Vin & Cie, en bonne compagnie et en toute liberté ...

Extension du domaine du vin ...
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, sur cet espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que c'est autour de la Table où l'on partage le pain, le vin et le reste pour " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes ... "
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Mémé Marie, pour une fois pas très charitable, disait souvent que madame Patry, la femme du charcutier de la place des Halles, était très commerçante, sous-entendu elle était bien avec tout le monde, alors que madame Morineau, la femme du concurrent, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, elle ne l’était pas.

Le bon commerçant d’autrefois, je parle ici du détaillant, ne faisait pas de politique, il opinait à tout ce que racontait ses clients dans la boutique, « et sera tout madame Michu, bon poids… », sourire incorporé et pas question de dire du mal de qui que ce soit.
Ça a commencé à changer avec Pierre Poujade puis ça s’est amplifié avec Gérard Nicoud, la défense du petit commerce contre l’ogre des grandes surfaces a eu ses heures chaudes. Mais, comme les BOF, et les épiciers en général, n’avaient pas tous laissé un souvenir impérissable au temps du rationnement et du marché noir, le soutien populaire n’a jamais été vraiment au rendez-vous.
La génération caddie n’a pas versé beaucoup de larmes pour le petit commerce sauf pour râler lorsqu’il lui fallait acheter deux ou trois choses à l’improviste au plus près de chez soi et que c’était morne plaine et portes closes. Les ruraux ont été les plus radicaux, les plus addict de la GD, plus de boulanger, d’épicier, de boucher, tout en bagnole sur les parkings bitumés. Du côté de Paris, notre ancien maire nous a épargné l’invasion mais il a fallu tout de même que ce soient des gars d’au-delà de la Méditerranée ou de la lointaine Asie qui sauvent nos épiceries.
La proximité refait un retour en force et les grands épiciers se battent comme des chiffonniers pour faire le trottoir.
Et le caviste dans tout ça ?
C’est une profession qui n’existait pas dans nos campagnes et qui, en ville, se cantonnait plutôt dans les vins fins comme Nicolas (même si celui-ci vendait beaucoup de vin en litres 6 étoiles). Le jaja de tous les jours s’achetait chez l’épicier. L’extension de la profession a suivi l’évolution de la consommation : le vin quotidien boisson a laissé la place au vin pour des occasions de consommation estampillé AOC, le marché s’est rétracté et pourtant les cavistes se sont multipliés tout comme les vignerons indépendants. Donc les vocations fleurissent, ça pousse un peu partout, sans pour autant booster la part de marché des cavistes.
Mais, dans le paysage du commerce de détail du vin, la grande novation du XXIe siècle c’est l’éclosion d’un nouveau profil de caviste : le caviste militant qui fait du prosélytisme, défend de justes causes, s’engage pour ses vignerons, organise des dégustations, ferraille sur Face de Bouc : nature or not nature, blogue, prend son métier de prescripteur très à cœur.
Qui s’en plaindra ?
Surtout pas moi, bien sûr, même si le côté entre soi des débats sur Face de bouc ou sur les blogs limite grandement l’extension du domaine du vin, du bon bien sûr. Pour preuve, le spectacle des jeunes qui pique-niquaient un soir sur le bord du bassin de la Villette que j’ai observé et qui ne consommaient de vraies horreurs (je ne parle pas ici de Coca-Cola mais de vin). Le mieux est souvent l’ennemi du bien et la militance n’est pas une arme très efficace pour amener des jeunes ignorants au vin. Le vin d’initiation, à prix doux, devrait aussi faire partie de l’offre de nos cavistes qui veulent changer le monde. Le récent empaillage à propos du Tariquet est significatif d’une appréhension fausse de ce que sont la grande majorité des néo-consommateurs.
En effet, même s’il est mal porté de parler de chiffres, la production tout comme le marché de ces vins eux aussi militants restent étroit, limité à une clientèle où voisinent certes des acheteurs à fort pouvoir d’achat, les fameux bobos cher à Pousson, mais aussi des jeunes qui tirent le diable par la queue. Face aux rouleaux compresseurs de la GD, des chaînes de cavistes type Nicolas, Le Repaire de Bacchus…, des salons de tout acabit, des systèmes de vente par abonnement où il n’est pas certain que les vignerons tirent un réel profit, de l’Internet, la bataille est et sera rude et, tout comme les libraires indépendants, nos amis les cavistes militants, qui ne vivent pas de l’air du temps, ne peuvent esquiver le débat de la fourchette de leurs prix et de la largeur et de la variété de leur offre.
