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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 09:10
CHAP.18 en vrac, «L’amour est dans le prêt et la vérité est tailleur» le nouveau père la rigueur se révèle âpre au gain, grippe-sous, minable jusque dans ses regrets…

Bien plus que le fameux cabinet noir de l’Elysée « révélé » par Bienvenue Place Beauvau, le livre coécrit par Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, qui, selon le châtelain de la Sarthe, lui ferait que des misères en le mettant à nu, puisqu’il a dû renvoyer les fameux costars sur mesure, c’est le buisson ardent de François qui fait jaser le Tout Paris.

 

Le 6 avril 2014, durant le Marathon de Paris, François Hollande s’est retrouvé bloqué en voiture porte d’Auteuil à cause d’un terrible embouteillage.

 

Inquiet de savoir le président de la République immobilisé trop longtemps au même endroit, le service de sécurité de ce dernier a contacté la préfecture de police de Paris et lui a demandé de fluidifier au plus vite la circulation.

 

La préfecture de police de Paris a alors demandé à une vingtaine de fonctionnaires qui « veillent en permanence sur les 5000 caméras vidéo de la police parisienne » de zoomer sur le cortège du président. Ces derniers se sont exécutés… et qu’ont-ils découvert?

 

Une scène bien loufoque et surtout, bien mystérieuse : « en grand format (…) sortant d'un buisson, François Hollande et … une jeune femme que le président va ensuite prendre en photo avec son iPhone ».

 

Voici ce qu'ont relaté les auteurs, avant d’ajou­ter que ce fameux dimanche 6 avril, «François Hollande et Julie Gayet se rendent à la Lanterne, l'ancien pavillon de chasse du château de Versailles, devenue résidence secondaire des présidents depuis Sarkozy. »

 

L’identité de la « jeune femme » du buisson étant donc facile à déduire, reste à savoir ce que faisaient les deux tourtereaux derrière ce buisson… » ?

 

En voilà une bonne question mais revenons à des choses sérieuses : la référence au suicide de Pierre Bérégovoy par François Fillon relève, pour moi, de l’ignominie la plus sordide. J’ai bien connu Bérégovoy lorsqu’il fut Premier Ministre, dans son bureau de Matignon, tirant sur son éternel petit cigarillo, il s’inquiétait de la montée de la grogne des paysans face à la première réforme de la PAC. L’homme était simple, intelligent, sensible, un peu complexé par son statut de je me suis fait tout seul dans un univers peuplé de têtes d’œufs, las d’arriver trop tard pour redresser la barre. Je l’aimais bien et je suis allé au Val de Grâce me recueillir, comme une foule d’anonymes, sur sa dépouille mortelle.

 

Béré comme nous l’appelions, c’était l’anti-Fillon, ce qui lui importait c’était d’être reconnu pour sa compétence, ses capacités à gouverner, tout le contraire d’un petit apparatchik âpre au gain, grippe-sous, minable jusque dans ses regrets…

 

« Né en 1925 à Déville-lès-Rouen, Pierre Bérégovoy a connu l’épicerie de ses parents, puis une petite et modeste ferme à La Vaupalière avant de devenir ajusteur en usine. Pendant la guerre, c’est cheminot à la gare d’Elbeuf qu’il entre dans la Resistance et rencontre Roland Leroy.

 

Après la guerre il s’engage dans le la vie politique et syndicale. En 1950 il est à Gaz de France, à Rouen, comme agent technico-commercial. Sur l’intervention de Tony Larue (le maire socialiste de Grand-Quevilly) il est muté en 1957 à Paris où il fera la carrière que l’on sait. »

 

C’est ce qu’on appelle l’école de la vie et non le petit fleuve tranquille d’un petit attaché parlementaire qui courbe l’échine, cherche l’ombre des puissants, trahit les mannes de son mentor Philippe Séguin, gère sa petite entreprise familiale en profitant de toutes las failles du financement public, s’acoquiner avec la France rance de la Manif pour tous et la lie réactionnaire de la France rentière représentée par le petit Bruno Retailleau minable clone de Philippe de Villiers.

 

Mon passé d’enfant de chœur en chef me permet d’exhumer mes référence en matière de contrition :

 

Soumis à votre réflexion à propos des remords, regrets de François Fillon : est-il en état de contrition ou d’attrition ?

 

L’église catholique établit deux degrés dans le remords :

 

L'un, qu'elle appelle la contrition, qui est le regret d'avoir péché, fondé sur la douleur d'avoir offensé Dieu ;

 

L’autre qu'elle appelle attrition, ou contrition imparfaite, qui est le regret d'avoir péché, fondé sur la crainte des peines de l'enfer.

 

Quand les faiblesses de l’homme sabordent le projet du candidat

LE MONDE | 24.03.2017 par Françoise Fressoz

 

CHRONIQUE. N’est pas de Gaulle qui veut. Plus le doute s’insinue autour de la personnalité de François Fillon, plus son projet s’édulcore, comme si le redressement du pays, qui était sa visée et l’objet même de sa candidature était en train de se réduire au rôle de variable d’ajustement d’une aventure qui prend l’eau.

 

Depuis le début de la campagne, les Français ont découvert un personnage très différent de celui qu’ils avaient imaginé lorsque, réduit au rôle de « collaborateur » de Nicolas Sarkozy, François Fillon endurait à Matignon. Ils avaient imaginé un homme sobre, ombrageux, orgueilleux, souffrant, au nom de la raison d’Etat, de n’être que second mais préparant déjà le redressement du pays dont il avait diagnostiqué très tôt l’état de « faillite ».

 

Ils ont découvert un élu âpre au gain, capable de transformer son mandat parlementaire en une entreprise familiale lucrative, un député qui se faisait prêter de l’argent par un ami financier, un candidat qui a accepté de se faire offrir de coûteux costumes par un avocat avant de reconnaître qu’il avait eu « tort » et de les rendre.

 

L’assiégé dénonce « une machination »

 

Ils ont surtout vu un candidat prêt à renier sa parole pour pouvoir aller jusqu’au bout de sa candidature à la présidentielle et pourtant constamment rattrapé par ce reniement qui était le coup de canif porté à l’image qu’il avait projetée : il ne serait pas candidat s’il était mis en examen. Pourtant il l’est. Et c’est devenu sa croix qui s’alourdit chaque jour au gré des révélations avec cette semaine une extension de l’enquête à des faits de « faux et usages de faux » et « escroquerie aggravée ».

 

En retour, François Fillon cogne comme le faisait naguère Nicolas Sarkozy. L’assiégé dénonce « une machination » politique, parle de « scandale d’Etat » accuse nommément François Hollande d’animer un « cabinet noir » à l’Elysée, ce que l’intéressé dément vigoureusement.

 

La campagne vire au pugilat et toute cette hargne déployée à défendre son honneur est inversement proportionnelle à celle que le représentant de la droite met à sauver son projet qui ne pouvait fonctionner que sur deux pieds : la vertu et le courage, puisque tel était le contrat de départ, un remède de choc assené par un père la rigueur. La rigueur pour le pays mais aussi pour lui-même.

 

« Attention casse-cou »

 

D’un coup, le mot « courage » a disparu de la campagne et, sous la pression des élus, de l’huile a été mis dans tous les rouages du projet. La TVA augmentera de deux points mais le taux intermédiaire sera épargné ; les 35 heures seront supprimées mais pas aussi brutalement ni aussi radicalement qu’il avait été dit puisqu’une négociation d’un à dix-huit mois est prévue dans les entreprises, laquelle aboutira à définir une durée moyenne.

 

La dépense publique sera amputée sans que l’on puisse accorder un quelconque crédit au chiffre de 100 milliards d’euros brandi par le candidat puisque l’effort demandé aux collectivités locales qui était au départ de 20 milliards d’euros a brusquement fondu.

 

Quant aux 500 000 postes de fonctionnaires en moins, François Baroin, désormais présenté comme la bouée de sauvetage de François Fillon, ne les cautionne nullement. « Attention casse-cou », a lancé le maire de Troyes, mercredi 22 mars. Et cela ressemblait à l’ultime pelletée jetée sur un projet devenu trop grand pour le candidat.

 

Macron, modèle 1958 ou modèle 1981 ?

 

25 mars, 2017

 

Emmanuel Macron ne doute pas un seul instant de pouvoir de disposer d’une «majorité cohérente» dans la prochaine Assemblée nationale s’il est élu Président de la République. Il l’a redit dimanche dernier dans le JT de TF1. L’étonnant aurait été bien sûr qu’il affirme le contraire mais il y a quand même dans cette conviction inébranlable quelque chose d’un peu paradoxale. Le candidat d’En Marche a beau considérer que toutes les règles classiques de la vie politique sont désormais obsolètes, il n’imagine visiblement pas qu’une des plus vieilles d’entre elles puisse ne pas fonctionner à son service, en mai et juin prochain.

 

Un Président, une majorité présidentielle et, enfin, une majorité parlementaire ! Pourquoi aller chercher midi à quatorze heures ? L’élan qui permet l’élection du premier et fonde la seconde entraine, du même coup, l’installation quasi-naturelle de la troisième : il n’y a pas d’exemple sous le Cinquième République où cet enchainement n’a pas fonctionné dans le cadre d’une alternance franche. Avec le quinquennat et ce qu’on a appelé «l’inversion du calendrier» – d’abord la présidentielle, ensuite les législatives –, tout est d’ailleurs fait pour qu’il en soit ainsi. François Hollande, lui-même, a pu le vérifier en juin 2012 alors que beaucoup, on l’a oublié, lui promettait le contraire.

 

L’ancien ministre chiraquien, Jean-Paul Delevoye, qui préside la commission d’investiture d’En Marche est allé un peu plus loin que son champion lorsqu’il a expliqué, jeudi, dans les colonnes de l’Opinion, que le schéma sur lequel il travaille est celui d’une majorité de 400 députés sur 577. Ce qui, en soit, est énorme ! Même en 1981, François Mitterrand, dans la foulée de son élection, n’avait pas réussi pareille performance. Jean-Paul Delevoye a par ailleurs précisé que la moitié de ces députés sera issue de la société dite « civile ». Ce qui implique donc que l’autre sortira des rangs des partis politiques traditionnels.

 

Mais ces députés-là seront-ils des ralliés ou des alliés ? Seront-ils encartés chez Emmanuel Macron après avoir rompu les amarres de leurs anciennes fidélités ou seront-ils membres de formations ayant choisi de soutenir de manière autonome l’action du nouveau Président ? Et cela dans quelle proportion ? On est là au cœur du problème soulevé par la possible installation à l’Elysée d’un homme au profil atypique et au parcours improbable. Pour pouvoir gouverner, Emmanuel Macron aura besoin d’une majorité parlementaire. Si elle est cohérente, sera-t-elle aussi massive qu’il l’imagine ? Si elle est massive, sera-t-elle aussi cohérente qu’il le prétend ? Est-il enfin imaginable qu’au bout du compte, elle ne soit ni vraiment massive, ni même totalement cohérente, ce qui, dans le contexte de grand dérèglement du système politique français, ouvrirait évidemment une nouvelle page dans l’histoire de nos institutions ?

 

Plusieurs acteurs, et non des moindres, de l’aventure d’En Marche ont tenu récemment des propos qui montrent que ces questions ne relèvent pas de la pure spéculation. Pour Jean-Pierre Mignard, par exemple, la situation de 2017 est potentiellement comparable à celle de 1958. Afin de refonder la République, le Général, lors de son retour au pouvoir, avait rassemblé autour de lui une majorité composite dans laquelle une fraction notable des forces politiques traditionnelles, centristes et socialistes notamment, avait conservé une place de choix au côté des députés dûment estampillés gaullistes. Puis, au fil des ans, à grands coups de ruptures et de clarifications, via le référendum et la dissolution, s’était constituée une majorité plus homogène, dominée par le parti – l’UNR en l’occurrence – d’un Président bientôt élu au suffrage universel direct.

 

Jean-Pierre Mignard fait mine d’oublier le détail et le rythme – pourtant essentiel – de cette histoire chaotique dans le remake de laquelle son ami Hollande tiendrait la place de René Coty et Emmanuel Macron, celle d’un conquérant promis à des Arcoles sans fin. Ce qu’il signale, plus sérieusement, est la capacité qu’aurait ce dernier à réenclencher un mouvement dont le point d’aboutissement serait un retour, selon de nouveaux clivages, à une bipolarisation de la plus belle eau au sein des Assemblée à venir. Ce qui, soit dit en passant, est peu compatible avec l’instauration, fut-elle limitée, de la proportionnelle…

 

À cette Cinquième différée, imaginée par un socialiste d’un genre particulier nourri au biberon du gaullisme et du PSU, répond un autre projet dont François Bayrou est aujourd’hui l’incarnation principale. Le leader centriste, si on l’écoute attentivement, se veut le promoteur d’une Cinquième rénovée dont le cœur serait non pas la domination mais la coalition, non pas la fusion mais l’équilibre, non pas la soumission au plus fort mais l’alliance entre égaux. Vue la manière dont il a choisi de soutenir la candidature d’Emmanuel Macron, l’ambition de François Bayrou ne parait pas être de faire du Modem, l’UDF d’en Marche. En cela, il semble d’accord avec Manuel Valls dont on ne sache pas que le projet politique soit de récréer, avec ses amis, à l’ombre d’Emmanuel Macron, ce que le MRG fut autrefois au PS de François Mitterrand.

 

Dans ce système institutionnel d’un nouveau genre, c’est la place de l’Assemblée nationale qui se trouve ainsi rehaussée et avec elle, le rôle des députés de la majorité. Ceux-ci cessent alors d’être des godillots – ou des «obligés» du Président – pour redevenir des partenaires, libres de conserver des attaches partisanes particulières pourvues que leur action s’inscrive dans la ligne générale dessinée à l’Élysée. Sans être «une maison d’hôtes» – ou de passe ? –, la majorité redevient pluraliste puisqu’«il y a plusieurs demeures dans la maison du père» (Jean 14.2). Là encore, la proportionnelle est le signe et l’instrument à venir d’une recomposition qui fait du modèle 1958, un point d’arrivée et non pas de départ.

 

La question n’est pas ici de savoir ce qu’Emmanuel Macron a véritablement en tête ou ce qu’il a pu promettre à ses différents partenaires. L’histoire récente a montré qu’en ce domaine, il était un pragmatique absolu doublé d’un joueur à sang froid. François Hollande l’a vérifié à ses dépens et sans doute n’est-il pas le dernier sur la liste. Dans son essence, le macronisme est un bonapartisme centriste – bel oxymore – dont le ressort premier est celui du «on s’engage et puis on voit». Par nature, il est sans tabous ni limites.

 

La logique de son tempérament voudrait donc que le leader d’En marche ne change pas ses manières de faire, une fois élu. Il est rare qu’autour du tapis vert, pareil flambeur se fasse soudain rentier. Il est tout aussi rare qu’un trader de cet acabit devienne tout à coup partageux. On voit mal pourquoi, à quelques semaines de distance, le même homme irait mobiliser des ressorts différents, sinon contradictoires, pour conquérir, sous son nom, le pouvoir présidentiel et pour contrôler, dans la foulée, sous son autorité, le pouvoir parlementaire. Entre la Cinquième différée, façon Mignard et la Cinquième rénovée, façon Bayrou, il serait logique qu’il cherche à aller demain au plus simple. Bref, à la Cinquième confortée, pour ne pas dire, sublimée.

 

Dire une tendance ou une inclinaison personnelle ne sert toutefois pas à grand-chose tant que les dés n’ont pas commencé à rouler. Or, pour le moment, on en est là. En politique comme dans la vie, il y a ce que l’on veut et ce que l’on peut. Avant d’imaginer la manière dont Emmanuel Macron gérera, s’il est élu, l’élan de sa victoire à l’occasion des législatives de juin prochain, mieux vaut donc examiner les ressources qui pourront être alors les siennes dans cet exercice de haut vol où l’objectif compte moins que les marges qu’offrent les circonstances.

 

Procédons, pour cela, dans l’ordre que dicte le calendrier. De quelle ampleur sera tout d’abord l’hypothétique succès d’Emmanuel Macron ? Si le candidat d’En Marche s’impose nettement dès le 1er tour de la présidentielle, en faisant par exemple jeu égal avec Marine Le Pen, il bénéficiera d’une impulsion initiale susceptible d’entraîner des ralliements sans conditions, à commencer par ceux de ses concurrents éliminés d’entrée de jeu. Si en revanche, il se qualifie de justesse, il lui faudra tenir compte davantage des attentes de ses soutiens potentiels. De même, au second tour, il ne bénéficiera pas du même élan s’il gagne largement face la présidente du FN, comme le disent aujourd’hui les sondages (60/40), ou s’il l’emporte de justesse à l’issue d’une campagne jusqu’au bout incertaine.

 

Pour le dire autrement, un Président dont l’élection est un sacre n’a pas la même force, pour la suite, qu’un Président élu au forceps. C’est là un constat d’évidence qu’on oublie parfois un peu vite quand on imagine la suite. L’un peut dicter sa loi dans la distribution de ses investitures, aux législatives. L’autre est nécessairement conduit à des accommodements avec les représentants des partis issus du vieux système. Pour que l’appel au peuple dans la confirmation du message de la présidentielle soit susceptible d’être entendu encore faudrait-il que le dit message soit clairement exprimé. Rien ne permet de dire aujourd’hui qu’il le sera avec la netteté requise. Macron Président, c’est encore un slogan. Avant de savoir comment il présidera et avec quelle majorité, le candidat d’En Marche n’a pas d’autre choix que d’attendre le verdict des urnes, le 23 avril et le 7 mai prochain.

 

Dès à présent, on peut toutefois décréter sans risque que s’il doit être élu, Emmanuel Macron le sera dans le cadre d’un affrontement direct avec Marine Le Pen. Sa majorité présidentielle sera donc l’expression d’un front républicain. Comme candidat, le leader d’En Marche ne se dit «ni de gauche, ni de droite». Comme Président, il le sera davantage encore. Mais ce qui était hier un positionnement politique deviendra alors un cadre pour l’action à venir, aussi large que contraignant. Dans un front républicain, on ne fait pas le tri. Dans une majorité présidentielle, issue d’un front républicain, peut-on le faire après coup ?

 

Jacques Chirac en 2002 a montré que c’était possible. Réélu face à Jean-Marie Le Pen avec 82% des voix après en avoir recueilli 19.9% au 1er tour, il est revenu sans complexe dès le lendemain de son triomphe aux bonnes vieilles méthodes du clivage droite/gauche. Il est vrai qu’à cette époque, le PS et ses alliés s’étaient ralliés à son panache sans ne poser la moindre condition et en ne demandant surtout aucune ouverture pour la bataille des législatives. Tout le monde était donc d’accord pour que le front républicain du second tour de la présidentielle ne soit qu’une brève parenthèse.

 

Rien ne dit qu’il en sera de même en 2017. Tout laisse même à penser que dans un tel front, une fraction du PS se considérera comme partie prenante de la nouvelle majorité présidentielle. Et cela d’autant plus qu’elle aura appelé à voter pour Emmanuel Macron avant même le 1er tour. Dans ce contexte, le nouveau Président pourra toujours considérer que ce soutien ne prête à aucune conséquence, pour la suite des opérations, notamment aux législatives. Mais pour le dire plus concrètement encore, il lui sera quand même difficile d’expliquer que François Hollande, en 2012, a commis une faute majeure en laissant battre François Bayrou à la députation mais qu’il n’est d’aucune importance de réitérer cette erreur au centuple, en 2017, avec des élus socialistes sortants.

 

Ce que signale potentiellement cette situation relève moins de la morale que de la politique, étant entendu que dans un processus électoral, il est plus aisé de s’asseoir sur l’une que sur l’autre. Vu le tempérament d’Emmanuel Macron, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Son élection créera nécessairement un élan à la mesure de celui dont avaient bénéficié ses prédécesseurs dans une situation comparable. Mais les conditions particulières de son éventuelle victoire mettront aussi des freins à cette impulsion quand il faudra la traduire dans la constitution d’une majorité parlementaire. Peut-être seront-ils moins forts qu’on peut l’imaginer aujourd’hui. Mais ils existeront quoi qu’il arrive. Ne pas le voir, c’est ne rien comprendre aux scénarii possibles de l’après 7 mai.

