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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, la fille Le Pen 47e n°1 des personnalités préférées des Français qui placent Omar Sy en tête.

Je n’ai jamais mis les pieds en Espagne sous Franco, l’homme au garrot, ce lacet étrangleur, arme utilisée depuis l’Antiquité pour tuer par strangulation un adversaire, et utilisé jusqu'en 1974 dans l'Espagne franquiste pour exécuter un condamné à mort.

 

La dernière fut celle de Salvador Puig Antich, le 2 mars 1974. L’exécution fut rapide, et glaça l’opinion espagnole et étrangère. Le garrot est un instrument simple, composé d’une vis qui permet à deux morceaux de métal en forme de collier de se réunir. Suivant la vitesse que donne le bourreau, on est d’abord étouffé, puis les vertèbres cervicales sont brisées. Le terme juridique officiel était ” a garrote lento” en souvenir du temps où les juges faisaient durer le supplice.

 

Salvador Puig Antich est né à Barcelone le 20 mai 1947 dans une famille catalane de la classe moyenne. Le frère aîné est médecin, une soeur institutrice et une autre infirmière. Après des études religieuses, un début d’étude d’économie à Barcelone, et le service militaire comme infirmier, Salvador devient membre du MIL, passe dans la clandestinité, abat un sous-inspecteur de police, ce pourquoi il est condamné à mort en janvier 1974. Le 1 mars Franco confirma la peine, qui fut transmise aux avocats le soir et à Salvador à 21 h. Elle était exécutoire le 2 mars au matin.

 

« A l’aube, un curé ex-professeur de Salvador arriva (sans que personne de la famille ne l’ait appelé) Salvador l’accepta et ils parlèrent de connaissances mutuelles. A 7 h 30 – deux heures avant le garrotage – les sœurs durent s’en aller. « Les dernières heures furent terribles. Chaque fois que la porte de la cellule du condamné s’ouvrait, Salvador était pris aux tripes. Mais la grâce n’arriva pas. » A 9h 30, il fut conduit sur le lieu d’exécution. Il dit au juge « bien joué, mon gars » (majo, lo has conseguido), ce qui le foudroya. Quand il vit le garrot, il dit « même ça, c’est de la merde ! » Il refusa qu’on l’attache et qu’on lui mette une cagoule. Le bourreau avait dit que ce serait rapide, et en trois tours, il exécuta, sans bruit.

 

Depuis 1978, la famille a eu droit d’inscrire le nom de Salvador Puig Antich sur sa tombe à Barcelone.

 

Lorsque l’Allemagne et l’Italie en novembre 1936 firent savoir qu’elles reconnaissaient les Nationalistes comme étant le vrai gouvernement espagnol, Franco déclara que l’Allemagne d’Hitler, l’Italie de Mussolini, le Portugal de Salazar et l’Espagne nationalistes étaient les bastions de la culture, de la civilisation et du christianisme en Europe. « Cet instant – ajouta-t-il sur un ton dithyrambique inhabituel de sa part – marque le point culminant de l’histoire du monde. »

 

La France rance d’aujourd’hui est sans conteste l’héritière de cet état d’esprit, elle aime les Führer, les Duce, les Caudillo, la poigne de fer, l’ordre, elle a ses racines profondes dans le terreau de ceux qui ont souhaités la victoire de l’Allemagne nazi au nom de la croisade contre le communisme, les valeurs chrétiennes, l’homme nouveau, enfants des collaborateurs venus de tous les bords de l’échiquier politique : Déat, Doriot, Laval, Darnand, Darquier de Pellepoix…, et d’une poignée d’intellectuels qui firent des voyages en Allemagne et finirent à Sigmaringen : Rebatet, Jacques Benoist-Méchin, Bonnard, Brasillach, journaliste, Céline, Chardonne, Alphonse de Châteaubriant, Drieu la Rochelle, Robert Julien-Courtine, Henry de Montherlant et beaucoup d’autres.

 

La fille du borgne, en dépit de ses efforts de ripolinage avec le transfuge de la gauche chevènementiste Philippot, pour faire propre sur elle, sort de ce tonneau-là et le Français, qui nous dit-on la place en tête des personnalités politiques préférées, quel que soit les reproches qu’ils puissent faire à ceux qui les ont gouvernés, ne devraient pas l’oublier. Ces gens-là ont toujours profités des malheurs de la France pour nous faire accroire qu’ils vont nous sauver. Moi je n’oublie rien et je ne lâcherai rien face à ces désastronautes, xénophobes, minables et incompétents.

 

C’est la trêve des confiseurs dit-on, sauf sur les fronts lointains Alep, Mossoul, le Yémen… ou plus proche de nous : hier Berlin… Poutine est l’homme fort du moment, il séduit la droite extrême et même celle qui se dit modérée, il répète à l’envi qu’« aujourd’hui la Russie était plus puissante que n’importe quel agresseur potentiel. N’importe lequel ».

 

« Des responsables de l’administration américaine actuelle se sont soudainement mis à dire qu’ils étaient les plus forts, les plus puissants dans le monde. Oui, effectivement, ils ont davantage de missiles, de sous-marins et de porte-avions. Nous ne le contestons pas »

 

Mais il n’a pas levé ses ambiguïtés. « J’ai dit que la Russie était plus forte aujourd’hui que n’importe quel agresseur. Qui est l’agresseur ? Celui qui peut potentiellement attaquer la Russie », a-t-il ironisé, très sûr de lui en cette fin 2016 où, pour la troisième année consécutive, le magazine américain Forbes l’a élu « l’homme le plus influent du monde ».

 

Et nous, qui n’avons plus de Président ou presque, nous nous morfondons dans un pessimisme mortifère et n’avons qu’à nous mettre sous la dent qu’une nouvelle primaire. C’est déprimant !

 

Allez, sacrifions à la mode du temps !

 

« La primaire, le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres? »

 

La primaire dite de «la droite et du centre » a été un succès en ce sens qu’elle a mobilisé plus de 4 millions d’électeurs et qu’elle a permis de désigner un candidat incontesté et incontestable. La primaire dite de «la Belle Alliance » s’annonce comme une épreuve dont rien ne dit que sur ces deux critères – le nombre des électeurs et la réputation du vainqueur – elle produise demain un effet du même ordre.

 

La primaire, en ce sens, n’est pas la martingale absolue que prétendent parfois ceux qui l’ont conçue et prônée. C’est une procédure de désignation qui en vaut d’autres, qui a ses lois spécifiques qu’on découvre au fur et à mesure qu’elle se généralise mais à laquelle il ne faut pas prêter des vertus autres que celles qui la justifie. La primaire sert à choisir un candidat. Elle ne désigne pas forcément un champion rassembleur et encore moins un Président en puissance.

 

La primaire, jusqu’à présent, n’a pourtant pas desservi les intérêts immédiats des formations politiques qui s’y sont ralliés. En 2011, celle de la gauche a mis sur orbite un candidat - François Hollande - qui permit au PS de reconquérir dans son sillage l’essentiel du pouvoir. En 2015, celle de la droite vient de donner aux Républicains les moyens de réaliser, avec François Fillon, pareille performance. Rien n’autorise à dire que François Hollande n’aurait pas été élu Président s’il avait été désigné par une procédure différente. Celle de la primaire, en tous cas, n’a pas été pour lui un handicap. Elle vient d’installer à son tour François Fillon dans le rôle du favori. On peut ainsi se demander si la primaire n’est pas essentiellement l’instrument de promotion efficiente des candidats à la présidentielle dont le parti est dans l’opposition.

 

La primaire n’est pas devenue une règle et encore moins une contrainte. Elle reste une convention qui n’engage que ceux qui s’y rallient. Rien n’oblige un candidat à la présidentielle à se soumettre à cette compétition. Les deux principaux partis de gouvernement du paysage politique français l’ont adoptée à cinq ans de distance pour des raisons identiques. Ils n’avaient plus les moyens d’arbitrer autrement les ambitions rivales qui s’affrontaient en leur sein. Faute de candidat naturel et en raison aussi du manque de fiabilité du vote militant, ils ont choisi d’externaliser le mode de sélection de leur champion. De cet aveu de faiblesse, ils ont voulu faire une démonstration de force, avec pour le moment une évidente réussite. Par définition, la primaire n’est donc pas une procédure adaptée aux partis qui, soient parce qu’ils sont forts, soient parce qu’ils ne sont pas démocratiques, soient enfin parce qu’ils s’identifient entièrement à leur leader, visent à la promotion et non à la sélection.

 

La suite ICI 

 

À l’année prochaine sur mes lignes…

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « je n'ai eu qu'une vie de souffrance. Tout ce que j'ai fait en politique s'est mal fini. » Alain Juppé

Dans un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître je dînais chaque mois chez Anne-Marie car j’étais copain avec son amant du moment. Elle était alors adjointe au maire de Paris chargée de la propreté, les petites voitures vertes. Autour d’un pâté de pomme de terre, spécialité de la Creuse, une tourte feuilletée ou briochée, garnie de pommes de terre, de crème et de lard, de chair à saucisse et de persil, nous l’interrogions bien sûr à propos du grand Jacques qui courrait sec le jupon pour fuir sa pincée de Chodron de Corcel, mais parfois nous la titillions sur celui qui tenait la haute main sur l’Hôtel de Ville, adjoint aux Finances, Alain Juppé. Elle ne l’aimait pas mais lui reconnaissait une réelle droiture qui confinait à la rigidité. Lorsque celui-ci prit les rennes de Matignon elle fut nommée Ministre et échappa au grand coup de balai des Jupettes.

 

Et puis ce fut la descente aux enfers, Matignon droit dans ses bottes face à la rue, une dissolution foireuse, jusqu’à sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. L’homme n’attirait pas d’emblée la sympathie même si son immersion bordelaise l’avait un peu libéré. Il n’y a rien d’étonnant que lui et Michel Rocard aient fait, sous Sarko, cause commune. Leur intransigeance cadrait mal avec les petits jeux de ceux qu’ils considéraient l’un et l’autre, à juste titre, comme un ramassis d’incompétents prétentieux. Les portes de l’Elysée ne sont jamais ouvertes à eux, pour Rocard le verrou mitterrandien pervers eut raison de sa fidélité au PS, du côté de Juppé la claque fut bien plus violente, presqu’injuste, sonné par le résultat l'ex-Premier ministre n'aurait pas encore « digéré » la chose. Il semblait même carrément déprimé, comme l'illustre cette confidence lâchée au téléphone auprès d'un parlementaire qui le soutenait et rapportée par Le Figaro : « Je n'ai eu qu'une vie de souffrance. Tout ce que j'ai fait en politique s'est mal fini. »

 

Je ne vais pas plaindre Alain Juppé mais je persiste à croire qu’il constituait le meilleur rempart à un tête à tête des 2 droites favorisé par l’émiettement des multiples gauches. Qui vivra verra mais un Fillon grignotant une partie du potentiel de la Marine n’est pas pour autant en capacité d’ouvrir le jeu à la gauche traditionnelle. Reste l’inconnue Macron qu’il ne faut ni surestimer ni railler, le vieux théorème de Giscard reste toujours d’actualité dans un pays déboussolé, la victoire se joue au deuxième tour avec l’électorat flottant et celui-ci constitue de plus en plus aujourd’hui une masse indécise. Si, Fillon est « mal élu » parce qu’une partie des électeurs de gauche ne souhaiteront pas renouveler leur vote à la Chirac, que sa majorité de députés soit elle-même polluée par le Front National, créera dans ce pays, déjà dépressif, de nouvelles tensions. Rêver encore d’un état de grâce post-élection pour « réformer » aux forceps le droit du travail, les régimes sociaux, la fiscalité jettera dans la rue bien plus que les habituels marcheurs syndicaux, la génération précaire, type nuit debout, fournira le gros des bataillons avec à sa lisière une extrême-gauche zadiste incontrôlable. Politique fiction peut-être mais nous sommes un pays qui n’aime rien tant que de se réveiller en sursaut.

 

Maintenant, avec la trêve des confiseurs et l’insignifiance de la primaire de la gauche, je vais prendre du champ, soigner mon petit jardin d’intérieur, lire, écrire, me consacrer à ceux que j’aime. L’indifférence, notre indifférence aux souffrances de ceux qu’on nomme les populations civiles, bombardées, déplacées, errantes, me trouble car je me sens impuissant. Les bonnes paroles, la compassion, les manifestations, les gestes ne changeront rien à la folie de nos soi-disant stratèges. L’ONU c’est la SDN, grosse machine incapable de mettre du contenu concret dans la résolution des conflits.

 

Alors, je me suis replongé dans La guerre d’Espagne d’Hugh Thomas, une lourde somme de 1000 pages sur papier bible de la collection bouquins de Robert Laffont, imprimée en petits caractères qui fatiguent mes vieux yeux. Pourquoi se pencher sur cette effroyable guerre civile qui ne fait même plus partie de notre mémoire collective ? D’ailleurs, qu’est-ce que la mémoire pour une génération qui pense que le monde est né avec eux ? Mon intérêt pour ce conflit si proche de notre pays, l’au-delà des Pyrénées, tient à l’extrême déchirure du tissu social de ce pays, entre une extrême-gauche puissante, balkanisée avec ses anarchistes, ses communistes, ses socialistes révolutionnaires et autres groupuscules régionaux, une extrême-droite aigre et revancharde : phalangistes, carlistes, cléricaux, une République parlementaire molle et indécise, une église confite et toute puissante, une Catalogne et un Pays basque rejetant Madrid, une armée quasiment mexicaine rêvant de la grandeur passée. Rien de commun avec le monde d’aujourd’hui me direz-vous, j’en conviens mais ce qui m’intéresse c’est que cette guerre civile espagnole fut la matrice de la future guerre mondiale qui allait se déclencher quelques années plus tard. Face aux visées belliqueuses de l’Allemagne et de l’Italie, de l’impuissance des vieux empires traditionnels anglais et français, l’indifférence des USA et le double-jeu de Staline, ce conflit régional, inextricable, barbare, sanglant, long cortège d’exécutions sommaires, constitua le terrain d’expérience pour les partisans de l’ordre, d’un régime à poigne qui étouffe les aspirations, certes contradictoires, du petit peuple pour redonner la main à un Caudillo.

 

C’est aussi pour moi un retour à mes premières lectures de jeunesse où je lisais tout ce qui me tombait sous la main et ce qui me tombait sous la main c’était des bouquins comme Les cadets de l'Alcazar d’Henri Massis et Robert Brasillach. Des fascistes, des futurs collabos, je n’y comprenais pas grand-chose de cet héroïsme vain, barbare, dénué de toute humanité mais je me forgeais une solide aversion contre les extrémismes de tout bord qui se nourrissaient du sang des autres.

 

La conversation téléphonique entre le colonel Moscardo, le chef des retranchés de l’Alcazar de Tolède et Candido Cabello, chef des milices faisant le siège est ainsi relatée par Henri Massis et Robert Brasillach.

 

- Colonel Moscardo ? Interroge une voix au bout du fil [...]. Votre fils est notre prisonnier... Si vous ne vous rendez pas, nous le fusillerons.

 

À peine le colonel Moscardo a-t-il répondu :

 

- Je ne me rendrai jamais ! Qu'il reconnaît, au téléphone, la voix de son fils, un jeune homme de dix-huit ans qui faisait ses études d'ingénieur à Madrid et dont il ignorait qu'il fût à Tolède entre les mains de l'ennemi.

 

- Père, entend-il soudain, les hommes qui sont là disent qu'ils vont me fusiller... Rassurez-vous, ils ne me feront rien...

 

- Pour sauver ta vie, mon fils, ils veulent me prendre l'honneur et celui de tous ceux qui me sont confiés... Non, je ne livrerai pas l'Alcazar... Remets donc ton âme à Dieu, mon enfant, et que sa volonté soit faite.

 

[...] D'une main tremblante, le colonel Moscardo n'a pas raccroché l'appareil qu'il entend un feu de salve déchirer l'air du soir, puis retentir jusqu'au fond du ravin qui cerne la citadelle.