Il en va de leur pérennité.
En annexe : transmis par mon ami caviste du Lieu du Vin Philippe Cuq...
Charte des Cavistes Alternatifs
Nous, cavistes alternatifs, commerçants indépendants, avons choisi ce métier par passion d'un produit, le vin, dans le but de partager cette passion.
Le vin est pour nous plus qu'une boisson : un produit culturel, fruit d'une activité humaine, dont la finalité est d’être bu, partagé et d'apporter du plaisir.
Nous sommes des hédonistes.
Tout au long de l'année, nous fréquentons des vignerons artisans qui interprètent leur terroir grâce à leur travail, dans le respect du végétal et sans artifice œnologique. Des vins ayant le caractère de leur terroir et la personnalité de leur vigneron.
Tout au long de l'année, nous organisons rencontres et dégustations. Nous fabriquons du lien. Nous nous impliquons dans le local.
Si nous accordons de l’importance à la diversité dans le vignoble, gage d’une production non standardisée, nous sommes également garants d’une distribution originale : chaque caviste alternatif possède sa personnalité, ses choix en découlent, toujours dans l’esprit de vous proposer des vins authentiques, qu’il aime personnellement.
Parce que nous sommes concernés par la sauvegarde de l’environnement, la santé de ceux qui travaillent dans le vignoble et la santé de ceux qui boivent nos vins, nous nous engageons à mettre en avant des vins travaillés en bio, biodynamie ou « nature » et à nous s’assurer que ces vins sont élaborés avec le moins d’intrants possibles.
Notre démarche ne s’arrête pas aux différents labels – ceux-ci n’ont jamais garanti la qualité intrinsèque d’un vin – et notre objectif est de vous offrir un choix diversifié de vins, hors des sentiers battus, que nous avons choisi parce que nous les aimons.
Cette vision de notre métier nous conduit à dénicher des vignerons talentueux, qui partagent la même éthique, les mêmes convictions dans un partenariat militant qui dépasse les simples liens commerciaux. Nous nous assurons, au sein de ce partenariat qui mise sur la cohérence, de vous proposer un prix honnête pour un vin payé à son juste prix au vigneron
Dans la langue de bois dur des sportifs un mot imagé revient en boucle : la pression, mettre la pression sur, résister à la pression. Dans le cas d’Isabelle Saporta il est très pertinent. Son livre VinoBusiness a déchaîné l’ire du « je suis partout mais je n’y fais rien », l’omniprésent Hubert de Boüard de Laforest. Avant même sa parution, les menaces ont plu sur l’éditeur, puis les affidés du « Sarkozy des vignes », avec en première ligne son petit bedeau mesquin cire-pompe, ont déposé leurs fientes fielleuses sur Face de Bouc et ailleurs.
Rien n’y fit, alors le « J3M des vignes » botté et nœud papillonné a déclenché l’artillerie lourde : plainte contre l’auteur et son éditeur puis lobbying d’enfer, via l’inoxydable Stéphane Fouks, pour empêcher la sortie du film sur France 3.
Là encore, la politique de la canonnière du sémillant Hubert a fait un bide : la programmation du film en ce mois de septembre sur France 3 en est la preuve. Bien évidemment, son petit roquet a cru bon de lever à nouveau la patte sur les murs de Face de Bouc pour rappeler à son maître que ses petits sucres seront toujours les bienvenus à l’heure des étrennes.
Le bon peuple de France va donc pouvoir visionner ce que notre Hubert de Laforest voulait censurer et c’est heureux.
Isabelle Saporta a beaucoup travaillé, écouté, le ton du commentaire est apaisé, les images parlent d’elle-même : ses interlocuteurs apparaissent décontractés, heureux même d’être face à la caméra, y compris ce cher Hubert, elle ne les cuisine pas, elle leur pose simplement des questions et à aucun moment ils n’apparaissent piégés. Alors, pourquoi donc tout ce tintouin, ces menaces, cette pression ? Tout simplement parce le connétable de Saint-Emilion et des environs pensait faire de la communication, c’est-à-dire donner de lui la belle image d’un homme dévoué à la cause du vin, à sa marque et au bien de ses concitoyens.
