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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 00:02

C’est la belle Eva d’OENOS link qui m’a donné l’idée de cette chronique après avoir lu son message à propos d’un dîner avec Guillaume Nicolas-Brion du Morgon dans les veines link, Cyril Alonso et Florian Looze de P.U.R link « Ce soir, rendez-vous à 20h au Vieux Chêne, une autre adresse à côté du Paul Bert que j'aime bien, avec une belle carte des vins également (moins impressionnante que celle du Paul Bert). » Sitôt notée l’adresse je me suis dit dans ma petite Ford intérieure : « lorsqu’il prend l’envie à monsieur et madame tout le monde d’aller au restaurant quel est le poids, dans leur choix d’un restaurant, d’une belle carte des vins ? »

 

Première remarque : en toute logique lorsqu’on se rend au restaurant c’est de prime abord pour manger et non pour boire ce qui ne signifie pas bien sûr que l’on va manger sans boire. Souvent le choix du restaurant se fera sur la base d’une recommandation (le fameux bouche à oreille), la lecture d’un papier sur le resto, un guide ou le pur hasard lié à la proximité de là où l’on se trouve... Même dans la dernière hypothèse où l’on jette un coup d’œil sur la carte exposée à l’entrée, ce sont des critères de bien manger ou d’un supposé bon rapport dit qualité/prix qui emportent la décision. Je ne vais pas raffiner en envisageant qui décide : madame, monsieur ou les deux de concert. Donc, dans cette équation à plusieurs inconnues le vin semble être l’inconnu le plus transparent : il ne pèse pas très lourd dans le choix du restaurant.   

 

Deuxième remarque : eu égard à ce que je viens d’écrire ma question peut paraître idiote ou à tout le moins vide de sens. Pourquoi en effet poser une question qui débouche sur une réponse quasi-certaine. Je plaide non coupable car, en creux, ma question en implique une autre : les critiques, dit gastronomiques, les auteurs de guides papier ou sur le Net, de quelques poils qu’ils fussent, cherchent-ils à intéresser leurs lecteurs à la carte des vins ? En général, les informations sur elle sont succinctes et souvent dans la presse elles se résument à la seule bouteille bue par le critique. À leur décharge ceux-ci ont-ils les moyens ou se donnent-ils les moyens d’apprécier la qualité de la carte des vins du restaurant qu’ils vont tester ? Ma petite expérience, et des papiers que je lis dans la presse, du feuilletage des guides, mais aussi de la fréquentation de critiques ou de blogueurs gastronomiques, je ne le crois pas. La plupart d’entre eux se contentent d’apprécier vaguement la carte des vins sur le papier en fonction de leur goût personnel. Ceci écrit, même s’ils ne se décarcassent guère, pourquoi se fouleraient-ils à éplucher et à, éventuellement, tester la carte des vins puisque leurs lecteurs, ou tout du moins leur grande majorité, ne la placent pas en tête de leurs critères de choix. Attention, je rappelle que ma population cible c’est « monsieur et madame tout le monde qui décide de se payer un restaurant au sortir du cinéma ou pour n’importe qu’elle autre raison d’ailleurs... »

 

Troisième remarque : dans la mesure où l’on nous bassine en long en large et en travers sur le nécessaire accord mets-vins, j’aimerais bien que l’on m’expliquât ce qu’est au juste une belle carte des vins ? Attention, pas dans l’absolu mais dans son degré d’adéquation avec la cuisine servie. Et là c’est morne plaine. Rien ou pas grand-chose en dehors de gloses en général fumeuses ou bavardes sur le vigneron à la mode ou le dernier nectar du terroir où les raisins sont astiqués par des petites mains et où le jus a vécu sa vie sans nourrice. Moi j’aimerais bien que les « bouffeurs patentés » et les « dégustateurs du même acabit » se prennent un peu par la main pour, ensemble, vraiment s’attaquer à un travail de fond. C’est sans doute trop demander à ce petit monde mais, au moins, nos critiques feraient preuve alors d’une réelle utilité pour le bonheur de « monsieur et madame tout le monde » qui, si j’en crois les tirages maigrelets, ne lisent guère la RVF et ses jeunes consœurs.  

Conclusion provisoire : puisque tout le monde se fout, ou presque, du choix des vins de « monsieur et madame tout le monde » lorsqu’il leur prend l’envie à d’aller au restaurant, pas dans un grand bien sûr mais dans un truc où il y a des couverts, des assiettes, des verres et souvent des serviettes en papier, alors il ne faut pas s’étonner que « monsieur et madame tout le monde » boivent tout et n’importe quoi, cher et pas bon, parfois peu, et souvent rien c'est-à-dire pas de vin. Bien évidemment, ces « messieurs et madames tout le monde»  n’intéressent pas nos grands connaisseurs qui préfèrent aller prêcher aux convaincus, aux grands amateurs, au petit nombre. Ça ne les empêche pas pour autant de regretter vivement, avec de belles envolées éditoriales, des trémolos dans la voix, des mots durs pour les politiques, la baisse de la consommation du vin en notre doulce France. Mais comme ils ne sont pas à une contradiction près je vais encore me faire traiter par leurs séides de mauvais coucheur. Grand bien leur fasse mais leurs quolibets ou leurs sarcasmes ne m’empêcheront pas d’écrire et de souligner en rouge : qu’ils font bien peu pour l’extension du domaine du vin.

 

 

Nous les petits blogueurs méprisés, vilipendés, raillés par les maîtres du papier qui font des salons nous faisons ce que nous pouvons avec nos petits moyens et nos doigts pleins d'ampoules... Gloire à nous !