 

Les Rouges ont tué son fils, qui est mort en criant :

 

- Vive l'Espagne ! Vive le Christ-Roi ! »

 

Robert Brasillach et Henri Massis, Les Cadets de l'Alcazar, Plon, 1936, p. 1-3)

 

Comme on dirait aujourd’hui c’est un fake, de la pure propagande, cette version de l'histoire présente une similitude étonnante avec la légende du XIIIe siècle d'Alonso Pérez de Guzman (1256-1309), dit Guzman el Bueno, qui sacrifia aussi la vie de son fils, devant les murs de la forteresse de Tarifa assiégée par les musulmans au temps de la Reconquista. Herbert Southworth s'efforce de démontrer que la mort de Luis n'avait absolument rien à voir avec l'affaire de l'Alcazar : Luis Moscardo aurait été exécuté le 23 août à la puerta del Cambrón avec 80 autres prisonniers, officiellement en représailles d'un raid aérien.

 

Dans cet océan de sang, la voix des poètes tentait de soulever un peu d’humanité, telle celle de W.H. Auden rappelant l’urgence de se mobiliser pour la liberté.

 

Beaucoup l’ont entendu dans leurs péninsules lointaines,

Leurs plaines endormies, leurs îles de pêcheurs perdues

Ou du fond de leur métropole corrompue,

Ils l’ont entendu, et ont entrepris leur migration pareille à celle des mouettes

ou du pollen des fleurs.

 

Ils se sont accrochés aux longs express, qui traversent avec lenteur

Les pays de l’iniquité, la nuit et les tunnels des Alpes ;

Ils ont franchis les océans ;

Et les cols des montagnes. Tous offraient leur vie.

 

Dans cette terre aride, ce fragment séparé de l’Afrique brûlante,

Soudé si grossièrement à l’inventive Europe ;

Sur ce plateau profondément incisé par les fleuves,

Nos pensées ont pris corps ; les formes menaçantes entrevues aux heures de fièvre.

 

Deviennent précises, vivantes. Car les craintes qui nous rendaient sensibles

Aux prospectus pharmaceutiques et aux brochures de croisières d’hiver

Sont devenues des bataillons de choc ;

Et notre visage, ce visage anonyme de la foule, l’uniprix, la ruine.

 

Projettent leur ardeur comme l’escadron d’artillerie et la bombe.

Madrid est le cœur. Nos instants de tendresse fleurissent

Comme l’ambulance et le sac de sable ;

Nos heures d’amitié fleurissent en l’armée d’un peuple.

 

Je ne sais si les conflits actuels, éloignés géographiquement mais si proches de nous par l’exportation de la violence dans nos villes, vont être le creuset d’une nouvelle forme de conflit larvé, insidieux, impossible à cerner, latent, mais ce que je sais c’est que l’espoir d’un monde en paix, démocratique, reste une utopie inatteignable. Nous régressons…

 

 

 

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 08:00
Fidel Castro a apprécié le Cognac lors de sa soirée chez Georges et Liliane Marchais, rue Guy Môquet à Champigny, le 13 mars 1995.

Fidel Castro a apprécié le Cognac lors de sa soirée chez Georges et Liliane Marchais, rue Guy Môquet à Champigny, le 13 mars 1995.

Commençons par l’amour !

 

Oui, l’amour, avec les yeux de l’amour ravivé par son allure et sa beauté, belle pour moi, et si c’était vrai, qu’importe, l’important c’est qu’elle soit entrée dans ma vie, qu’elle m’est fait tomber et que je n’ai eu à aucun moment envie de me relever.

 

Mais ce matin c’est d’un autre amour dont j’ai envie de vous parler.

 

Évelyne Pisier ça ne vous dit rien sans doute, sauf peut-être qu’elle pourrait la sœur de la défunte Marie-France Pisier. Ce qui est la réalité.

 

Pour moi, vieux 68 hard, ce fut Évelyne Pisier fut d’abord Kouchner avec un trait d’union, un prof de droit à Paris I. 3 enfants puis un divorce avant de se remarier avec Olivier Duhamel le fils de Jacques Duhamel ancien Ministre.

 

Mais ce ne sont ces amours-là, bien trop conformes, qui me passionnent mais un amour de jeunesse.

 

J’avais 23 ans et je commençais une histoire d'amour avec Fidel Castro, qui durera 4 ans

 

« Après une enfance et un début d'adolescence marqués par le pétainisme et le maurrassisme de mon père, je me suis rebellée. Une rébellion qui m'entraîna, comme tant d'autres à l'époque, vers le gauchisme, l'anticolonialisme et l'anti-impérialisme. De manifestation en manifestation, nous dénoncions notamment les guerres d'Algérie et du Vietnam. Et comme tant d'autres aussi, jeunes et moins jeunes, de Paris à Santiago du Chili, de la Californie à l'Asie du sud-est en passant par l'Europe et l'Afrique, nous nous sommes enthousiasmés pour la Révolution cubaine.

 

Et il y avait de quoi s'enthousiasmer. Songez à la figure mythique d'un Fidel Castro, âgé de 26 ans et luttant contre Batista, ce dictateur à la solde des USA, à son incarcération, à sa plaidoirie "L'Histoire m'acquittera", à sa création du Mouvement du 26 juillet, à sa libération, à son exil et à son débarquement en décembre 1956 aux côtés du non moins mythique Che Guevara sur le bateau Granma! Une douzaine de guérilleros pourchassés par deux mille soldats du dictateur mafieux. Et deux ans après, ils ont soulevé le peuple et renversé Batista, pourtant soutenu par les Etats-Unis!

 

Après cette victoire incroyable, Fidel Castro a déclaré: "Le capitalisme sacrifie l'homme. L'État communiste, par sa conception totalitaire, sacrifie les droits de l'homme. C'est pourquoi nous ne sommes d'accord ni avec l'un ni avec l'autre. [...] Cette révolution n'est pas rouge, mais vert olive". Vert olive: la couleur des uniformes des guérilleros!

 

Oui, il y avait de quoi s'enthousiasmer. Fidel a posé la priorité absolue de l'éducation et de la santé. Et en quelques années, l'illettrisme fut réduit, les soins médicaux rendus accessibles à tous... De quoi s'enthousiasmer avec Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Agnès Varda, Chris Marker, Andy Warhol, François Maspero et tant d'autres...

 

Je dévore Federico Garcia Lorca: "Iré a Santiago en un coche de agua negra"... Bref, je ne rêve plus que d'aller à Cuba... Un rêve qui se réalise en 1964 lorsque l'Union des Étudiants Communistes (UEC) organise le premier voyage d'étudiants français à Cuba, sous la responsabilité de Bernard Kouchner. Nous atterrissons à Santiago la veille du 26 Juillet où Fidel Castro, devant une foule impressionnante, fait un long discours non moins impressionnant.

 

J'ai bientôt 23 ans et commence une histoire d'amour, qui durera quatre ans. Fidel est d'une tendresse incroyable. Et, même si je n'ai pas le choix parce qu'il est un héros, notre relation se transforme peu à peu: il suffit qu'il enlève son ceinturon et ses armes, j'oublie le Lider Maximo, désormais, je me persuade que Comandante ou pas, c'est bien l'homme que j'aime.

 

La suite ICI

 

Laissons les amours de jeunesse de côté pour nous pencher sur le grabat de la Gauche en route pour une déroute présidentielle. Avec l’exercice de la Primaire de tous les bords de la gauche, certains en appelle à faire le tri pour ne présenter un seul héraut face à Fillon-Le Pen. C’est beau comme une gauche qui, une fois s’être pris le nez violemment, se réconcilierait pour aller au combat, la main dans la main, oublieuse des déchirements passés.

 

De la gueule de qui se fout-on ?

 

C’est quoi la Gauche au juste aujourd’hui ?

 

Sans remonter à la SFIO au temps où le PCF plumait la volaille socialiste, que le MRP se jetait dans les bras de la droite et que le grand parti radical, en dépit de Mendès-France, sombrait corps et bien.

 

Il suffit de se référer à Mitterrand, créateur de l’Union de la Gauche :

 

« Je vais voter contre de Gaulle. Il y en a pour 20 ans. Mais après, je ferai 3 choses : je ramènerai les communistes à 10%, j’accrocherai une casserole à la droite et je gouvernerai au centre. » mai 1958

 

Mitterrand une histoire de Français Jean Lacouture

 

Laissons de côté la gauche plurielle de Lionel Jospin qui fut sabordée par l’icône de la gauche actuelle Christine Taubira et par l’inconsistance des Verts.

 

En fin 2016 où en sommes-nous ?

 

À l’éclatement de l’ambiguïté Mitterrandienne qui fait imploser la façade en trompe-l’œil du PS.

 

Le Mélanchon, vieux routier de Solférino, l’a bien compris, il ne veut pas s’associer au naufrage et surtout ne pas faire de compromis avec les socio-démocrates.

 

En effet, la Gauche avec un Grand G n’a jamais existé, sauf sur le papier de Programmes dit Commun, même si en 81 Mitterrand s’est fait élire sur son bric-à-brac des 110 propositions sans tenir compte du PC, et surtout cette gauche abstraite n’a jamais gouverné car elle dans le système actuel bien incapable d’atteindre le deuxième tour et, si elle y arrivait, son incapacité à rassembler la ferait perdre.

 

Bref, oui il y a des gauches inconciliables !

 

Ce vieux renard de Bazin le dit bien :

 

La politique et avec elle, le monde des médias, adorent ces mots valises, pleins de concepts flous, qui animent des débats d’autant plus animés qu’on les cite de travers ou de manière tronquée tout en les agitant comme des oriflammes censées délimiter le champ de la bataille. Hier, c’était « le monde de la finance » -  devenu subitement «la finance » tout court - dont François Hollande avait fait son « ennemi » sans que l’on ait jamais su s’il s’agissait de l’abattre ou de le remettre à sa place, ce qui n’est quand même pas tout à fait la même chose

 

Aujourd’hui, avec l’entrée en campagne de Manuel Valls, changement de décor, changement de formule mais même procédé. C’est le caractère « irréconciliable » des « positions » défendues par les diverses fractions de la gauche qui constitue l’ordinaire du commentaire dominant, lequel réduit les propos tenus par l’ancien Premier ministre en janvier 2016, à une formule-choc – «il y a en France deux gauches irréconciliables » - quitte à oublier au passage qu’à ses yeux, l’ennemi de l’intérieur, si l’on ose dire, avait à l’époque le visage d’un seul homme: Jean-Luc Mélenchon, coupable d’avoir déclaré que Hollande suivait «en pis » les traces de Sarkozy. Rien de moins…

 

Ce sont là des simplifications dont il est aisé de comprendre la genèse dans un combat politique aussi binaire que sommaire. Quant aux ressorts de ces raccourcis hasardeux, ce sont ceux, comme d’habitude, d’une communication mal maîtrisée ou alors à courte vue. Mais dès lors que le débat prend l’ampleur que l’on voit, mieux vaut sans doute le décortiquer plus avant plutôt que de s’en tenir à la réalité formelle des propos qui sont censés le nourrir.

 

La primaire saura-t-elle arbitrer et hiérarchiser les ambitions rivales?

 

Qu’en France, la gauche soit multiple ou plurielle – au choix – et que ses divisions aient atteint aujourd’hui un niveau rarement égalé est une vérité d’évidence. Nul besoin pour s’en convaincre d’invoquer les mânes des grands ancêtres. Que son histoire soit rythmée par des controverses violentes et de réconciliations éphémères n’a pas besoin d’être davantage rappelé. Que son unité, fut-elle partielle ou bancale, soit la condition de son accession au pouvoir est enfin un constat d’une rare banalité.

 

Au fond, la gauche française est une famille traversée de projets rivaux qui n’ont jamais été réconciliés. Sinon, comment expliquer la pluralité de sa représentation partisane? Mais, elle a été pourtant capable de compromis qui lui ont permis d’éviter des conflits destructeurs. Comment comprendre autrement qu’elle ait su parfois trouver le chemin du gouvernement, via l’Elysée ou Matignon?

 

Aujourd’hui, la question n’est donc pas de savoir si une quelconque synthèse peut être faite entre les idées défendues par ceux qui entendent porter ses couleurs à la prochaine présidentielle. Entre Mélenchon et Valls, ou entre Macron et Montebourg, il y a de telles divergences de fond que personne n’imagine sérieusement que les uns et les autres puissent signer on ne sait quel programme commun. La seule question qui demeure donc est de savoir si le processus de la primaire peut arbitrer entre des ambitions rivales, non pas en effaçant ce qui les fondent mais en hiérarchisant ce qui les nourrit.

 

Là encore, force est de constater que le désaccord est total entre ceux qui acceptent de se soumettre à ce processus de sélection – Valls et Montebourg notamment – et ceux qui s’y refusent – Mélenchon et Macron, pour ne pas les nommer. Si l’on écoute d’ailleurs attentivement le porte-drapeau de la France insoumise, rien n’indique qu’il ait même l’intention d’appeler à voter pour le candidat de son camp le mieux placé au soir du premier tour de la présidentielle dans le cas, improbable il est vrai, où celui-ci se serait qualifié pour le duel final.

 

Deux gauches? Seulement deux?

 

En attendant, qui peut enfin jurer que les participants de la primaire accepteront son verdict en faisant campagne pour celui qui en sortira vainqueur? Si Hollande avait été désigné, Montebourg, on s’en souvient peut-être, avait déclaré qu’il irait durant quelques mois à la pêche à la ligne. Qu’en sera-t-il demain si Valls l’emporte? Vers qui iront les caciques du PS si le héraut du made in France décroche le pompon?

 

C’est en ce sens qu’on peut dire en effet que les gauches irréconciliées sont devenues irréconciliables. Faire pareil constat n’est pas le théoriser mais assumer une vérité dont on s’étonne surtout qu’elle puisse être contestée. Le reste qui est peut-être l’essentiel, vue la nature du combat politique, relève de la pure gesticulation verbale. Les formules qui l’accompagnent appartiennent au répertoire classique de la gauche quand elle s’envoie de la vaisselle à la tête. « L’union est un combat » ou « soyons unitaire pour deux », c’est selon et c’est surtout pareil.

 

Manuel Valls le décline à son tour. Candidature oblige. Ceux qui lui en font le reproche oublient qu’avant de vouloir rassembler, ils auraient mieux fait de ne pas dénonçant dans les rues ses prétendues turpitudes. Entre les courants de la droite - et fracturer, cinq ans durant, l’unité de la majorité, soit en frondant en son sein, soit en même entre celle-ci et le Front national -, il y a désormais moins de divergences de fond qu’entre les différentes familles de la gauche. L’étonnant, dans ce contexte, serait que ces dernières resserrent les rangs plutôt que de régler leurs comptes.

 

Face au risque de sa liquidation, lors de la présidentielle du printemps prochain puis à l’occasion des législatives qui lui succéderont dans la foulée, il est encore possible que ses porte-drapeaux sachent faire preuve d’un minimum de retenue dans l’art de la baston. Mais ce qu’il y a entre eux de détestation est désormais trop profond pour que ces réflexes de survie évitent le désastre qui s’annonce.

 

C’est ce qui donne un aspect surréaliste au débat sur la réconciliation des gauches dont tout indique le caractère propagandiste et donc insincère aux yeux des électeurs pourtant les mieux disposés à entendre les calembredaines de la politique ordinaire. Deux gauches « irréconciliables »? C’est tellement vrai qu’au lieu de se demander pourquoi il faudrait le taire, on ferait mieux de se poser cette simple question: pourquoi seulement deux?

 

J’en reste là tout en me posant la question : que vais-je faire dans les prochains mois ?

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, ha les François, le Fillon, celui qui laboure à droite et le Hollande celui qui sort du champ de mines

Hécatombe, ce fut d’abord à la Duflot de se faire virer par les écolos, et puis en deux coups de cuillère à pot, Sarko et par la bande le Juppé exfiltré vers Bordeaux. Puisque la messe était dite à droite, la meute médiatique s’aiguisait les ratiches sur le couple présidentiel, pas celui de Julie et de François, mais l’autre plus officiel avec Manuel. Ça tanguait dur. On ricanait. Les mules de droite, ce pauvre Jacob en tête, exultaient, rassemblée toute honte bue sous les ailes de l’ex-serviteur Fillon. Que du bonheur, chronique d’un désastre annoncé, sauf que le jeudi 1er décembre, la  veille de la date des coups d’État, notre François le débonnaire, alors que la salle des fêtes de l’Elysée regorge d’invités est arrivé quinze minutes avant l'horaire prévu, à 17 h 45, pour décorer de la Légion d'honneur six personnalités qui patientent déjà.