 

D’autant – et on finira par là – que la nature très spéciale du rassemblement dont En Marche est désormais l’expression ne favorise pas forcément son implantation dans les 577 circonscriptions de la bataille des législatives. Le mouvement d’Emmanuel Macron est fort de ses chevau-légers et de ses voltigeurs. Il est adapté en cela à une présidentielle. Sa jeunesse – moins d’un an ! – fait sa fraicheur. Celle-ci lui évite les arbitrages pesants auxquels sont contraint les partis ancrés de longue date dans la réalité électorale française. En même temps, elle l’oblige, si elle ne veut pas être qu’une machine à recycler l’ancien, à mettre en piste des candidats sinon hors sol, du moins lestés d’une faible expérience.

 

Dans le contexte que l’on a dit plus haut – celui d’une majorité présidentielle issue d’un front républicain – est-ce vraiment un avantage ? Est-il vraiment sûr que l’électeur désireux de donner une majorité au Président, selon la formule consacrée, choisira forcément la nouveauté d’un candidat macronien pur sucre dans l’hypothèse d’une compétition, au 1er tour des législatives, avec un député sortant, membre du PS ou de toute autre formation de gauche ou de droite, ayant soutenu d’emblée l’aventure du nouveau quinquennat ?

 

Plus encore, sera-t-il vraiment de bonne tactique, dès lors que l’objectif reste de constituer une majorité parlementaire, de favoriser, à l’occasion des législatives, une tripartition du paysage politique entre représentants d’En Marche, survivants des anciens partis de gouvernement et candidats du Front national ? À ce jeu, le risque n’est-il pas celui qu’on pensait éviter avec, au bout du compte, une nouvelle Assemblée fragmentée, incapable de la moindre majorité, fut-ce même dans le cadre d’une coalition ?

 

Il y a là un danger qu’avec un brin d’ivresse, les stratèges macroniens ne veulent pas considérer à sa juste mesure. C’est ainsi que l’un d’entre eux – François Patriat pour ne pas le nommer – a expliqué récemment dans Le Monde du 8 mars qu’il avait fait l’expérience, en 1981, de la force des vagues qu’entraine, dans son sillage, une victoire à la présidentielle. Pour être élu député de la nouvelle majorité, à cette époque, il suffisait, selon lui, de mettre sur ses affiches «une photo de Mitterrand» et «c’était plié». L’ennui, c’est qu’à y regarder de près, cette histoire s’est déroulée à l’inverse de ce que raconte aujourd’hui François Patriat.

 

En 1981, celui-ci n’avait défait le député de droite sortant, cacique du giscardisme, qu’après avoir devancé, au 1er tour, le candidat investi par le PS, ami personnel de François Mitterrand au demeurant. Socialiste dissident, pilier du courant Rocard en Côte d’Or, François Patriat était alors un jeune conseiller général, solidement ancré sur son territoire. C’est cette implantation qui lui avait permis de résister à la vague nationale qui aurait dû l’emporter si les consignes de votes, données par le parti du nouveau Président, avait été suivies à la lettre par les électeurs bourguignons.

 

Cas d’espèce, dira-t-on. Mais une élection, législative en l’occurrence, n’est-elle pas une somme de cas d’espèces ? Et puis surtout, au-delà du cas Patriat, réécrit à sa façon par l’intéressé, tout cela ne montre-t-il pas que, pour comprendre la nature de l’élan suscité par une présidentielle, il ne suffit pas de répéter, en convoquant les expériences passées, combien il a toujours été irrépressible. Le grand remplacement gaulliste amorcé en 1958, tout comme celui du mitterrandisme, effectué en 1981, n’était pas le fruit d’une génération spontanée. Les racines de ces mouvements étaient profondes. La France libre, les compagnonnages de la Résistance, l’épopée du RPF, dans un cas. Les clubs des années 60, le parti d’Epinay, ses succès municipaux de 1977, dans l’autre. Bref, tout ce qui manque encore à En Marche et qui ne s’installe pas, en moins d’un an, d’un claquement de doigt, sur une scène parlementaire avec des acteurs recrutés sur internet.

 

Ce serait aller trop vite en besogne que de conclure illico que l’ambition affichée par Emmanuel Macron de réunir sous son aile une majorité solide et cohérente n’est qu’une vue de l’esprit. Mais si l’avenir du projet politique, incarné par le leader d’En Marche, reste aussi flou, s’il peut être dessiné à la manière Mignard aussi bien qu’à la manière Bayrou, bref s’il est susceptible de lectures à ce point contradictoires, n’est-ce pas avant tout parce qu’il marrie des logiques différentes entre lesquelles les circonstances du prochain scrutin présidentiel viendront bientôt trancher ? Tout est possible. Il y a dans cette aventure inédite des forces qu’il serait sot de nier et des freins qu’il serait vain d’oublier. Mais entre les enfants barbares du macronisme et les vieilles barbes des partis à l’ancienne, les jeux sont loin d’être faits. C’est ce qui fait le sel de leur rivalité dans une campagne qui en manque singulièrement.

 

Voyage dans la France de Macron (à lire absolument)

 

De Lyon à Metz en passant par Brive-la-Gaillarde, pendant trois mois, « Le Monde » est allé à la rencontre de ceux qui aujourd’hui envisagent de voter pour le candidat d’En marche !

 

LE MONDE | 24.03.2017 par Florence Aubenas

 

A la station-service de Rocamadour (Lot), il arrive que des touristes se photographient devant les pompes à essence, belles comme le décor d’un vieux film. Ils sont tout étonnés quand Tassadit, la patronne, leur annonce qu’ils peuvent même faire le plein. En général, ils répondent : « Alors mettez-moi de quoi aller jusqu’à la grande surface, ce sera moins cher là-bas. » Il est 9 heures et Rocamadour attend la visite d’Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle. Pour l’instant, on l’entend en sourdine débattre sur BFM au sujet des Uber. « La Saint-Hubert ? », s’étonne Tassadit. Bruno, son mari : « Non, c’est un genre de taxis. » Tassadit éventre cordialement un paquet de madeleines, qu’elle offre avec le café. Ça fait longtemps que Rocamadour n’a plus de boulanger.

 

En ce moment, le village s’arc-boute autour d’un distributeur de billets qu’il est question de supprimer. A ce stade, la conversation devrait basculer sur les élections. On s’y adonnait férocement ici, à coups de cannes, dans de délectables fâcheries. Ça s’est perdu. Reste un dégoût. Bruno : « Je me sens comme un amant trompé. »

 

A la mairie, plus bas dans le bourg, une tornade fait claquer la porte. « Je suis Monsieur Eddarraz, mais appelez-moi Ahmed », trompette la Tornade. Il dévide son CV d’un seul souffle : « 31 ans, en échec scolaire de partout, un jeune rabougri sur lequel personne ne misait » et aujourd’hui gérant d’un bar-tabac prospère du côté de Millau (Aveyron). « Et ici, vous vivez de quoi ? », embraye la Tornade. Maryline Delcayre, secrétaire de mairie, énumère les truffes, le fromage, « la forêt des singes », « le rocher des aigles », le sanctuaire de la Vierge noire, 684 habitants l’hiver, 2 millions de visiteurs l’été, « le deuxième site touristique après le Mont-Saint-Michel ».

 

La Tornade l’arrête : « Tatata ! Chaque fois qu’on arrive quelque part, les gens prétendent être deuxièmes derrière le Mont-Saint-Michel. » La Tornade est venue en éclaireur pour la visite d’Emmanuel Macron. « Des questions ? » Maryline Delcayre se risque : « Quel programme pour les agriculteurs ? » La Tornade s’esclaffe. Désolé, ce ne sera dévoilé que dans une semaine. « En général, on me demande plutôt deux choses. Un : Comment est Macron ? Deux : Comment est sa femme ? »

 

L’un et l’autre apparaissent à 16 heures à l’entrée du bourg. « C’est Les Feux de l’amour, ma parole », siffle un vendeur de fringues. Pour lui, les affaires reprennent : les Anglais, partis en Croatie avec la crise financière de 2007, sont revenus depuis le Brexit. Sur le trottoir en face, un représentant en bijouterie explique l’inverse. Il fait 120 000 km par an « dans un pays prêt à exploser, des villes aux magasins fermés où on voit monter la haine. Ça va mal finir ». Et d’un coup, la France ressemble à la Grand-Rue de Rocamadour, un côté ombre, un côté soleil, un qui veut y croire, l’autre qui veut tout renverser.

 

Au pied de la « citadelle de la foi », la Tornade regarde le soleil qui vient se déchirer sur les rochers. Macron est en train de finir son discours sur « la ruralité conquérante », la RGPP, la « bataille numérique ». Un élu enlève ses lunettes : « Puisqu’on parle chiffre, voila le mien : j’ai compris 30 % de ce qu’il a dit. » Son voisin : « Tu as de la chance. » A la présidentielle de 2012, la Tornade était dans l’équipe de campagne de Dominique Strauss-Kahn. Il a encore du mal à en parler. « DSK était le rêve français, il pouvait faire face à tout. » La Tornade a pleuré quand son candidat a été arrêté à New York quelques mois avant le scrutin. « On s’est retrouvés orphelins, sans oser s’appeler entre nous. Pour se dire quoi ? On était dans la honte et le désarroi. » A son avis, ils sont nombreux de ce réseau-là à se retrouver autour d’Emmanuel Macron. Rien qu’à prononcer ce nom, la Tornade ressuscite. Le voilà qui raconte son dernier anniversaire. Ce soir-là, son portable a sonné : « C’est moi, Emmanuel. » Une erreur, a pensé la Tornade. « Mais si, Emmanuel Macron ! Bon anniversaire. » Alors la Tornade a mis le haut-parleur pour que toute la tablée entende. « J’ai retrouvé ma fierté », il dit.

 

Il y a quelques mois encore, « on était quatre au QG de Tour-de-Faure à se demander quoi faire », se souvient Sébastien Maurel, 46 ans, chef d’entreprise et référent En Marche ! pour le Lot. La formation d’Emmanuel Macron compte aujourd’hui près de 600 membres pour le département, des M. et Mme Tout-le-Monde, plutôt classe moyenne, hors radars qui ont surpris leurs amis en s’entichant de politique. « Mon beau-frère aussi est chez Macron », avance une coiffeuse. Elle le votera, d’ailleurs, sans en savoir grand-chose au fond, un presque inconnu aux mesures compliquées, qui n’a ni entourage ni appareil vraiment identifié. C’est sa musique qu’elle aime. Le dernier de ses enfants vient de se caser, « un presque CDI ». Les yeux se baissent, impression de l’avoir échappé belle. « Cette petite réussite m’autorise un petit espoir. »

 

La suite ICI 

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 08:00
CHAP.18 en vrac, imagine-t-on Fillon à l’Élysée et Pénélope à la Santé ! Macron, une énigme française ?

Et si nous parlions du peuple, par exemple celui qui lit toujours Nous Deux 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«Nous deux», c'est pour toujours

Catherine Mallaval — 26 janvier 2005

 

Petite causette avec Pierrette, Nicole et Simone, le comité de lecture de l'hebdomadaire né en 1947, qui a passé le cap du 3000e numéro.

 

Nous deux, né en 1947, est tout simplement le seul survivant des journaux à l'eau de rose. Confidences et Intimité ont quitté ce monde de brutes. Lui se maintient (au sein du groupe Emap), avec des ventes de 347 000 exemplaires. Certes, les records à plus d'un million atteints dans les années 60, quand les stars posaient dans les romans photos sont loin derrière. Mais l'hebdo gagne de l'argent, malgré une franche aversion des annonceurs pour ses lectrices du genre «CSP -» (en clair, pas du tout friquées), comme ils disent, et dont la moitié a plus de 50 ans. Des lectrices comme Pierrette, Nicole et Simone qui ont commencé à bosser dans la couture, à 14 ans. Pas seulement pourtant. Depuis que Nous deux a viré les couples d'anonymes de sa couverture au profit de stars, comme Michèle Torr ou Dalida (en alternance tout de même avec des plus jeunes, genre Laura Smet), voilà que des gays s'en régalent aussi...

 

«On peut tout dire dans Nous Deux. Et nous avons déjà publié une histoire d'homosexuelles, d'amours entre deux personnes du troisième âge, de Viagra... Nous évoluons avec la société, et le prince charmant n'est plus forcément chirurgien, même si ça marche toujours. Toutefois, il faut que les nouvelles se terminent sur une note d'espoir», tranche la rédactrice en chef, Marion Minuit. Une grosse machine à mouliner du Marshmallow, ce journal ?

 

Happy end. «Nous deux, c'est un journal qui a une vraie personnalité. C'est du rêve. A savourer comme un bon dessert au chocolat», renchérit Marion Minuit. «D'ailleurs, tous les gens de marketing qui ont eu des velléités de changement ont rebroussé chemin», se félicite-t-elle. «Nous, ce qui nous importe, ce sont nos lectrices. Et c'est pour cela que j'ai besoin de savoir ce que Nicole, Simone et Pierrette ressentent quand je leur soumets des nouvelles, ajoute Dominique Faber. Simplement, nous avons aussi des lectrices plus jeunes qui, bizarrement, sont nettement plus conservatrices, et nous devons en tenir compte.»

 

Et pourquoi les magazines féminins seraient-ils destinés uniquement aux femmes ?

 

Les lectures de l'oncle Paul

 

Magazine Nous Deux N°3598 du 14 au 20 juin 2016.

 

Ne serait-ce pas de la ségrégation ?

 

Faisant fi du ricanement de certains, et sachant que le ridicule ne tue pas, la preuve, je me suis acheté puis ai offert à ma femme le dernier Nous Deux en date.

 

Pour des raisons simples qui se nomment littérature et découverte.

 

En effet les magazines, les périodiques qui proposent des nouvelles inédites et variées sont de plus en plus rares. Plus rares que les vulgaires revues consacrées au voyeurisme ciblé stars et politiciens en mal de publicité et qui font tout pour attirer le regard sur eux.

 

Donc revenons à Nous Deux que j'ai feuilleté, comme il m'arrive souvent de parcourir des revues dans mon hypermarché, que ce soit musicales, historiques ou politiques, de moins en moins ces dernières puisqu'elles ne reflètent que le bon vouloir de leur financier de patron, donc en feuilletant le Nous Deux en question, j'ai découvert qu'au sommaire figuraient deux nouvelles signées par des figures littéraires qui ne m'étaient pas inconnues : Frédérique Trigodet qui est publiée chez SKA éditeur, et Jean-Marie Palach chez Pavillon Noir et Daphnis et Chloé.

 

Pour 2,10€, je me suis dit in petto, oui je me parle à moi-même parfois ne craignant pas la contradiction, que pour ce prix-là je pouvais me l'offrir, et qu'éventuellement je l'offrirai à quelqu'un d'autre, femme ça je l'ai déjà dit, filles, belle-sœur, voire pourquoi pas mon médecin afin qu'il renouvelle son stock, en ayant soin au préalable de mettre de côté les textes des deux auteurs cités et hypothétiquement d'autres textes qui me sembleraient intéressants.

 

Pour une fois, je vais essayer de faire court, ça me changera, dans la présentation de ces deux nouvelles, sachant qu'il y en a quatre au sommaire, plus des romans-photos pour ceux qui s'intéressent à ce genre romanesque.

 

La suite ICI

 

Le peuple toujours vu par Hannelore Cayre dans La daronne

 

« Mes fraudeurs de parents aimaient viscéralement l'argent. Pas comme une chose inerte qu'on planque dans un coffre ou que l'on possède inscrit sur un compte. Non. Comme un être vivant et intelligent qui peut créer et tuer, qui est doué de la faculté de se reproduire. Comme quelque chose de formidable qui forge les destins. Qui distingue le beau du laid, le loser de celui qui a réussi. L'argent est le Tout ; le condensé de tout ce qui s'achète dans un monde où tout est à vendre. Il est la réponse à toutes les questions. Il est la langue d'avant Babel qui réunit tous les hommes. »

 

« Il faut dire qu'ils avaient tout perdu, y compris leur pays. Il ne restait plus rien de la Tunisie française de mon père, rien de la Vienne juive de ma mère. Personne avec qui parler le pataouète ou le yiddish. Pas même des morts dans un cimetière. Rien. Gommé de la carte, comme l'Atlantide. Ainsi avaient-ils uni leur solitude pour aller s'enraciner dans un espace interstitiel entre une autoroute et une forêt afin d'y bâtir la maison dans laquelle j'ai grandi, nommée pompeusement La Propriété. Un nom qui conférait à ce bout de terre sinistre le caractère inviolable et sacré du Droit ; une sorte de réassurance constitutionnelle qu'on ne les foutrait plus jamais dehors. Leur Israël.

 

Mes parents étaient des métèques, des rastaquouères, des étrangers. Raus. Une main devant, une main derrière. Comme tous ceux de leur espèce, ils n'avaient pas eu beaucoup le choix. Se précipiter sur n'importe quel argent, accepter n'importe quelles conditions de travail ou alors magouiller à outrance en s'appuyant sur une communauté de gens comme eux ; ils n'avaient pas réfléchi longtemps.

 

Mon père était le PDG d'une entreprise de transport routier, la Mondiale, dont la devise était Partout, pour tout. "PDG", un mot qui ne s'emploie plus aujourd'hui pour désigner un métier comme dans Il fait quoi ton papa ? - II est PDG..., mais dans les années 70 ça se disait. Ça allait avec le canard à l'orange, les cols roulés en nylon jaune sur les jupes-culottes et les protège-téléphones fixes en tissu galonné.

 

Il avait fait fortune en envoyant ses camions vers les pays dits de merde dont le nom se termine par -an comme le Pakistan, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan, l'Iran, etc. Pour postuler à la Mondiale il fallait sortir de prison car, d'après mon père, seul un type qui avait été incarcéré au minimum quinze ans pouvait accepter de rester enfermé dans la cabine de son camion sur des milliers de kilomètres et défendre son chargement comme s'il s'agissait de sa vie.

 

Je me vois encore comme si c'était hier en petite robe de velours bleu marine avec mes chaussures vernies Froment-Leroyer, à l'occasion de l'arbre de Noël, entourée de types balafrés tenant dans leurs grosses mains d'étrangleurs de jolis petits paquets colorés. Le personnel administratif de la Mondiale était à l'avenant. Il se composait exclusivement de compatriotes pieds-noirs de mon père, des hommes aussi malhonnêtes que laids. Seule Jacqueline, sa secrétaire personnelle, venait rehausser le tableau. Avec son gros chignon crêpé dans lequel elle piquait avec coquetterie un diadème, cette fille d'un condamné à mort sous l'Épuration avait un air classieux qui lui venait de sa jeunesse à Vichy. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Macron, une énigme française

—The New York Times

(extraits) New York

 

Les insultes et les rumeurs vont bon train : ses discours sont trop longs et regorgent de banalités rassurantes ; il n’a pas de vrai programme ; son passage au gouvernement a été un échec ; il cache son homosexualité ; il développe un culte de la personnalité ; il est pour le capitalisme ; et, pour couronner le tout, il est jeune.

 

S’il fallait un signe qu’Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’Économie de 39 ans, est le nouveau favori de la course présidentielle française, il n’y a qu’à voir la volée de bois vert qu’il reçoit.

 

Même les Russes l’attaquent, via des sites favorables au Kremlin.

 

Les deux grands partis du pays se sont tiré une balle dans le pied, le premier avec l’aff aire de corruption autour de François Fillon, le second avec le projet utopiste de Benoît Hamon. Le jeune Macron s’est habilement glissé dans la brèche. Candidat apolitique, il est de plus en plus perçu comme celui qui renversera le courant populiste autoritaire et battra la présidente du Front national, Marine Le Pen.

 

Pourtant, son élection pourrait être plus improbable encore pour la France que celle de Marine Le Pen. En dépit des efforts de sa présidente pour redorer le blason de son parti, le Front national reste infréquentable pour une majorité de Français. Marine Le Pen a beau arriver en tête des intentions de vote, personne ou presque ne s’attend à ce qu’elle remporte le second tour.

 

Macron, lui, n’a jamais été élu.

 

Pendant deux années peu fructueuses, il a dirigé l’économie languissante de la France sans laisser beaucoup de réalisations importantes dans son sillage.

