhabituelle « sur les choses de la gueule et l’imagination de l’estomac ». Tourgueniev promet de leur faire découvrir le meilleur gibier du monde, les doubles bécassines de Russie, puis leur raconte longuement la dégustation d’une bouteille de vin du Rhin dans une auberge allemande. Tous ces moments de plaisir sont, bien entendu, ponctués par des plaintes sur leur « chien de métier » et sur la douleur que leur cause la moindre critique. »

 

 

Extrait de Les salons de la IIIe République d’Anne Martin-Fugier

 

 

La mort de Flaubert, en mai 1880, brisa la sociabilité du groupe qui eut de la peine à se reconstituer. Le 10 avril 1883, Goncourt annonce une nouvelle tentative : « L’ancien dîner, que Zola, Daudet et moi faisions avec Flaubert et Tourgueniev, recommence aujourd’hui avec Huysmans et Céard. » Huysmans et Céard faisaient partie, avec Léon Hennique, Paul Alexis, Maupassant et Octave Mirbeau, du dîner des Six, fondé sur le modèle du dîner des Cinq. Ces jeunes auteurs naturalistes offrirent à Flaubert, Zola et Goncourt, le 16 avril 1877, un dîner au cours duquel ils les déclarèrent « les trois maîtres de l’heure présente ».

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