 

Ce sont ces dames du Monde et un monsieur Raphaëlle Bacqué, Bastien Bonnefous, et Ariane Chemin qui racontent.

 

« Depuis le matin, son agenda était resté étrangement vide. Une célébration en l'honneur des médaillés des Jeux olympiques et paralympiques de Rio de Janeiro, à 11  heures, et puis plus rien jusqu'à cette cérémonie, sous les tentures rouge et or.

 

À peine a-t-on noté qu'il flotte, dans ce vaste salon illuminé, comme un petit air de nostalgie. Un vague souvenir de moments d'insouciance, un bref retour aux sources. A côté de l'ancien patron Bernard Attali et de l'ex-ministre socialiste Thierry Repentin, qui attendent leur médaille, se tiennent deux hommes qui ont accompagné les premiers pas de François Hollande à l'Elysée, quatre ans et demi plus tôt.

 

Le premier est photographe : c'est Raymond Depardon. Il est l'auteur du cliché officiel du président, celui qui orne toutes les mairies de France, curieuse image d'un chef de l'Etat un peu raide, dans l'ombre projetée de son palais, au loin.

 

Le second retrouve ce soir sa maison : c'est l'ancien secrétaire général de l'Elysée, Pierre-René Lemas, qui, au lendemain de l'élection présidentielle de 2012, avait quitté le Sénat pour rejoindre un chef de l'Etat novice. François Hollande plaisante en retraçant la carrière de son camarade de promo de l'ENA au fil des changements de majorité : « Je parle du passé, bien sûr, il n'y aura pas d'alternances à venir… »

 

Le président de la République salue les familles, les amis, mais ne s'attarde pas. Lorsque la communicante Marie-France Lavarini, fidèle d'entre les fidèles, l'une des rares à continuer à  pousser sa candidature, veut l'interroger, il pose une main sur son bras et met un doigt sur sa bouche, pour décourager toute question.

 

Personne dans la petite assemblée ne se doute que, une heure plus tard, le chef de l'Etat va s'adresser aux Français. Seul le cercle étroit de ses plus proches amis, le secrétaire général Jean-Pierre Jouyet, son conseiller en communication Gaspard Gantzer, a été prévenu en fin de matinée par le chef de l'Etat ; il annoncera le soir même à la télévision sa décision : se représenter à la présidence de la république, ou renoncer à un second mandat.

 

Exit, le sortant qui sort du champ de mines !

 

Vous allez me dire que me dire qu’après la déroute de Juppé là encore je me suis planté. Je suis prêt à l’admettre, comme tout le monde ou presque je n’ai pas vu venir Droppy, je n’ai pas senti le besoin de Droite d’une droite de rentiers, mais notre opération Chartrons a permis d’éliminer Sarko dès le premier tour ce qui ouvre un boulevard à l’opposition si celle-ci se donne la peine d’être intelligente car le châtelain de la Sarthe va mordre sur l’électorat de la fille du borgne. Restait le sortant, mon pronostic était qu’il n’avait qu’un seul choix : passer en force, ne pas se soumettre à l’exercice ridicule pour un Président d’une primaire. Valls voyait juste lorsqu’il estimait qu’en acceptant la primaire, François Hollande avait « commis un acte de faiblesse. Vous imaginez en janvier Hollande face à Lienemann et De Rugy, ça va avoir de la gueule ! Et Montebourg qui viendra avec le Davet-Lhomme sous le coude et qui dira à Hollande : « Alors Monsieur le président, page tant, vous dites… page tant vous dites encore… « C'est surréaliste ! »

 

Le problème d’un passage en force c’est que tout d’abord il faut en avoir la force et ensuite la vista pour exécuter la manœuvre sans faire de faute ou tout au moins de ne pas être sanctionné par l’arbitre. Tel n’était pas ou plus le cas du père François, entre l’humiliation d’être battu à la primaire et l’implosion de la pétaudière de Solférino il a choisi, non sans élégance, de se retirer de la scène.

 

Les gens du Monde continuent leur reportage :

 

« Le studio qui sert habituellement de décor aux comptes rendus du conseil des ministres, 4, rue de l'Elysée, de l'autre côté de l'aile est du Palais, a été réservé pour un direct à 20  heures. Gantzer a reçu pour consigne de ne rien laisser filtrer. Mais il n'a pas eu besoin de mots pour que le reste du cabinet comprenne : le président lancerait-il sa candidature dans ce décor à la fois si solennel et si froid ?

 

Rarement on a connu président si isolé. François Hollande semble même incapable de renouer avec sa majorité. Il a renoncé à recevoir les députés les plus râleurs et, lorsqu'il s'invite à un apéritif avec 80 députés, organisé par son fidèle Stéphane Le Foll au ministère de l'agriculture, ses propos restent plats.

 

Les parlementaires réclament pourtant une autocritique ou un aveu de lucidité : " Hollande refuse de voir les problèmes, il fait comme si tout allait bien. Il se fout vraiment de notre gueule. " La garde rapprochée du président serre les rangs. Ne demeurent que quelques dizaines de fidèles : Stéphane Le Foll, François Rebsamen, Julien Dray, la sénatrice Frédérique Espagnac, une poignée de députés dont Kader Arif et Sébastien Denaja et, à l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, Gaspard Gantzer, Bernard Poignant, Vincent Feltesse et Bernard Combes.

 

Dans les pires moments, François Hollande pratique toujours la politique qu'il connaît, celle des alliances et des majorités bâties à coups de compromis. L'insolente popularité d'Emmanuel Macron a longtemps été mesurée à cette aune : qu'est-ce qu'un candidat sans parti ni alliés ? Mais le PS se racornit et les alliés font tout autant défaut au président.

 

À l'issue d'une primaire, les Verts se sont choisis un candidat, Yannick Jadot, qui partira sous ses propres couleurs. Le PRG envoie à la bataille Sylvia Pinel – pourtant quatre ans ministre du gouvernement ! Même le Parti communiste s'est finalement décidé à soutenir Jean-Luc Mélenchon. Comment, avec un tel éparpillement des voix de gauche, ce président plombé par une impopularité record aurait-il la moindre chance de parvenir au second tour ?

 

Comment surtout François Hollande pourrait-il se désengager de sa promesse et éviter cette primaire socialiste qu'il n'est plus certain de gagner ? Le président a exploré tous les plans pour faire annuler la primaire : invoquer la menace d'attentat, le risque de division… Mais aussitôt Arnaud Montebourg, qui a décidé d'en découdre, menace le président : " S'il se présentait hors primaire, ce serait un coup de force dont il ne se relèverait pas ", tempête-t-il dans tous les médias. Jean-Christophe Cambadélis jure que la primaire aura bien lieu. Le président est piégé.

 

« Il faut que ça aille mieux " entre les deux têtes de l'exécutif, convient Stéphane Le Foll le 22  novembre dans Libération. Manuel Valls ne cache pourtant plus le travail de « persuasion » – de « sape » disent ses adversaires – qu'il a engagé. Le 23  novembre, il reçoit une vingtaine d'invités à Matignon pour la projection du prochain film d'Elie Chouraqui.

 

Comme chaque fois, on se presse autour de lui pour l'interroger : « Croyez-vous vraiment que le président est encore en mesure d'être candidat ? » « Est-ce que vous lui dites qu'il risque de ne pas faire plus de 12 % ou 13  % ? » Sobrement, sans marquer aucune ironie ni impatience, le premier ministre répond  « Lui parler d'un score n'est pas un argument valable à ses yeux. Mais oui, je m'emploie à la convaincre de renoncer. » Il va bientôt montrer comme il s'y emploie.

 

Voilà, un de chute de plus, reste plus que l’inconnu Bayrou… mais est-ce que le ventre mou du Centre pourra donner une assise compétitive au maire de Pau. J’en doute  surtout avec le positionnement de Macron.

 

Mais laissons la gauche plurielle et retournons-nous vers l’autre François.

 

Sourions tout d’abord :

 

Selon nos informations, François Fillon a été jeune.

 

C’est sur la base d’une coupure de presse datant de 1982, exhumée par L’Obs, que nous sommes en mesure de vous l’affirmer. Mieux, le champion des Républicains a eu tellement 27 ans qu’une publication émanant du club parisien le plus branché de l’époque l’avait alors interviewé.

 

Réputé pour les papiers du légendaire Alain Pacadis, dandy punk et grand journaliste, Palace Magazine était l’enfant de papier de la boîte du même nom qui a fait du bruit autour du 8, rue du Faubourg Montmartre, dans le 9e et bien au-delà, dans les années 70-80.

 

Un lieu réputé pour être un grand mixeur culturel où, même en se projetant près d’un quart de siècle en arrière, on peine à imaginer François Fillon se déhancher, coupe à la main, entre Grace Jones et Amanda Lear dans ce temple nocturne où est née, entre autres, la culture gay. Oui, celle qui allait un jour oser réclamer le droit à l’homoparentalité honnie par le Sarthois.

 

Et, de fait, François Fillon ne fréquentait pas cet établissement, même s’il avouait : « Mais ça m’amuserait. » Pourquoi diable aller donc questionner ce mauvais client (a priori) ? Il est alors « le benjamin de l’Assemblée Nationale » et c'est rigolo.

 

Rendons hommage au journaliste bien nommé Alain Faure pour l’hyper-flair dont il a fait preuve pour aller taquiner de quelques questions ce « beau jeune homme » alors inconnu du commun des noctambules. En préambule à cet entretien, intitulé « François Fillon : Je ne pense pas être le portrait-robot du député RPR », l’auteur écrivait alors :

 

« Il a dû faire frémir quelques jeunes filles de la rue Saint-Guillaume, shetland, rang de perles et cœurs en émoi. »

 

Car François Fillon d’alors, vu par le confrère Faure, ce sont des « traits réguliers » et « le cheveu brun mi- long ». Depuis, quelque chose a changé en lui. Mais quoi ?

 

En tout cas, la suite est moins glam’. Et, laisse même présager que le jeune François aurait pu être déjà recalé aux portes du Palace (pourtant pas ultra-verrouillées)  par Edwige Belmort ou Paquita Paquin, physios historiques de cette boîte à bonheur :

 

Une veste en tweed vert sur une chemise bleu ciel, un pantalon de flanelle grise et une cravate en laine, François Fillon a le costume d’un jeune député et l’air d’un vieil étudiant trop sage.

 

Quand F.F. se met enfin à table (celle de la buvette du Palais Bourbon, ce jour-là), il admet que - fort de ses études de droit et de son passage à Science- Po - il voulait devenir journaliste et a même été stagiaire à l’Agence France Presse. Mais vous savez ce que c’est, quand on rédige « une thèse sur les problèmes de la défense ». On rencontre des gens et on finit, 34 ans plus tard, chef de file de l'opposition après avoir été Premier ministre.

 

Fillon, lui, c’est Joël Le Theule, qu’il trouve sur son chemin. Un député de son coin auquel le débutant a « donné un petit coup de main dans ses affaires politiques. »

 

On vous fait grâce de la suite du parcours.

 

La suite ICI

 

J’adore la chute de l’article : Soudain, François Fillon craque et fait un terrible aveu :

 

« J’ai découvert il n’y a pas longtemps – avec horreur- que Paco Ibanez [un chanteur espagnol, NDLR] était communiste. Je me suis dit : « C’est épouvantable, comment puis-je l’aimer ? » Et puis je continue à l’aimer. »Mais le meilleur article que j’ai lu sur lui nous vient de Suisse

 

François Fillon, celui qui laboure à droite

 

Porté par une vague conservatrice et catholique, favorable à une rupture économique libérale assumée, le candidat de la droite à l'élection présidentielle incarne l’ambiguïté d’une France qui veut restaurer l’ordre ancien;

 

Une république naufragée. Une France menacée. Des Français épuisés. Une économie asphyxiée. Une Europe déboussolée. Depuis trois ans, François Fillon labourait le terrain électoral en brandissant ces thèmes. «Ce que j’entends: le ras-le-bol. Ce que je vois: la faillite», nous avait-il lancés lors d’une rencontre avec quelques journalistes, à l’automne 2015, lors de la sortie de son livre «Faire» (Ed. Albin Michel).

 

De tous les candidats déclarés aux primaires de la droite française – Nicolas Sarkozy ne l’était pas encore – l’ancien premier ministre était celui qui avait le plus «bossé». «Quand vos compatriotes accusent l’Etat de les faire ch… en plaçant des radars routiers dans les descentes à seule fin de recettes fiscales, il faut être sourd et aveugle pour ne pas comprendre que ce pays va dans le mur», avait-il poursuivi devant nous. Et d’ajouter: «Je veux démolir ce mur et arrêter d’installer ces radars qui emm… les Français».

 

Le goût de la fraternité catholique

 

Ainsi va François Fillon, 62 ans, vainqueur incontesté de la primaire de la droite et désormais favori de la course à l’Elysée, en avril-mai 2017. Un candidat convaincu qu’il a mieux compris la France que ses adversaires, parce qu’il a su écouter ce que les autres ignorent. Illustration? Le sort des chrétiens d’Orient, martyrisés par les islamistes en Syrie et en Irak. Tous ses concurrents ont eu des mots de compassion pour cette minorité religieuse forcée à l’exil. Lui est allé sur place, et a perçu l’écho hexagonal à leur tragédie lointaine: «Je l’ai souvent entendu dire que l’on se méprenait sur les Français explique un de ses proches. Le drame des chrétiens d’Orient a réveillé, dans de nombreuses familles provinciales et normalement conservatrices, le goût de la fraternité catholique, des églises, des échanges avec les prêtres et les évêques».

 

Lui-même se dit catho non pratiquant. Sa femme, galloise de confession anglicane, s’est convertie au catholicisme sans avoir pour autant «la foi du charbonnier». Fillon a néanmoins grandi politiquement à l’ombre de l’abbaye de Solesmes, dans son fief de Sablé-sur-Sarthe: «Il a un côté cathédrale confie son éditeur Alexandre Wickham. Il croit que les gens ont avant tout besoin de repères».

 

Un apprentissage de longue haleine

 

Le personnage public est atypique. Alors que les énarques et autres élèves des «grandes écoles» françaises qui l’entourent depuis quatre décennies adorent les incantations républicaines, François «le Sarthois» a longtemps préféré parler de sa province, cultiver sa passion privée de la montagne et se tenir à l’écart des médias. Comme s’il aimait, au fond, ce rôle de «second» entamé auprès du prometteur député Joël Le Theule (qu’il remplace au pied levé après son décès en 1981, en pleine vague rose mitterrandienne), poursuivi aux côtés du colosse Philippe Séguin (disparu en janvier 2010) puis de l’ogre Nicolas Sarkozy.

 

La communicante Anne Méaux, l’une de ses intimes, s’interrogeait devant nous alors qu’elle s’efforçait de le convaincre de participer au Forum des 100 de l’Hebdo à Lausanne, le 19 mai dernier. Ce qu’il fera. «On croit trop que la qualité d’homme d’Etat tombe du ciel, qu’on naît avec. Or ce n’est pas son cas. Vous pouvez peut-être mieux comprendre cela en Suisse, où l’apprentissage rime avec excellence. Fillon a fait un long, très long apprentissage.»

 

Une posture hybride

 

Le résultat est une posture hybride. Patient et pragmatique, celui qui dut subir pendant ses cinq années à Matignon les foucades et les injonctions de Sarko-président désapprouve plus que tout les modes et les diktats de la communication. Une sorte de croisement d’Antoine Pinay, le ministre des finances fétiche de la fin des années 60, et de Georges Pompidou, chef de l’Etat emblématique de l’apogée des «trente glorieuses» (1970-1974).

 

Mais gare: son goût du rétroviseur est aussi celui de l’amateur de sport automobile, fana du circuit du Mans, épris de technologie, de vitesse et d’innovation. Il a été ministre de la recherche, des télécoms, de l’espace. Il aime la poursuite et ne peut s’empêcher de citer Jacky Ickx, le fameux pilote belge qui, en 1969, remporta les 24 heures après être parti dernier.

 

Le refus de «la politique du verbe»

 

«Dévoré par son impatience, Sarkozy n’a pas compris que Fillon attendait. Il l’a cru cloué à jamais sur la ligne Matignon», analyse une journaliste autrefois en charge de l’Elysée. Idem pour son programme. Quand Fillon avertit face caméra, dès septembre 2007: «Je suis à la tête d’un Etat en faillite», tout le monde y voit une capitulation. Erreur. L’homme a pris date.