 

Membre d’aucun grand parti, voire d’aucun parti, il n’est guère aimé de ses anciens collègues du gouvernement socialiste. Se faisant fort de transcender les partis, il défend un programme qui inclut des éléments de gauche, de droite et du centre : préservation des aides sociales, maintien du pays au sein de l’Union européenne et allégement des charges sur les entreprises. Cependant, en optant pour cette stratégie, il propose des mesures que tout le monde peut détester. Et, peut-être plus grave encore en France, il risque de passer pour un pseudo-candidat qui ne défend rien.

 

Les ricanements suscités par le nom de son mouvement, En marche !, ont couvert le message qu’il tentait d’adresser au peuple.

 

“En marche vers quoi ?” demandaient les sceptiques. À ce jour, cette question est restée sans réponse, même si le candidat a gagné du terrain.

 

M. Macron a épousé son ancienne professeure de lycée, de 24 ans son aînée – une histoire fascinante pour ses compatriotes, mais qui a fait scandale dans sa ville d’Amiens. Et il a travaillé pour la banque d’aff aires Rothschild, une profession qui est loin de faire l’unanimité. Début février, à la surprise des médias, il a ironisé en public sur les rumeurs qui couraient sur son homosexualité :

 

“C’est désagréable pour Brigitte, a-t-il dit. Mais je vous rassure, comme elle partage tout de ma vie, du soir au matin, elle se demande simplement comment physiquement je pourrais. Et je ne l’ai jamais rémunérée pour cela”, faisant allusion aux emplois fictifs dont la femme de M. Fillon est soupçonnée.

 

Les foules qui se pressent à ses meetings ces dernières semaines ne laissent pas de surprendre les commentateurs.

 

[Le 4 février,] 8 000 personnes sont allées l’écouter au palais des Sports de Lyon, pendant que plusieurs milliers d’autres le regardaient sur un écran géant à l’extérieur. Il a parlé près de deux heures, le visage relevé, comme en extase, utilisant à plusieurs reprises l’expression “mes amis” pour s’adresser à l’assistance. Il y avait de vagues promesses d’espoir et d’union, et surtout beaucoup de joie, dans l’énorme foule qui avait fait le déplacement. “Votre présence, ce mur de présences autour de moi, c’est la preuve vivante que nous sommes bien là”, a lancé le candidat, rayonnant. “C’est une démonstration d’envie.” À Lyon, il a fait référence à la gauche, à la droite et au centre, citant Charles de Gaulle et des écrivains comme Émile Zola, Charles Péguy et René Char, et plaçant sa candidature sous le signe du “rassemblement” et de la “réconciliation”. Son discours manquait de précision et de détails. Mais la foule n’était pas venue pour cela.

 

—Adam Nossiter

Publié le 13 février

 

Le caméléon a trouvé la faille

 

Pour réussir sa campagne, Emmanuel Macron a bénéficié des faiblesses de ses concurrents, mais a surtout fait preuve d’un sens du placement politique hors pair, juge ce journal espagnol.

—El País Madrid

 

Emmanuel Macron réunit autant de raisons d’être président que de ne pas l’être. Il est trop jeune, il n’a pas de parti politique et a construit une candidature incertaine en quelques mois. Malgré tous ces obstacles, il bénéficie d’une étrange conjonction astrale. Il est servi par son charisme et son profil “apolitique”, mais aussi par la situation catastrophique dans laquelle se démènent ses adversaires, ce qui lui a ouvert la voie vers l’Élysée, comme s’il était prédestiné depuis le berceau à la succession de François Hollande.

 

Dans le psychodrame de la politique française, il devait immanquablement y avoir un crime lacanien et œdipien. Macron a été ministre des Finances jusqu’à l’été dernier, il a défendu la très polémique loi travail, texte d’inspiration libérale, puis a abandonné son poste pour se concentrer sur ses propres ambitions. Après un démarrage très modeste, dans l’incrédulité et la condescendance générales, il a pris son essor à mesure que ses adversaires se retrouvaient piégés dans leurs propres candidatures.

 

Benoît Hamon est trop à gauche.

 

Marine Le Pen est trop à droite.

 

Et François Fillon paraît carbonisé par les aff aires de népotisme qu’a révélé Le Canard enchaîné.

 

Prêt-à-porter. Pour se glisser dans la brèche, rien de tel qu’un candidat prêt-à-porter, qui ne se soucie pas d’ambiguïté idéologique depuis qu’il a déclaré à ses compatriotes en août dernier ce qu’ils savaient déjà ou avaient déjà supposé : “Je l’avoue, je ne suis pas socialiste.”

 

Il est quoi, alors ? Difficile à dire, car l’homme manœuvre au centre avec une habileté diabolique, spéculant sur le conservatisme anthropologique des Français, dont le nouveau golden-boy espère qu’il l’emmènera vers la victoire.

 

Macron entend faire de la responsabilité républicaine de l’électorat son cheval de bataille. Effectivement, par son messianisme, sa promesse de réformer radicalement le pays, sa télégénie, sa philanthropie, il présente des traits populistes, mais cela n’a rien à voir avec les bas instincts lepénistes (ou trumpistes), pas plus que cela ne contredit son appartenance au cœur de l’establishment.

 

Macron est en effet issu de l’École nationale d’administration (ENA) : trois lettres qui renvoient à la plus grande caste politico-financière de France et qui lui ont ouvert les portes de la banque Rothschild. C’est la raison pour laquelle sa candidature est perçue avec attention et enthousiasme au sein du système.

 

Et c’est aussi pourquoi Macron a jugé bon de rappeler son engagement social : dans ses discours, outre les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, il met toujours en avant la solidarité.

 

Macron incarne le néorépublicanisme, sans donner dans l’exaltation patriotique ni dans le nationalisme, mais en revendiquant la laïcité et l’attachement à l’Europe.

 

Dès son plus jeune âge, sa liaison avec sa professeure de français fait scandale. Aujourd’hui, Brigitte Trogneux est l’épouse du favori de l’Élysée. Et Macron considère comme siens les trois enfants et les sept petits-enfants de sa femme.

 

Cette modern family convient à l’image progressiste de Macron – et constituerait une nouveauté dans l’arrière-boutique sentimentale de l’Élysée.

 

Mitterrand avait une famille parallèle dans la clandestinité.

 

Chirac s’entourait de favorites.

 

Sarkozy et Hollande ont quitté leurs compagnes pour des femmes plus jeunes, liées au monde de la culture et du show-biz.

 

Macron a intérêt à ne pas commettre d’erreurs et à consolider son image de franc-tireur : occuper un grand ministère d’un gouvernement socialiste sans être socialiste, être un pur produit du système sans avoir l’air d’en faire partie, passer pour une “nouveauté” sans tache en ces temps de changement politique, enfin jouer les hommes providentiels en s’appuyant non pas sur un parti traditionnel, mais sur un mouvement dont le nom résume le concept de macronisme cinétique.

 

Il faut remonter à Silvio Berlusconi pour retrouver un phénomène aussi fugace et ambitieux. Il Cavaliere a construit Forza Italia en cinq mois, mais Macron ne disposait pas d’une plateforme télévisuelle à son service.

 

Par ailleurs, la désaffection pour la politique française et le désenchantement iconoclaste de l’électorat rappellent cette scène des Temps modernes où Chaplin ramasse sur le sol un drapeau rouge tombé d’un camion dont la remorque transporte une armoire à glace. Charlot l’agite pour attirer l’attention du chauffeur. Et dès qu’il le fait, il devient le leader involontaire d’une énorme manifestation.

 

Il ne suffit pas de vouloir être président, encore faut-il trouver le moment pour y parvenir.

 

—Rubén Amón

Publié le 13 février

 

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 08:00
CHAP.18 en vrac, la droite de Fillon c'est l'avènement de la droite Finkielkraut, de la droite Zemmour, de la droite Buisson.

Exit Juppé, les manœuvres du nabot ont fait échouer le plan B, nous ne réactiverons pas l’opération Chartrons. Je ne m’en plaindrai pas, remettre le couvert dans l’état présent du paysage politique n’aurait pas eu grand sens. Les cartes ont été rebattues mais il reste évident que seule une option centrale au second tour face à la fille de Montretout peut lui faire efficacement barrage.

 

Pour l’heure je me contente de cultiver mon petit jardin d’intérieur et mes amours…

 

JEAN TARDIEU 

 

« IL FAUT SE MÉFIER DES MOTS… »

 

Les mots de tous les jours

 

Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre un murmure pour une pensée.

 

Il faut tirer sur le mors sans cesse, de peur que ces trop bouillants coursiers ne s’emballent.

 

J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats. Mais ce n’est pas encore cela : c’est leur juste assemblage qui compte.

 

Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir illimité — et il ferait peur.

 

Pages d’écriture (« La part de l’ombre »), 1967.

 

Je l'avais appelé Mao parce que je revenais de Chine. Je voulais qu'il règne sur moi comme le grand empereur de la nouvelle dynastie sur son peuple. Certains virent là un signe de mépris pour le vainqueur de la Longue Marche. Pour cela, il aurait fallu donner son nom à un porc ou à un veau. Mon dernier chien s'appelait César comme celui de la ferme de mes grands-parents dans la Mitidja. Ainsi à nous deux portions-nous le nom du général qui conquit la Gaule et la soumit à Rome. Dans l'idée que, ce Mao-là, du moins, je pouvais l'aimer, et qu'il m'obéissait, j'avoue qu'on pourrait discerner quelque secrète démarche ou fourberie : sans penser à ramener, symboliquement, la Chine au servage de l'Occident, j'admets que se nichait là une innocente ironie, mais quoi, j'aurais aussi bien appelé mon chien Charlie pour me gausser espièglement de notre roi, si grand, si fier et si puissant. Après tout, quand on donne aux chiens le nom d'un homme, c'est que cet homme est illustre, et l'hommage ainsi décerné flatteur pour un monarque, qu'il soit roi de France ou empereur de Chine. Et puis Mao peut s'écrire comme un vieux nom français. Un gendarme de Vézelay s'appelle Mahaut, et il eut assez d'humour pour ne pas se vexer quand il a su que mon chien portait le même nom que lui. Chaque fois que nous allions chez le menuisier, c'était des Mao par-ci et des Mao par-là. La gendarmerie est au-dessus, et le fils du gendarme Mahaut un familier de l'artisan, qui tient bistrot.

 

Ne devrais-je pas employer l'imparfait de l'indicatif ? A présent, la gendarmerie a été bâtie hors des murs de la ville, le menuisier s'en est allé, le bistrot a changé de propriétaire. Serais-je en vie quand ces pages paraîtront ?

 

Jules Roy La Mort de Mao écrit en 1969 à Vézelay et publié chez Christian Bourgois.

 

En France, le déclin des villes de province est celui d’un marqueur de son identité

 

Adam Nossiter New York Times

 

Délaissés au profit des périphéries, ils n'ont jamais connu un tel désintérêt de la part des commerçants. Un phénomène qui alarme jusqu'au «New York Times».

Le New York Times en a fait sa une, le 28 février. Dans un article traduit en français sur le site du quotidien intitulé «En France, le déclin des villes de province est celui d’un marqueur de son identité», le célèbre reporter Adam Nossiter, de passage à Albi dans le Tarn, rappelle une réalité peu réjouissante et classique dans l’Hexagone : le centre-ville est désert, les commerces fermés et les rues silencieuses. Plus loin, la zone commerciale des Portes d’Albi regorge de voitures, le parking est plein à craquer. La ville se meurt à petit feu, seuls les touristes slaloment dans les rues de la cité historique.

 

Lire ICI 

 

Le meilleur d'entre nous a enterré le pire d'entre eux. En quelques minutes ce lundi matin, Alain Juppé a prononcé l'oraison funèbre d'une droite défunte, que François Fillon assassine. La droite n'est plus la droite. Le surmoi gaulliste est effacé. Le règne de la Manif pour tous a commencé, et il a tué la droite.

 

Il n'est pas d'autre lecture à faire de la crépusculaire déclaration d'Alain Juppé. Ce n'était pas seulement un adieu à la vie publique nationale, l'ultime acte de renoncement d'un homme à qui l'histoire aura toujours refusé un destin, c'était aussi et surtout l'adieu d'une certaine idée de la droite à la France.

 

D'abord le constat personnel: « Je n'ai pas l'intention de m'engager dans des tractations partisanes ni des marchandages de poste. Je ne suis donc pas en mesure aujourd'hui de réaliser le nécessaire rassemblement autour d'un projet fédérateur ».

 

Ensuite, le constat de l'état de la droite: « Quel gâchis ! Au lendemain de notre primaire, dont le résultat a été incontestable et incontesté, François Fillon, à qui j'avais immédiatement et loyalement apporté mon soutien, avait un boulevard devant lui. Je lui ai renouvelé ce soutien à plusieurs reprises. »

 

Enfin, le constat que le chemin pris par la droite n'est pas le sien: « Comme l'a montré la manifestation d'hier au Trocadéro, le noyau des militants et sympathisants LR s'est radicalisé ».

 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 08:00
CHAP.18 en vrac, Raymond Kopaszewski premier Ballon d’or français 1958, Bofill et sa cimenterie La fábrica , faut-il relancer l’opération Chartrons ?

Enfant je n’ai jamais rêvé d’être architecte même si j’étais fasciné par le génie des bâtisseurs de cathédrale ; en revanche je rêvais d’être radioreporter sportif et le dimanche après-midi j'écoutais sur Paris-Inter les retransmissions commentées par Georges Briquet. Lorsque je confiai à ma sainte mère, qui voulait faire de moi un curé, cette vocation, elle me répondit que ce n’était pas un métier convenable. Mon père lui, s’en fichait, il aimait la politique et il fallait faire silence lors des chroniques de Geneviève Tabouis sur radio-Luxembourg et Jean Nocher sur la RTF. Son seul mandat fut d’être conseiller municipal adjoint chargé des travaux et des chemins vicinaux. Il m’a refilé le virus tout en me vaccinant contre le désir d’en faire, non pas un métier, mais mon pain quotidien. Je n’ai jamais eu la tentation de l’élection, et pourtant là où j’étais ça grouillait de seconds couteaux qui en rêvaient et qui ont mis à l’épreuve des faits leur rêve. Je les plains mais ils n’ont que ce qu’ils ont cherché. Je ne voyais passer ma vie à serrer des mains, à visiter des foyers du 3e âge, à faire des discours de foires, de faire le godillot ou l’aboyeur au Palais Bourbon.

 

Comme je l’avais répondu à ma mère lorsqu’elle me bassinait avec le séminaire «Moi c’est Pape ou rien ! », du côté politique c’eut été « Ministre ou rien ! ». Je vous le concède c’est mon côté Macron mais à ma décharge j’ai côtoyé tellement de Ministre de l’Agriculture dans ma vie, de tous les bords, que je n’ai aucune honte à affirmer que j’aurais pu tenir le manche aussi bien qu’eux. Mais une fois passé le plaisir d’y être je sais pertinemment que comme le disait Chevènement « Un Ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Très peu pour moi les couleuvres avalées !

 

Lire George Briquet ICI

 

25 avril 2011 Éric Zemmour le Jean Nocher ou la Geneviève Tabouis du PAF : il a une fonction salutaire, j’ose même écrire sanitaire, un côté Destop bien utile.

 

Lire ICI 

 

J’avais 10 ans en 1958, la fameuse 3e place des Français à la Coupe du Monde en Suède avec un Just Fontaine en goléador, ça me faisait rêver l’oreille collée au gros poste de radio du Bourg-Pailler. Bien sûr on parla plus de Pelé la perle noire que de Kopa mais 1958 fut pour lui l’année de la consécration internationale avec une Coupe d’Europe des clubs champions remportée, une Coupe du monde réussie, Raymond Kopa fut considéré comme le meilleur joueur du tournoi, un Ballon d’Or.

 

Mais comme l’écrit Yann Bouchet dans le Monde :

 

« Comme pour Platini et Zidane, originaires d’Italie et d’Algérie, le parcours de la famille Kopaszewski illustre une partie de l’histoire de l’immigration en France. Les grands-parents paternels, Polonais, s’installent dans le Nord-Pas-de-Calais, après la Première guerre mondiale. Né le 13 octobre 1931 à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais), Raymond Kopa commence à jouer dans les corons, où son père est mineur. Très tôt intéressé par le football, il travaille cependant deux ans et demi à la mine, de 14 ans à 16 ans et demie, période durant laquelle il est en partie amputé de deux doigts à la suite d’un accident du travail.

 

Après des débuts à l’US Nœux-les-Mines, il rejoint en 1949 le SCO Angers où, à 18 ans, il signe son premier contrat professionnel. Deux ans plus tard, lors d’un match amical contre le grand Stade de Reims, l’entraîneur rémois Albert Batteux repère le jeune joueur. Après d’intenses négociations, Angers finit par accepter le départ de son milieu de terrain pour un club qui va devenir le plus performant du pays. Entre 1951 et 1956, Raymond Kopa remporte deux titres de champion de France (1953 et 1955) avec l’équipe champenoise et atteint la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions (1956), seulement battu par le Real Madrid, une première pour un club français. »

 

Raymond Kopa, légende du foot français, est décédé 

À Paris, place de Catalogne, comme à Montpellier pour le palais du mégalo Georges Frèche, l’œuvre architecturale de Ricardo Bofill ne m’a jamais convaincue, et en plus ça vieilli mal.

 

L’œuvre qui me séduit de lui c’est la récupération par lui, en 1973, d’une cimenterie délabrée.

 

La réhabilitation est un procédé qui a été beaucoup utilisé pour habiter des bâtiments déjà construits, en les adaptant à leur nouvelle fonction et en préservant les principes structurels et/ou architecturaux de ces bâtiments. Ce procédé permet de garder un lien entre le passé et le présent, tout en préservant l’état d’un site. C’est ainsi que Ricardo Bofill a choisi de réhabiliter une usine pour y installer son agence et pour y habiter.

 

Cette usine de ciment composée de 30 tours et de sous-sols qui abritaient des machines. Ce complexe industriel qui était en partie en ruine lui est apparu alors comme un espace à grand potentiel.

 

Une citation de Ricardo Bofill résume l’état de l’usine à l’époque : « … des escaliers qui grimpent vers nulle part, des puissantes structures en béton qui tenaient rien, des morceaux de fer suspendus dans l’air, des immenses espaces vides remplies malgré tout de magie »*. Cette description de La Fabrica indique à quel point Bofill tenait à garder ces éléments forts du bâtiment pour s’en servir dans son projet.

 

« Après une longue promenade dans les rues de Barcelone rythmées par des bâtiments pour la plupart nouveaux, nous sommes arrivés devant l’Agence de Ricardo Bofill. De loin, seules les tours sont visibles et le bâtiment ne donne pas l’air d’être une agence d’architecture. La végétation qui s’est développée sur les murs et autour du bâti, donne un air d’ancienneté à l’ensemble. Plus on s’approche du bâtiment et plus on ressent la grandeur des tours. Cette allure de château médiéval et la présence de palmiers nous fait penser à un oasis au beau milieu de la ville. »

 

Visite guidée ICI TALLER DE ARQUITECTURA OU « LA FABRICA » – RICARDO BOFILL

 

De superbes photos ICI 

 

À l’heure où j’écris ce petit bout de chronique je ne sais où en sera Fillon et si, face aux désertions il laissera la place à Juppé. Attendre et voir s’il me faut réactiver l’Opération Chartrons ?

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 08:00
François Mitterrand répond à Bernard Pivot, "Bouillon de culture" diffusée le 14 avril 1995 sur Antenne 2

François Mitterrand répond à Bernard Pivot, "Bouillon de culture" diffusée le 14 avril 1995 sur Antenne 2

Je me suis longtemps glissé sous la peau du pouvoir, l’affleurant en évitant de l’effleurer afin de me pas créer trop de capillarité, de me connecter au système, d’en être, d’en vivre, de l’exploiter, de l’user jusqu’à la corde ; j’ai vu, perçu, entendu, senti, ressenti, ce qu’aucun journaliste ou biographe peut écrire, faute de l’avoir vécu, ces gens de pouvoir qui se forgent, pour se préserver, se cacher, ne montrer que leur face plaisante, une image, plus ou moins nette, la cultivent, la font prospérer sans révéler ce qui se cache vraiment dans les plis de leur vie. D’ailleurs pourquoi le feraient-ils, c’est leur vie privé ! La frontière entre celle-ci et la publique n’est jamais nette, il existe des no man’s land, des marges, des passerelles, que seuls ceux qui, comme moi, les discrets, les taiseux, les fidèles, les arrangeurs, sont en capacité de franchir ou d’occuper. Forme de complicité qui ne relève pas du code pénal, ni de l’amitié, mais de la stricte nécessité. Pour survivre dans l’ombre il est impératif de n’être jamais redevable au système, vivre sa vie au dehors, garder son cap, repousser les honneurs, se maintenir à la bonne distance, ne pas s’exonérer de sa part de responsabilité, on ne peut s’estimer indemne de tous germes dans un tel bouillon de culture.

