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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 07:00
Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée, suite à l’échange entre Olivier de Moor et Michel Bettane, interroge ce dernier.

C’est très simple Olivier de Moor et Jean-Yves Bizot, tous deux vignerons, sont des amis, nous échangeons souvent entre nous, par courriel, sans que pour autant je publie nos courriers. Aujourd’hui, je prolonge la chronique du 8 avril « Dans les AOC on n’est pas là pour rigoler. On endosse un uniforme. Échange épistolaire entre Olivier de Moor et Michel Bettane » en vous proposant les réflexions et les questions que Jean-Yves Bizot transmet à Michel Bettane car elles me paraissent dignes d’intérêt.

 

Bonjour Michel,

 

Olivier de Moor, un ami, m’a transmis vos réponses du 22 mars à ses mails.

 

Vous ne devez pas être sans vous douter, du fait de votre position, que vos réflexions ne peuvent que circuler. Même si elles ne sont qu’une réponse rapide, peut-être trop rapide – et c’est pour ça que ces messages sont révélateurs- elles contiennent en filigrane des éléments inquiétants. Ils ont généré chez moi un grand malaise, et continuent à le faire.

 

Malaise intellectuel, déjà, avec ce que sous-tendent vos propos. Malaise aussi presque physique d’enfermement, d’étouffement. Ce qui devrait être paradoxal, puisque vous invoquez la sacrosainte liberté d’expression, que vous revendiquez. C’est la raison pour laquelle j’interviens pour essayer de mieux comprendre vos idées.

 

Je reprends les points en suivant votre présentation.

 

- L’objectif de votre guide : jusque-là rien à dire si ce n’est que… en 2005 lors d’une dégustation à l’IPNC à Mcminnvill, vous nous avez expliqué que le critique n’était pas libre, contrairement à l’amateur. Vous justifiiez par cet argument votre jugement négatif sur un vin, jugement non partagé par l’assistance. Jugement qui était certainement étayé mais dont les fondements lui (nous) échappaient. Propos qui m’ont interpellé à l’époque : si la critique n’est pas libre, qui l’est alors ? Sous une autre forme, Pierre Antoine Rovani m’avait dit sensiblement la même chose : « nous devons respecter nos lecteurs ». Autrement dit, « nos clients ». Ce n’est absolument pas un jugement, simplement un constat, qui réduit la liberté d’expression à un avatar assez souffreteux de la liberté de pensée. Mais qui nous réunit aussi, puisque lorsque l’on fait du vin, malgré ce qui pourrait sembler des libertés peut être abusives, en face, il y a des clients.

 

- La dégustation à l’aveugle comme moyen le plus loyal de juger les vins ? Il doit certainement en y avoir d’autres, et j’ai du mal à considérer l’ignorance comme un moyen d’accéder à l’objectivité. Sauf à considérer à la toute fin que le vin n’est qu’un produit. Ce que vous semblez d’ailleurs agréer, surtout lorsqu’ils sont d’appellation, semble –t-il. J’y reviens un peu plus loin.

 

- « Les vôtres ne sont pas des vins d’auteur… que de nombreux producteurs ont tendance à oublier » : nous sommes dans le cœur du problème. Déjà, cette simple phrase sue le mépris, la condescendance à la limite du supportable. Mais passons sur ce jugement un tantinet supérieur pour aller plus avant. D’autant que sur votre blog, un article intitulé «Critique du Journalisme de Promenade» vous étranglez cette idée que le vin soit une œuvre d’art. Avis que je partage entièrement.

 

Il y a deux aspects dans votre propos :

 

- Le premier, c’est que vous ne répondez finalement pas à la question d’Olivier : il se place dans à un échelon supérieur, bien en amont de l’appellation et du cahier des charges. Or la question est un problème fondamental, sur lequel nous devons tous nous interroger, presse comprise : peut-on continuer à produire avec les méthodes actuelles ? Ce n’est pas qu’une vision idyllique de la nature sans pollution, sans risque, mais déjà un problème de société. C’est donc une question qui dépasse largement le cadre réduit de l’appellation ou du cahier des charges, mais qui engage là, véritablement puisque vous l’invoquez, la Nation : politiques, citoyens, producteurs, journalistes. Question sur laquelle nous achoppons tous.

 

- Le deuxième, c’est cette notion de vins d’auteur – puisque finalement, il semblerait qu’il en existe – qui n’appartiendraient pas à l’appellation. Au nom d’un argument souverain : l’appartenance à la Nation. Nation donc coercitive, castratrice, inhibitrice ? Qu’est-ce que c’est que cette nation ? « Liberté » est le premier mot de la devise de la Nation. Cette distorsion de la notion de liberté se retrouverait aussi dans vos propos sur la manière de faire du vin : pour en faire en somme, il suffit de respecter le Cahier des Charges ? En substance, donc pour être un bon écrivain, je ne dis même pas un auteur, il faut respecter la grammaire, l’orthographe, et les règles de typographie. C’est suffisant. Je ne pense pas que vous soyez assez naïf pour croire à de telles choses ? L’appellation, en dépit de son cahier des charges, est nécessairement un espace de liberté. C’est cet espace de liberté que protège aussi le cahier des charges. Comme la liberté d’expression protège la liberté de pensée. Sinon, l’AOC est morte. Si c’est l’inverse qu’il protège – le conformisme, le grégarisme, la médiocrité au sens premier - il transforme le vin en article : celui-ci devient juste alors le résultat d’une suite d’opérations obligatoires, pas forcément cohérentes. Vous connaissant un peu, je ne crois pas que ce soit ce que vous défendiez. D’autant que poussé à l’extrême, cette orientation rendrait votre métier caduc.