 

La France dépense trop. L’administration est pléthorique. Le nombre des ministres (il en propose 15) et des parlementaires doit être drastiquement réduit. Seule l’amputation du nombre de fonctionnaires et de ses dépenses sociales permettra d’en sortir: «Il ne croit pas à la politique du verbe. Il ne dit pas les choses pour évacuer le sujet, mais pour être entendu complète un de ses proches collaborateurs. Et si vous regardez bien ses prises de position, son libéralisme ne date pas d’hier»

 

«Il y a du protestant en lui»

 

Libéral lui, cet élu à l’allure de hobereau qui pose en famille devant son château de Beaucé (Sarthe), et demande au journaliste helvétique si c’est une bonne idée d’écrire que l’un de ses fils (il a cinq enfants) travaille… à UBS? On se pince. Son mentor Philippe Séguin était souverainiste, eurosceptique, anti-euro et étatiste. Son émissaire auprès du grand patronat, l’ancien président d’Axa Henri de Castries, incarne le capitalisme financier mondialisé. Alors? La réponse est tout, sauf dogmatique. Fillon n’est pas Thatcher. Il n’est pas l’idéologue des privatisations et du marché.

 

Mais lorsque Philippe Séguin rejoint Jacques Chirac pour la campagne présidentielle de 1995, lui soufflant le thème de la «fracture sociale», le Sarthois fait le choix de Balladur. Le premier ministre de l’époque est comme lui: désuet et ouvert au progrès. Chirac flatte. Séguin vocifère. Juppé administre. Fillon ausculte. Sans accoucher toujours du bon diagnostic: «Vu du Léman, il y a du protestant en lui, ce côté éthique du travail, de l’effort et de la concurrence note François Garçon, auteur de «La Suisse, pays le plus heureux du monde» (Ed. Tallandier). Mais il reste très français, attaché au baccalauréat avant l’apprentissage, ou au référendum plébiscitaire plutôt qu’à des formes plus complexes de démocratie directe».

 

Une droite patrimoniale

 

La suite ICI

 


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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, Bruno Le Maire M comme m… et François Fillon « The servant » qui devient le dominant en réduisant son maître à la déchéance

Ce dimanche je serai bref.

 

L’opération Chartrons a permis d’éliminer l’ex grâce à l’apport des voix de gauche mais c’est un demi-succès car le besoin de Droite de la Droite s’est incarné dans le Fillon le notaire de Sablé.

 

Nous sommes face, après les désistements, celui du peu glorieux du grand ambitieux BLM, pire que ce brave Saint-Pierre, relégué aux utilités derrière la fière NKM, et celle de l’éliminé qui devait tout bouffer, à la reconstitution du couple des battus de 2012.

 

Le dilemme du second tour entre la Droite extrême et la vieille droite rance est à nouveau posé. L’homme de fer étamé qui aurait fait avaler son dentier à la mère Thatcher devra mettre de l’eau dans son vin s’il veut attirer les voix de ceux qu’il méprise. Merci de ne pas nous faire le coup des mannes de ce pauvre Philippe Séguin…

 

La gauche doit-elle se réjouir d’avoir face à elle un candidat de la Droite Rance ? C’est ce que pense Michel Wieviorka, sociologue. Pas moi : lire plus loin.

 

Je ne vois pas comment un candidat dit de gauche peut se qualifier pour le deuxième tour en l’état où elle se trouve à ce jour.

 

Pour le Fillon émigré dans le 7e arrondissement de Paris, ex-président sans grande couleur des Pays de la Loire, serviteur l’échine courbée pendant 5 ans, soutenu par la France des notaires, je m’en réfère à Barrett le valet, le serviteur, dans le film de Losey The Servant qui devient le dominant en réduisant son maître à la déchéance.

 

 « La mise en scène et le cadrage de Losey sont très précis, et traduisent l'inégalité (puis la violence) dans la distance entre les personnes, et dans l'utilisation de l'espace de la maison : au début, le maître domine le valet, puis au fur et à mesure, à la faveur de la négligence de Tony, Barrett maîtrise de mieux en mieux l'espace de la maison (en occupant les pièces communes, tout en préservant le jardin secret de sa chambre de bonne). Escaliers, canapés, portes, miroirs... tous les éléments du décor deviennent des armes contre le maître, afin de lui faire perdre pied, puis le rabaisser jusqu'à l'annihiler. Parce qu'elle vient de l'extérieur, qu'elle ne connaît pas cet espace conquis par le valet, seule la fiancée du maître peut manifester sa lucidité et sa révolte, en giflant Barrett.

 

Ici, le nihilisme et le naturalisme l'emportent sur le message politique : ce qui intéresse Losey, ce n'est pas la lutte des classes, mais les pulsions remontant des profondeurs et créant une tension dans le monde apparent, jusqu'à le faire sombrer dans le monde originel, une certaine barbarie. Ce n'est pas un hasard si Buñuel, autre grand auteur naturaliste, a souvent mis en scène des valets ou des femmes de chambre : la violence et la menace de la déchéance font partie intégrante de ces rapports maîtres-valets. »

 

Le poin de vue de Michel Wieviorka

 

L’électorat de la primaire de la droite et du centre a déboulonné Nicolas Sarkozy, c’est une certitude, et la droite, avec François Fillon, semble tenir son candidat pour l’élection présidentielle, c’est une forte probabilité.

 

A partir de là, les commentaires politiciens vont bon train, et les calculs boutiquiers, un temps bouleversés par les résultats du premier tour de cette primaire, peuvent reprendre à droite, au centre, à gauche ou à l’extrême droite, et dans les salles de rédaction.

 

Un peu à la façon de ces émissions sportives où « on refait le match » – même ardeur pour commenter à chaud, sur le mode sans recul du « priorité au direct », goût pour se glisser dans la peau des acteurs et se mettre en position d’entraîneur, ou d’arbitre, même enfermement dans l’actualité immédiate, même éloignement, aussi, de la vie des idées et de l’analyse en profondeur. Comme si la démocratie avait pour principale qualité d’apporter du suspense et des surprises au quotidien, et de faire partie des jeux du cirque dont parlait Juvénal.

 

Mais installons un instant la réflexion dans l’espace, au-delà de la seule France, et dans le temps. Au moment où, partout dans le monde, les systèmes politiques classiques sont en difficulté, et où l’on constate la montée des périls – populisme, extrémisme, autoritarisme –, le succès de François Fillon, dimanche, vient dire deux choses, complémentaires : que la démocratie libérale n’est pas condamnée, et qu’une droite classique peut exister en France, dynamique, capable de se doter d’un leader incontestable et d’une vision pour l’avenir.

 

Se doter d’un leader incontestable.

 

S’il se confirme, ce succès mettra sur orbite un candidat à l’élection présidentielle qui sera fort et qui incarnera des valeurs relativement tranchées, libérales s’il s’agit d’économie et conservatrices en matière sociétale et culturelle.

 

Dès lors, certains de ceux qui ont voté pour le Front national (FN) lors des récentes élections pourront s’intéresser à un leader qui a de l’expérience politique et qui est en mesure de battre nettement l’adversaire que la gauche lui opposera : rien ne dit avec certitude que le FN sera au deuxième tour de l’élection présidentielle.

 

L’expérience de la primaire qui vient de se dérouler sous nos yeux a donc une portée internationale, elle indique en particulier à toute l’Europe que le pire n’est pas une fatalité et qu’il est possible de faire de la politique, démocratiquement.

 

Elle montre aussi que la droite classique est susceptible de résister aux tendances à la décomposition des systèmes politiques. Elle annonce peut-être même des élections législatives où l’emportera largement cette même droite, certes sous tension entre les logiques qu’incarnent Alain Juppé et celles de François Fillon, tandis que la gauche de gouvernement, laminée, risque de compter moins de députés que le FN au sein de ce qui sera alors l’opposition.

 

EN CINQ ANS, LE POUVOIR ET LE PARTI SOCIALISTE ONT RUINÉ L’IDÉE MÊME DE GAUCHE

 

La gauche semble en effet à la peine s’il s’agit pour elle, à son tour, de se doter d’un leader incontestable et de mettre fin à la décrépitude qui est la sienne. Le défi est considérable, plus compliqué qu’à droite, au-delà de la difficulté qu’il y a pour elle à articuler deux orientations, dont Manuel Valls a dit qu’elles sont irréconciliables, car deux logiques sont en jeu.

 

La première est planétaire et durable, structurelle : à l’échelle du monde, on observe un déclin historique de la gauche, qui a commencé par la déstructuration du communisme, inaugurée avec le gauchisme de la fin des années 1960 et accélérée dans les années 1970 et 1980. Ce déclin s’est poursuivi avec l’affaissement de la social-démocratie, qui ne dispose plus des mouvements syndicaux sur lesquels elle s’appuie classiquement, et qui se heurte à la globalisation économique et à l’individualisme triomphant pour mettre en avant l’Etat social.

 

La seconde, bien française celle-là, et conjoncturelle : en cinq ans, le pouvoir et le Parti socialiste (PS) ont ruiné l’idée même de gauche, scié la branche sur laquelle ils étaient assis, animant sans vision la vie collective. Ils ont leur responsabilité dans la situation présente, ce n’est pas faire du Hollande bashing que de le dire.

 

Pas d’effet d’entraînement sur la gauche

 

Il est difficile de faire la part des choses et, surtout, l’on peut penser que ces deux logiques se complètent et se renforcent – ce qui ne rend guère optimiste sur la capacité de la gauche de gouvernement à renverser la situation actuelle. Il faudra des années avant que l’idée de gauche soit réinventée, et adossée sur de fortes attentes, des sensibilités citoyennes, des contestations populaires. Le bon parcours de la droite classique, en France, n’aura vraisemblablement pas d’effet d’entraînement sur la gauche.

 

Après le Brexit, qui a suscité en France bien des critiques sur le fond, mais aussi sur la santé de la démocratie britannique, et après les carences du système politique américain mises en lumière par l’élection de Donald Trump – avec ses deux grands partis incapables de se doter de candidats incontestables –, on pouvait craindre qu’une vague mondiale submerge aussi notre pays, sinon sur un mode extrémiste, du moins sur le mode du mensonge, de la vulgarité, de la corruption morale, du complotisme et de l’irrationalité : la primaire de la droite et du centre, et pas seulement son résultat, montre que cette voie est résistible.

 

Autre question : les électeurs ont-ils remis à leur place une nébuleuse médiatico-politique arrogante, imposant d’en haut ses catégories, ses mots, ses analyses, un peu à la manière dont le succès de Donald Trump a signifié l’échec d’instituts de sondages lourdement pris en défaut et de médias aveugles ?

 

Constat paradoxal

 

Pas vraiment : il suffisait de lire la presse et d’écouter la radio et la télévision pour constater que, depuis une quinzaine de jours, le choix des médias était fait en faveur de François Fillon. Les sondeurs ne se sont pas trompés en France, et les médias ont su accompagner la surprise qui, envisagée, cessait d’en être vraiment une ; mais ils ont dans l’ensemble joué la carte de la nouveauté, d’une relative jeunesse, celle d’un homme, aussi, dont la « remontée » permettait de rendre passionnante une fin de campagne sinon ennuyeuse.

 

Ils ont en quelque sorte gardé la main – la première victime de cet épisode, finalement, est Nicolas Sarkozy, et assurément pas les sondeurs et les journalistes.

 

Ce qui aboutit à un constat paradoxal par rapport à ce que nous avons dit plus haut à propos des électeurs du FN : le succès de M. Fillon ne peut que conforter ceux qui ne supportent plus l’alliance des acteurs politiques, des médias, de la « com » et des instituts de sondages.

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « courage Fillon ! »

Les boussoles s’affolent, dans la dernière ligne droite les sondeurs cassent la certitude du duo annoncé, au secours Fillon revient !

 

« Depuis quelques semaines, la géographie électorale est en train d'accoucher d'un nouvel ensemble : la droite Fillon. On croyait les choses définitivement figées idéologiquement entre deux représentations de la société et du monde, a priori inconciliables, qui ont pour incarnation Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Deux droites françaises, aux forces plus ou moins égales. Ouverte et multiculturelle ; identitariste et autoritaire. Sur l'économie, elles peuvent s'entendre, mais là n'est pas, pour elles, l'essentiel. Elles sont d'abord des attitudes à avoir, des discours à tenir face à la mondialisation et ses corollaires. À Juppé, nous dit-on, les électeurs urbains, centristes de gauche et de droite, les chiraquiens et, plus largement, ceux qui ont foi dans l'Europe et la diversité. À Sarkozy, la droite soucieuse des racines chrétiennes de la France, quelques électeurs frontistes, des ruraux et, bien entendu, la fan base, c'est-à-dire les sarkozystes purs et durs, revanchards ou anti-Juppé. Or, désormais, les plaques bougent et on voit poindre lentement mais sûrement une droite qu'on pourrait qualifier de souverainiste-libérale, une nouvelle droite, en somme. »

 

Fillon fils de Seguin ?

 

Lire ICI 

 

« Pour les partisans de François Fillon, le doute n’est plus permis : leur champion sera qualifié pour le second tour de la primaire de la droite et, quel que soit son adversaire, sera son candidat à l’élection présidentielle. Pour son dernier meeting de campagne, vendredi 18 novembre au Palais des Congrès de Paris, les 4 000 supporteurs présents dans le grand amphithéâtre étaient littéralement galvanisés.

 

Et lui-même, sans se départir de son indéfectible retenue, a laissé percer comme un sentiment de jouissance, donnant à son discours un souffle, presque une exaltation, inhabituel. « Il nous a surpris, reconnaissait à la sortie l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer. Ce n’est pas le plus lion que l’on connaisse mais, là, on sent qu’il est habité, transcendé. »

 

Nous verrons bien ce soir, si c’est le meilleur d’entre nous ou le fils de  Seguin qui boute Sarko hors du jeu ? N’était-ce pas là l’objectif premier de l’opération Chartrons. Rappelons tout de même que les résultats des derniers sondages se situent dans la marge d’erreur et tout va dépendre pour Juppé de la mobilisation de son flanc gauche qui irrite tant les partisans de Sarko.

 

Ma semaine fut quasi-monacale. J’ai remis la main sur l’un des plus grands romans américains, publié en 1977, A place to come to, Un endroit où aller dans sa version française publiée en 1991 par Actes Sud. Son auteur, Robert Penn Warren, l’avait écrit alors qu’il avait plus de 70 ans. Je l’avais acheté, je l’avoue humblement, pour la portrait peint par Hopper qui ornait la couverture de la version Babel, lu avec passion lors de sa parution française, et dans ma thurne je l’ai relu avec une gourmandise extrême. L’histoire est superbe, imprégnée de la propre vie de l’auteur : l’amour, l’aventure et bien sûr le Sud !

 

Je retrouvais la main invisible qui m’avait conduit là où je voulais aller depuis qu’Émilie était entrée dans ma vie.

 

« Je ne veux pas ici parler simplement d’attirance sexuelle. Je ne veux pas parler de l’automatisme rigide d’une habitude sexuelle bien établie. Je ne peux faire allusion à ce qu’on appelle « tomber amoureux ». Vous connaissez ces choses comme la plupart des gens. Ces choses existent dans le contexte de la vie et du monde tel que nous le connaissons. Ce dont je veux parler n’a aucun contexte, ça existe en soi ; c’est en soi un univers que cet élan qui se satisfait de lui-même »

 

« Vous êtes-vous jamais trop éloigné de la rive quand la houle est très forte après une tempête, et que la grande vague déferlante arrive sur vous avec fracas, vous dominant des tonnes de sa masse de marbre gris-vert, glacée et cependant en fusion, qui glisse vers vous car c’est bien de cela qu’elle a l’air avec sa frange emplumée d’écume qui fouette le bleu étincelant du ciel ? La masse se dresse et vacille sur le ciel juste au-dessus de vous. Vous savez que, si elle vous atteint dans sa chute, elle vous brisera les reins.