 

Dans ce marais parfois cloaque, il y a les exécuteurs des basses œuvres, les portes-flingues qui vont jusqu’à se salir les mains, les compagnons de route, les amis, les proches, les serviteurs, les courtisans, les obligés et il y a ceux, peu nombreux, visiteurs discrets du soir, qui osent dire, parfois avec des gants, au Prince et à sa Cour, ce qu’ils n’aiment pas entendre. Exercice complexe qui ne peut perdurer que si le Pouvoir ne vous ressent pas comme une menace. Prendre le risque de déplaire avec la garantie absolue de la discrétion est un exercice de haut vol, sans filet. Jouissif, parfois frustrant, ne jamais pouvoir dire, ne jamais prendre la lumière, satisfaction de croire que l’on peut agir, infléchir le cours du monde. Suprême et incommensurable orgueil !

 

Ce passé sans traces écrites, à cent lieues de la pâte des biographes, discours, courriers, déclarations publiques, confidences des proches, livres, qu’en faire ? Le coucher sur une page blanche en tant que tel c’est prendre le risque de ne pas être cru, ce qui est tout à fait compréhensible : ce ne serait que ma parole, la parole d’un inconnu, de quelqu’un qui n’a jamais été repéré par les radars médiatiques. Crédibilité faible alors que ce ne serait, certes ma vérité, mais une vérité sans filtre. Dans le temps qui me reste, vais-je me résoudre à ne pas dénouer ce dilemme entre le besoin d’écrire et de mon incapacité à me mettre au travail. À souffrir. La seule porte de sortie qui s’offre à moi c’est le roman pour déjouer les pièges d’une vérité témoignée. Trop tard, me dis-je ? Personne ne t’attend ! J’hésite, tergiverse, m’engouffre dans tous les prétextes qui s’offre à moi pour me dérober, me disperser. Je m’englue, mes amours sont en rade, il faut que je me fasse violence sinon je vais me déliter.

 

Le matériau est là, brut, chaque matin je me refuse à mettre la main à la pâte. Faudrait-il que je sois acculé pour me mettre enfin au travail ? Je sais bien que non, seule une puissante colère pourrait me jeter hors de moi ; elle monte. Je le sens.

 

Pour me détendre, une petite incursion, de ce qui fut, en son temps, l’un des secrets les mieux caché de la République : Mazarine.

 

« Bernard Pivot avait lu le manuscrit de L’Honneur perdu de François Mitterrand. « Je ne suis pas d’accord. Si ton livre paraît, je ne t’inviterai pas », dit-il à Jean-Edern Hallier. Quand les écoutes téléphoniques ont été dévoilées, Mitterrand a voulu récompenser Pivot de n’avoir pas donné la parole au pamphlétaire. »En 1995, à « Bouillon de culture », il m’a accordé son dernier entretien télévisé. J’avais reçu un coup de fils de l’Elysée : « Le Président veut vous voir. » « Vous avez émis le vœu de faire un entretien avec moi et je vous ai choisi. » Le matin même de l’entretien, je n’étais pas certain qu’il puisse venir. À 15 heures, il était pâle comme la mort. Son cancer le tenaillait. On lui a fait une piqure, et pendant soixante-quinze minutes il a été éblouissant. »

 

Au départ, il s’agissait d’une émission sur son bilan culturel. Elle s’intitule : Du Grand Louvre à la Bibliothèque Nationale. D’autres sujets furent abordés. En partant, Bernard Pivot dit au Président : « Pourquoi m’accordez-vous ce privilège ? Je ne suis pas de vos amis. – Cherchez, cherchez ! » « J’avais été consterné par le récit de Jean-Edern. Je lui avais dit : « Le meilleur de ton livre, c’est la dédicace : À Michel Rocard, notre recours. Comme convenu » Assez vacharde ! C’est peut-être à Jean Edern Hallier que je dois d’avoir fait cet entretien avec Mitterrand. » Ce « Bouillon de culture » historique date du 14 avril 1995. À la question « Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous lui entendre dire ? », le Président répondit à Pivot : «Enfin, tu sais!»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Edern toujours :

 

« Je suis le fils naturel de la gauche, comme la petite Mazarine, révèle-t-il dans ses missives au percepteur et au ministre des Finances, je mérite d'être salarié au moins au Smig pour mes dix ans de combat pour la gauche»

 

La «cellule» Christian Prouteau ­ ces pages noircies par l'écrivain provocateur. La cellule élyséenne place alors Jean-Edern Hallier sur écoute téléphonique, tous azimuts, sur les lignes de son restaurant favori (la Closerie des Lilas), de son bistrot préféré (le Vieux comptoir) et même de sa cuisinière équatorienne Piedade à demeure dans son appartement place des Vosges. Barril, censé convaincre Hallier de renoncer, n'a pas la tâche compliquée, puisque le «romancier du réel» (1) se sert de son manuscrit comme monnaie d'échange contre l'annulation de ses dettes à l'Etat. Le 20 février 1984, le rappel d'impôts de Jean-Edern Hallier part aux oubliettes. Le 29 mars à la brasserie Lipp, l'écrivain remet le brûlot Tonton et Mazarine au capitaine, et griffonne sa reddition sur la nappe: «Je ne veux pas faire profiter de la haute littérature à la basse politique»

 

Jean-Edern Hallier a rebondi en 1993 avec la révélation de l'affaire des écoutes téléphoniques de l'Elysée (1983-85) qui l'ont particulièrement ciblé. «L'homme le plus écouté de France» n'a eu de cesse de dénoncer les «persécutions» à son encontre «du totalitarisme démocratique de François Mitterrand» et ce «scandale de l'Elysée-gate», notamment en mars 1995 lors d'une conférence de presse avec ses acolytes Barril et Vergès. Hallier a fini par appeler à voter RPR à la présidentielle de 1995. «J'ai sauté sur l'occasion de montrer ma reconnaissance à Jacques Chirac qui, en 1993, m'a appelé à la Pelouse, mon café avenue de la Grande-Armée et m'a obtenu un prêt immédiat et sans intérêt de la banque Vernes (1 et 3) pour me sauver des griffes de Tapie qui voulait me ruiner et me jeter à la rue». Jean-Edern Hallier a ainsi fini argenté et chiraquien ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Dans son pamphlet, Jean-Edern Hallier écrit : « C’est à juste titre qu’il a mis toutes ses polices à mes trousses. Je lui dois mes années terribles. « Mais c’était terrible », me déclara-t-il, en me parlant de ces pages quand je le rencontrai en 1992, sur son initiative, à la librairie Gallimard, en un guet-apens qu’il avait organisé pour me revoir. Il n’y a jamais eu réconciliation entre nous. La littérature est irréductible au reste, donc irréconciliable. L’ami de la vérité n’a pas d’amis. »

 

La voiture du président de la République s’est garée à proximité du 15, boulevard Raspail où se situe la librairie Gallimard. J’ai le souvenir d’avoir vu François Mitterrand penché sur des boîtes de romans pleines à ras bord. C’était un samedi après-midi. Il m’a jeté un regard furtif avec une arrière-pensée d’entente, presque de complicité. Le jour de sa rencontre avec Jean-Edern Hallier, il est accompagné de Patrice Pelat qui a été son camarade de stalag et se prénommait alors Roger-Patrice. Accusé de délit d’initié, Pelat mourra d’une crise cardiaque peu de temps après cette visite.

 

Paul Derieux, le directeur de la librairie, est absent. Il succède à Raymond Poulin qui a longtemps guidé Mitterrand dans ses choix d’éditions originales. Il s’adresse aussi à Jean-Luc Marchand, le principal vendeur. Celui-ci était présent lorsque le Président bibliophile s’est heurté à Jean-Edern Hallier. Il n’y avait pas eu de rendez-vous. Mais les lois du hasard ont leur logique.

 

« François Mitterrand et Patrice Pelat étaient dans le bureau du directeur lorsque Hallier est arrivé. Je lui ai dit « « Mitterrand est dans le bureau. – Je veux absolument le voir. » M’ayant emboîté le pas, j’ai assisté à la scène des retrouvailles. « Bonjour François Mitterrand », suivi d’une logorrhée. Dans ce flot de paroles il y avait beaucoup d’humour. Mitterrand l’a écouté sans dire un mot. Jean-Edern Hallier est reparti en lâchant : « au revoir, François Mitterrand.» Le Président s’est tourné vers Patrice Pelat. « Ce garçon est vraiment expressif. » Pelat a acquiescé avec un petit sourire. Mitterrand a pris un ouvrage de philosophie qu’il paya en espèces. »

 

« Le chef de l’Etat quitte parfois la librairie Gallimard avec une conquête. Une jolie fille qui n’avait pas froid aux yeux achète Passion simple d’Annie Ernaux et lui offre le livre. Devant les clients, ils sont partis ensemble. Quelqu’un a dit ans leur dos : « J’espère qu’il a des préservatifs ! »

 

Avec sa vie amoureuse chaotique, Jean-Edern n’aurait pas agi autrement si une groupie à la belle poitrine s’était présentée. Pourquoi se priver d’une éruption érotique passagère ? Il aime voir se lever l’aube derrière les hanches d’une femme. »

 

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, Fillon « Ces attaques ne sortent pas de nulle part. Elles ont été soigneusement préparées, mijotées dans les arrière-cuisines de ces officines » comme 1 goût de l'affaire Markovic

Même dans ses références historiques, lui qui se dit gaulliste, François Fillon est à côté de la plaque lorsqu’il déclare à Charleville-Mézières :

 

« Je suis actuellement sous le feu continu des attaques.

Ces attaques contre un candidat investi et légitimé non seulement par les siens mais aussi par des millions de Français, sont d'une violence inouïe ». Le député de la Sarthe évoque une situation inédite dans l'histoire politique récente, « du jamais-vu sous la Ve République et même sans doute sous la IVe, cette dernière était pourtant riche en barbouzeries politiques de toute sorte… »

 

Rafraichissons lui la mémoire, celle-ci me paraît bien défaillante ces derniers jours, et pourtant l’affaire Markovic où, Claude Pompidou fut trainée dans la boue afin de barrer la route de l’Elysée à son époux, ça devrait lui dire quelque chose puisque son mentor, le discret Joël Le Theule, fut soupçonné d’y avoir été mêlé.

 

Petit rappel pour ceux qui l’ignorent :

 

Le 14 décembre 1980, Joël Le Theule, ministre de la Défense, député gaulliste de la Sarthe et maire de la ville de Sablé, meurt à 50 ans d’un arrêt cardiaque à l’hôpital, où il vient d’être conduit en urgence par son jeune assistant parlementaire de 26 ans, François Fillon. Quatre ans plus tôt, le jeune homme poursuivait des études de droit et s’orientait vers le journalisme quand le député, un ami de la famille, lui propose d'occuper à mi-temps ce poste nouvellement créé par Jacques Chaban-Delmas. Le jeune Fillon accepte, par curiosité d’apprenti journaliste plus que par vocation politique. Mais la mort de son mentor change à jamais son destin professionnel puisqu’il récupère son siège de député l’année suivante, entamant ainsi sa carrière politique.

 

« Joël Le Theule avait acquis une réputation de fin politique, rompu dans l'art de la manœuvre. Il sait s'attirer de sérieuses inimitiés dans son propre camp, notamment de la part de Jacques Chirac. Son successeur, François Fillon, dira d'ailleurs : « Le Theule était haï de Chirac autant pour ses penchants que parce qu'il le soupçonnait d'avoir prêté la main dans l'affaire Markovic, qui déstabilisa Pompidou », les penchants faisant référence à l'homosexualité de Joël Le Theule. »

 

Là c’est moi qui ai écrit :

 

« L’affaire Markovic c’est de la merde mon petit cœur, c’est l’exemple même du coup tordu dont raffolaient certains milieux barbouzards gravitant dans les soupentes du régime. Ses instigateurs voulaient barrer la route de l’Elysée à Pompidou. Viansson-Ponté dans son histoire de la République gaullienne écrira que « l’ennemi appartient à la famille, tapi dans l’obscurité, manipulant les cartes et truquant la partie. » Pompidou a tenu bon mais il savait, ou croyait savoir d’où les coups venaient. « Capitant par bêtise, Vallon par méchanceté et Couve a laissé faire. » avait-il confié à son ami Michel Bolloré avec son art de la formule choc. Dans son livre « Pour rétablir la vérité » Pompidou écrira « Ni place Vendôme, chez Capitant, ni à Matignon chez M. Couve de Murville, ni à l’Elysée, il n’y a eu la moindre réaction d’homme d’honneur. » Moi bien sûr, à cette époque-là, je n’étais qu’un petit flic miteux de banlieue mais, par la suite, par la grâce de la mère de Chloé, mon protecteur à l’Elysée, ce très cher Secrétaire-Général qui m’a propulsé là où je suis, savait. Et Pompidou savait qu’il savait. Un biographe du jeune loup Chirac l’affirmait « on sait que Georges Pompidou à toujours gardé sur lui, dans son portefeuille et écrite à la main, la liste de ceux qui, selon lui, avaient eu une responsabilité dans cette odieuse calomnie ». D’après lui trois noms, dont celui du Secrétaire-Général de l’Elysée. »

 

« 69, l’année politique », un ressortissant yougoslave hébergé par Alain Delon finit cadavre dans une décharge. Un assassinat d’où émane une rumeur de « ballets roses » avant que des photos de « partouze » ne finissent dans les rédactions. […]

 

Avec l’annonce par la presse des relations entre Stefan Markovic et l’acteur Alain Delon - il serait son « gorille » - l’affaire fait la une de toute la presse. Très vite, une rumeur court les rédactions et les milieux politiques : des personnalités « de haut rang » seraient impliquées. Ensuite le nom de Madame Claude Pompidou, épouse de l’ex-Premier Ministre, circule. Puis des photos – faux grossiers - censées la représenter en galante compagnie arrivent dans les rédactions et chez des amis de celui dont l’ambition est à l’époque, la Présidence de la République. Bien que la source de ces images n’ait jamais pu être identifiée, les milieux gaullistes proches du Service d’Action Civique (SAC) sont soupçonnés, du fait de leur notoire opposition à la candidature de « l’auvergnat » de Montboudif. Rappelons que les « ultra-gaullistes » reprochaient à Georges Pompidou d’avoir cédé, en mai 68, devant « les anars » et « les cocos ».

 

[…]

 

« Le président Pompe se méfiait, à juste raison d’ailleurs, l’affaire Markovic le démontrera, des « demi-soldes » du SAC où se mêlaient, autour du noyau dur de la diaspora corse, d’authentiques héros de la Résistance et de vrais truands. Comme l’heure n’était plus aux combats de l’ombre contre les « soldats perdus » de l’OAS ou à la défense de la Vème menacée, alors Pompidou avait demandé à Marcellin de débarrasser le SAC des éléments les plus douteux. Tâche malaisée car ce petit monde de reitres désœuvrés, naviguant en marge de la légalité, vivant d’expédients, cultivait un sentiment de toute puissance, au nom des services rendus au Général, et pensait que leur impunité ne saurait être remise en cause. »

 

[…]

 

« Pompidou ne s’en tenait pas qu’au verrouillage du gouvernement Chaban, il bouleversait aussi l’organigramme de l’Elysée en mettant fin à la dualité Secrétariat-Général et Cabinet, le premier absorbait le second. Sous de Gaulle, dans l’ombre, le Secrétaire-Général, jouait un rôle capital. Interlocuteur privilégié du chef de l’Etat il était le seul membre de l’équipe à pouvoir entrer à tout moment dans le bureau présidentiel.

 

Le nouveau Secrétaire-Général était l’énigmatique Michel Jobert flanqué d’un adjoint le byzantin Edouard Balladur. Très vite la césure entre la tendance « rive gauche » décidée à donner ses chances à la « nouvelle société », et la tendance « rive droite » résolue à avoir la tête du folâtre Chaban, se dessinait dans l’entourage de Pompidou. L’ancien mendésiste Jobert, sincèrement européen, qui, selon Viansson-Ponté, « est le personnage le plus important de l’Elysée soutiendra loyalement les thèmes progressistes du chef du gouvernement. Balladur, « solide, subtil, distant, rapide » selon Jobert, dévoué à Georges Pompidou, même s’il jugeait aventureux certains projets de Chaban, fera preuve à son égard d’une grande correction.

 

L’autre tendance est emmenée par un personnage qui cultivait son image de la droite France profonde, ultranationaliste : Pierre Juillet. Il était chargé de mission et flanqué de la redoutable Marie-France Garaud, jeune et ambitieuse avocate, qui avait gagné la confiance de Pompidou en démêlant l’imbroglio de l’affaire Markovic. C’était une passionnée, directe, cynique, qui gardait un chien de sa chienne à Chaban car celui-ci l’avait éconduit sèchement lorsqu’elle postulait à son cabinet de la Présidence de l’Assemblée. Impitoyable, bluffeuse, elle allait de suite tout tenter pour nuire au chef du gouvernement. En marge, à côté de ce beau monde, le très fameux secrétariat général pour les affaires africaines et malgaches tenu par le redouté taulier Jacques Foccart dont les fonctions officieuses couvraient un large champ dans le marigot gaulliste où se mêlaient les services secrets, les barbouzards, les affairistes et tout un petit monde interlope où je nageais comme un poisson dans l’eau. »

 

Extraits du livre Les Pompidou de Henry Gidel publié aux Editions Flammarion

 

« Il en a assez, plus qu’assez, mais il lui faut continuer, et toujours avec le sourire. Mais le plus pénible à ses yeux, ce ne sont pas les fatigues de la campagne. C’est bien autre chose…Pierre Mazeaud, magistrat mais également célèbre alpiniste et vainqueur de l’Annapurna, se trouve à ses côtés dans sa voiture, alors que durant la course à l’Élysée, il parcourt les Hauts-de-Seine.

 

Soudain, à sa grande surprise, il aperçoit des larmes couler de ses yeux. Alors le futur président de la République lui saisissant le bras, lui dit : « Ah ! mon petit Mazeaud, c’est vraiment trop dur, trop dur ! » et il continue à sangloter. Alors que Mazeaud s’imaginait que le candidat faisait tout simplement allusion aux fatigues de la campagne, il est rapidement détrompé : il apprend que des fonctionnaires des RG venaient de lui montrer d’odieux photomontages représentant sa femme qu’il adorait dans des postures particulièrement scabreuses.

 

Autre témoignage : à cette époque, dînant à Lille à l’hôtel Royal, en tête à tête avec Maurice Schumann, il n’ouvre pas la bouche un seul instant, mais se lève continuellement, pour se rendre à la cabine téléphonique. Plus tard, une fois devenu Président, tenant à s’exprimer auprès de lui, il lui révèle, très ému : « C’était le jour le plus triste de ma vie. Si je suis allé téléphoner plusieurs fois de suite, c’est parce que ma femme était au bord du suicide. » Elle venait de recevoir des lettres anonymes truffées d’insultes ordurières. On mesurera le désarroi de Pompidou au moment même où il avait tant besoin de sa volonté, lorsqu’on apprendra qu’il rédigeait alors un petit texte où il évoquait la force de l’amour réciproque qui le liait à son épouse. C’est là certainement qu’il puisait l’énergie indispensable à son combat.

[…]

« La violence, la durée et l’inlassable répétition des attaques sont venues à bout de Claude, d’où l’angoisse permanente de son mari : dans l’état où elle se trouve, elle peut d’un instant à l’autre passer à l’acte.

 

Mais quelle situation pour le futur président de la République !

 

Que doit-il faire ?

 

Que peut-il faire ?

 

Renoncer à sa candidature ?

 

Ce serait d’une certaine façon reconnaître le bien-fondé des rumeurs accusatrices. Il en est d’autant moins question qu’il pense être déterminé dans son action non par une vulgaire ambition personnelle mais par un authentique destin. Il est certain qu’il n’est pas absolument pas libre, qu’il n’a pas le choix, que personne d’autre que lui en ce moment ne doit ni ne peut remplir les fonctions présidentielles telles que les a voulues le général de Gaulle.

