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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 06:00
Attelage de deux boeufs de l'Aubrac, 1300 kg pièce !

Attelage de deux boeufs de l'Aubrac, 1300 kg pièce !

Ce matin Christian Jacob, président du groupe les Républicains à l’Assemblée Nationale était l’invité de France-Inter. Son statut d’ex-paysan de Seine-et-Marne et d’ancien Président des Jeunes Agriculteurs faisait de lui un interlocuteur intéressant face à ce que l’on nomme, à tort, « la crise de l’agriculture ».

 

Il fut à la hauteur, la sienne, celle d’un maquignon retord, sans envergure, oublieux de ses propres responsabilités. J’ai croisé Jacob président du CNJA alors que se négociait la première réforme de la PAC à laquelle le jusqu’au-boutisme de la FNSEA de François Guillaume nous avait acculés. À l’époque la FNSEA était présidée par Raymond Lacombe, aveyronnais, dernier représentant du courant jaciste (jeunesse agricole chrétienne) et successeur de François Guillaume devenu Ministre de l’Agriculture. J’ai de toute ma carrière jamais vu un dirigeant agricole aussi inconsistant, incapable d’assumer, de faire des choix clairs.

 

Lorsque Raymond Lacombe se retira, il combattit le candidat de celui-ci, un céréalier modéré de la Marne pour soutenir Luc Guyau, producteur de lait en Vendée (avec qui j’ai fait mes études agricoles à la Mothe-Achard) à l’échine plus souple, bon apparatchik syndical. Avec lui la FNSEA maintenait sa ligne, celle dont nous récoltons plein pot les effets aujourd’hui.

 

En 2001, rebelote, Périco Légasse, dont je ne partage pas toutes les analyses, mais qui a de la mémoire, écrit à juste titre :

 

« Bien entendu que la FNSEA n'est pas seule coupable. Il y a d'ailleurs au sein de ce syndicat, notamment des fédérations départementales (FDSEA), des adhérents qui ne partagent pas la stratégie nationale et se sont battus pour empêcher les dérives ayant conduit à la tragédie actuelle. La FNSEA n'est pas un bloc. Au moment de succéder à Luc Guyau, en 2001, deux candidats s'opposèrent lors de l'élection à la présidence du syndicat, Jean-Michel Lemétayer, continuateur de l'option productiviste, représentant des éleveurs, et Dominique Chardon, porteur d'une vision nouvelle de l'agriculture soucieuse de respect environnemental, producteur bio dans le Gard. Le premier l'emporta. En 2010, ce fut la victoire du lobby céréalier, avec Beulin. »

 

À cette époque le sieur Jacob avait quitté le navire syndical et sa ferme pour entrer en politique et récolter l’héritage d’Alain Peyrefitte à Provins.

 

Tout cela pour souligner, loin de toute prise de position politique, qu’il est vraiment le plus mal placé pour instruire un procès à l’actuel Ministre dont, par ailleurs, je reproche son absence d’anticipation de la crise laitière. Rappelons tout de même que la fin des quotas laitiers s’est déroulée dans un paysage laitier de vaches grasses : prix élevés et perspectives d’export soi-disant illimités.

 

Rappelons aussi à Mr Jacob ce qu’écrit dans Jours de Pouvoir Bruno Le Maire prédécesseur rue de Varenne de Stéphane Le Foll :

 

« Dacian Ciolos ne cache pas à François Fillon les difficultés de la régulation des marchés en Europe : « Le problème monsieur le Premier Ministre, c’est qu’il est plus difficile de mettre en place de nouveaux instruments que de modifier des instruments existants. Or on a tout libéralisé dans la PAC. Tout. » Il ajoute malicieusement : « Le plus souvent avec l’assentiment du gouvernement français. »

 

Chacun doit assumer sa part de responsabilité, ce serait à l’honneur de la classe politique de la faire mais l’amnésie arrogante est la règle.

 

 

Cette césure entre deux agricultures vient de loin et je vous propose de lire ce qu’écrivait, en 1967, Gordon Wright, chef du département d’histoire de l’Université de Stanford, Californie, dans son livre « La Révolution Rurale en France »

 

« Et pourtant ces problèmes étaient aussi réels que chroniques. Les années du redressement agricole de l’après-guerre avaient en fait agrandi le fossé entre les régions d’exploitation modernisées et celles d’exploitations sous-développées, entre ce qu’on commençait à appeler « les deux agricultures de la France » ; et les anomalies du système commercial français produisaient des effets analogues. Les producteurs du « secteur libre » (viande, lait, fruits et légumes) se trouvaient exposés à tous les hasards d’un marché fluctuant, tandis que les producteurs de céréales et de betterave sucrière se prélassaient à l’ombre protectrice des organismes gouvernementaux de régulation de marché. Entre les deux, les viticulteurs bénéficiaient dans une certaine mesure de la protection gouvernementale. La plus grande partie des céréales et des betteraves était produite par de grandes exploitations modernisées du Bassin Parisien et du Nord-Est – c’est-à-dire justement par ces producteurs qui avaient joué un rôle prépondérant à la FNSEA. Comme le fossé entre les « deux agricultures » ne faisait que se creuser, beaucoup de petits paysans commencèrent à croire qu’ils étaient en train de devenir les victimes non seulement de leurs ennemis citadins, mais aussi de leurs dirigeants syndicaux.

 

Les dirigeants de la FNSEA niaient que le syndicat fût un outil aux mains des gros exploitants. Ils insistaient sur le fait que plusieurs des principaux responsables de la FNSEA étaient eux-mêmes de petits ou de moyens exploitants, et comprenaient donc les problèmes de la petite paysannerie. De plus, alléguaient-ils, bien des ressources financières du syndicat agricole provinssent des régions de grande exploitation, les régions de petite exploitation disposaient de la majorité des sièges au Conseil National ; en effet elles recevaient un traitement en faveur, car bien que le nombre des adhérents y fût en déclin après 1950, on les autorisa à conserver la totalité de leur représentation dans les organismes centraux de la FNSEA. »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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le Taulier pour 1 grand lecteur 01/03/2016 10:47

Nuits St Georges : 3 GD : Intermarché, Colruyt, Carrefour Market, 2 hard discounts, 2 chaînes de boulangerie, et un lidl comme marché de proximité en centre ville. Le boucher a fermé. Canton de 10 000 habitants, dont parmi les plus gros revenus de France (Vosne-Romanée, Chambolle).
Donc, ce n’est pas qu’une question de revenu. C’est une question de mentalité, des producteurs, des distributeurs et des consommateurs.

L’illusion de la distribution directe : la ruche qui dit oui and co. On sait en viticulture que c’est une impasse. On l’a pratiquée.

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