 

Mais plongez dessous. Percez-la. Entrez dans ses profondeurs. Insinuez-vous au plus intime de ses ténèbres frémissantes. C’est votre seul espoir. Alors vous entendez le fracas de la masse mortelle qui s’effondre derrière vous. Non, pas un bruit exactement ; une sorte d’exaspération des nerfs suivie par un silence, et dans ce silence vous entendez, littéralement maintenant, le grincement creux, susurrant, des galets écrasés au-dessous de vous dans la profonde aspiration de l’eau. »

 

Ce dont je parle ressemble à cela. Si vous y êtes passé, vous comprendrez. Sinon, vous avez sans doute eu de la chance… »

 

Trois années sont passées, j’ai fait du sur place, comme tétanisé, en attente, tel Jed Tewksbury, d’un lieu où aller, face à la très belle Rozelle Hardcastle, toi, le temps s’est suspendu, incomparable, et la plus belle, la seule, chance de ma vie ne pourra trouver trace que dans mes écrits.

 

Tu seras donc Rozelle!

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « la vieille droite aux yeux crevés » disait Mauriac et une gauche aux pneus dégonflés… et Trump est arrivé…

Et si je reprenais mon sac au lieu de m’agiter dans cet océan de médiocrité, mon seul problème est de savoir où aller me réfugier. Je me sens cerné par la cohorte des récupérateurs, des cureurs de fond de chiottes de tout acabit, des minables qui campent sur l’immondice, l’immonde, des diseurs de bonne aventure sans foi ni loi, tout est permis dans la chasse aux voix. Ils n’ont que le peuple à la bouche alors qu’ils n’en sont pas et qu’ils n’en seront jamais. Ce peuple, gros agrégat indistinct, qu’ils tripotent, flattent, cajolent, pour mieux le trahir dès qu’ils auront déposés leur bulletin dans l’urne.

 

Tout bien pesé et réfléchi je vais attendre les résultats des Primaires de la Droite et du Centre pour me décider. Je ne suis pas pressé car je suis un privilégié.

 

« Un éléphant ça Trump énormément ! » ai-je publié au petit matin de cette élection où l’on peut gagner même lorsque que l’on ne rallie pas la majorité des votants.

 

Sur un corps électoral de 231,556,622 électeurs :

 

25.6% ont voté Clinton

 

25.5% ont voté Trump

 

48,9% n'ont pas voté

 
 
 

Je n’irai pas jusqu’à dire que je voyais le mauvais coup venir mais une petite musique revenait sans cesse dans ma tête, et si tout le monde se trompait en fuyant, en s’aveuglant d’une réalité dérangeante.

 

Alors je me suis levé tôt et de suite j’ai senti que tout était en train de basculer.

 

Trump n’a pas triomphé c’est Hilary Clinton qui s’est effondrée…

#Trump, une victoire du peuple contre les élites? Il bat Clinton pour les 4 tranches de salaires les + élevées.
#Trump, une victoire du peuple contre les élites? Il bat Clinton pour les 4 tranches de salaires les + élevées.

#Trump, une victoire du peuple contre les élites? Il bat Clinton pour les 4 tranches de salaires les + élevées.

Les médias américains s'interrogent sur leur responsabilité dans le succès de Donald Trump.

 

« À l'exception de Michael Moore, d'un prof d'histoire isolé et de quelques intelligences artificielles, personne n'avait envisagé la victoire de Donald Trump. Ni les sondeurs ne l'avaient pas entendue, ni les médias sentie venir. Retour sur un énorme loupé avec Rodney Benson, professeur de sociologie à New York University.

 

L’élection de Donald Trump a fait l’effet d’un électrochoc pour les grands médias américains, qui s’interrogent sur leur part de dans le succès du candidat républicain, populiste et controversé…

 

Les médias traditionnels, les chaînes de télévision, le "New York Times", les principaux sites d’information… Tous ont été pris de court par ce résultat. Cette surprise vient probablement de cette distance sociale entre l’élite journalistique et les supporters de Trump, non pas tous, mais la proportion décisive de ceux qui habitent dans le nord du Midwest, dans les états dits "clé" [les "Swing states", NDLR] comme le Michigan, le Wisconsin, l'Ohio.

 

Les journalistes de la Côte Est et de la Côte Ouest, du fait de leur milieu social, de leur lectorat, ne sont pas des gens qui les côtoient au quotidien, et ils n’ont pas assez enquêté sur eux.

 

La grande presse a bien couvert les meetings de Trump, et ses électeurs blancs les plus radicaux, mais ils sont passés à côté de ceux qui n'étaient ni extrémistes, ni activistes, qui ont constitué sa base électorale la plus large, tous ces Américains touchés par la globalisation de l’économie, qui gagnent entre 50.000 et 90.000 dollars par an [46.000 à 83.000 euros, NDLR], qui ont le sentiment que la situation se dégrade pour eux, alors qu’elle s’améliore pour les Américains de la Côte Est, pour Wall Street, et qu’ils sont maltraités comparés aux minorités… Ceux-là n’aiment pas la manière dont la culture américaine évolue.

 

  • Avez-vous l’impression que ces médias ont découvert une Amérique qu’ils ne connaissaient pas, ou du moins qu’ils avaient ignorée jusque-là ?

 

Il y a eu des livres écrits sur cette frange de la population américaine, mais cette réalité n’avait pas pris corps. Les médias nationaux pensaient qu’elle n’aurait pas d’impact, qu’elle ne représentait pas grand-chose. Il y avait une forme de cécité, de condescendance, de mépris de classe à leur endroit.

 

  • 194 organes de presse ont pris position pour Hillary Clinton, contre 6 seulement pour Trump. Etait-ce un autre symptôme du parti-pris des médias pour l’establishment ?

 

Les médias ont en effet pris parti pour Hillary Clinton, et les journalistes, sur le plan privé, soutenaient majoritairement la candidate démocrate, mais la couverture médiatique, le contenu avéré des journaux, n’a certainement pas été pro-Clinton. Les scandales et les contre-vérités de Donald Trump auraient dû être mieux enquêtés qu’ils ne l’ont été.

 

Même le "New York Times" a été très agressif à propos de la Fondation Clinton [ONG à but humanitaire et écologique financée notamment par des contributeurs étrangers, parmi lesquels des monarchies pétrolières, NDLR] et de l’usage qu’Hillary Clinton a fait de sa messagerie privée. Le quotidien -comme les autres organes de presse- s'est efforcé d’équilibrer ses critiques et de publier autant d’articles à charge sur Hillary Clinton que sur Donald Trump.

 

Mais c'était un équilibre de façade. Car il n’y avait pas de commune mesure entre les scandales attachés à la personne de Donald Trump, le fait qu’il ne publie pas sa déclaration d’impôts, les accusations d’agression sexuelles dont il faisait l’objet, et les affaires somme toute mineures concernant Hillary Clinton.

 

La suite ICI 

 

Trump en tête: l'interview de Laure Mandeville qui annonçait l'ouragan

 

  • Vous consacrez un livre* à Donald Trump que vous suivez pour Le Figaro depuis le début de la campagne. A vous lire, on a l'impression qu'un Trump médiatique (mèche de cheveux, vulgarité etc…) cache un Donald Trump plus complexe. Comment expliquer ce décalage?

 

La grande difficulté, avec Donald Trump, c'est qu'on est à la fois face à une caricature et face à un phénomène bien plus complexe. Une caricature d'abord, car tout chez lui, semble magnifié. L'appétit de pouvoir, l'ego, la grossièreté des manières, les obsessions, les tweets épidermiques, l'étalage voyant de son succès sur toutes les tours qu'il a construites et qui portent son nom. Donald Trump joue en réalité à merveille de son côté caricatural, il simplifie les choses, provoque, indigne, et cela marche parce que notre monde du 21e siècle se gargarise de ces simplifications outrancières, à l'heure de l'information immédiate et fragmentée. La machine médiatique est comme un ventre qui a toujours besoin de nouveaux scandales et Donald, le commercial, le sait mieux que personne, parce qu'il a créé et animé une émission de téléréalité pendant des années. Il sait que la politique américaine actuelle est un grand cirque, où celui qui crie le plus fort a souvent raison parce que c'est lui qui «fait le buzz».

 

Derrière l'image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes.

 

En même temps, ne voir que la caricature qu'il projette serait rater le phénomène Trump et l'histoire stupéfiante de son succès électoral. Derrière l'image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes. Ce n'est pas rien! Selon plusieurs proches du milliardaire que j'ai interrogés, Trump réfléchit de plus à une candidature présidentielle depuis des années, et il a su capter, au-delà de l'air du temps, la colère profonde qui traversait l'Amérique, puis l'exprimer et la chevaucher. Grâce à ses instincts politiques exceptionnels, il a vu ce que personne d'autre - à part peut-être le démocrate Bernie Sanders - n'avait su voir: le gigantesque ras le bol d'un pays en quête de protection contre les effets déstabilisants de la globalisation, de l'immigration massive et du terrorisme islamique; sa peur du déclin aussi. En ce sens, Donald Trump s'est dressé contre le modèle dominant plébiscité par les élites et a changé la nature du débat de la présidentielle. Il a remis à l'ordre du jour l'idée de protection du pays, en prétendant au rôle de shérif aux larges épaules face aux dangers d'un monde instable et dangereux.

 

En privé, le personnage de Donald Trump est plus nuancé, plus modéré, plus pragmatique, sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l'option la plus extrême…

 

Cela révèle au minimum une personnalité sacrément indépendante, un côté indomptable qui explique sans doute l'admiration de ses partisans…Ils ont l'impression que cet homme explosif ne se laissera impressionner par rien ni personne. Beaucoup des gens qui le connaissent affirment d'ailleurs que Donald Trump a plusieurs visages: le personnage public, flashy, égotiste, excessif, qui ne veut jamais avouer ses faiblesses parce qu'il doit «vendre» sa marchandise, perpétuer le mythe, et un personnage privé plus nuancé, plus modéré et plus pragmatique, qui sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l'option la plus extrême…Toute la difficulté et tout le mystère, pour l'observateur est de s'y retrouver entre ces différents Trump. C'est loin d'être facile, surtout dans le contexte de quasi hystérie qui règne dans l'élite médiatique et politique américaine, tout entière liguée contre lui. Il est parfois très difficile de discerner ce qui relève de l'analyse pertinente ou de la posture de combat anti-Trump. Dans le livre, je parle d'une expérience schizophrénique, tant le fossé est grand entre la perception des partisans de Trump et celle de ses adversaires. Au fond, Trump reste largement insaisissable, malgré les millions d'articles qui lui sont consacrés.

 

En quoi son enfance et la figure de son père éclairent-elles son parcours?

 

Donald Trump a toujours été un leader, mais aussi un rebelle, une forte tête, qui bombardait ses instituteurs de gommes et tirait les cheveux des filles même si c'était un bon élève.

 

Donald Trump a plusieurs fois raconté qu'il n'avait pas fondamentalement changé depuis le cours préparatoire. C'est dire si l'enfance compte pour cerner sa turbulente personnalité! Il a toujours été un leader, mais aussi un rebelle, une forte tête, qui bombardait ses instituteurs de gommes et tirait les cheveux des filles même si c'était un bon élève. A l'école élémentaire, le coin réservé au piquet, avait même été baptisé de ses initiales, DT, parce qu'il y séjournait souvent! A l'âge de 13 ans, son père décide même de l'envoyer à l'Académie militaire de New York pour le dresser, parce que, inspiré par West Side story, Donald a été pris en train de fomenter une descente avec sa bande dans Manhattan, avec des lames de rasoir!

 

Son frère Fred Junior a fini par mourir d'alcoolisme. Cela a beaucoup marqué Donald qui a décidé qu'il ne se laisserait jamais dominer et ne montrerait jamais ses faiblesses contrairement à son frère.

 

Cela vous donne une idée du profil psychologique du père Fred Trump, un homme intransigeant et autoritaire, qui a eu une influence décisive dans la formation de la personnalité de son fils. Fred s'était fait à la force du poignet, en amassant un capital de plusieurs millions de dollars grâce à la construction d'immeubles d'habitation pour les classes populaires à Brooklyn, et il a clairement fait de Donald son héritier, brisant et déshéritant en revanche le fils aîné, Fred Junior, un être charmeur, mais moins trempé et plus dilettante, qui avait eu le malheur de préférer être pilote de ligne que promoteur, et a fini par mourir d'alcoolisme. Cela a beaucoup marqué Donald qui a décidé qu'il ne se laisserait jamais dominer et ne montrerait jamais ses faiblesses contrairement à son frère. Fred Trump a élevé ses enfants dans la richesse - la famille vivait dans une grande maison à colonnades dans le quartier de Queens - mais aussi dans une éthique de dur labeur et de discipline, pas comme des gosses de riches, un modèle que Donald a d'ailleurs reproduit avec ses enfants. L'homme d'affaires raconte souvent que son paternel l‘a formé à «la survie», en lui recommandant d'«être un tueur» pour réussir.

 

  • On découvre en vous lisant qu'il existe depuis longtemps dans l'univers américain (succès de ses livres, téléréalité). Ses fans d'hier sont -ils ses électeurs d'aujourd'hui?

 

Savez-vous qu'à la fin des années 80, il fait déjà la couverture de Time Magazine comme l'homme le plus sexy d'Amérique ?

 

Les Américains connaissent Trump depuis le milieu des années 80, date à laquelle il a commencé à publier ses ouvrages à succès, tirés à des millions d'exemplaires, c'est-à-dire depuis 30 ans! «Le Donald» est un familier pour eux. Savez-vous qu'à la fin des années 80, il fait déjà la couverture de Time Magazine comme l'homme le plus sexy d'Amérique? A la même époque, il est cité dans des sondages comme l'une des personnes les plus populaires du pays, aux côtés des présidents toujours vivants, et du pape! Si on ajoute à cela, le gigantesque succès qu'il va avoir avec son émission de téléréalité L'Apprenti, qui à son zénith, a rassemblé près de 30 millions de téléspectateurs, on comprend l'énorme avantage de notoriété dont bénéficiait Trump sur la ligne de départ de la primaire républicaine.

 

- Tout au long de la campagne des primaires, beaucoup de commentateurs ont annoncé sa victoire comme impossible: comment expliquer cette erreur de jugement?

 

Si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d'endogame dans le royaume de Washington.

 

C'est vrai qu'à de rares exceptions près, les commentateurs n'ont pas vu venir le phénomène Trump, parce qu'il était «en dehors des clous», impensable selon leurs propres «grilles de lecture». Trop scandaleux et trop extrême, pensaient-ils. Il a fait exploser tant de codes en attaquant ses adversaires au-dessous de la ceinture et s'emparant de sujets largement tabous, qu'ils ont cru que «le grossier personnage» ne durerait pas! Ils se sont dit que quelqu'un qui se contredisait autant ou disait autant de contre-vérités, finirait par en subir les conséquences. Bref, ils ont vu en lui soit un clown soit un fasciste - sans réaliser que toutes les inexactitudes ou dérapages de Trump lui seraient pardonnés comme autant de péchés véniels, parce qu'il ose dire haut et fort ce que son électorat considère comme une vérité fondamentale: à savoir que l'Amérique doit faire respecter ses frontières parce qu'un pays sans frontières n'est plus un pays. Plus profondément, je pense que les élites des deux côtes ont raté le phénomène Trump (et le phénomène Sanders), parce qu'elles sont de plus en plus coupées du peuple et de ses préoccupations, qu'elles vivent entre elles, se cooptent entre elles, s'enrichissent entre elles, et défendent une version «du progrès» très post-moderne, détachée des préoccupations de nombreux Américains. Soyons clairs, si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d'endogame dans le royaume de Washington. Le peuple se sent hors-jeu.

 

  • Trump est l'homme du peuple contre les élites mais il vit comme un milliardaire. Comment parvient-il à dépasser cette contradiction criante?

 

Donal Trump fait de cette connaissance du système une force, en disant qu'il connaît si bien la manière dont les lobbys achètent les politiques qu'il est le seul à pouvoir à remédier à la chose.