 

« Dès 1962, confiera-t-il plus tard, oui, dès mon arrivée à Matignon, j’ai su que je serais un jour président de la République. » C’est pour lui un sort qu’il subit sans plaisir, d’ailleurs, car il ne répond pas à sa vraie nature, celle d’un authentique épicurien. Et il sait bien que la politique ne le rendra jamais heureux

 

Ce petit rappel historique rien que pour dire à François Fillon qu’il devrait changer de registre, à l’inverse de Claude Pompidou Pénélope Fillon n’est pas la victime d’un coup monté par de sombres officines mais la « victime » d’une situation imaginée par son mari pour mettre du beurre dans les épinards de la maison où manifestement elle s’ennuyait. Les faits sont avérés, les sommes en jeu non contestées, alors crier au complot, à une machination ourdie dans de sombres officines relève d’une défense calamiteuse et dangereuse pour son propre camp.

 

Cette victimisation est indécente, indigne de l’homme d’État qu’il dit être, sa réaction relève du niveau petit assistant parlementaire roublard pris les doigts dans la confiture qui enrage de voir s’évanouir son rêve de prendre la place du calife. Il n’y a aucune meute à ses trousses, rien qu’une accumulation de faits soigneusement dissimulés, pas forcément condamnables en droit mais fort peu en adéquation avec son costume de père la rigueur, d’apôtre des sacrifices. Son maintien ne me pose aucun problème, c’est son choix, sera-t-il celui de son camp, seulement je m’interroge de sa capacité, s’il est qualifié pour le deuxième tour face à la MLP, à recueillir des voix de gauche et du centre. La pilule paraîtra encore plus amère que celle du vote pour Chirac qui en la matière était pas mal non plus, Alain Juppé en sait quelque chose. 

Déjeuner impromptu avec elle, je n'en dirai pas plus que le menu...

Déjeuner impromptu avec elle, je n'en dirai pas plus que le menu...

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, « NKM a toujours trahi ses électeurs, à Longjumeau, elle n’a pas fait long feu, pour être députée de l’Essonne elle a viré Wiltzer» Rachida Dati

Brexit dur, Trump aux commandes, et le n°1 chinois Xi Jinping, qui fêtera bientôt ses cinq ans à la tête de la Chine, a tenu une tribune doublement historique sur la scène du Forum économique mondial (WEF) de Davos. Aucun président chinois avant lui n’avait jamais fait le déplacement pour ce sommet annuel des élites économiques mondiales dans les montagnes suisses; et, surtout, Xi Jinping a délivré un étonnant plaidoyer en faveur du libre-échange.

 

Le chef du dernier empire communiste de la planète s’est posé en champion d’un monde ouvert et connecté, comparant l’économie mondiale à «un vaste océan dont il est impossible de s’échapper». «Toute tentative de stopper les échanges de capitaux, les technologies et les produits entre pays […] est impossible et à rebours de l’histoire», a lancé le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), provoquant la première salve d’applaudissements à travers la salle.

 

«Certains blâment la mondialisation économique comme étant responsable du chaos du monde», a affirmé Xi dans un message destiné à celui qui l’accuse de manipuler sa monnaie, le yuan, pour soutenir les exportations chinoises et de tuer les emplois sur le sol américain, «mais ce n’est tout simplement pas le cas». «Nous devons rester attachés au développement du libre-échange et des investissements, et dire non au protectionnisme. Promouvoir le protectionnisme, c’est comme s’enfermer dans une pièce noire. Personne n’émergera en vainqueur d’une guerre commerciale»

 

Retour en arrière, 50 ans en Chine, «Feu sur le quartier général», « La révolution n’est pas un crime, la rébellion est justifiée»...

 

La «Grande Révolution culturelle prolétarienne» fut officiellement lancée par une lettre du Parti communiste en date du 16 mai 1966, en fait déclenchée par Mao Tsé-toung pour consolider son pouvoir après de grosses difficultés politiques et économiques, liées à l'échec de la politique dite du «Grand Bond en avant».

 

«Nous devons abattre les responsables du Parti engagés dans la voie capitaliste. Nous devons abattre les sommités académiques réactionnaires de la bourgeoisie et tous les “monarchistes” bourgeois. Nous devons nous opposer à tous les actes de répression contre la révolution. Nous devons liquider tous les génies malfaisants. Nous devons extirper énergiquement la pensée, la culture, les mœurs et coutumes anciennes de toutes les classes exploiteuses. Nous devons réformer toutes les parties de la superstructure qui ne correspondent pas à la base économique du socialisme. Nous devons purger la Terre de toute la vermine et balayer tous les obstacles!»

 

Et pendant ce temps-là dans notre vieux pays fourbu, hormis les débats poussifs de la primaire de la gauche et la macronite aigüe, c’est l’investiture de NKM dans la circonscription parisienne en or pour la droite, celle de François Fillon, qui fait le miel des médias. En effet, elle permet de ressortir de l’oubli Rachida Dati. Comme à son habitude celle-ci n’y ai pas allé de main morte. Après avoir déjà poussé un bon gros coup de gueule dans Le Parisien, jeudi, l’eurodéputée-maire du VIIe poursuit sa charge vendredi 20 janvier sur France info et ça balance pas mal à Paris, beaucoup même.

 

« Au départ, je n’étais pas candidate à l’investiture, assure l’ancien ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, pour justifier qu’elle n’en fait pas une affaire personnelle. On peut en douter. Elle enchaîne :

 

« Normalement, il y a consultation des élus locaux. Quand il y a un désaccord, il y a un vote. Sur cette circonscription, tous les élus n’ont pas été consultés. François Fillon ne les a pas reçus. Normalement c’est une commission d’investiture indépendante qui décide. Ce n’est pas à François Fillon de désigner un successeur. Je ne crois pas, sauf si on est dans une monarchie, qu’on se transmet des pouvoirs et des charges de droit divin. Aucune consultation des élus locaux ! »

 

Mais Rachida Dati ne s’arrête pas en si bon chemin, elle défouraille. Elle estime qu’il y a, de la part des médias et des politiques, un délit de sale gueule à son encontre dans les bisbilles qui l’opposent à celle qui fut candidate à la primaire de la droite :

 

« Deuxième chose : vous avez quelqu’un, il faut quand même le reconnaître…. Alors, c’est vrai, elle a la bonne image, c’est sûr qu’elle a une meilleure gueule que la mienne. Pardon de l’expression. Elle a fait polytechnique, elle a jamais bossé de sa vie. Moi je trime depuis que j’ai 16 ans et demi. Je sais ce que c’est que de signer un contrat de travail, de négocier un bail, d’obtenir un emprunt, les fins de mois difficiles, d’avoir une charge de famille… »

 

Vous croyez avoir tout lu ? Que Rachida Dati a exprimé toute sa rancœur face à une investiture qui « la peine pour ses administrés » ? Ce n’est pas fini. Sa dernière saillie du jour se concentre encore plus précisément sur Nathalie Kosciusko-Morizet qui, assure-t-elle, « trahira » François Fillon « comme elle a trahi tous les autres » en visant déjà la présidentielle de 2022 :

 

« Madame Kosciusko-Morizet a toujours trahi ses électeurs. Elle a voulu être maire de Longjumeau, elle a pas fait long feu. Elle a voulu être députée de l’Essonne. Puis "je veux que Paris", "je veux reconquérir Paris, je suis courageuse, je vais dans le 14e". Et aujourd’hui, elle dit "tiens, je vais m’écraser là où ça va emmerder tout le monde". La politique, ce n’est pas de la vengeance. Ça me fait de la peine pour mes administrés. Je vais vous dire, elle a déjà négocié son poste de ministre, elle ne sera jamais là, jamais présente. Je préviens les électeurs. A peine élue, elle sera déjà sur le futur combat de la présidentielle de 2022 parce qu’elle trahira François Fillon comme elle a trahi tous les autres. »

 

Comme j’ai l’esprit d’escalier, je dévale de mes propos sur le slogan de Mao « Feu sur le quartier général » pour me retrouver face au désastre annoncé de la maison socialiste. Joffrin dans Libé s’interroge :

 

Faut-il tuer le Parti socialiste ?

 

Bien avant de choisir lequel des candidats aura leur préférence - Valls et sa social-démocratie réaliste, Montebourg et son socialisme «made in France», Hamon et son alter-socialisme, ou encore Peillon et son républicanisme de bon aloi -, c’est la question politique cruciale que doivent se poser les électeurs de gauche et du centre gauche. Qu’ils restent chez eux, qu’ils traînent les pieds, qu’ils décident de sanctionner tous ceux qui ont eu à voir avec le quinquennat, ou au contraire qu’ils désignent déjà Emmanuel Macron, l’une des têtes pensantes du hollandisme quoi qu’il en dise, le résultat sera le même : à moins de 2 millions d’électeurs, on ne donne pas cher des chances de survie pour cette antique machine née en 1971 sur les ruines de la SFIO.

 

Le PS a beaucoup péché. Electoralisme débridé, opportunisme, difficulté à se renouveler, guerre des egos, byzantinisme tactique, impuissance à expliquer les vertus d’une social-démocratie moderne, divisions innombrables : la liste est interminable des errements auxquels les héritiers de Blum et de Mitterrand se sont livrés depuis une ou deux décennies. Mais raisonnons à rebours. La mort du PS une fois prononcée, la gauche se retrouve scindée en deux courants étrangers l’un à l’autre, chacun fondé sur le charisme d’un homme, qui tient un discours collectif mais décide en fait pratiquement seul des destinées d’une moitié du «camp progressiste». Un camp qui n’en est plus un, au demeurant, puisqu’il est divisé en deux moitiés d’orange que personne ne peut réunir pour retrouver le fruit d’origine. Une gauche radicale homogène d’un côté, un centre ambigu tiraillé entre droite et gauche, social-libéral ou libéral-social, de l’autre.

 

Au lieu d’un parti qui tente de trouver tant bien que mal un projet commun, on aura deux organisations sans passé ni héritage, sans mécanisme de synthèse, médiatiques avant d’être militantes, qui assurent à la droite d’avoir en face d’elle une opposition coupée en deux. Peut-être est-ce inévitable, peut-être le glas de l’histoire a-t-il déjà sonné pour les survivants de la rue de Solférino. Mais avant de s’y conformer, la gauche qui ne renonce pas tout à fait à un espoir commun doit y réfléchir à deux fois. Dans un mois, si le candidat désigné ne convainc pas, s’il patauge dans le discrédit, il sera temps de constater le décès de l’ancienne gauche. En attendant, il serait bon de laisser une chance, non à un appareil, mais à une idée. Celle de la gauche, qui peut encore servir en se réinventant.

 

Macron : une dynamique électorale en marche

 

Depuis l’automne, l’ancien ministre de l’économe attire des partisans de tout bord et des abstentionnistes.

 

Absent des débats de la primaire à gauche, Emmanuel Macron s’est glissé tel un fantôme dans chaque interstice de la campagne. Le vainqueur de ce scrutin aura en effet à affronter celui qui veut faire « bouger les lignes » et bouleverse les repères partisans de la Ve République.

 

Se positionnant comme un candidat « ni de droite ni de gauche », M. Macron aurait pu pâtir de ses responsabilités passées. Or ses 5 points gagnés en quelques semaines (17 % d’intentions de vote à la mi-janvier contre 12 % en septembre) confirment qu’il s’est installé dans un fauteuil de troisième homme, prêt à contester la place qualificative du second tour à François Fillon ou Marine Le Pen. Comment, depuis sa démission du gouvernement, fin août, puis sa déclaration de candidature, en novembre, M. Macron est-il parvenu à séduire un électorat encore très hétérogène et ne répondant à aucune grille de lecture des mobilisations partisanes ?

 

En suivant les mêmes Français depuis quatorze mois, le panel électoral du Cevipof permet de répondre à ces questions. Aujourd’hui, M. Macron est crédité de 17 % des suffrages au premier tour de la présidentielle dans un scénario où Manuel Valls remporterait la primaire à gauche, et de 19 % à 21 % en cas de victoire d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon. La dynamique Macron repose sur un double mouvement d’électeurs dont l’intention de vote a changé et de mobilisation de nouveaux partisans qui déclaraient jusqu’alors vouloir s’abstenir.

 

Entre septembre 2016 et janvier 2017, 40 % des électeurs ont maintenu leur choix sur la candidature de M. Macron. La trajectoire des 60 % de nouveaux électeurs est plus surprenante car elle illustre la capacité de siphonnage du leader d’En Marche !. En effet, à l’automne, 13 % d’entre eux avaient déclaré voter François Bayrou, 11 % François Hollande, 7,5 % Nicolas Sarkozy, 3,5 % Jean-Luc Mélenchon, et 11 % s’abstenir. Evidemment, ces mouvements reposaient sur une offre électorale qui a depuis profondément évolué.

 

ur une période plus récente – entre décembre et janvier 2017 –, M. Macron parvient à consolider la majeure partie de son électorat (autour de 60 %) et attire 13 % d’électeurs qui déclaraient jusque-là voter M. Valls, 10 % François Fillon, 5 % Marine Le Pen, 4 % Jean-Luc Mélenchon, et 5,5 % s’abstenir.

 

Ces résultats soulignent les contours de l’espace électoral de M. Macron, qui vont d’une gauche sociale-démocrate, orpheline du retrait de François Hollande, à un centre droit, composé de sympathisants de M. Bayrou et de M. Juppé. Par ailleurs, M. Macron parvient aujourd’hui à s’imposer comme le seul candidat capable de (re)mobiliser un électorat qui avait trouvé refuge dans l’abstention, non pas par indifférence pour l’élection présidentielle mais plutôt par contestation de l’offre proposée.

 

D’un point de vue sociodémographique, le profil de ces 40 % de nouveaux électeurs conquis par M. Macron depuis décembre est majoritairement féminin (57 %) et âgé de plus de 50 ans (53 %). Cet électorat volatil se compose avant tout de retraités (32 %), puis d’employés (16 %), de cadres supérieurs (14 %), de professions intermédiaires (14 %), d’inactifs (13 %) et d’ouvriers (8 %). Il attire presque autant de personnes très diplômées (42 %) que faiblement diplômées (37 %).

 

Souvent présenté comme le candidat des bourgeois bohèmes par ses détracteurs, M. Macron continue certes de capitaliser sur le vote urbain (38 % résident dans des villes de plus de 200 000 habitants), mais réalise des gains substantiels dans la France rurale (38 % dans les communes de moins de 10 000 habitants).

 

Enfin, le profil économique de ses nouveaux sympathisants correspond à des catégories sociales favorisées (+ de 50 % perçoivent un salaire supérieur à 2 500 euros par mois), qui disposent d’un patrimoine matériel (77 % sont propriétaires) et financier (21 % possèdent un portefeuille de valeurs mobilières). Par-delà leur origine sociale et économique, les transferts vers M. Macron ne partagent pas les mêmes opinions religieuses, puisque 54 % d’entre eux revendiquent une foi catholique et 42 % se déclarent sans religion.

 

Parangon de la sociale-démocratie ou incarnation d’une démocratie libérale en dehors des partis traditionnels, M. Macron occupe aujourd’hui un espace idéologiquement hybride lui permettant d’attirer des électeurs séduits autant par la nouveauté que l’opposition à la tripartition de la vie politique française. Même s’il est encore trop tôt pour parler de quadripartition, la dynamique en faveur de l’ancien ministre de l’économie s’appuie sur une redoutable mécanique de siphonnage d’électeurs de la gauche et du centre historiques, en manque, chacun, d’un représentant incontesté à l’élection présidentielle.

 

Martial Foucault

Professeur à Sciences Po et directeur du Cevipof

 

Macron lance un appel à ses «marcheurs» pour les investitures aux législatives

 

Emmanuel Macron met un coup de pression aux élus socialistes. A quelques heures du dernier débat de la primaire à gauche et à trois jours du premier tour de ce scrutin, le candidat d’En marche a dévoilé les règles qui régiront les investitures accordées par son mouvement aux législatives de juin 2017. Avec un objectif clair : avertir ceux qui au PS hésitent à le rejoindre qu’ils ne doivent pas compter sur les traditionnels arrangements de dernière minute. «Je ne négocierai aucune circonscription contre un ralliement», insiste Macron qui entend présenter des candidats dans les 577 circonscriptions. «Il n’y aura aucun accord d’appareil entre En marche et quelque parti que ce soit.»

 

Dans la bouche du délégué général du mouvement, Richard Ferrand, le message prend une allure d’ultimatum : «Un élu socialiste qui se décide avant le 29 janvier fait acte de conviction. Après, c’est un acte de contrition.» En clair, si les députés sortants sont les bienvenus, toute étiquette confondue à l’exception du FN, ceux qui tarderaient trop à se manifester pourraient bien se retrouver le bec dans l’eau.

 

C’est qu’Emmanuel Macron a décidé de renouveler profondément l’exercice. Jeudi midi, son mouvement a mis en ligne un appel à candidature pour les législatives. «Tous les marcheurs qui veulent s’engager peuvent s’inscrire en ligne», précise Macron qui se félicite d’être «la seule force politique à avoir établi des formalités aussi claires et accessibles». Une commission nationale des investitures sera mise en place «dans les prochains jours» pour procéder à l’examen des dossiers par «vagues successives» à compter de début février jusqu’au premier tour de la présidentielle de façon à «construire une majorité de projet pour gouverner et traduire en actes notre engagement collectif et citoyen».

 

Pour les sélectionner, cinq critères seront pris en compte. Et d’abord le «renouvellement» : Macron ambitionne ainsi d’attribuer «plus de la moitié» des investitures d’En marche à la société civile «pour faire émerger des personnalités engagées et talentueuses». Les candidatures retenues devront aussi répondre à l’exigence de «parité stricte» au niveau national, de «probité» (une inscription au casier judiciaire ou une condamnation à une peine d’inéligibilité étant rédhibitoires), de «pluralité politique» (toutes les tendances du mouvement doivent être représentées) et enfin d’«efficacité». «Tous les candidats investis signeront le même contrat avec la nation que moi», explique Macron «Ils ne pourront pas exprimer un désaccord avec le cœur de notre projet.» Une discipline, à l’en croire, plus à même que les primaires d’éviter l’apparition de «frondeurs au premier jour».

 

Leïla Slimani : « Je suis féministe et je le revendique »

 

ELLE. Qu'est-ce que le prix Goncourt a changé dans votre vie ?

 

Leïla Slimani. Le regard qu'on a sur moi. Je me suis retrouvée nimbée d'une chose à l'aura et à l'odeur très particulières, qui s'appelle le succès, et qui attire irrésistiblement les gens. Mon livre n'est plus seulement un roman qui s'appelle « Chanson douce », il est devenu « le Goncourt » que les gens viennent acheter pour leur mère !

 

ELLE. Vous êtes seulement la douzième femme à recevoir ce prix et la première enceinte, est-ce que cela a un sens pour vous ?

 

Leïla Slimani. Oui, dans la mesure où je peux témoigner du fait qu'il est possible d'être une femme et de consacrer sa vie à la littérature. Un homme qui écrit, c'est normal, mais une femme qui choisit de faire garder son enfant pour écrire, pour beaucoup, c'est une égoïste. Moi-même, j'ai mis du temps à dépasser une certaine culpabilité. Combien de fois j'ai entendu : « C'est bien, comme tu écris chez toi, tu peux t'occuper de ton fils ! » Eh bien non, justement parce que j'écris, je ne peux pas m'en occuper. Du coup, regardez le nombre d'auteures qui ont dû renoncer à la maternité. Oui, je peux écrire, être enceinte, avoir une vie de famille, sans être une mère indigne. Il me semble que c'est un combat qui en vaut la peine.

 

ELLE. Vous êtes féministe ?

 

Leïla Slimani. Je suis féministe et je le revendique. Je pense souvent à Simone de Beauvoir disant que nous aurions tort de penser que les grands combats sont derrière nous et qu'il ne reste plus que des luttes bourgeoises à mener. Et je me rends compte que, oui, c'est vrai, on devient femme. Dans la confrontation avec la société - dans la façon qu'on a de trouver un travail, d'avoir des relations avec son patron, de s'occuper des enfants -, par petites pierres, s'impose ce qu'on voyait de loin et de manière abstraite comme étant la condition féminine. Et ça m'intéresse aussi en tant que romancière.