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

ltdc 05/05/2011 17:58



chère Nath


vous en avez rêvé je l'ai fait ...parce que l'avoir rêvé aussi


parler de l'homme et de la femme parfois qui a fait qu'un flacon choisi par vous (ou une tierce personne) va correspondre à votre envie de l'instant, ses choix de travail, sa vie ou une anecdote,
permet au futur consommateur d'entrer en contact avec le vigneron avant d'ouvrir son flacon ! et dans la plupart des cas, de dédramatiser le fait que "vous n'avez pas de ??? celui qu'on trouve
dans tous les autres restaurants !??



Michel SMITH 05/05/2011 14:05



pas le manager, cher squatteur, mais quel magnifique RP !



Luc Charlier 05/05/2011 13:34



@ Nathalie :


Quel post, Nathalie !


Long, beau, juste, intelligent, sensible.


Ton boss en a de la chance, d’être ton boss !


Il y a un hic : est-ce rentable ?


Moi, ce n’est pas ma première préoccupation et je pense que le nombre de ceux qui partagent cet avis est en train de grossir. Si c’est
vrai, nous aurons raison (We shall overcome some day) et le caviste, le sommelier, le vigneron (ou tout autre intervenant) pourront expliquer le vin qui va être bu (ou dégusté) et pas
seulement « vendre un col » ou, pire encore, « ouvrir une bouteille ».


J’ai opté pour une obturation à vis qui, contrairement à mes craintes, ne rencontre que très peu d’opposition réelle – je n’ai pas dit
« commentaires ». Mais deux réactions – l’une réticente, l’autre trop favorable – me hérissent. Il existe des « serveurs » (parfois il s’appellent sommeliers) qui pensent que
ne pas faire sauter (même en silence) un bouchon de liège diminue leur prestige. Il existe aussi des wine-barmen qui argumentent : « Super, on perd moins de temps avec chaque
bouteille ! ». Ils se trompent de métier.


J’admets que le vieux bouchon possède un côté romantique, tant qu’il se maintient en bon état. Mais qu’on m’explique la nostalgie du
vin bouchonné, éventé, hétérogène d’une bouteille à l’autre dans la même caisse ? C’est beaucoup plus important à mon avis que « l’argent perdu » à devoir remplacer les bouteilles,
même si je ne nie pas cet aspect dans mon argumentaire.


Je ne suis évidemment pas le manager du blog de Berthomeau, que je ne fais que squatter car on y rencontre ENORMEMENT d’intervenants
qui apportent quelque chose, mais, STP, Nathalie, visite-le souvent.



sylvie cadio 05/05/2011 13:15



Après avoir été traitée d'andouillette me voici rangée parmi les poujadistes. 'faut vraiment que j' vous aime - ou que je ne sois pas rancunière - ou les deux? - pour rev'nir :-)



Nath 05/05/2011 12:29



Bonjour,


J'ai toujours planché sur mes idées de créer une carte des vins, voire un livre de cave qui serait lisible d'une façon ludique et simple plutôt que les vulgaires listes auxquelles
je dois (bien malheureusement) me soumettre... Vrai, il est des vins tellement prolixes au contact des papilles (aussi aiguisées, connaisseuses quelles soient, ou pas !) qu'ils mériteraient
plus qu'un descriptif à l'instar d'une fiche anthropométrique !


Seulement, me faudrait des tableaux de la largeur et longueur des murs de la cave où j'officie... Le rêve ! Tapisser les mots tricotés qui raconteraient les quilles et les personnages qui sont au
dedans, leur histoire, leurs anecdotes, leur terre et la passion qui les lie !


Mon boss se fait une idée bien moins grande de ce que peut être le passage du relai entre les vignerons et les verres qui seront servis aux palais qui les dégusteront... Fort dommage !


Mes clients cependant, bénéficient du fait que je sais m'attarder auprès d'eux, s'ils le souhaitent, pour narrer ce que je crois bon de leur faire savoir, sans fioritures, loin des discours aussi
pompeux qu'insignifiants au commun des leveurs de coudes ! Là, le temps de la vendange et les preceptes du matelas de fortune apposé près des cuves tant la première fermentation rend inquiet et
jugera de la récolte sans autre forme de procès. Ici, le choix de reprendre ces parcelles abandonnées qui seront vouées à la construction si jamais personne ne s'en souciait... Mais il
s'agit de grenache gris, fleuron d'une région, qui passe inaperçu sur la grande échelle du marketing... Alors on s'y colle à plusieurs, pour financer l'achat et quand la première mise
frissonne d'aromes, on trinque les verres en saluant l'idée folle mais riche de sens finalement !


Bref, je parlerai de ces petits riens qui font les vins que j'aime à boire. J'aime autant que mes clients prennent conscience qu'au-delà des étiquettes, il y a aussi des
mains d'hommes et de femmes qui s'échinent à rendre le meilleur en n'usant pas d'artifices, en favorisant l'aide de la nature qui trahit rarement quand on lui fait confiance.


La carte des vins devrait être un livre qu'on prend le temps de feuilleter et d'explorer. Les choix se feraient judicieusement et en connaissance de cause, sans le jeu du marketing assommant d'un
sommelier, d'un patron, qui jugerait bon de guider nos pauvres papilles égarées...


Changer le vain en haut et rendre leurs lettres de noblesses aux artisans de la terre qui, en quelques gouttes, nous content tant de saveurs et nous donnent tant de plaisir !


Vous dites ?? Je serais utopiste ?? Assurément, mais j'ai pour fâcheuse habitude de poursuivre mes idées jusqu'à la lie et... tout faire pour qu'elles deviennent réelles ou s'en approchent ! A
coeur vaillant disait mon père...


Bonne journée !



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