 

C'est une vraie contradiction car Trump a profité abondamment du système qu'il dénonce. Il réussit à dépasser cette contradiction, parce qu'il ne le cache pas, au contraire: il fait de cette connaissance du système une force, en disant qu'il connaît si bien la manière dont les lobbys achètent les politiques qu'il est le seul à pouvoir à remédier à la chose. C'est évidemment un curieux argument, loin d'être totalement convaincant. Il me rappelle ce que faisaient certains oligarques russes, à l'époque Eltsine, quand ils se lançaient en politique et qu'ils disaient que personne ne pourrait les acheter puisqu'ils étaient riches! On a vu ce que cela a donné…Si les gens sont convaincus, c'est que Donald Trump sait connecter avec eux, leur faire comprendre qu'il est de leur côté. Ce statut de milliardaire du peuple est crédible parce qu'il ne s'est jamais senti membre de l'élite bien née, dont il aime se moquer en la taxant «d'élite du sperme chanceux». Cette dernière ne l'a d'ailleurs jamais vraiment accepté, lui le parvenu de Queens, venu de la banlieue, qui aime tout ce qui brille. Il ne faut pas oublier en revanche que Donald a grandi sur les chantiers de construction, où il accompagnait son père déjà tout petit, ce qui l'a mis au contact des classes populaires. Il parle exactement comme eux! Quand je me promenais à travers l'Amérique à la rencontre de ses électeurs, c'est toujours ce dont ils s'étonnaient. Ils disaient: «Donald parle comme nous, pense comme nous, est comme nous». Le fait qu'il soit riche, n'est pas un obstacle parce qu'on est en Amérique, pas en France. Les Américains aiment la richesse et le succès.

 

  • Alain Finkielkraut explique que Donald Trump est la Némésis (déesse de la vengeance) du politiquement correct? Le durcissement, notamment à l'université, du politiquement correct est-il la cause indirecte du succès de Trump?

 

L'un des atouts de Trump, c'est qu'il est politiquement incorrect dans un pays qui l'est devenu à l'excès.

 

Alain Finkelkraut a raison. L'un des atouts de Trump, pour ses partisans, c'est qu'il est politiquement incorrect dans un pays qui l'est devenu à l'excès. Sur l'islam radical (qu'Obama ne voulait même pas nommer comme une menace!), sur les maux de l'immigration illégale et maints autres sujets. Ses fans se disent notamment exaspérés par le tour pris par certains débats, comme celui sur les toilettes «neutres» que l'administration actuelle veut établir au nom du droit des «personnes au genre fluide» à «ne pas être offensés». Ils apprécient que Donald veuille rétablir l'expression de Joyeux Noël, de plus en plus bannie au profit de l'expression Joyeuses fêtes, au motif qu'il ne faut pas risquer de blesser certaines minorités religieuses non chrétiennes…Ils se demandent pourquoi les salles de classe des universités, lieu où la liberté d'expression est supposée sacro-sainte, sont désormais surveillées par une «police de la pensée» étudiante orwellienne, prête à demander des comptes aux professeurs chaque fois qu'un élève s'estime «offensé» dans son identité…Les fans de Trump sont exaspérés d'avoir vu le nom du club de football américain «Red Skins» soudainement banni du vocabulaire de plusieurs journaux, dont le Washington Post, (et remplacé par le mot R...avec trois points de suspension), au motif que certaines tribus indiennes jugeaient l'appellation raciste et insultante. (Le débat, qui avait mobilisé le Congrès, et l'administration Obama, a finalement été enterré après de longs mois, quand une enquête a révélé que l'écrasante majorité des tribus indiennes aimait finalement ce nom…). Dans ce contexte, Trump a été jugé «rafraîchissant» par ses soutiens, presque libérateur.

 

  • Le bouleversement qu'il incarne est-il, selon vous, circonstanciel et le fait de sa personnalité fantasque ou Trump cristallise-t-il un moment de basculement de l'histoire américaine?

 

Le phénomène Trump est la rencontre d'un homme hors normes et d'un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne.

 

Pour moi, le phénomène Trump est la rencontre d'un homme hors normes et d'un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne. C'est une lame de fond, anti globalisation et anti immigration illégale, qui traverse en réalité tout l'Occident. Trump surfe sur la même vague que les politiques britanniques qui ont soutenu le Brexit, ou que Marine Le Pen en France. La différence, c'est que Trump est une version américaine du phénomène, avec tout ce que cela implique de pragmatisme et d'attachement au capitalisme.

 

  • Sa ligne politique est-elle attrape-tout ou fondée sur une véritable vision politique?

 

Trump n'est pas un idéologue. Il a longtemps été démocrate avant d'être républicain et il transgresse les frontières politiques classiques des partis.

 

La suite ICI 

CHAP.17 extrait sec, « la vieille droite aux yeux crevés » disait Mauriac et une gauche aux pneus dégonflés… et Trump est arrivé…

Georges Ugeux : « c'est un drame »

 

Sur son blog, l'ancien vice-président de la Bourse de New York aujourd'hui banquier d'affaires, Georges Ugeux, disait que s'il avait voté Hillary Clinton, c'était surtout parce que « en aucun cas, je ne pourrais envisager de soutenir un candidat qui me révulse sur le plan moral, social et politique ». Aujourd'hui que la victoire de Donald Trump est acquise, on sent Georges Ugeux très préoccupé.

 

  • Comme la plupart d'entre nous, vous ne vous attendiez pas à un tel résultat ?

 

Non, je dois être honnête. C'est un drame. Je suis à la fois profondément déçu et extraordinairement inquiet.

 

  • Comment expliquer la victoire de Trump ?

 

Je ne comprends pas. C'est sans doute la conséquence d'un certain blocage des électeurs devant le politique. Ils n'ont pas voté pour Trump, mais pour ce qu'il représente, une opposition face à la politique traditionnelle et à une Hillary Clinton apparaissant comme membre d'une dynastie. Hillary Clinton a commis plusieurs erreurs. Une des plus importantes a été de s'adresser à 80% aux femmes, alors que le vote des femmes lui était acquis. Mais qui devait-elle convaincre ? Les maris, les fils, ... Et elle ne l'a pas fait. Trump a pu séduire de son côté tous les "laissés-pour-compte"... Mais avec un président républicain et un congrès républicain, ils se rendront compte de l'écart qu'il y a entre l'idéologie républicaine et leurs aspirations. Obama avait réussi à apporter une couverture de soin de santé à 22 millions d'Américains. Ce système risque d'être démantelé.

 

  • Les déclarations matamoresques de Donald Trump font peur, mais ne s'agissait-il pas d'une posture politique ? Ne va-t-il pas faire une courbe rentrante pour réconcilier le pays ?

 

Je crois qu'il en est incapable, à moins d'être aidé par un bon psychiatre. Il a essayé plusieurs fois, il n'a jamais tenu plus de 48 heures.

 

Mais il ne va pas gouverner tout seul. Il va y avoir une équipe autour de lui qui peut servir de modérateur...

 

Je ne crois pas, quand on voit qu'il s'entoure de personnes comme Rudi Giuliani (l'ancien maire de New York) ou Chris Christie (gouverneur du New Jersey). En outre, lors de la campagne beaucoup de gens lui avaient dit de changer de comportement. Il ne l'a pas fait, et il se trouve aujourd'hui conforté puisqu'il remporte la victoire. Une chose m'avait frappé au pan économique, il s'était entouré d'une équipe dans laquelle on ne retrouvait pas un seul économiste...

 

Personne n'avait attendu cette issue, pas même Wall Street qui s'apprête à faire le grand plongeon. Il va falloir réunir le pays...

 

Et l'on parle de la première puissance mondiale. Quelle va désormais être la place des Etats-Unis dans le monde ? Nous avions pris l'habitude de critiquer l'Oncle Sam, mais de continuer à faire appel à lui en Irak ou ailleurs. Aujourd'hui, nous ne savons plus quel type d'Oncle Sam nous aurons.

 

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « Je ne veux pas de l'Intérieur, je n'aime pas les flics. Pas la Justice. Je déteste les juges. » Juppé droit dans ses bottes.

Ma petite troupe est au complet dans la salle de réception de l’appartement que mes commanditaires ont mis à ma disposition. Ils sont guillerets, les commentaires vont bon train sur la soirée mémorable aux Climats. Daburon, qui s’est autoproclamé délégué syndical du groupe, profite de sa position pour jouer les chevaliers-servant auprès d’Émilie, qui  trouve ça très drôle et le mène par le bout du nez. Avant de donner mes instructions, je leur délivre mon analyse de la situation.

 

Nous sommes entrés dans le pot-au-noir, comme l’écrit le frère de Julien Clerc, Gérard Leclerc :

 

« … le ni-ni est partout, ce qui en dit long sur la morosité et désillusion ambiante. »

 

Ni Sarko, ni Hollande, le rejet est massif mais « … ces mêmes Français ne sont pas loin du "ni lui, ni un autre" quand ils répondent à une très forte majorité dans une enquête Odoxa que les autres candidats ne feraient guère mieux que le président sortant... »

 

Et Leclerc d’ajouter « Ce désengagement aurait-il déteint sur les politiques ? Emmanuel Macron se proclame "ni de droite ni de gauche", François Fillon ne veut ni de Sarkozy au nom "d'une autre éthique du pouvoir" ni d'Alain Juppé dont le projet est trop centriste. Cécile Duflot ne veut pas choisir entre les 2 candidats Verts qui l'ont éliminé. Et chez les socialistes, les "ni Hollande, ni Montebourg ni Valls" sont sans doute plus nombreux que les partisans de chacun de ces candidats potentiels. »

 

Et voilà que le Nicolas, jamais en reste d’un virage sur l’aile à 180°, renie son ni-ni, dont-il était le héraut : le « ni gauche ni FN » pour, la mort dans l’âme, sur les terres de Provence qui lui sont acquises,  avouer qu'il voterait, « pas de gaieté de cœur » certes, François Hollande si celui-ci se retrouvait au second tour face à Marine Le Pen.

 

Désemparé face à l'écart qui se creuse dans les sondages avec Alain Juppé, sondages dont il dit se foutre, il panique et s’aperçoit à force de mettre toujours plus vers la droite dure, il pousse la gauche modérée à aller voter pour le maire de Bordeaux et il hérisse l'électorat centriste et de droite modérée, nourrissant ainsi le « tout sauf Sarkozy ».

 

D'où son tête à queue, qui ne l'empêche pas de continuer à taper sur le « traitre » Bayrou et sur l'alternance molle et impuissante qu'incarnerait Alain Juppé.

 

Ce dernier, comme le père Hollande, s’est fait piéger par une journaliste, Anne Cabana.

 

Un Juppé conforme à son image : « Il aime aussi la contradiction, relève Anna Cabana dans son livre Un fantasme nommé Juppé (éd. Stock). « Dès qu'on me dit blanc, j'ai envie de dire noir. J'ai été de droite pour prouver qu'on pouvait être intelligent et de droite ! »

 

« Lors d'un déjeuner avec Nicolas Sarkozy, à la fin de l'été 2010, il est question de lui donner le ministère des Affaires étrangères. « Nicolas, je ne supporterai pas la cohabitation avec toi au Quai d'Orsay », répond-il au président de la République. « Je ne veux pas porter ton cartable. Et je ne veux pas d'un ministre de l'Afrique officieux nommé Claude Guéant. » Alain Juppé va jusqu'à dire qu'il pressent la défaite en 2012. « Plus largement, je ne suis pas sûr d'avoir envie de monter à bord du Titanic. Si tu te plantes à la présidentielle, j'aurais brûlé tous mes vaisseaux. »

 

« Fillon est un faux-jeton, mais il est sérieux. Borloo, lui, est incapable de tenir Matignon », explique-t-il à Anna Cabana. « Lui et moi, c'est l'eau et le feu. Je sais bien qu'avec son langage de marchand de frites, ou de merguez, il passe plutôt bien auprès des gens. Mais moi, je ne peux pas. »

 

Finalement à la Défense, Alain Juppé ne se privera pas de souligner qu'il lui en coûte parfois de travailler pour son meilleur ennemi. « Je suis dans une situation absolument déconcertante », avoue-t-il quelques semaines après sa prise de poste. « Depuis que je suis redevenu ministre, je passe mon temps à défendre Sarko. J'aime les défis ! ».

 

Mais, ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !

 

Duel Juppé-Sarkozy: gare aux ombres des sondages, rien n'est joué

 

« Alain Juppé va gagner. Il ne peut plus perdre. Nicolas Sarkozy va perdre. Il ne peut plus gagner. Jour après jour, la petite musique devient concert. Le duel entre l’ancien Premier ministre et l’ancien Président est joué. Plié. Terminé. Il n’y aura ni événement imprévu, et encore moins improbable, parce que les armes ont parlé. Et les armes, ce sont ces sondages qui, depuis deux semaines, rabâchent tous le même message : le roi est mort, vive le roi ! Après Sarkozy, Juppé.

 

Il est deux façons de lire ces enquêtes. La première, la plus facile, consiste à se contenter de constater le résultat de la mécanique des blocs en mouvement. Juppé monte, Sarkozy descend, Fillon se maintient, Le Maire glisse. Et la seconde, plus exigeante, dérangeante, et finalement plus intelligente, qui consiste à se pencher sur leur part d’ombre, afin d’en distinguer non l’apparente vérité, mais la vraie réalité. Quel mécanisme préside au mouvement dont on nous inflige le résultat comme certain ? Et ce mécanisme a-t-il été bien appréhendé ?

 

Dès lors que l’on s’élève son degré d’exigence dans la lecture des enquêtes en question, la perception de la victoire inéluctable d’Alain Juppé en sort très relativisée. Parce qu’en vérité, pour qui veut bien les lire de manière complète, y compris celles qui ne sont pas commentées des heures et des heures sur les chaines info, le sort de la Primaire ne parait pas aussi joué que certains le prétendent. »

 

La suite ICI 

 

Autre point d’importance, gagner la Présidentielle est une chose, se tailler une majorité pour gouverner en est une autre, Hollande en sait quelque chose lorsqu’il a dû laisser à la manœuvre Martine Aubry, Première Secrétaire du PS :

 

« Une fois devenu Président, François Hollande a bien tenté de reprendre le contrôle de son parti. Il aurait pu le faire par la bande en nommant son ex-rivale à Matignon. Il a préféré une solution moins risquée et sans doute plus raisonnable qui l’a toutefois obligé à patienter près de six mois avant qu’un compromis honorable permette l’exfiltration de Martine Aubry, lors du congrès de Toulouse en novembre 2012.

 

Mais sur le plan parlementaire, il était déjà trop tard. Au sein de la majorité à l’Assemblée, une fraction de députés socialistes et écolos, investis du temps de l’ancienne direction, avait déjà pris ses quartiers avec la ferme intention de défendre une ligne différente de celle esquissée au sommet de l’Etat par le Président et son Premier ministre.

 

Pour le dire autrement, le maintien des équilibres de pouvoir au sein du système socialiste, au lendemain de sa primaire, n’a pas empêché la victoire de son candidat mais il lui a lié les mains une fois devenu Président. C’est ce qui explique notamment que François Hollande n’ait pas pu sauver François Bayrou lors des législatives de juin 2017 alors que celui-ci avait été l’un des artisans de son élection. C’est ce qui explique aussi qu’après ce faux-pas initial, tout le reste de son quinquennat ait été pollué par une contestation interne qui, à l’Assemblée, n’est jamais allée jusqu’au point de rupture mais qui n’a cessé de freiner son action avant de la décrédibiliser, aux yeux de l’opinion. »

 

Comment Juppé veut mettre la main sur les Républicains

 

« Qui connait l’article 39 alinéa 4 des statuts des Républicains? Ceux qui l’ont rédigé, sans doute. Ceux qui l’ont soufflé parce qu’il les concerne au premier chef, plus sûrement encore. Mais il est peu probable que les grandes masses des militants et, avec eux, l’immense majorité des sympathisants qui iront voté fin novembre à la primaire en aient jamais entendu parler, fut-ce par ouï dire. Or cet article est essentiel pour la compréhension de la campagne – la vraie – qui s’ouvrira à droite dès que son champion aura été désigné. Il explique, au passage, les controverses à fleurets à peine mouchetés qui, ces derniers jours, ont agité la commission d’investiture des Républicains en vue des législatives de juin 2017.

 

Cet article 39 alinéa 4 précise que «lorsque le candidat à la présidence de la République est issu du mouvement, il propose au bureau politique les conditions dans lesquelles la direction du mouvement est assurée». Traduit en français ordinaire, cela signifie donc que le vainqueur de la primaire devient de ce seul fait le patron du parti. Pour être encore plus explicite, cela veut dire que si Alain Juppé, comme c’est désormais probable, est demain le candidat de la droite et du centre, la direction actuelle des Républicains, présidée par le très sarkozyste Laurent Wauquiez, devra lui remettre illico les clés de la boutique. Rien de moins! »

 

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Reste notre Hollande l’exécré qui, comme attendu s’est emparé de la commémoration du centenaire de la naissance de Mitterrand, l’a détournée même pour se livrer depuis le Louvre à un plaidoyer pro domo.