 

« OUI, JE PEUX ÉCRIRE, ÊTRE ENCEINTE, AVOIR UNE VIE DE FAMILLE, SANS ÊTRE UNE MÈRE INDIGNE »

 

ELLE. Vous êtes entrée en littérature sans passer par la case premier roman autobiographique, pourquoi ?

 

Leïla Slimani. Parce que je suis maghrébine et que je n'avais pas envie qu'on m'identifie uniquement à ça. Je me disais : tu vas tisser la toile dans laquelle tu vas t'enfermer, alors que tu as devant toi un horizon bien plus large. Toni Morrison a confié que son roman « Paradis » avait été mal compris à sa sortie parce qu'on lui reprochait de ne pas donner la couleur de ses personnages. Comme s'il existait une littérature blanche ou noire ! Je crois qu'il faut montrer qu'on n'est pas conditionné seulement par nos origines, que notre destin, c'est autre chose, c'est l'amour, les sentiments, la peur, la transgression. C'est ça que j'ai envie de raconter, sans rien renier pour autant de ce que je suis. J'aurai bien le temps de raconter mon histoire.

 

ELLE. Quelle est votre histoire ?

 

Leïla Slimani. Ma grand-mère maternelle alsacienne a rencontré mon grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faut imaginer un spahi [cavalier, ndlr], en sarouel, qui traverse la Méditerranée pour venir faire la guerre en France, en Alsace, dans le village où habite ma grand-mère avant d'être envoyé dans un camp en Allemagne. Lorsqu'il a réussi à s'enfuir, il s'est réengagé dans l'armée, juste pour venir la chercher. Il faut aussi imaginer la tête de mon arrière-grand-père, grand bourgeois alsacien et bon vivant, lorsqu'il a vu débarquer ce petit Africain ! Mes grands-parents se sont installés en 1945 dans la médina de Meknès. Ils ont eu trois enfants qui se sont mariés avec des gens de nationalités et de religions différentes.

 

ELLE . Et toutes les religions cohabitaient ?

 

Leïla Slimani. Chacun pratiquait de manière intime sa religion. Ma grand-mère était catholique et, en même temps, elle respectait l'islam, elle a même fait le pèlerinage à La Mecque. À Noël (elle ne rigolait pas avec cette fête, ma grand-mère !), mon grand-père musulman se déguisait en père Noël, juché sur un âne. Et il jurait en arabe pour le faire avancer !

 

ELLE. Vous dites : « Je suis née musulmane », qu'est-ce que cela signifie ?

 

Leïla Slimani. Mes parents m'ont transmis la culture marocaine, ancestrale, hédoniste, avec des valeurs magnifiques : avoir le sens de l'hospitalité, avoir de l'attention pour son prochain, aimer être ensemble, rire avec ses enfants. J'ai été élevée dans l'amour sensuel des paysages, des odeurs, des goûts. Après, dans un pays comme le Maroc, on naît musulman, c'est la religion d'Ètat, on n'a pas le choix, et les actes que l'on commet sont jugés par rapport à ce que l'on est censé être, c'est-à-dire toujours par rapport à cette religion. Pour moi, c'est une atteinte à la liberté. Lorsque je dis cela, certains Marocains y voient une attaque contre le pays, mais non, c'est seulement vouloir vivre en toute liberté. Et je crois que la liberté n'est jamais une menace.

 

ELLE. Après les attentats du 13 novembre 2015, vous écrivez dans la revue « Le 1 » : « intégristes, je vous hais », ne prenez-vous pas un risque ?

 

Leïla Slimani. Si, car j'ai de la famille et des amis au Maroc mais, à ce moment-là, je pensais que c'était important de le dire. On n'est pas obligé d'être dans une allégeance de la culture d'où on vient. Je peux tout à fait être une bonne Marocaine et haïr les intégristes et la charia. Mais je peux aussi très bien ne pas être gauloise et être une bonne Française. La nationalité n'est pas un mérite, c'est un ensemble de valeurs et une inscription dans une histoire.

 

ELLE. Depuis que les attentats meurtrissent la France, vous regarde-t-on différemment ?

 

Leïla Slimani. Oui ! Avant, j'étais une Arabe, avant j'étais maghrébine, avant 'étais une beur. Aujourd'hui, je suis devenue musulmane. Je refuse qu'on m'enferme dans ce qui relève d'un choix privé. Quand on me demande : « En tant que musulmane, vous en pensez quoi ? », ça me rend folle. Peut-être que je suis bouddhiste, c'est parce que je m'appelle Leïla Slimani que vous vous autorisez à me parler comme ça ? 'est toujours dangereux quand une religion devient une identité et 'est entrer dans le jeu des islamistes que d'assigner les gens à être es musulmans. Comment voulez-vous que soient libres des gens ue, d'emblée, on ne voit pas comme libres ?

 

ELLE. Petite fille, avez-vous étudié le Coran ?

 

Leïla Slimani. Oui, c'était obligatoire, même à l'école française. L'islam, tel qu'on le pratiquait autour de moi, plein de joie, de compassion et d'amour, a infusé dans mon éducation et dans ma culture. J'ai fait un mariage musulman au Maroc, une cérémonie magnifique d'un raffinement inouï, avec six robes. C'était quelques années après la mort de mon père, et respecter la tradition m'a donné l'impression qu'il était là, avec moi.

 

ELLE. Quand êtes-vous venue en France ?

 

Leïla Slimani. Je suis arrivée pour faire mes études et j'ai découvert à Paris une solitude profonde, noire, durable. Des soirées qui se succèdent sans personne à qui parler. Tout était si grand, je me sentais mal à l'aise partout. Et, en même temps, les gens avaient l'air si libres. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu des couples s'embrasser sur la bouche dans la rue, pendant des minutes et des minutes. Et des femmes très belles marcher seules le soir. Je me disais : ça doit être merveilleux d'être eux, il faut que je trouve le moyen de devenir eux !

 

ELLE. Au Maroc, une jeune fille ne se promenait pas seule dans la rue ?

 

Leïla Slimani. Dans mon milieu, jamais de la vie. À la télévision et au cinéma, les scènes d'amour étaient coupées, du coup, les films étaient très courts et souvent incompréhensibles. Le monde de mon enfance était d'une grande pudeur mais, aujourd'hui, il est devenu moralisateur. On ne s'embrassait pas dans la rue parce que ça ne se faisait pas, aujourd'hui, c'est parce que c'est mal, ce n'est pas du tout la même chose, c'est ça qui me fait peur. Un baiser en public peut vous mener en prison.

 

ELLE. Vous avez écrit un livre de témoignages de Marocaines, pourquoi ?

 

Leïla Slimani. Pour donner une voix à celles qui n'en ont pas. Un jour, à la fin d'une conférence à Rabat, une dame est venue me parler. J'ai trouvé ses mots tellement beaux que j'ai eu envie de les restituer et de rencontrer d'autres femmes, mariées ou célibataires, actives ou pas, qui portent le voile ou pas, pauvres ou riches. Je veux qu'on entende leur souffrance.

 

« LA LITTÉRATURE NE PEUT PAS CHANGER LE MONDE MAIS PEUT-ÊTRE PEUT-ELLE CHANGER CEUX QUI LA LISENT. »

 

 

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, « la panique s'installe au PS, pris en étau entre le représentant de la France insoumise et Macron, à la façon d'un casse-noix ». Mélenchon

« … c’est agréable de se balader à Rome en mars. C’est comme quand, petit, on attend un cadeau. On sait qu’il va arriver, et ces minutes d’attente sont les plus belles. On est couvert mais on sent dans ses os que tout va changer. Que le printemps arrive. Ensuite on se tourne et on s’aperçoit que les femmes l’ont déjà perçu. Le printemps. Elles le savent bien avant nous. Un beau jour on se réveille, on sort de chez soi et on les voit. Partout. On chope un torticolis, à force de les regarder. On ne comprend pas où elles étaient, avant. Elles sont comme les papillons. Elles sortent de leur léthargie et explosent d’un coup, à nous faire tourner la tête. Au printemps tous les schémas sautent. Il n’y a plus de maigres, de grosses, de sensuelles ni de belles. À Rome, au printemps il faut juste observer le spectacle en silence. Profiter. On s’assoit sur un banc et on les regarde passer en remerciant Dieu de nous avoir fait hommes. Tu sais pourquoi ? Parce que, nous, on n’arrivera jamais à ce niveau de beauté, et en vieillissant on n’a plus rien à perdre. Mais elles si. Un jour ces couleurs s’éteindront, s’évaporeront, comme le ciel de cette putain de ville, qu’on ne voit jamais. C’est terrible la vieillesse. La vieillesse, c’est la vengeance des moches. C’est un vernis qui tue toute la beauté et anéantit les différences. Et sur notre banc, quand on les regarde, on pense qu’un jour ces créatures ne se reconnaîtront plus dans le miroir. Tu sais quoi, Italo ? Les femmes ne devraient jamais vieillir. »

Antonio Manzini.

 

Le printemps je le guette sous la calotte des nuages, dès que le ciel redevient bleu de blanc le pâle soleil d’hiver me donne envie d’aimer. Et pourquoi pas, elle, sortie de nulle part ?

 

Ce matin-là il prit sa canne à pommeau et son chapeau et, avant de monter sur son fier destrier il mit ses pinces à vélo, et au petit trot, sa brassée de fleurs des champs en mains il fila jusque sous le balcon de la belle. Qu'allait-il faire à l'aurore sur l'autre rive ?

 

Rideau, vous n’en saurez pas plus, bande de voyeurs !

 

Et si j’écrivais : Chronique d’une mort annoncée : celle du PS de l’enfant de Jarnac.

 

Je n’en ai pas le courage, et puis faut-il tirer sur l’ambulance de cette primaire, bal des faux-culs, des seconds couteaux ?

 

Claude Askolovitch, le pote de la bande à Montebourg, Peillon, Hamon au temps de leurs amours déçus, s’en charge dans Comment se dire adieu aux éditions JC Lattès.

 

« La mort fut l’exactitude du quinquennat de François Hollande, son excuse et son répit. Sans le terrorisme, il ne serait rien resté de cette présidence, sinon un glissement vers la vérité du socialisme : n’être qu’une droite civilisée. Les suppliciés de Daech ont distrait le pouvoir de son indécence. Devant leurs cercueils, François Hollande s’inventa un discours, un instant fondateur, une raison d’être.

 

Le socialisme est devenu ceci : une adhésion salvatrice à la raison d’Etat, une adéquation avec les forces armées, une détestation des contestations, un assentiment aux banalités gestionnaires, un ralliement à l’identitarisme ambiant, tout ceci habillé et masqué de commémorations, emphases et ritournelles.

 

Ces hommes ne sont pas détestables. Ils font de leur moins mal. Aux prises avec un pays que d’autres poussent vers un fascisme ronronnant, les socialistes louvoient, arrangent, préservent, compromettent, et attendent de l’adversaire qu’il soit pire, pour jouir un peu plus longtemps de la morale et des palais.

 

L’auteur les aime, comme on aime ses semblables, et ce livre est un arrachement à lui-même. Tout ce qu’on racontait, jadis, sur les lendemains qui chantent étaient une plaisanterie saumâtre. Ce livre n’est pas d’anecdotes. Il n’y a rien à révéler. Tout est là. C’est arrivé. Ça nous est arrivé. »

 

L’homme écrit bien mais il se grise au seul son de ses outrances, celle d’une gauche fantasmée, celle qui ne sait gouverner, qui n’aimait rien tant que le bon temps d’opposant où l’on pouvait s’incruster dans des bastions électoraux régionaux, fabriquer des élus à la chaîne comme des saucisses, cumuler les mandats, arrondir ses fins mois, le PS quoi !

 

Notre maire de Paris, Anne Hidalgo, en est le plus bel exemple. Nichée sous les ailes de Bertrand Delanoë, vieil apparatchik jospinien, elle a fait son nid, prospéré. La voilà qui distribue les bons et les mauvais points à ses petits copains qui ont gouverné sous Ayrault et Valls. Elle soutient dans le barnum de la Primaire Vincent Peillon qui se veut l’héritier de Hollande alors qu’elle-même fait de celui-ci le syndic de la faillite de la Gauche. De grâce madame notre maire occupez-vous des ornières de la chaussée de Paris, de sa propreté, de ses transports indigents… votre étoile nationale nous nous en tamponnons le coquillard. Y’en a marre de vous et de vos petits marquis d’une fausse union de la Gauche rabibochée pour le 2d tour.

 

Que Macron vous énerve, qu’il soit l’homme qui rend fous les socialistes, j’en conviens mais à qui la faute ? Où sont les responsables ?

 

Dans le Monde du 9 janvier Françoise Fressoz analyse le phénomène :

 

« Ironie du calendrier, on n’a jamais autant parlé du bilan de la loi Macron qu’en ces temps de primaire socialiste. Le travail du dimanche ? Au terme d’un an et demi de rudes négociations, les grands magasins parisiens vont ouvrir tous les dimanches de l’année. Des contreparties en termes d’emplois, de salaires et de conditions de travail ont été trouvées qui ont singulièrement fait baisser le volume sonore des opposants à cette extension.

 

La carte professionnelle des salariés du bâtiment et des travaux publics ? Un premier spécimen a été remis, la semaine dernière, à un salarié de la société bretonne de maçonnerie Moullec par le premier ministre, Bernard Cazeneuve, et la ministre du travail, Myriam El Khomri. Le titre, sécurisé, va être généralisé à partir du mois de février pour lutter contre le travail illégal et les abus du travail détaché. C’est la loi Macron de 2015 qui l’a rendu obligatoire en prévoyant son extension aux intérimaires et aux travailleurs détachés d’entreprises étrangères.

 

La libéralisation du marché des autocars ? « 17 % des utilisateurs n’auraient pu voyager autrement », affirme l’Arafer, le régulateur du rail et de la route, dans un premier bilan publié vendredi 6 janvier.

 

Antisocial, l’ancien ministre de l’économie ? A l’intérieur comme hors du gouvernement, Emmanuel Macron est l’homme qui rend fous les socialistes. Accusé d’hérésie libérale lorsqu’il était à Bercy, il continue de les défier et s’ingénie à perturber leur primaire, convaincu qu’une « vague monte » dans le pays qui le portera jusqu’à l’Elysée.

 

Concurrence obsédante

 

Le 7 janvier, le fondateur d’En Marche ! était à Nevers, sur les terres de Pierre Bérégovoy. Cette semaine, il sera à Lille sur celles de Martine Aubry, qui furent aussi celles de Pierre Mauroy. A chaque déplacement, l’ancien banquier d’affaires creuse son sillon libéral. Il revendique la politique de l’offre, s’engage, au nom de la promotion du travail, à accorder de nouveaux allégements de charges aux entreprises et s’interdit de taxer davantage les riches qui, sinon, seraient tentés de quitter le territoire.

 

Mais il n’oublie pas le social. Après avoir promis un gain de pouvoir d’achat à la grande majorité des salariés, il double Marisol Touraine sur le front de la Sécurité sociale en promettant le remboursement à 100 % des lunettes et prothèses auditives à l’horizon 2022. Jusqu’à présent, personne n’avait osé.

 

Comment faire avec un pareil trublion ? En 2015, Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, avait cru lui régler son compte en le déclarant indigne d’appartenir à la famille socialiste. Un an et demi plus tard, le même sommait, en vain, le franc-tireur de participer à la primaire de la gauche au motif qu’il n’avait « aucun potentiel important » pour faire gagner la gauche en 2017.

 

Aujourd’hui, Emmanuel Macron a atteint un tel potentiel que le premier ministre, en personne, est obligé de sortir de sa réserve pour lui faire la leçon. C’est ainsi que dimanche 8 janvier, depuis Jarnac (Charente), Bernard Cazeneuve a invoqué les mânes mitterrandiens pour condamner la « confondante immaturité » d’Emmanuel Macron, perdu dans « un ailleurs improbable ».

 

Pour tenter d’étouffer l’égaré, le chef du gouvernement a défendu la pertinence du clivage gauche-droite auquel François Mitterrand, l’homme qui avait fait gagner son camp en 1981, croyait dur comme fer.

 

Pour un premier ministre qui ne devait pas prendre parti dans la campagne de la primaire, cela ressemble fort à une opération sauvetage de Manuel Valls qui devrait, en principe, être le favori de la gauche gouvernementale et ne l’est pas à cause de la concurrence obsédante de son ancien ministre. Emmanuel Macron fonctionne en parallèle du PS avec la profonde conviction que le clivage gauche-droite est révolu. Comment dès lors le ramener au bercail ? »

 

Face à cette urticaire, la madone de la bravitude, la Ségolène des casseroles de la Charentitude, cultive l’ambiguïté chère au François enterré à Jarnac. Elizabeth Guigou, un des derniers avatars de Jospinerie en appelle déjà à l’union du gagnant de la Primaire avec le renégat. Et pendant ce temps-là dans son Palais, l’autre François, le tout rond, évoque avec une gourmandise carnassière le beau score, 5%, de Gaston Deferre, l’ex-Monsieur X.

 

La gente journalistique s’ébroue, cherche à se refaire une virginité après son flop Fillon, voit en Hamon un nouveau Fillon, surjoue Mélanchon et Macron.

 

EXCLUSIF - Selon notre sondage Kantar Sofres OnePoint, l'ancien premier ministre serait battu au second tour face à Arnaud Montebourg et arriverait à égalité en cas de duel contre Benoît Hamon.

 

Un tournant de la campagne? Une sérieuse alerte en tout cas pour Manuel Valls. Car selon notre sondage Kantar Sofres OnePoint pour RTL, Le Figaro et LCI, si l'ex-premier ministre est bien en tête au premier tour de la primaire de la gauche avec 36 % des voix contre 23 % pour Arnaud Montebourg et 21 % pour Benoît Hamon, il est désormais donné perdant au second tour face à Arnaud Montebourg, à 47 % contre 53 %, et à égalité parfaite en cas de duel avec Benoît Hamon. Ce sondage est à analyser avec prudence tant il est délicat d'anticiper ce que sera la participation au scrutin organisé les dimanches 22 et 29 janvier par le PS et ses alliés. La mobilisation sera en effet décisive. Moins il y aura de votants, plus ces derniers seraient légitimistes, donc plutôt des soutiens à l'action du chef de l'État sortant et de ses représentants, Manuel Valls en tête… Kantar Sofres table sur une participation assez large qui pourrait tourner autour de 2,6 millions d'électeurs. Selon l'institut, une participation restreinte serait limitée à 1,3 million de personnes.

 

Une bonne nouvelle aussi pour Emmanuel Macron

 

Ce sondage est en revanche une très bonne nouvelle pour Arnaud Montebourg. Le candidat du «made in France» conserve au premier tour une petite avance sur son rival de la gauche du PS, Benoît Hamon, malgré la dynamique dont bénéficie ce dernier depuis déjà plusieurs semaines. Cette étude, qui va dans le même sens qu'un sondage Ifop publié dimanche dans le JDD, est par ailleurs une nouvelle occasion de se réjouir pour Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Économie mène sa propre campagne en dehors de la primaire et rêve de voir se porter sur son nom des pans entiers de l'aile droite du PS. Il juge possible un ralliement de socialistes hostiles à l'idée de faire campagne en faveur d'un frondeur qui dénonce à longueur de meeting le bilan de François Hollande et du gouvernement…

CHAP.17 extrait sec, « la panique s'installe au PS, pris en étau entre le représentant de la France insoumise et Macron, à la façon d'un casse-noix ». Mélenchon

Mais laissons-là la Présidentielle, elle sera là dans 100 jours !

 

Intéressons-nous au cas d’Alep grâce à une chronique de Jean-Claude Guillebaud :

 

Le courage d'Yves Calvi

 

Mi-décembre, l'ancien présentateur de "C dans l'air" désormais sur LCI a fait preuve de probité journalistique, qualité moins répandue qu'on ne le croit.

 

C’est un paradoxe : quand un journaliste pose un acte de courage, on en parle dix fois moins que quand un autre "dérape" (comme on dit maintenant). La chose vient d'arriver au détriment d'Yves Calvi qui reprend désormais sur LCI, sous le titre "24 Heures en questions" (du lundi au vendredi, à 18h10), une émission comparable à son ancien "C dans l'air" de France 5. De quel courage s'agit-il ? On pourrait tout aussi bien parler de probité journalistique, qualité moins répandue qu'on ne le croit. L'auteur de ces lignes a d'autant plus envie de saluer cette probité que, dans "TéléObs", il a plusieurs fois dénoncé le néolibéralisme subliminal qui ressurgissait dans l'ancien "C dans l'air" dès qu'il était question d'économie.

