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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 00:09

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En général, les économistes, qui sont très majoritairement des mâles, compensent leur peu de crédibilité auprès du petit peuple en adoptant un langage obscur, truffé d’anglicismes incompréhensibles, avec un sérieux inoxydable et un aplomb que rien ne semble pouvoir ébranler. Pas gai, gai, nos manieurs de PIB, nos pourfendeurs d’inflation, nos défenseurs de l’équilibre budgétaire, ce ne sont pas des chansonniers même s’ils brocardent très poliment les politiques qui sont, comme nous le savons, des paniers percés.


Par bonheur, dans  ce cercle d’austères, se glissent parfois, non pas des joyeux lurons, mais des savoureux. J’entends par là, des bons gars, dont on a envie de consommer la prose. Tel est le cas de Jean-Marc Daniel, prof d’économie à ESCP-Europe, chargé de cours à l’École des Mines et à l’ENSAE qui vient de commettre 8 leçons d’Histoire Économique chez Odile Jacob. Bien sûr vous allez me faire remarquer que c’est de l’Histoire pas la dissection au scalpel de modèles macro-économiques bourrés d’équations. J’en conviens mais c’est tout de même de la belle ouvrage dont ferait bien de s’inspirer les arpètes journalistes qui officient sur les chaînes télés dont le niveau est à la hauteur de leur dernier déjeuner de presse avec le ou la chargée de com. de qui vous voudrez.


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Doit être un bon prof ce Daniel, il a le style alerte, l’art de tirer le portrait à des gens connus comme à de sombres inconnus, et surtout au fil de ses références historiques de mettre en perspective la fiscalité, la création monétaire, le rôle des banques… Son éditeur, à juste titre, le souligne « Roboratif et salutaire. »


Comme j’ai toujours eu en sainte horreur les explications de texte je vais picorer quelques définitions, anecdotes dans les 8 leçons et retranscrirai la lettre d’Anne Robert Turgot, devenu en 1774 contrôleur général des Finances, au jeune roi Louis XVI (l’original de cette lettre a été racheté aux enchères en 2010 par le Ministère des Finances).


Le fiscus, en latin signifie panier, est né à Rome lorsque l’impôt intérieur de substitue  au butin extérieur. Selon la légende, Rome aurait donné le choix ses citoyens, lorsqu’une guerre se présentait : soit ils mettaient des ressources dans ce panier pour payer un soldat, soit ils s’engageaient dans l’armée où ils devaient arriver tout équipés. » Plus prosaïquement l’emploi du mot fiscus remonterait à Auguste qui « avait décidé de séparer les finances de Rome en tant qu’État de celles de l’empereur.  Le Trésor public, dénommé l’aerarium, faisait l’objet d’une gestion qui restait du ressort du Sénat. Quant à l’empereur, il avait un Trésor particulier que les Romains appelaient par dérision le fiscus car ce mot désignait un panier… percé ! (Le mot qui est directement issu de ce sens en français est la faisselle, petit panier à trous où l’on place un fromage.) Or le comportement des empereurs a vite donné à la population l’impression que ses versements en leur faveur se faisaient dans des paniers percés. »


La Bougette : tout par de Jean sans Terre, le frère de Richard Cœur de Lion, et fils d’Henri II Plantagenet et d’Aliénor d’Aquitaine, qui le 15 juin 1215, doit concéder à la noblesse anglaise la Magna Carta « par laquelle il garantit à son peuple certains droits et notamment celui pour ceux qui paient des impôts de désigner des représentants qui annonceront au roi, sur la base de la récolte, ce qu’ils peuvent lui payer. » Donc l’administration royale anglaise va être « contrainte de fournir une présentation la plus claire possible de la situation de la bourse royale (…) Or, dans le vieux français que parlent les fonctionnaires aquitains et angevins qui entourent le roi, une bourse se dit une bougette. C’est ainsi que le mot bougette, prononcé à l’anglaise, devient le « budget » Au départ c’est péjoratif, car l’usage des fonds publics par le roi n’est pas du goût du peuple mais le terme va entrer dans le langage courant de la Grande-Bretagne. « L’anglomanie qui règne dans la France du milieu du XVIIIe siècle répand ce mot dont plus personne ne se souvient alors qu’il est d’origine française. »


« L’argent n’a pas d’odeur » : c’est un coup de Vespasien, empereur roman au 1er siècle, qui a « institué le monopole de la collecte, puis de la commercialisation de l’urine. Celle-ci était utilisée comme détergent. Indignés de ce que l’État puisse renflouer ses caisses à partir d’un produit aussi vil, les sénateurs demandèrent des comptes à Vespasien qui répondit d’une formule aujourd’hui célébrissime : « pecunia non olet » (« l’argent n’a pas d’odeur »)