 

Qu’importe si le premier carré de la vieille garde de Tonton le conchie, tel Pierre Joxe, qui sur France Culture à son endroit:

 

« Si vous comptez sur moi pour commenter les propos de ce politicien...». Avant de jeter, cruel : «Je vous ai dit que je n’ai pas l’intention de vous parler de ce personnage que je n’ai jamais soutenu, que je n’ai jamais apprécié. Que je supporte parce qu’il est élu, comme beaucoup de Français. »

 

Pourquoi Hollande a tort de se comparer (en douce) à Mitterrand

 

« Dans l’art de la prosopopée en creux, François Hollande est passé maitre. Après Mauroy et Rocard, auxquels le président s’était identifié en creux dans les discours prononcés lors de leur disparition, est venu ce 26 octobre le tour de Mitterrand. Lui, c’est eux, et eux, c’est lui. Mitterrand, Rocard et Mauroy ont tous en eux quelque chose de François, et lui seul, au bout du chemin, incarne ce qu’ils ont tous été.

 

Donc, face à la famille mitterrandienne rassemblée pour l’occasion au Louvre, le président Hollande s’est une fois de plus abandonné à son péché mignon, dès lors qu’il lui faut célébrer les grands ancêtres. Cette fois-ci, le défi était encore plus grand, puisqu’il lui fallait évoquer la plus gigantesque des forces de l’esprit, François Mitterrand lui-même. D’instinct, avant même que d’écouter le discours, on pressentait que la prosopopée en creux serait de nouveau convoquée par François Hollande pour parle de lui à travers Mitterrand. On ne fut pas déçu. »

 

La suite ICI 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 08:00
"Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs"

"Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs"

« Va-t-il y aller ? »

 

Notre hôte, dont bien sûr pour l’heure je tairais le nom afin de ne pas compromettre notre mission, se contenta d’écouter sans participer à nos échanges ce qui frustra quelque peu mes troupiers. Daburon, furibard, ruminait son coup d’éclat en sirotant son marc de Bourgogne. Il attendait son heure. Elle vint, lorsque je m’apprêtais à me lever pour faire mon petit speech de fin de repas, sous la forme de cette brutale interrogation. Notre interlocuteur ne cilla même pas se contentant d’afficher un petit sourire qui en disait plus long qu’un long discours. Daburon en resta coi. Mes troupiers, eux aussi, restèrent interloqués face au mutisme de notre invité qui semblait plus intéressé par les beaux yeux d’Émilie que par nos interrogations sur les intentions du locataire du château. Pour reprendre la main sur mon équipe il fallait que je frappe un grand coup, quitte à mettre mon invité en situation difficile. Après tout c’est lui qui avait souhaité se joindre à nous.

 

J’attaquai sec : « La Seule question qui vaille à gauche : grand ou petit désastre?

 

Où en est l’offre officielle de la gauche pour la prochaine présidentielle ?

 

Je laisse de côté les seconds couteaux de la Primaire de la gauche, la ridicule Belle Alliance Populaire de Cambadélis le porteur d’eau gominé, Montebourg et Hamon, les autres sont là pour faire de la figuration, pour constater que  François Hollande veut être candidat coûte que coûte. Il en a encore les moyens, même s’il n’est plus loin du seuil de rupture. Ses amis les soutiennent comme la corde le pendu. Son intérêt personnel serait de se retirer. Il ne le fera pas sans passer par la case primaire, ce n’est que mon opinion.

 

Emmanuel Macron, est tout sauf con, il veut être candidat pour gagner mais il en a de moins en moins les moyens. Son intérêt personnel serait de négocier son retrait en bon ordre avec contrepartie à la clé. Mais il ne peut le faire sans décevoir ceux qui le portent, sans hérisser ceux qui le combattent et sans faire rire ceux qui l’observent. La logique veut donc qu’il aille jusqu’au bout même si cela doit le conduire droit dans un mur.

 

Jean-Luc Mélenchon veut être candidat. Il a la stratégie de son ambition. Il joue une partie qui n’est pas celle du scrutin où il compte de présenter. C’est là précisément sa force. Mais comme les écolos qui eux comptent pour du beurre, il peut être empêché.

 

Cette incertitude est, a priori, la seule qui demeure. Après le naufrage de Duflot, les Verts comptent encore plus pour du beurre car Jadot ou Rivasi ne sont là que pour le témoignage pas pour une réelle entrée en compétition.

 

Qu’est-ce que ça change?

 

Si la question est de savoir quelles chances a encore la gauche d’échapper au désastre, au fond, pas grand-chose. Et c’est bien là le problème. Grand désastre ou petit désastre, quelle importance d’ailleurs? Comme on dit aux échecs, au mieux, la gauche est pat.

 

Comme l’écrit ce vieux renard de Bazin :

 

« Toute autre candidature que celle de François Hollande provoquerait l’éclatement d’un parti dont le dernier trésor est un semblant d’unité, au bord du gouffre. Le Président est tellement faible, tellement promis à l’humiliation d’une défaire cuisante qu’il en est presque devenu pratique. C’est un non choix qui au fond arrange tous ceux qui craignent la clarification. En bonne logique, François Hollande devrait d’ailleurs être le seul à craindre de se représenter. Les autres, ceux qui bon gré mal gré finiront par le pousser en avant, peuvent déjà se préparer à expliquer, au lendemain du désastre, qu’il en a été le seul et unique responsable à force de trahisons et d’obstinations coupables.

 

Le choix de Manuel Valls ou d’Arnaud Montebourg, outre qu’il n’est pas guère plus performant, provoquerait en effet dans les rangs socialistes une dispersion qui ne ferait qu’ajouter la confusion à la crise et compliquerait d’autant plus, au lendemain de la présidentielle, les procès qui se profilent à l’horizon. Vu du PS et des intérêts bien compris de son réseau d’élus, un non choix restera toujours préférable à un non-sens.

 

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer Martine Aubry, incarnation parfaite du socialisme de la résignation. Tant que la maire de Lille continuera à se taire et donc à soutenir de facto la candidature de François Hollande, ce dernier pourra poursuivre son chemin de croix jusqu’au bout. Aux dernières nouvelles, rien n’indique qu’elle ait l’intention de changer de stratégie et de se mettre ainsi en situation soit d’y aller elle-même, soit de devoir choisir entre trois supplétifs – Manuel Valls, Arnaud Montebourg ou Emmanuel Macron – qu’elle déteste avec une égale férocité pour des raisons qui, pour une fois, sont aussi de fond. »

 

La gauche cumule donc tous les handicaps.  Que pèse-t-elle aujourd’hui ? Compactée environ 35% du corps électoral. Elle a vue pire me direz-vous, mais ce niveau reste celui de ses anciennes défaites. Mais le fait nouveau, par rapport au passé, c’est qu’elle est fragmentée par des courants rivaux qui ne se parlent plus et vivent dans l’espoir de se liquider les uns les autres tant ils sont devenus «irréconciliables». Enfin – et c’est sans doute le principal handicap – aucun de ses courants ne bénéficie aujourd’hui d’une dynamique suffisante pour imposer une forme de domination dans son camp.

 

Dans les sondages, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron font à peu près jeu égal. Tous les trois naviguent entre 10 et 15% au premier tour. C’est cette égalité dans la médiocrité qui les rend durablement impuissants. Au cours de la Cinquième République, la gauche a été éliminée à deux reprises du tour décisif de la présidentielle. Faut-il toutefois rappeler qu’en 1969, le communiste Jacques Duclos (21%) distançait largement le socialiste Gaston Defferre (5%) et que le 21 avril 2002, il y avait dix points d’écart entre Lionel Jospin et Noël Mamère, alors premier de ses concurrents. Sur de telles bases, la gauche avait pourtant mordu la poussière. Comment croire qu’il puisse en être autrement, en 2017, si aucun de ses prétendus champions ne parvient à imposer rapidement une forme de leadership, ne serait-ce que dans son propre camp?

 

Voilà l’état des lieux, il valide notre stratégie, et un autre vieux renard du marigot politique renforce ma détermination :

 

FOG - Le prochain président français sera élu le 27 novembre !

 

Quoi qu'en pensent certains, même si Alain Juppé a une confortable avance dans les sondages, Nicolas Sarkozy peut encore réussir à s'imposer.

 

« À moins de sept semaines du second tour, les jeux ne sont pas faits, loin de là, même si M. Juppé a plusieurs longueurs d'avance sur ses concurrents, notamment M. Sarkozy. Le maire de Bordeaux a déjà une tête, une démarche et une rhétorique de président. Pour parfaire le tout, il ne lui reste plus qu'à obtenir l'onction des bulletins de vote.

 

Son succès dans les études d'opinion en dit long sur l'état d'esprit des Français, angoissés par leur avenir et en semi-dépression nerveuse. En se tournant vers M. Juppé, ils semblent choisir l'expérience, le sérieux, le calme contre l'outrance, l'agitation, l'anathémisation. Plus M. Sarkozy se comporte comme un candidat dans un concours de farces et attrapes, plus il contribue à édifier la statue d'homme d'État au-dessus des partis du maire de Bordeaux.

 

La messe est-elle dite ? La politique est une science à peu près exacte qui s'apparente à celle de la tectonique des plaques : sous la surface des choses, il y a des mouvements de fond. Déçus par la droite puis par la gauche, les Français ne savent plus vers qui ni vers quoi se tourner. En se posant en rassembleur, M. Juppé s'est installé au coeur du courant porteur. S'il gagnait la primaire, on ne voit pas comment il pourrait perdre la présidentielle.

 

Derrière, les autres candidats rament. Dommage pour des personnalités aussi remarquables que François Fillon, la rockstar de la droite qui fait des cartons dans ses meetings et vient de publier un excellent livre sur le terrorisme (1). Sans oublier Bruno Le Maire ou Nathalie Kosciusko-Morizet. Tous contribuent à élever le niveau. Mais, à l'évidence, les Français ont une envie de Juppé (2).

 

Nicolas Sarkozy parviendra-t-il néanmoins à s'imposer ?

 

Même s'il dévisse, ce n'est pas encore impossible. D'abord, il tient l'appareil, ce qui permit naguère à M. Copé, son prédécesseur, de truquer honteusement, avec sa bénédiction, les élections internes du parti de droite pour éliminer M. Fillon : s'ils ne sont pas débordés par le flot des électeurs, les apparatchiks des Républicains ne seront-ils pas en mesure de contrôler les résultats ? Ensuite, ne reculant devant rien, M. Sarkozy propose un référendum par jour, voire une loi par seconde, et surfe sur la vague populiste délaissée par Marine Le Pen. Invitant les électeurs du Front national à voter à la primaire, il se « jean-marise », comme dit le père fondateur du FN, ce qui lui donne de l'air en lui ouvrant de nouvelles terres de conquête.

 

Enfin, même si son disque est quelque peu rayé, M. Sarkozy reste un excellent orateur quand on aime ce genre-là, celui de la fulmination. Devenu une sorte de Trump à la française, il rappelle ces chanteurs yéyé des années 1960 qui, tel Richard Anthony, adaptaient les tubes américains.

 

N'en déplaise à la bien-pensance, la nouvelle stratégie de M. Sarkozy peut gonfler ses voiles, qui, ces temps-ci, manquent cruellement de vent. Mais n'est-elle pas dangereuse à long terme ? Paradoxalement, plus elle le renforcera pour la primaire, si c'est le cas, plus elle attisera l'anti-sarkozysme pour la présidentielle, ruinant ses espérances pour 2017 dans l'hypothèse de moins en moins probable (mais toujours possible) où il serait désigné candidat de la droite et du centre le 27 novembre. MM. Bayrou ou Hollande retrouveraient alors toutes leurs chances.

 

L'ancien président vient sans doute d'inventer un nouveau jeu qui a quelque chose de pathétique : le « qui gagne-perd ».

 

Voilà, chers amis le meilleur carburant pour les mois qui viennent. Vous m’avez renouvelé votre confiance à l’unanimité même si je soupçonne Daburon d’une ferveur qui trouve sa source loin des enjeux politiques. Je vais lui offrir un vieux CD de Joe Dassin pour le récompenser. Nous pourrons ainsi reprendre en chœur … je vous laisse deviner.

 

Avant de nous séparer j’ai, avec l’accord de la patronne ici présente, décidé de vous offrir une coupe de son champagne préféré : Minéral 2009 de Pascal Agrapart. Pour ceux qui ont la permission de minuit, la nuit est à nous pour refaire le monde, du moins ce qu’il en reste.

 

Les fumeurs fumèrent dans le fumoir et moi j’attisai les ardeurs des encore lucides par une question provocatrice :

 

-    - Pourquoi un homme aussi brillant et ambitieux que François Mitterrand s'est-il entouré, après la Libération, de personnages sulfureux, mouillés dans la collaboration, au risque de compromettre définitivement sa carrière ?

 

Oui le futur président socialiste de la Ve République a même continué à fréquenter d'anciens responsables de la Cagoule, cette organisation criminelle et fascisante démantelée en 1938. François Gerber, auteur de Mitterrand, entre Cagoule et Francisque, peine à répondre à cette question (*).

 

Est-ce, tout simplement, parce que François Mitterrand éprouvait une réelle fascination pour René Bousquet, l'ancien secrétaire général de la police sous Vichy, impliqué dans la traque des juifs et des résistants, notamment dans la rafle du Vel' d'Hiv' ?

 

L'écrivain le dit clairement : contrairement à certaines légendes, François Mitterrand n'a jamais appartenu à la Cagoule. Contrairement à son ami d'enfance Jean-Marie Bouvyer, charentais comme lui, inculpé de complicité dans l'assassinat des frères Rosselli, des antifascistes italiens réfugiés en France. Jean-Marie Bouvyer a été recruté en 1941 par le Commissariat général aux questions juives. « En revanche, il est certain que le futur président, à partir de son retour en France en janvier 1942, évolue dans un milieu totalement infiltré par les cagoulards. » Et cela suppose « qu'il ait bénéficié d'un capital confiance qui n'était jamais spontané de la part de ces hommes rompus à la clandestinité », ajoute François Gerber, avocat pénaliste au barreau de Paris.

 

« Des fidélités assumées envers et contre tous »

 

Les connexions de François Mitterrand étudiant avec l'extrême droite avant-guerre sont connues du grand public, depuis l'ouvrage de Pierre Péan, Une jeunesse française, paru en 1994. Tout comme son passage à Vichy, si longtemps occulté. On savait également qu'il avait été embauché, peu après la Libération, par Eugène Schueller, patron de L'Oréal et ancien financier de la Cagoule, en tant que rédacteur en chef du magazine Votre beauté. En revanche, comment imaginer que ce jeune homme, qui aspire aux plus hautes fonctions de l'État, prenne des risques insensés pour s'entourer d'admirateurs du maréchal Pétain et de fanatiques de la collaboration avec l'Allemagne nazie ? Or François Mitterrand « assume des fidélités envers et contre tous ».

 

À commencer par le si mystérieux Jean-Paul Martin, haut fonctionnaire de Vichy dont le dossier d'épuration a curieusement « été égaré au cours de ces dernières années ». En septembre 1942, Jean-Paul Martin accepte de distribuer aux Allemands de vraies-fausses cartes d'identité françaises « pour dissimuler des espions à la solde du Reich en zone libre et débusquer les émetteurs radio clandestins qui transmettent régulièrement des messages vers Londres ». Directeur de cabinet de Bousquet, Jean-Paul Martin participe à la déportation des juifs étrangers au printemps et à l'été 1942, puis aux arrestations de juifs français, en zone occupée et en zone libre, au cours des années 1942-1943.   

 

Nommé ministre de l'Intérieur par Pierre Mendès France en 1954, François Mitterrand choisit Jean-Paul Martin, pourtant exclu de la fonction publique à la Libération, comme directeur adjoint de cabinet. Il sera même fait officier de la Légion d'honneur et commandeur de l'ordre national du mérite ! Présent lors de son enterrement, le président « veillera personnellement à ce que le drapeau tricolore couvre le cercueil ».