 

Cet acte de courage mérite donc d'être raconté. Tout commence le 15 décembre. L'émission est intitulée "Alep seule au monde". Dans sa présentation, Calvi reprend la rhétorique en usage sur le martyre de la ville, l'agonie de sa population au milieu des ruines et l'impuissance collective. Ses quatre invités sont les suivants : Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe à "la Croix", le général Vincent Desportes, ancien patron de l'Ecole supérieure de Guerre, Frédéric Pons, journaliste et professeur à Saint-Cyr, et Frédéric Pichon, auteur d'un livre remarqué sur la Syrie ("Syrie, pourquoi l'Occident s'est trompé", éditions du Rocher, 2014).

 

Dès les premiers échanges, les remarques de chacun des invités ont tout pour surprendre l'animateur tant elles prennent le contre-pied des "éléments de langage" en usage, à ce moment-là, dans les médias. On explique d'abord que ces bombardements, en effet effroyables, ne concernent pas "la ville d'Alep" mais seulement deux ou trois quartiers de l'est de la cité. Un invité précise même qu'ils correspondent à un ou deux arrondissements de Paris. Le reste de la ville - Alep-Ouest - n'est pas touché, et ses habitants se félicitent ouvertement de la reconquête annoncée des quartiers Est par l'armée syrienne. Isabelle de Gaulmyn, dont le journal a suivi de très près cette actualité, ajoute qu'il fut un temps où la tragédie était dans l'autre sens. L'Ouest - notamment les chrétiens - recevait les obus et les missiles tirés par la rébellion des quartiers Est, dont les djihadistes. A ce moment-là, ajoute-t-elle, l'opinion occidentale ne s'était guère émue. Le général Desportes enfonça le clou en ajoutant qu'aujourd'hui, l'émotion — compréhensible — suscitée par les bombardements des lointains quartiers Est concernait une population civile prise en otage par les djihadistes, ces derniers, pour une bonne part, étaient les mêmes que ceux que la France bombarde avec ses avions Rafale à Mossoul, en Irak. Très vite, on sentit Yves Calvi désarçonné par la convergence de ces témoignages qui, tous, illustraient une faillite de la diplomatie française (et des grands médias hexagonaux). Laquelle diplomatie était aussi confuse et changeante que celle de Vladimir Poutine fut déterminée et constante.

 

Au final, répondant à la question d'un téléspectateur, Vincent Desportes rappela que, dans l'Histoire, les sièges des grandes villes furent à la fois très longs et très meurtriers : Leningrad, Stalingrad, Sarajevo, Falloujah, etc. Après avoir argumenté pied à pied avec ses invités, Calvi ne dissimula plus son embarras. Il confessa même sa crainte d'avoir organisé une émission "révisionniste". Du coup, moins d'une semaine plus tard, le 21 décembre, Yves Calvi choisit de revenir sur le sujet d'Alep avec, cette fois, un seul invité : Eric Denécé, directeur du Centre français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Or, non seulement ce dernier confirma les analyses de l'émission précédente, mais il en rajouta sur les médias, en parlant d'une "énorme falsification de l'information", allant jusqu'à dire crûment : "On s'est fait rouler dans la farine avec Alep."

 

Il ajouta bien sûr que quand nos grands médias dénonçaient dix fois par jour les crimes commis en Syrie, ils étaient moins prolixes pour parler de ceux commis au Yémen par nos "amis" saoudiens, lesquels bombardent à l'aveugle la totalité du territoire et des villes yéménites.

 

Précision importante, capitale même. On a réécouté ces différents témoignages recueillis par Calvi au sujet d'Alep. A aucun moment il ne fut question de trouver des excuses à Bachar el-Assad ou de minimiser les crimes commis par son régime. Lequel restera - et reste, hélas - comme l'un des plus barbares qu'ait connu le Proche-Orient depuis le coup d'Etat de Hafez el-Assad (père de Bachar) en 1970. Soit quarante-six ans d'une tyrannie abjecte. Mais pour combattre une tyrannie, il faut s'interdire de mentir ou de truquer la vérité. Pour cette raison, merci et bravo, Yves Calvi !

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 08:00
Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Je ne sais pas. J’en suis là, dans un état proche de l’indifférence, les yeux grands ouverts, immobile, étonné que nous en soyons arrivés là. Le privilégié que je suis ne sait plus ce qu’il doit faire devant tant de médiocrité. Orgueil ! « J’ai le plus profond respect pour le mépris que j’ai des hommes. » C’est inclusif, j’en suis. Pour autant je ne verse pas dans les outrances des chevaliers de l’Apocalypse, les profiteurs de crise qui, à l’image des BOF de la France occupée, pratiquent le marché noir. Onfray, Polony, Finkielkraut et tant d’autres surfent sur le désarroi des gens pour se faire de belles pelotes.

 

Que me reste-t-il pour tenir le choc ?

 

L’amour !

 

« George était arrivé un quart d’heure en avance. Dexter lui avait aussitôt apporté son double expresso. Il ne s’était pas rasé depuis quelques jours et se demandait si cela plairait à Keiko. Il feignait de lire Le Parisien, mais tournait régulièrement la tête vers l’entrée. Impossible de se concentrer. Dans les quelques minutes qui allaient suivre, leur destin se déciderait. Elle l’accompagnerait dans son studio, rue de Babylone. Et ce serait la joie des retrouvailles, la fête des sens, le bonheur d’être enfin réunis. Ou alors elle prétexterait un rendez-vous avec une amie qui tenait absolument à la voir avant son départ pour le Japon. Un peu présomptueux, il misait sur la première hypothèse. Mais il savait aussi que dans ce domaine rien n’est jamais joué, qu’on conquiert un être ou qu’on le perd à chaque minute. Il en était là dans ses réflexions un peu oiseuses, quand une voix féminine murmura « George » à son oreille. Elle s’installa au comptoir à côté de lui. Il caressa sa main. Dexter apporta deux autres cafés italiens. Ils n’échangèrent pas un mot. Tout se jouait dans leurs regards. Et, eux, contrairement aux mots, ne mentaient pas. Dehors, il pleuvait. On était déjà fin mai et le printemps tardait. Les mains de Keiko étaient glacées. Il les réchauffa. Quelques heures plus tard, dans son studio, leurs corps s’unissaient enfin, la pluie contre la fenêtre accompagnait maintenant les baisers qu’ils échangeaient comme des affamés de l’amour, de leur amour. George contemplait le corps de Keiko comme la plus belle œuvre d’art qu’il ait jamais imaginée. Elle était à lui, rien qu’à lui. Keiko, elle, se laissait bercer par les vagues de volupté qui l’envahissait chaque fois qu’il l’enlaçait et la couvrait de baisers. Elle se donnait entièrement, afin que la mort n’ait plus rien à prendre. Ils étaient comme deux enfants jouant sur le sable. Tous les amants connaissent ces instants où le temps s’abolit et où la passion ouvre une fenêtre sur l’éternité. George et Keiko vivaient ces instants goulûment. Lui, conscient que la vie ne les offre que parcimonieusement. Elle aspirant à les prolonger indéfiniment. Bientôt, la pluie cessa de tambouriner. Elle se blottit encore plus profondément contre lui et s’endormit. Quand il fut certain de ne pas la réveiller, il se leva, admira encore la grâce de son corps, se dirigea vers la cuisine et but une gorgée de whisky. Lui qui ne croyait en rien, se trouvait dans l’étrange situation, étrange pour lui tout au moins, d’exprimer une forme de gratitude… À qui ? Il ne le savait pas trop. Mais qui le sait ? Keiko, elle, rêvait. Mais à quoi rêve-t-on quand son rêve vient de s’accomplir ? N’y aurait-il pas une forme de désespoir à voir nos rêves s’accomplir ? »

 

Roland Jaccard Une Japonaise à Paris

 

Revenons à ce cher Onfray qui se répand à nouveau dans les médias pour promouvoir sa marchandise.

 

« En 2015, Michel Onfray s'est lancé dans une Brève encyclopédie du monde. Inaugurée avec Cosmos, qui proposait une « philosophie de la nature », elle se poursuit avec Décadence, une fresque d'une ampleur impressionnante, truffée de références théologiques et philosophiques. De Jésus à Daech, en passant par saint Paul, François d'Assise, l'empereur Constantin, Jan Hus, Christophe Colomb, Lucrèce, Montaigne, Hegel, Huntington..., le philosophe parcourt l'histoire de la civilisation judéo-chrétienne à un galop d'enfer. Au terme de sa chevauchée érudite, il conclut à l'épuisement de l'Occident. Il dépeint un paysage en ruine. « L'Europe est à prendre, sinon à vendre, écrit-il. [...] Le judéo-christianisme est une puissance qui a fait son temps. » Ce n'est pas seulement la thèse centrale de l'ouvrage qui fera débat, mais aussi certaines considérations pour le moins abruptes sur le christianisme, Hitler, l'islam et le libéralisme. »

 

Onfray et la décadence de l'Occident

 

EXCLUSIF. Et si la civilisation judéo-chrétienne avait vécu ? C'est la thèse du philosophe Michel Onfray dans son nouveau livre, "Décadence" (Flammarion).

 

PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LE FOL

 

Le Point : Votre nouveau livre s'intitule Décadence. Cette notion a de quoi surprendre sous la plume d'un intellectuel de gauche. Jusqu'à présent, on la trouvait à droite, voire à l'extrême droite. Après Paul Bourget et Oswald Spengler, vous vous inscrivez dans une filiation pour le moins surprenante...

 

Michel Onfray : Dans Le Déclin de l'Occident, rédigé avant la Première Guerre mondiale, Oswald Spengler utilise une grille de lecture systématique et figée, alors que la mienne est plastique et vivante. À mes yeux, les cultures sont vivantes. Cela dit, il est vrai que la décadence est habituellement un thème de droite. La gauche étant progressiste et... réactivant le vieux schéma chrétien de la parousie, de la fin de l'histoire heureuse, elle n'en parle pas, ou alors en travestissant la réalité. Pour désigner la « chute de Rome », elle emploie le terme d'« Antiquité tardive ». N'étant ni progressiste ni de droite, je ne me reconnais pas dans ceux qui parlent habituellement de décadence. Les intellectuels de droite, pessimistes, préoccupés par elle, en appellent à un retour au passé. Pas moi. Les intellectuels de gauche, optimistes, préoccupés par la marche indéfinie du progrès, ont confiance en l'avenir. Pas moi. Ni pessimiste ni optimiste, mais tragique, je pense qu'on ne peut rien faire pour sauver une civilisation qui se meurt.

 

Comment définiriez-vous la décadence ?

 

C'est le moment des craquements qui précèdent l'effondrement d'une civilisation sur elle-même.

 

N'y a-t-il pas un jugement moral derrière ce terme ?

 

Non, un effondrement n'est ni bien ni mal, c'est un fait qui constate le fissurage avant la chute. Toutes les civilisations ont connu cette loi de l'Histoire. Pourquoi la nôtre, après deux mille ans d'existence, y échapperait-elle ?

 

Quels sont les symptômes de notre décadence ?

 

Le nihilisme, autrement dit « tout vaut tout » donc « rien ne vaut plus rien » ; un égocentrisme forcené ; une incapacité à penser en termes de grande communauté ouverte avec un repli sur des communautés tribales fermées ; une domination des passions tristes en général, et plus particulièrement du ressentiment et de l'envie ; un triomphe de la négativité ; pour reprendre une formule de Sade, une fois n'est pas coutume : prospérités du vice et malheurs de la vertu...

 

Les écrits des premiers chrétiens dans La Pléiade sont un succès de librairie ; le succès de François Fillon à la primaire de la droite et du centre a été interprété comme un réveil des catholiques... Et, malgré ces signaux, vous annoncez la mort de la civilisation judéo-chrétienne !

 

Je vous répondrai en horticulteur : quand la plus belle floraison d'un arbre a lieu, l'année suivante est celle de sa mort. Face au progrès d'une spiritualité musulmane, le retour au catholicisme est pour certains un moyen de résistance et de réarmement moral. Je ne pense pas que nous assistions à un retour du sacré. Cet engouement de surface est davantage d'ordre identitaire.

 

Pourquoi cet acharnement de votre part contre le christianisme ?

 

Je ne m'acharne pas ! Je tente de comprendre cet objet magnifique que fut une civilisation, la nôtre, la mienne. Un anatomiste ne s'acharne pas sur le corps qu'il ausculte.

 

J'aurais pu devenir moine contemplatif... si j'avais eu la foi, c'est la moindre des choses !

 

Quel a été votre premier contact avec la religion chrétienne ?

 

Enfant, dans mon village natal, mes parents m'ont envoyé dans une petite école privée tenue par une ancienne gouvernante, Mme Haÿs. Elle nous apprenait à lire, à écrire et à compter avant l'école primaire, puis le nom des arbres, des oiseaux, des fleurs et l'histoire sainte. Au moment du carême, elle nous offrait des bonbons qu'il fallait rendre !

 

C'est freudien, votre histoire ! Privé de bonbons par une bonne de curé, vous en avez conçu de l'amertume à l'égard du catholicisme !

 

Je n'ai pas souffert de cette éducation catholique. Je rends grâce à cette femme de m'avoir appris à lire avec la méthode syllabique.

À l'âge de 10 ans, vous entrez dans un orphelinat catholique tenu par des prêtres salésiens. Vous l'avez décrit comme une « fournaise vicieuse ». Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

J'ai été frappé par l'écart entre l'enseignement des vertus catholiques et la pratique de ces gens-là. Ils étaient violents, certains étaient pédophiles. J'ai assisté à des passages à tabac. Tel ou tel - une minorité, il est vrai - organisait des punitions collectives à 3 heures du matin dehors, en pyjama et en chaussons dans la neige. L'incapacité de ces prêtres à vivre l'éthique chrétienne et à être à la hauteur de ce qu'ils enseignaient m'a montré que l'idéal de cette religion était inhumain. Je suis depuis attaché à la congruence ! Si on se dit de gauche, alors il faut mener une vie de gauche. Si on est chrétien, alors il faut mener une vie chrétienne. L'ordre des salésiens a été créé par Don Bosco, qui célébrait le travail manuel. Certains pères que j'ai côtoyés méprisaient les intellectuels et vénéraient les sportifs. Quand ils me voyaient lisant dans un coin, cela les horripilait. Je voulais être biologiste à l'époque, parce que j'avais lu Jean Rostand et que j'aimais le moraliste et le penseur chez lui. Eux voulaient que je fasse un CAP de tourneur-fraiseur.

 

À vous écouter, on se dit que vous n'en avez pas fini avec vos blessures d'enfance...

 

Je suis fidèle à mon enfance, oui. Je n'oublie pas les moments d'humiliation infligés à mes parents. Ce dimanche que nous avions prévu de passer en famille, par exemple. Il faisait beau. Mon père se rasait quand le chef de culture est venu le chercher avec un ton de caporal pour partir illico à la moisson. Le dimanche fut effacé et pas payé... Je n'oublie pas non plus la première fois que j'ai vu apparaître le papier d'aluminium à la maison. Ma mère faisait le ménage chez des bourgeois. Sa patronne avait emballé les restes de leur repas familial dominical pour ma mère en lui disant que, si elle ne les prenait pas, ça irait à la poubelle...

 

Avez-vous déjà cru en Dieu ?

J'ai probablement cru en Dieu comme j'ai cru au père Noël. Je n'ai aucun souvenir de la disparition de ces deux croyances dans ma vie...

 

La suite ICI 

 

Pour sortir de l’étouffoir national je me tourne vers nos voisins suisses.

 

Michael Hermann: «Les Suisses ont une peau de bébé»

 

Le politologue phare des Alémaniques signe un livre consacré au «ciment de la Suisse». Il souligne que, malgré toutes ses qualités, le pays a de la peine à se réformer. Et qu’il doit éviter le «syndrome bernois», où un conservatisme rural dicte sa loi aux villes

 

- Vous prétendez que Donald Trump ne fait qu’emprunter des recettes qui ont fait le succès de l’UDC en Suisse. N’est-ce pas plutôt la politique suisse qui s’est américanisée?

 

- Les deux choses sont vraies. D’une part, bien sûr que les Etats-Unis ont inspiré l’Europe dans sa manière de faire de la politique et ses méthodes de communication. Mais d’autre part, je suis frappé par le fait que Donald Trump ait repris au cœur de son message des thèmes qui nous sont familiers depuis des décennies, comme la limitation de l’immigration et la fermeture des frontières. En Suisse, c’est James Schwarzenbach qui a le premier thématisé la «surpopulation étrangère» en 1970. Notre système de démocratie directe a permis de déceler beaucoup plus vite qu’ailleurs les soucis des gens. Il joue depuis longtemps ce rôle d’exutoire assumé aujourd’hui par les réseaux sociaux.

 

L’article ICI

 

Terminons par l’un de ces petits marquis de la République Aquilino Morelle, congédié, le 18 avril 2014, de l'Elysée après les accusations par Mediapart d'une prise illégale d'intérêt avec des laboratoires pharmaceutiques – classée sans suite en mars 2015 – et l'affaire de ses chaussures cirées. Il publie le 11 janvier L'Abdication (Grasset, 416 pages, 22 euros), livre dans lequel il revient sur son expérience du pouvoir.

 

Le Monde déclare :

 

« Aquilino Morelle est un homme prudent. Contre toute attente, serait-on tenté d'ajouter. Ceux qui imaginaient son livre, annoncé depuis plusieurs mois, comme un règlement de comptes sanglant avec François Hollande, qui lui a fait l'affront de le congédier de l'Elysée après l'affaire des " chaussures cirées " au printemps 2014, en seront pour leurs frais. »

 

« L'homme est malin, aussi : tout au long des 416 pages de L'Abdication, à paraître le 11 janvier chez Grasset, l'ancien conseiller du chef de l'Etat a mis un soin méticuleux à ne pas (ou peu) tendre le bâton pour se faire battre. Pas de scandales ou de petites phrases, pas de bruits de couloirs. Chapitre après chapitre, M. Morelle s'efforce de ne relater que des scènes auxquelles il a assisté durant ses vingt-quatre mois passés au Château. Même la crise conjugale entre François -Hollande et Valérie Trierweiler, au début de l'année 2014, est évacuée en quelques -lignes, sans détails. Morelle ne sera pas le chroniqueur des trous de serrure élyséens, lui que tant décrivent en privé comme un véritable pourvoyeur de formules assassines ou d'anecdotes croustillantes.

 

Son livre se contente d'être un réquisitoire politique impitoyable contre le président qui a, selon lui, fait perdre " son âme à la gauche ". Un président qui n'aurait pas abdiqué en réalité le 1er décembre 2016, mais dès le début de son quinquennat, en refusant d'appliquer le programme pour lequel il avait été élu. Au fil des pages, M. Morelle revient sur différents épisodes qui illustrent cette défaite originelle, de l'affaire Florange à l'accord passé, dans son propre appartement, le 2 novembre 2013, entre -Manuel Valls et Arnaud Montebourg pour changer de politique. Accord que le futur premier ministre ne respectera pas, selon lui, une fois installé à Matignon. »

 

La renonciation de M. Hollande ôte à l'ouvrage une grande part de son pouvoir de nuisance. M. Morelle a beau se défendre d'avoir voulu donner avec L'Abdication le dernier coup de poignard au chef de l'Etat, la date de parution du livre laisse penser l'inverse : en ce début d'année, M. Hollande devait être lancé à fond dans la campagne de la primaire à gauche… Comme si ce dernier restait, quels que soient les scénarios, un président insaisissable.

 

 

  • Pourquoi avoir écrit ce livre ? A-t-il encore une utilité après la renonciation de M. Hollande ?

 

J'ai écrit un livre politique, étayé et argumenté, qui veut répondre à la question que tous les citoyens, de gauche ou pas, se posent : comment en est-on arrivé là ? Comment la gauche, qui détenait toutes les puissances en 2012 – l'Elysée, Matignon, l'Assemblée nationale et même, pour la première fois, le Sénat, les régions, les départements, les villes – n'a-t-elle pas eu la force d'exercer le pouvoir que les citoyens lui avaient confié et s'est-elle perdue dans une gestion résignée ? Pourquoi le président n'a-t-il pas tenu les engagements pris devant le peuple français lors du discours du Bourget - le 22 janvier 2012 - ?