J’ai gardé les « hâteurs de rot » pour la bonne bouche car je trouve qu’il y a du Gégé dans cette appellation, plus sérieusement c’est un sujet qui est toujours d’actualité et ce ne sont les gros trucs comme la RGPP ou autre bouzins pilotés par des hauts-fonctionnaires qui vont faire maigrir les mammouths. Faut fâcher et nos décideurs n’aiment pas fâcher. Donc, Necker qui a les mêmes titres que Turgot mais est protestant et, « en 1776, un protestant ne peut être contrôleur général des Finances » prône l’économie budgétaire. Necker repère dans les emplois que compte la maison du roi « seize emplois de « hâteurs de rots »… En fait, personne ne sait quelle est leur fonction précise. Pour certains, ils sont chargés de taper dans le dos du roi, afin de faciliter sa digestion en « hâtant son rot » ; pour d’autres, ce sont des hâteurs de feu, afin d’améliorer la qualité  de cuisson des rôtis. Les partisans de cette seconde interprétation ont le bon goût pour eux, mais ils se heurtent au fait qu’il y a dans la liste des emplois de la maison du roi quinze emplois de galopins. De quoi s’agit-il ? Des jeunes gens qui, en cuisine, s’agitent et « galopent » d’un plat à l’autre pour renseigner les cuistots sur l’avancement de la cuisson des diverses composantes du repas royal. Ils surveillent donc la rôtisserie comme potentiellement les « hâteurs de rot. » La morale de l’histoire c’est que tout ce petit monde, qui a résisté, fait jouer ses relations, est toujours en place lorsque Necker jette l’éponge en 1781.


Le Programme de TURGOT


« Point de banqueroute ; Point d’augmentation d’impôts ; Point d’emprunts.


Point de banqueroute, ni avouée, ni masquée par des réductions forcées. Point d’augmentation d’impôts, la raison en est dans la situation de vos peuples, et encore plus dans le le cœur de votre Majesté. Point d’emprunts, parce que tout emprunt diminue toujours le revenu libre ; il nécessite au bout de quelque temps ou la banqueroute ou l’augmentation des impositions. Il ne faut en temps de paix se permettre d’emprunter que pour liquider les dettes anciennes, ou pour rembourser d’autres emprunts faits à un denier plus onéreux.


Pour remplir ces trois points, il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au-dessous de la recette, et assez au-dessous pour pouvoir économiser chaque année une vingtaine  de millions, afin de rembourser les dettes anciennes.


On demande sur quoi retrancher ; et chaque ordonnateur, dans sa partie, soutiendra que presque toutes les dépenses particulières sont indispensables. Ils peuvent dire de fort bonnes raisons; mais comme il n'y en a pas pour faire ce qui est impossible, il faut que toutes ces raisons cèdent à la nécessité absolue de l’économie. Il est donc de nécessité absolue que Votre majesté exige des ordonnateurs de toutes les parties qu’ils se concertent avec le ministre de la finance(…

)

Il faut, Sire, vous armer conter votre bonté de votre bonté même ; considérer d’où vous vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans, et comparer la misère de ceux auxquels on est quelquefois obligé de l’arracher par les exécutions les plus rigoureuses, à la situation des personnes qui ont le plus de titres pour obtenir vos libéralités. »


Pour conclure une formule de ALLAIS, pas Maurice le Nobel, Alphonse l’humoriste : « Demander plus à l’impôt et moins au contribuable »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

le taulier pour un anonyme trop connu 06/01/2013 10:34


« Le véritable intérest que sa Majesté prend pour le bien de ses peuples, consiste à sçavoir si les François et les estrangers enlèveront
universellement plus de vin en une année qu’en une autre, parce que c’est cela seul qui apporte le plus ou moins d’argent dans le royaume pour le bien et l’avantage de ses sujets ». Colbert,
Lettre à d’Aguessau, intendant à Bordeaux, 16 octobre 1670.


Bon dimanche

Alain Leygnier 06/01/2013 09:54


Deux livres décapants. "L'Europe mal traitée", Les économistes atterrés (Editions Les liens qui nous libèrent). "L'implosion du capitalisme contemporain", Samir Amin (Editions Delga). De quoi
affronter, l'esprit alerte, le bavardage des économistes de tout poil, qui agitent la supposée "science économique", à tout bout de plateau télévisé, mais sont incapables de prévoir les crises.

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