Caramba c’est raté !
Tant mieux, c’est du travail de journaliste indépendant. Bien sûr les spécialistes du vin ergoteront à propos de certains points mais je me permets de souligner qu’Isabelle Saporta apporte dans son film un regard extérieur, qu’elle traduit bien l’image que donne ce petit monde du vin bordelais tourné sur lui-même, nombriliste. De plus, comme vous pouvez vous en douter, étant donné la pression exercée, le contentieux en cours sur le classement, les services juridiques ont tout épluché. Ça arrondi les angles tout en empêchant la réalisatrice d’aller parfois jusqu’au bout de sa démonstration.
Qu’importe, le documentaire d’Isabelle Saporta est dédié au grand public d’une chaîne publique, nos petites histoires de spécialistes passeraient largement au-dessus des têtes. Apprendre à se mettre dans la peau de, sans pour autant verser dans le simplisme ou le sensationnalisme, est ce qu’a su faire, mieux que dans son livre, la réalisatrice.
Et puis, il est si rare que, sur un média grand public, la parole soit donnée à ceux qui ne l’ont ne voit jamais. Bien sûr ça déplaira à l’establishment bordelais et à la cotriade des dirigeants qui peuplent les syndicats mais je me permets de faire remarquer que leur stratégie d’évitement, leur incapacité à s’exprimer clairement sur les vrais sujets, ceux qui intéressent le populo, les pesticides par exemple, les décrédibilisent. Alors, eux qui ont toujours le mot terroir à la bouche, c’est bien mais ça implique qu’on le respecte ce terroir en se rappelant qu’il y a des hommes dans les vignes et autour.
L’enjeu du vin produit de culture et de civilisation, discours très en vogue, ne peut s’accommoder des petits arrangements entre soi, de l’omerta, du mépris de certains, au nom d’intérêts commerciaux parfois légitimes, pour les fantassins de la vigne, ceux qui, bien au-delà de l’image, ont fait la France des AOC. Bien plus que la Résistance à deux balles de Nossiter la prise de conscience par le plus grand nombre de vignerons que, ce que nous croyions être un modèle, est en train de se diluer, de disparaître et que ce ne sont pas les prétentions d’une poignée de propriétaires de « marques patrimoniales » qui permettront au vignoble français de mieux prendre sa place dans le monde mondialisé.
Ce n’est qu’un début qu’Isabelle Saporta continue le combat, que son travail d’investigation s’approfondisse pour que l’information glisse encore son grain de sel dans un océan de communication formaté. Qu’on soit critique sur son travail, sa manière de voir, d’expliquer, me paraît sain, normal dans un débat constructif, mais se contenter de tirer à boulets rouges sur elle, de la traîner dans la boue, relève d’un mépris et d’une suffisance inadmissible.
Moi qui rêve d’écrire un petit opus : « Je veux des paysans pour mes petits-enfants ! » loin du passéisme de la Terre qui meurt de René Bazin ou de celle qui ne ment pas du Maréchal cacochyme, je suis stupéfié par l’indécence de ces parvenus qui, tout en empochant l’héritage de ceux qui les ont précédés, se goinfrent tout en ayant l’impudence de nous donner des leçons, d’occuper des postes d’intérêt général.
Qui sème le mépris récolte la colère !
Et qu’on ne vienne pas me mettre dans les dents que je méprise la réussite, tout au long de ma vie j’ai soutenu les créateurs, les innovateurs, ceux qui font, pour avoir le droit de ne pas m’extasier sur celle de gens qui l’ont engrangée car elle leur est tombée dessus bien plus qu’ils ne l’ont provoquée.
Voilà, c’est dit, maintenant vous savez ce qui vous reste à faire le 15 septembre à 20h45 sur France 3 : vous asseoir un beau soir devant votre écran plat pour visionner le documentaire d'Isabelle Saporta. Ainsi vous pourrez vous faire votre opinion, vous vous poserez des questions et, croyez moi c’est bon pour la santé.Le film sera suivi d'un débat avec l'auteur.
Vous pouvez aussi vous offrir pendant ou après le film une belle bouteille du château Gombaude-Guillot, Dominique Tescher l’a bien mérité…


Santé et large soif !



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