 

Comment expliquer cette situation inédite dans l'histoire de la Ve République : un président sortant dans l'incapacité même d'être candidat ? Mon livre se veut utile, c'est celui d'un acteur et d'un témoin privilégiés, qui invite le lecteur à un voyage au centre de l'Etat, qui veut apporter des réponses à tous ces questionnements. Je le crois plus que jamais d'actualité après l'abdication de François Hollande.

 

  • Pourquoi M. Hollande a-t-il été contraint de renoncer ?

 

Ce sont les Français, par leur défiance massive, qui ont imposé au président d'abdiquer. Juste avant la " sage décision " que certains -observateurs commentent complaisamment, François Hollande n'était plus crédité que de moins de 10 % d'intentions de vote : être candidat dans de telles conditions relevait du vœu pieux. Cet affaissement sans précédent fut la traduction ultime de la véritable rupture d'opinion entre Hollande et les Français, qui s'est produite dès la fin de l'année 2012. Dès cette date, les Français se sont détournés du président car ils ne lui pardonnaient pas sa première abdication, l'abdication de sa volonté d'exercer réellement le pouvoir.

 

  • Comment s'est manifestée -celle-ci, selon vous ?

 

Très vite. Alors qu'il bénéficiait de l'onction du suffrage universel, alors qu'au premier G8, à Camp David, le 19 mai 2012, le président Obama l'avait assuré de son soutien et avait plaidé pour une relance économique en Europe, alors que les dirigeants italien et espagnol souhaitaient qu'il prenne la tête de l'Europe de la croissance, François Hollande a, au contraire, fait le choix de la résignation. Il n'a jamais voulu devenir ce leader d'une nouvelle Europe. Et au sommet européen du 29 juin 2012, il a enterré tout espoir de changement en se résignant à l'austérité, en acceptant, sans véritable renégociation, le pacte budgétaire européen imposé par Merkel et signé par Sarkozy. Ce renoncement inaugural a précédé et déterminé tous les autres. C'en était dès lors fini du discours du Bourget. La vérité est simple et cruelle : François Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir ; il voulait seulement être président de la République.

 

  • Quel regard portez-vous sur l'homme et sur le président ?

 

Toutes les qualités de l'homme, celles qui lui ont permis de conquérir le pouvoir, se sont retournées contre lui, une fois à l'Elysée. Ce qui faisait la force du candidat a signé l'échec du président. Son intelligence ? A force de tout comprendre, il lui est arrivé trop souvent de ne rien décider. Son habileté ? La ruse ne sert plus au pouvoir, il faut alors la force, celle de s'imposer aux autres et aux événements. Son art de " la synthèse " ? Vain et illusoire quand on est aux commandes, et qu'il faut trancher.

 

Ce qui m'a frappé très vite, et que ses confidences viennent de tristement révéler au grand jour, c'est son incapacité à comprendre et à respecter les règles de l'exercice de l'Etat ; quelque chose, au fond de lui, s'y refusait obstinément. Il est toujours resté comme extérieur à la fonction présidentielle, qu'il n'a jamais su, ou peut-être voulu, incarner. C'est certainement parce qu'il pressentait ce malaise que François Hollande a inventé la formule du " président normal ", une manière pour lui de prévenir les Français et, peut-être, dans son esprit, de conjurer le sort… Etrange président que cet homme plein de charme et dénué de toute autorité.

 

  • Vous donnez une explication historique à l'échec de M. Hollande. Pensez-vous la gauche condamnée en cette année électorale ?

 

François Mitterrand a confié l'essentiel de l'explication : " Après moi, il n'y aura plus de grand président. Ce sera l'Europe. La mondialisation. Il n'y aura plus que des comptables et des financiers. " Nous y sommes. Ce qu'il n'a pas dit, mais qu'il ne pouvait ignorer, c'est que ce seraient des socialistes français qui déchaîneraient le tsunami de la finance -dérégulée, façonneraient la mondialisation libérale, en déclenchant l'engrenage libéral de l'Europe, celui prévu dans le traité de Rome. La suprême habileté politique de Mitterrand aura été, en 1983, d'effectuer un magistral tour de prestidigitation, escamotant le socialisme, mais faisant apparaître l'européisme pour consoler la gauche.

 

Dès 1957, Pierre Mendès France avait dénoncé, avec lucidité, " l'abdication d'une démocratie " à laquelle aboutirait la construction de l'Europe telle qu'envisagée. Pour cette raison, il avait voté non à la ratification du traité de Rome. Tant que la gauche européenne ne sortira pas de l'européisme et du libéralisme dans lequel elle s'est perdue, les peuples se détourneront d'elle. En particulier en France. Tant que la gauche française ne renouera pas avec le message de Mendès France, elle ne retrouvera pas la confiance des Français ni leurs suffrages.

 

  • Vous datez " le début de la fin du quinquennat " de l'affaire Florange, à l'automne 2012 lorsque M. Hollande refuse la nationalisation des hauts-fourneaux proposée par Arnaud Montebourg, que vous souteniez. Pourtant, vous êtes resté à l'Elysée.

 

Florange a signé l'arrêt de mort de ce qui faisait l'esprit du discours du Bourget : le volontarisme politique et le patriotisme éco-nomique. Alors qu'il avait face à lui Mittal, l'incarnation de ce " monde de la finance " qu'il avait désigné comme son " adversaire ", Hollande a refusé le combat, se coupant définitivement des classes populaires. En ce sens, Florange a bien représenté le début de la fin du quinquennat.

 

Partir à ce moment-là était une possibilité ; je l'ai envisagée. Mais le président n'avait été élu que depuis six mois, il m'avait demandé de le suivre à l'Elysée, j'étais fier et heureux de servir mon pays et mes convictions et j'ai cru qu'à ma place, je pourrais infléchir le cours des choses, résister. Je me suis trompé, la suite des événements a prouvé que c'était impossible, et j'ai donc échoué. Reste que j'ai alors fait un choix de responsabilité, difficile et douloureux.

 

 

  • Vous reconnaissez avoir commis " une faute " lors de l'affaire du cireur de chaussures. Cet épisode a été vu comme -l'illustration de la déconnexion d'une certaine gauche. Regrettez-vous un tel comportement ?

 

Bien entendu, je regrette cette faute de comportement, et je m'en explique dans mon livre. Encore faut-il rappeler qu'il s'agit là d'un épisode unique et qui n'a pas coûté un seul euro au contribuable. Mais ce que je regrette aussi, c'est d'avoir été aveuglé et de ne pas avoir compris que ceux qui voulaient, pour des raisons politiques, m'abattre, se saisiraient de cet épisode pour le faire.

 

Ce que je regrette surtout, c'est que le président, que j'ai toujours servi loyalement, se soit abaissé à utiliser cette faute pour se débarrasser de moi. Que pendant un an, alors qu'il avait été mis au courant de ce faux pas, il ne m'ait jamais parlé, jamais tancé. Que pendant un an, il m'ait menti, trahi méthodiquement, me souriant dans le même temps où il organisait mon éviction.

 

J'ai commis une faute ? Certainement. Qui n'en commet pas ? Lui a consenti à un coup bas. François Hollande est un faux gentil et un vrai méchant. Et je regrette infiniment que le fils d'ouvrier et d'immigré que je suis, qui s'est frayé, seul, un chemin dans la vie, ait pu être assimilé, même à tort, à l'image que vous évoquez.

 

Quant aux raisons de mon élimination, elles sont très claires : défenseur de la ligne politique du Bourget, j'étais devenu gênant au moment où le président avait décidé de faire son " coming-out " libéral ; l'ayant soutenu lors de la crise politique et intime de janvier 2014 - la rupture avec Valérie Trierweiler - , j'avais alors vu " le roi nu " et il ne supportait dès lors plus mon regard sur lui ; ayant participé au changement de premier ministre et ami personnel de Manuel Valls et Arnaud Montebourg, je l'ai payé. Et puis, il y avait la coalition des rancunes et des jalousies liguées contre moi. Cela faisait beaucoup. Trop, pour un seul homme.

 

  • Vous avez travaillé avec Emmanuel Macron à l'Elysée. Comment lisez-vous sa candidature à la présidentielle ?

 

C'est un homme intelligent et habile. Son ambition est grande et ancienne ; il croit en lui et en son destin, depuis longtemps. Il a une cohérence politique, celle d'un vrai libéral, de l'économie aux questions internationales, en passant par le social et le culturel. A ce titre, il est le fils spirituel de François Hollande. Nous verrons bien si ce libéralisme complet et assumé convaincra les Français. En tout cas, sa stratégie est claire : il parie sur l'effondrement prochain du " vieux monde " politique, et escompte apparaître alors comme " le " recours. Il joue du rejet profond que suscite le système politique actuel auquel il semble étranger aux yeux de nos concitoyens, en tout cas pour l'instant.

 

  • Soutenez-vous Arnaud Montebourg à la primaire ?

 

Mes convictions et mes amitiés sont connues et n'ont pas changé : je soutiens Montebourg car, comme des millions de Français de gauche, je suis resté fidèle à l'esprit et aux engagements du discours du Bourget.

 

Propos recueillis par, Bastien Bonnefous

 

© Le Monde

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, «La droite n’aurait-elle rien de plus sérieux à proposer qu’une politique obéissant à la même inspiration que celle de Laval en 1935 ?» Guaino.

L’hiver, les particules fines, mon envie de retrait, me tiennent à la maison, au chaud, loin du bruit et de la fureur du monde. Un monde toujours aussi violent n’en déplaise aux « c’étaient mieux avant ». Mémoire courte ou même absence totale de mémoire qui me glace. Alors, sans me complaire dans les ornières de l’Histoire, enfant de la paix, je continue d’explorer les plis sanglants de ce siècle où je suis né.

 

L’Espagne donc, celle d’une guerre sans merci, matrice des tactiques militaires de l’armée de Hitler, de l’impuissance des puissances dominantes de l’époque : Grande-Bretagne et France, Blum et Eden, la SDN, de l’indifférence des USA de Roosevelt, de la main de fer de Staline seul pourvoyeur d’armes et d’hommes d’une République traversée par les oppositions sanglantes entre les anarchistes, les trotskystes, les communistes, les socialistes et l’évanescence de son Président Manuel Azaña, de l’ambition implacable de Franco.

 

Et puis, dans ma pile j’ai retrouvé une bande dessinée : Sur les traces de Garcia Lorca de Carlos Hernandez et El Torrès.

 

« En suivant un dédale de récits et témoignages de personnages qui ont partagé un moment de la vie (et de la mort) de Federico Garcia Lorca, l'auteur nous promène de Grenade à Madrid, de la Havane à New York, de fêtes en débats, en souvenirs et réflexions. L'oeuvre, construite en une série de saynètes volontairement désordonnées du point de vue chronologique, parvient à recréer dans une atmosphère très intimiste, un portrait très réel et réaliste de celui qui fut l'un des plus grands poètes d'Espagne, volontairement sacrifié par les phalangistes qui purifiaient ainsi le pays d'un rouge doublé d'un homosexuel. Né à Grenade en 1972, Carlos Hernandez Sanchez est essentiellement connu en Espagne pour son travail d'illustrateur dans la presse quotidienne et particulièrement le journal Ideal, auquel il collabore depuis 1994. Auteur de plusieurs livres pour enfants et romans graphiques, à ce jour, il n'a jamais été publié en France. »

 

Les conditions de la mort de Frederico Garcia Lorca pèsent sur la mémoire collective des espagnols, il est une forme de symbole de la folie meurtrière qui s’était emparée de ce pays lors d’une guerre civile aux multiples facettes dans chaque camp. Ses œuvres ont été interdites jusqu'en 1953 en Espagne franquiste. « Du silence sépulcral dans lequel la dictature de ses assassins a tenté de le bâillonner, remplissant de vide nos cahiers et livres d’écoliers, nous sommes passés à la lumineuse réappropriation de la démocratie, le cri jubilatoire de nous savoir ses contemporains, ses compatriotes, ses héritiers moraux et vitaux. »

 

Mais celui que l’on qualifie d’auteur le plus universel de l’Espagne du XXe siècle, a été transformé en condiment indispensable à toutes les sauces. « En Grand Inévitable. » À force d’être tant aimé il a été asphyxié, occulté derrière une rhétorique de mythe. Qui était Lorca ? L’Homme, le poète, le peintre, le dramaturge, née dans une famille bourgeoise et libérale d'Andalousie, lié d'amitié avec Salvador Dalí, Luis Buñuel et Sanchez Mazas, l'un des initiateurs de l'art moderne en Espagne. Il a su allier l'héritage du folklore, la tradition populaire au romantisme, au symbolisme et aux mouvements d'avant-garde des années 1920, laissant une oeuvre originale et inclassable. Bien que n'ayant jamais eu d'engagement politique, il avait beaucoup d'amis que l’on peut qualifier de gauche, si tant est que la gauche puisse être cernée dans l’Espagne Républicaine, il était opposé au fascisme et à la guerre et en humaniste s'est engagé auprès des plus démunis.

 

Reste le mystère de sa mort, qui a tué Garcia Lorca dans la sombre nuit du 16 au 17 août 1936 ? À leur descente de la Buick décapotable rouge cerise où ils venaient de parcourir leurs derniers kilomètres à travers la campagne « granadina ». Vers quatre heures du matin, à la lumière d’une lune voilée par les nuages, le sergent Mariano Ajenjo Moreno, chef du peloton « au caractère froid, apte à fusiller », a placé ses hommes en ordre pour l’exécution. Armés de fusils Mauser et de pistolets Astra, on leur avait promis 500 pesetas et de monter en grade. Une fois les corps tombés à terre, les militaires eux-même les auraient jeté dans une fosse creusée là, peut-être pour trouver une source d’eau fraîche, raconte l’historien.

 

Sur les cadavres, l’un d’eux aurait lancé la béquille du maître d’école. »

 

Mais étaient-ils les vrais responsables ?

 

Miguel Caballero, historien originaire de la région de Grenade, où est né Lorca, et auteur de l’ouvrage qui vient de paraître en espagnol, « Les Treize dernières heures de la vie de Garcia Lorca » donne sa version des faits.

 

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Mais je ne vis pas cloîtré, je garde mes fenêtres ouvertes sur le monde et j’empile, un peu à la volée, les réflexions des uns et des autres sans pour l’heure les hiérarchiser. Le temps viendra où je pendrai le temps de de carafer, décanter, en espérant qu’il en restera quelque chose.

 

La gauche sociale-libérale est morte par Raphaël Glucksmann

 

« Il était jeune, beau, charismatique. Il parlait aux masses, bousculait les élites, trouvait avec une facilité déconcertante les mots, les intonations, les gestes que François Hollande recherchait désespérément. Le futur, c’était lui. Mais rien n’y a fait. La vague de défiance qui submerge des démocraties occidentales vieillissantes l’a emporté comme les autres. Le fringant Matteo Renzi a été balayé en une journée. Il ne sauvera pas la gauche sociale-libérale européenne.

 

Rien ne la sauvera d’ailleurs, car elle est déjà morte. Les sondages flatteurs d’une autre étoile "progressiste", Emmanuel Macron, n’y changeront rien : la crise politique, idéologique, philosophique du social-libéralisme surpasse les questions de casting. Elle révèle – paradoxe terrible pour une gauche dite "moderne" – une profonde inadéquation à l’époque. La "modernité" d’hier est devenue ringarde. Que s’est-il passé ?

 

Aux origines de la débâcle

 

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Hanouna, Heidegger et le langage par Jérôme Godefroy

 

Au siècle des Lumières, si quelque chose avait soulevé chez vous une simple indifférence, vous auriez dit comme Voltaire : «peu me chaut». Vous auriez alors utilisé élégamment le verbe défectif «chaloir». Au siècle de Cyril Hanouna dont les lumières sont plus tamisées, on dit : «je m’en bats les couilles». Cette expression virile fait partie du vocabulaire de base des jeunes Français de notre début de XXIème siècle. Même les jeunes Françaises, pourtant dépourvues des attributs nécessaires, l’utilisent à qui mieux mieux. Il suffit de tendre l’oreille à la sortie d’un lycée ou à l’entrée d’un fast-food pour s’en convaincre.

 

Il n’est pas question ici de jouer au vieux con et de déplorer la disparition de tournures désuètes. Les langues évoluent sans cesse. L’argot, les patois, les emprunts, les particularismes ont toujours forgé notre manière de communiquer avec des mots. Aucune langue n’est figée. C’est l’usage qui commande. Nous avons aussi toujours jonglé avec différents niveaux de langage : on ne s’adresse pas à son patron comme on parle à un vieil ami.

 

Une partie de la nouvelle génération risque malheureusement d’être condamnée à un seul registre de langage, le plus rudimentaire, celui qui ne permet pas les nuances et l’expression de la complexité. Bref, la langue Hanouna.

 

On évalue à environ 200.000 le nombre de mots de la langue françaises dans les encyclopédies les plus touffues. Le Petit Larousse contient 35.000 mots. Le français élémentaire compte environ 3000 mots. Combien Cyril Hanouna et son jeune public en utilisent-ils ? Je me suis posé la question à l’occasion d’un événement récent.

 

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Désinformation et fragilité des démocraties Le Temps

 

La guerre de l’information est au cœur de la doctrine militaire russe. Les démocraties sont mal préparées à la riposte.

 

« Cette bataille-là n’a rien de virtuel. Amplifié par les réseaux sociaux et la blogosphère, un flot de désinformation envahit l’espace médiatique européen, menaçant de plus en plus le débat démocratique. Manipulation des faits, théories du complot, diffusion de mensonges créent la confusion, brouillent la réflexion, fragilisent le travail journalistique et, en définitive, sapent la confiance des citoyens dans leurs institutions.

 

Cette propagande – ou guerre psychologique –, mettent en garde des responsables européens de la sécurité, est en partie pilotée par le Kremlin à travers deux vecteurs principaux, Russia Today et Sputnik. Son but? Affaiblir l’UE et l’OTAN en divisant leurs membres afin de mieux faire valoir les intérêts de la Russie. Moscou peut compter dans ce combat sur de précieux relais en Europe: les forces nationalistes et conservatrices. Leur combat est «civilisationnel». C’est surtout un choc de valeurs politiques, donc idéologique. »

 

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Éric Fottorino : « Face au pouvoir de l'argent, celui des journalistes est faible »

 

L'ancien directeur de la rédaction du Monde et président du directoire du groupe La Vie-Le Monde livre son regard sur l'état de la presse en France. Pour Eric Fottorino, le conflit majeur qui s'est déroulé à I-Télé doit être analysé à la lumière de l'histoire de la presse, et souligne la faiblesse économique du tissu médiatique hexagonal. "Une faiblesse qui permet ce genre de prédation" et menace, in fine, l'édifice démocratique. Sans indépendance financière, aucune indépendance éditoriale totale n'est possible, assure-t-il, mettant en avant l'aventure entrepreneuriale et journalistique de l'hebdomadaire le 1, qu'il a fondé. Et porte une attention particulière à l'essor de ces "startups médias", qui structurent, affirme-t-il, l'univers médiatique des 30 prochaines années.

 

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Michel Wieviorka : « Les comportements politiques sont très gazeux »

 

Le sociologue Michel Wieviorka, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, s’insurge contre un système politique daté.

 

Paris Match. Que dit le succès de la primaire de la droite avec ses plus de 4,2 millions d’électeurs sur notre rapport à la politique ?

 

Michel Wieviorka. Les Français sont passionnés par la politique et iront voter massivement à la présidentielle. Ils sont mieux informés. Grâce à internet, à la démultiplication des médias classiques, aux réseaux sociaux, ils accèdent à toutes sortes d’information. Ca permet plus de réflexion et plus de débat. On voit les faiblesses du personnel politique, ses contradictions. La langue de bois ne marche plus comme avant. Mais la perversion, c’est la théorie du complot, la paranoïa. Les paroles classiquement légitimes ne le sont plus : on n’a plus confiance dans les hommes politiques, dans les journalistes, on se méfie des intellectuels et les propos des enseignants pèsent moins lourd que ce qu’on va trouver sur internet.

 

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Henri Guaino : « La droite n’aurait-elle rien de plus sérieux à proposer qu’une politique obéissant à la même inspiration que celle de Laval en 1935 ? »

 

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