 

- « Tout chablis en revanche doit être comparable » : c’est exactement le problème d’Olivier. Que comparez-vous ? Un même cahier des charges, respecté. Olivier s’inscrit dans celui-ci, à 100 %. Oui, ça marche. À ce niveau, c’est comparable. Mais qu’y a-t-il en amont ? Est-ce comparable ? Ce qu’il y a au-delà de l’appellation… C’est là-dessus que j’aurais aimé avoir votre avis.

 

Vous avez écrit il y a quelques années un article intitulé «les bio-cons». Quelques années auparavant, jeune loup solitaire, vous publiiez un article qui a fait date sur le niveau des vins et l’état du vignoble en Bourgogne. Ce que nous avons vécu techniquement comme transformation ces 25-30 dernières années, on le lui doit, en grande partie. Entre les deux, toute une histoire. J’aimerais croire que ce ne soit pas celle d’un enfermement.

 

Sincères salutations,

 

Jean-Yves Bizot

 

Domaine Bizot

9 rue de la Grand’Velle

21700 Vosne-Romanée

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

franck 10/04/2015 12:07

même si je partage votre avis quant aux méthodes et a l’éthique de la production qui effectivement pourraient être rendues plus visibles et lisibles par nos prescripteurs. il vous faut relativiser votre approche dans un contexte vinicole plus global. vous avez quand même la chance d’être dans des appellations mondialement connues et plébiscités par la presse et les professionnels du vin (journaliste compris dont celui de ce blog). nous sommes loin de ces débats de nantis, car nous devons seulement tenter d'exister dans votre panthéon. Faire des vins d'auteur, que vous semblez un peu mépriser, ou faire des vins d’appellation, pour nous il n'y a pas d'antagonisme, nous y mettons les mes convictions.

Bizot 13/04/2015 18:43

Nous disons ou nous pensons la même chose, je crois. Le regard que je porte sur la viticulture s'inscrit dans un contexte global, pas dans le cadre de mon appellation prestigieuse. Je ne polémique pas sur les bonnes ou les mauvaises pratiques, simplement je m'interroge sur l'absence d'interrogation de la presse face à ce problème. Il s'agit de regarder lucidement l'impasse dans laquelle nous nous dirigeons et de poser les problèmes pour les affronter. Je ne dis rien d'autre. Nous avons tous à y gagner. Si cela vous semble un débat de nantis, là, je ne comprends pas.
Non, je ne méprise pas les vins d'auteur, au contraire ; ce n'est pas moi qui trace une limite. Les vins d'auteur ont leur place naturelle dans l'appellation, et ce quelque soit l'appellation.

JACQUES BERTHOMEAU 12/04/2015 14:54

je ne suis qu'un consommateur de vin qui achète ses vins et je ne distribue pas de points... je dis ce que je pense et nul n'est obligé de me lire... oui j'ai le droit de dire... et pour vous oublier encore faudrait-il que je vous connaisse... je n'en suis pas là fort heureusement...

franck.schisano@orange.fr 12/04/2015 14:47

pour quelqu'un qui veut de la douceur dans un monde de brutes
on peut dire que vos commentaires sont pour le moins singuliers.
alors pour vous répondre je ne vais pas mettre d'eau dans mon vin.
ça tombe bien j'aime la franchise "brute".
vous êtes quoi alors ?
ou qui ?
de quels faits vous parlez ?
"le fait" du vin c'est mon quotidien pas le commentaire.
continuez a vous auto commenter et a distribuer des bons points
moi je me contente du faire.
qu'il vous plaise ou pas.
mais comme c'est vous qui détenez la vérité semble t il
je vous laisse a vos commentaires
ah oui un détail, oubliez moi dans votre prochaine chronique assassine. (je vous vois déjà en faire le support de votre prochain post)
et surtout ne goutez jamais un de nos AOC vous pourriez être indisposé par le nom de "l'auteur".
a boire avec modération bien entendu.

JACQUES BERTHOMEAU 10/04/2015 12:14

et je crois que vous êtes largement à côté de la plaque... les convictions n'ont rien à voir avec les faits...

JACQUES BERTHOMEAU 10/04/2015 12:12

je ne suis pas journaliste...

MASSOTTE 10/04/2015 07:59

Vins Comparables ? Puis-je me permettre un petit commentaire ?
Pour faire simple, dans la nature proche de l'Homme, il faut considérer le physique, le chimique, le biologique (ici le cerveau qui analyse et interprète des signaux) et le cognitif .
Avec la réglementation, on est dans le physique (avec, bien sûr des interactions sur les autres parties) . Avec le chimique, on joue sur plus de 800 molécules qui interagissent entre elles dans le vin, parfois à des quantités infinitésimales, et avec des effets de feedbacks incommensurables.
On ne peut donc définir, à partir des seules mesures physico-chimiques la qualité organoleptique d'un vin.
De même; on ne peut faire de prévisions sur son évolution ( à quelques grosses caractéristiques près) pour les mêmes raisons (car on rajoute des paramètres dynamiques et l'effet de l'environnement).
. Dans les Années 80's, j'avais piloté un projet sur ce sujet, chez IBM, pour un "certain" cru ! On avait utilisé de puissants moyens de calculs, mais le problème est simple: il est actuellement impossible de modéliser une telle complexité et on ne peut générer que du chaos (au sens déterministe du terme).
Par contre , en marketing, les modèles sont plus simples car on se limite seulement à quelques caractéristique (quelques dizaines) avec de fortes amplitudes. On sait donc faire (en partie) de la SEGMENTATION de clientèle ou de comportements.
Sans faire de la provocation, mais en essayant de comprendre, peut-être est-ce ce que l'on recherche à faire, parfois, pour faciliter le travail de sélection et d'approvisionnement d'une certaine clientèle de consommateurs, ou optimiser des circuits logistiques (au sens global du terme) ?

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