 

« Affront »

 

L'embauche de Jean-Paul Martin n'est pas une simple erreur de « casting ». François Mitterrand va aussi recruter Jacques Saunier, appelé par René Bousquet en 1942 à la sous-direction des Renseignements généraux. Ce collaborateur flirte avec les Brigades spéciales, responsables en 1943 de plus de 1 500 arrestations au sein de la résistance juive et communiste. François Mitterrand, sans sourciller, le nomme chargé de mission en qualité de sous-préfet hors classe.

 

Dans cette liste des proches collaborateurs du futur président de la République, citons encore Yves Cazeaux et Pierre Saury. Ce dernier, nommé commissaire par René Bousquet, était devenu intendant de police (l'équivalent du préfet) fin 1943 à Lyon. Révoqué de la fonction publique à la Libération, il est pourtant récupéré par François Mitterrand ministre. Ce dernier va même en faire son suppléant comme député dans la Nièvre en 1967.

 

« Le recours à l'équipe Bousquet, dans les années 1950, reste un affront pour la démocratie renaissante, une injure à la mémoire des déportés et des résistants, un pied de nez aux gaullistes.

 

Pour quelle raison profonde François Mitterrand s'embarrasse-t-il de ces individus ? François Mitterrand avait-il des convictions ? » s'interroge François Gerber, constatant que « François Mitterrand aurait pu choisir Jean Moulin pour modèle, il a préféré René Bousquet ».

(*) L'Archipel, 385 pages.

 

 

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec  « Il n'y a d'amour éternel que contrarié. Méfiez-vous d'un amour paisible où tout va bien ! Quand c'est difficile – quand c'est tout le temps difficile –, l'amour ne s'éteint pas. » Mitterrand

Étrange semaine où, sortant de mon indolence résignée, je me suis révolté, une révolte froide, sourde, intérieure, dont j’ai le secret. Je ne me laisserais pas faire. Je ne le laisserais pas faire. J’allais à nouveau me battre sur les deux fronts sans rien lâcher. Il y en allait de ma survie. Pour autant, il n’était pas question pour moi, sur le premier front d’avancer sabre au clair, je savais que nul ne peut lutter contre l’ironie du sort et, quoi que je pense, quoi que je fasse, le sable du temps, un jour, me séparerait d’elle sans que je puisse mettre mes pas dans une vie commune, l’aimer au jour le jour. Et pourtant, c’eut été possible si… je n’en démordais pas… conforté en cela par ce François de Jarnac.

 

Ariane Chemin, fine plume, fait le récit de cet amour fou«  Ce n'était pas le schéma qui était prévu. C'est une affaire qui m'a (…) dépassée », confie Anne. C’est ainsi que pour nous ce serait arrivé, tout aurait été balayé et… croyez-moi je ne rêve pas… Mais, si vous savez lire entre lignes, revenons à François :

   

« Jean Lacouture, le voisin de Gordes, a raconté que c'est à Anne Pingeot, et à elle seule, que le président avait confié le secret de son cancer, en décembre  1981. La scène s'est jouée rue Jacob. À la mort du président, la Mitterrandie s'était offusquée de la photo de l'homme politique volée sur son lit de mort. Pas Anne Pingeot. »

 

« Ma mère est l'héroïne d'un film que personne ne verra jamais » écrivait il y a dix ans encore Mazarine Pingeot. »

 

« Par délicatesse, le grand amour de François Mitterrand a attendu la mort de l'épouse, Danielle Mitterrand, pour la mise à nu de ses secrets d'alcôves. Les lettres sont publiées brutes, comme un marbre du Musée d'Orsay, sans préambule ni introduction de la conservatrice. Anne Pingeot reste l'absente-présente de ces deux livres, comme elle l'a été tout au long de la geste mitterrandienne.

 

« Ce n'est qu'à la mort de François Mitterrand, en janvier  1996, que le nom et le visage de cette femme brune à la peau claire s'étaient dévoilés au public au cimetière de Jarnac. Mal protégée par une voilette de dentelle noire, comme une héroïne de François Truffaut, la conservatrice avait offert ce maintien un peu bourgeois et raide que François Mitterrand appréciait tant et ses yeux rougis aux Français émus. Près de dix ans plus tard, Mazarine Pingeot avait brisé un second tabou. Les Français venaient d'apprendre, en suivant la chronique du procès des écoutes clandestines de l'Elysée, que François Mitterrand n'avait reculé devant rien pour préserver sa « seconde famille » ! La jeune agrégée de philosophie racontait dans Bouche cousue (Julliard) « l'autre vie » du président socialiste de la République, et on comprenait que c'était… la vraie.

 

Adieu les histoires et géographies officielles, place à d'autres, officieuses. La légende a longtemps raconté que le 10  mai 1981 de François Mitterrand s'était achevé rue de Bièvre devant une tasse de camomille ; en fait, le vainqueur était aussi passé à " Saint-Germain-des-Prés "– le nom de code utilisé pour désigner l'appartement d'Anne et de Mazarine Pingeot, rue Jacob, dans le 6e arrondissement de Paris, avant leur déménagement quai Branly, dans un appartement de fonction, juste au-dessous de celui de François de Grossouvre, un homme de confiance du nouveau président. Après Latché, la bergerie familiale des Landes si médiatisée lors de l'élection présidentielle de 1974, on découvre qu'un autre refuge à Gordes, dans le Luberon, abritait la maison du couple illégitime. Sans oublier, dès l'automne 1982, Souzy-la-Briche, près de Paris, une résidence de la présidence de la République dénichée par André Rousselet, que les paparazzis n'ont pas l'idée d'aller espionner et que « l'autre famille » occupe le week-end.

 

C'est à la fin des années 1950 que François Mitterrand a croisé au club-house du golf d'Hossegor, dans les Landes, la fille de son ami Pierre Pingeot, un industriel auvergnat, proche des Michelin, catholique et conservateur, qui préside l'Automobile Club et le Rotary de Clermont-Ferrand. Anne Pingeot a été élevée entre les cours à l'école privée et la messe à l'église catholique. L'hiver, en Auvergne, la jeune fille à la jupe plissée bleu marine semble comme échappée de Ma nuit chez Maud, le film d'Eric Rohmer. L'été, à Hossegor, elle abrite souvent ses robes longues d'une ombrelle. « Anne ressemble à ce qu'elle étudie », disait François Mitterrand en songeant sans doute aux figures impressionnistes de Caillebotte ou Monet. Il l'aperçoit quand elle a 14 ans, la remarque quand elle en a 18. Elle a 20 ans quand ils s'aiment, lui, 47.

 

«  Ce n'était pas le schéma qui était prévu. C'est une affaire qui m'a (…) dépassée », a raconté en 2015 Anne Pingeot à l'ancien correspondant de la BBC à Paris, Philip Short. Ses seules confidences à ce jour. " Je n'ai jamais connu personne d'autre. Ni avant ni après ", aurait-elle dit au journaliste britannique, qui le rapporte dans François Mitterrand, portrait d'un ambigu (Nouveau Monde éditions).

 

À cette « femme-fille-fleur-fruit-beau soleil », François Mitterrand dit son amour éternel, mais il refuse de divorcer : la morale bourgeoise et catholique de l'époque, a-t-on toujours expliqué. Ce n'est pas la version d'Anne Pingeot. « Il n'abandonnait jamais un choix. Danielle, c'est un choix qu'il avait fait », a confié la conservatrice. Au milieu de la correspondance publiée le 13  octobre chez Gallimard, on lit ce petit mot de Mitterrand, griffonné sur un bout de nappe en papier d'un bistrot, à l'été 1966 : « le péché commence au confort ».

 

 

8 avril 1964: «La blessure physique d'un arrachement»

 

Quand je vous ai prise dans mes bras, au moment de votre départ, c'était encore quelque chose d'autre que ce que ces six mois m'avaient apporté. J'étais si totalement joint à vous, si confondu en vous qu'à l'heure où je trace ces lignes, après une nuit, par un matin léger de Paris, face aux frondaisons du Luxembourg tandis que vous roulez vers l'Auvergne, je ressens encore la blessure physique d'un arrachement, lorsqu'il a fallu éloigner votre visage, se détacher de vous.

 

Je crois que vous me pardonnerez de vous le dire parce que je crois que vous le savez. (Envoyée le Mercredi 8 avril 1964)

 

29 avril 1964: Comment concilier vie politique et vie amoureuse

 

«Anne, à demain. Je serai à 20 heures rue Saint-Placide. D'ici là j'aurai, ce soir, une réunion de travail politique - demain matin, Assemblée ; et l'après-midi je me sentirais heureux de vous savoir toute proche.

 

Oui à demain donc. (Envoyée le jeudi 9 Avril 1964)

 

Anne, je pars dans une heure pour Londres et je dois passer auparavant quelques instants chez Defferre. Je ne vous écrirai donc qu'une lettre hâtive et qui exprimera fort mal ce qui me pousse à vous l'envoyer.

 

Mais voilà: je ne peux pas attendre pour vous dire, vous redire, que triste ou heureux mon cœur est plein de vous. Je m'émerveille du don qui m'a été fait, de ces mois si riches, de votre présence sensible et tendre qui m'a apporté toute la délicatesse du monde.

 

Mais chaque fois que je vois clairement que ce qui nous unit est pour vous source d'angoisse et de déchirement j'ai mal moi-même. Il me semble que je manque encore du courage qu'il me faudrait pour dominer la violence de la joie ou de la peine qui s'emparent de moi dès qu'il s'agit de vous. Je vous aime et ne puis désaimer et ne puis me défaire du bonheur d'aimer, de l'espoir d'aimer.

 

J'ai trop vécu pour ignorer la qualité, la vérité rares, oui, mon Anne, tellement rares de notre accord. Oui le vent s'est levé et mon ciel, traversé de vents contraires et de tempêtes, ressemble à celui d'hier quand le soleil du soir l'emporte et nous offre sa pureté poignante et souveraine. Le vent s'est levé sur ma vie.

 

Et vous êtes là, devant moi, mon île, ma terre, mon bien, mon port, ma paix - et dans le moment même où je trace ces mots je sais et je comprends tout de vous qu'habite une grande exigence. Ah! comment démêler ces contradictions!»

 

28 mars 1974: Quelques jours avant l'élection présidentielle de 1974

 

«Anne chérie,

 

Je t'écris de chez les Destouesse. Cela sent la cire. Le soleil passe en biais par les fenêtres. Un peu de poussière joue dedans. J'entends les oiseaux. Nous avons Michel et moi couru les chemins de sable, longé le courant d'Huchet, dans le silence des arbres et des poissons. Les ajoncs sont fleuris. Jaune d'or comme au temps de nos promenades… pascales. On a roulé un peu au hasard, pour voir des maisons et des clairières. Il est 16h45. Je poserai ma lettre au retour à la poste de Vieux-Boucau.

 

Si tu viens dans quinze jours nous ferons de belles balades. L'air est eau fraîche. On y boit. Je ferai un peu de bicyclette avant la nuit. Pour me dérouiller les muscles. Et respirer, respirer. J'avance dans Joseph le nourricier de Thomas Mann, dernier des quatre volumes de Joseph et ses frères.

 

Je pense à demain soir, à toi, à notre voyage du lendemain, aux odeurs qui nous attendent. T'écrire il y a beau temps que j'en avais perdu l'habitude. Je voudrais t'embrasser à petites lapées. Tu es mon oiseau chaud et doux de la nuit.

 

Je t'aime.»

 

La dernière lettre: Belle-Ile, le 22 septembre 1995

 

«Ce sera ma dernière lettre de Belle-Ile puisque je pars demain matin pour Paris. Les conditions en sont encore incertaines car il y a une forte brume et le petit avion monomoteur n'est pas sûr de pouvoir décoller à l'heure dite. Je ne sais donc quand j'arriverai. En tout cas je serai à Paris avant l'heure du dîner et mon plus cher désir est de partager ma soirée avec toi. On pourrait aller au restaurant ce que t'éviterait toute cuisine. Sinon on resterait à Le-Play et j'espère que j'aurai obtenu d'ici là une copie de La Rivière Espérance. Tu vois que je raisonne comme si tu avais envie de me retrouver! Moi, j'aimerais tant.

 

J'ai encore eu Mazarine au téléphone, qui s'escrimait à la machine. Quelle bonne idée! Elle a été charmante comme elle sait l'être. Quel cadeau tu m'as fait.

 

Ici je suis un peu en veilleuse. Le bras un peu souffrant et les forces qui se baladent je ne sais où mais qui ont délaissé mon corps. On verra bien. L'air est bon, peut-être réparateur. J'ai devant moi la mer qui se confond avec les rochers. Pas de vent. Rien ne bouge.

 

Ça me rend bizarre de ne pas te téléphoner. J'aime ta voix même quand elle se fait sévère. Tu as dû beaucoup travailler. Comment te retrouverai-je. J'avance tout doucement dans mes corrections. 150 pages. Manquent les idées générales. Il faut que je les insère dans le récit trop factuel en linéaire.

 

Dans les Pensées j'ai noté celle-là: «Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux de n'y point penser.» Ou: «Quelle chimère est-ce donc que l'homme? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige? Juge de toutes choses, imbéciles, ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d'incertitudes et d'erreur, gloire et rebut de l'univers qui démêlera cet embrouillement?» Oui, tout est embrouillement. Je vois dans ma vie une clarté. Hors de toi tout s'obscurcit.

 

Et voilà que je ne sais plus quoi faire de moi, mon temps fini. Une vraie conjuration! Mais je sortirai de ce bizarre état, ridicule et pittoresque. C'est déjà si difficile de connaître l'usage qu'on doit faire de sa vie! Le reste est plus simple puisqu'il suffit de décider.

 

Mon bonheur est de penser à toi et de t'aimer.

 

Tu m'as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t'aimer davantage?»

 

Un large et quasi infranchissable fossé me sépare de ce type  que je n’ai jamais aimé, que j’ai un temps combattu avant de devoir me mettre à son service, mais, comme lui, j’aime l’amour par-dessus tout.

 

 

Du côté du second front, face à l’offensive du revenant et de ses séides pour dissuader les électeurs, ayant plutôt le cœur à gauche, de se déplacer pour aller voter à la Primaire de la droite et du centre, en les accusant de se parjurer, j’ai décidé de réanimer ma cellule opération Chartrons afin de les pilonner sans relâche avec deux arguments canons :

 

  • Nous sommes-nous parjurés en allant un beau dimanche voter pour Jacques Chirac pour faire barrage au père ?
  •  
  • Nous parjurerons-nous si, par malheur, nous devions à nouveau le faire au profit du « Nain », comme le nomme Chirac, afin de faire barrage à la fille ?
  •  

Nous ne prendrons pas ce risque en allant déposer un bulletin dans une urne pour l’éliminer, le jeter une nouvelle et dernière fois dans un oubli à la Giscard. C’est notre droit et nous l’exercerons le front haut car nous ferons œuvre de salubrité publique. Comme ça Nicolas pourra s'occupé  de Carla et de Giulia, pas sûr que la première supporte cette situation très longtemps... 

 

« Qu'il raconte une partie de golf, une promenade en forêt ou un rassemblement politique, qu'il associe à son texte une coupure de presse, une reproduction de tableau ou un ticket de cinéma, l'essentiel est toujours ailleurs, dans l'interminable dédicace qui permet de subvertir l'imposture du monde en célébrant la vérité de l'être aimé. Page après page, le réel de l'amant se trouve donc filtré par l'adoration : tout renvoie à Anne, à tel souvenir commun, à telle lecture partagée. Tout est coïncidence. Complicité. Ici, la littérature compte. Incarnation d'une époque où l'homme politique était aussi un homme de lettres, Mitterrand offre à celle qu'il aime un univers peuplé de poèmes et de romans (Aragon, Dostoïevski, Semprun...). Mais l'art importe encore plus, car Mitterrand partage cette passion avec Anne Pingeot, future conservatrice de musée qui jouera un rôle-clé dans le rapport du président socialiste à la -culture –  le Musée d'Orsay lui devrait de nombreuses collections et le Louvre sa Pyramide. « Ce Christ d'Holbein je scrute son  message, note Mitterrand le 26  juillet 1964, en marge d'une reproduction collée sur le papier. L'amour de toi m'occupe tant que me voici semblable à lui – nu devant une vérité que j'ignore. »

 

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