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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 00:09

Si j’adoptais ce matin la grandiloquence qui m’est chère j’écrirais « Entre ici Luc Charlier... » pour que retentisse dans vos têtes le timbre vibrant et caverneux de Malraux. Non je me contenterais d’être plus familier en l’accueillant d’un « salut, cher lecteur... » qui, en l’occurrence, revêtira un double sens : comme chacun le sait maintenant, le sieur Charlier me lit et commente dans son style inimitable, donc pour moi c’est un lecteur, mais ce matin ce lecteur s’est mué en lecteur-chroniqueur-lecteur pour répondre au défi que je lui avais lancé un dimanche. Si vous ne m’avez pas bien suivi mes explications, peu importe, l’essentiel est ce qui suis où Luc, dit Léon, va vous donner envie de lire.  Miguel06Dans la première de ses « 8 petites études sur le désir de voir » chez Gallimard, Patrick Drevet écrit « Lire, je crois, c’est d’abord accueillir la solitude. On ne peut bien lire, et pleinement, que seul. En ce sens, il est vrai que la lecture comporte des prolongements dangereux, car la solitude qu’elle requiert peut virer à l’isolement : alors elle est le plus court chemin pour oublier le monde et pour se fuir soi-même... » Il note « la lecture nous retire de la vie active, du monde, du soleil... » et « les moments qui lui sont favorables correspondent aux heures où la frénésie de la vie entre dans une sorte de léthargie, où le monde ne nous entoure plus de sa palpitation régulière et tranquille... » Solitude, concentration, retrait, disponibilité, Drevet souligne « l’étrangeté de l’expérience du « lire » car en effet l’auteur, cet inconnu, s’adresse à nous et à nous seul. « On l’aime pour ce qu’il nous invite à voir, pour ce qu’il nous découvre de l’invisible, pour ce qu’il nous fait aimer. »

 

La plume est donc à Luc Charlier. Merci et bienvenu chez moi... 200px-MiguelStreet.jpg

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Je ne rédigerai plus de post compromettant sur des auteurs importants.

Je ne rédigerai plus de post compromettant sur des auteurs importants.

Je ne rédigerai plus de post compromettant sur des auteurs importants.

Je ne rédigerai plus de post compromettant sur des auteurs importants .....

 

Tout a commencé le 3 avril : il parlait du Renegades Steel band Orchestra ; moi, j’ai eu le malheur d’évoquer V.S. Naipaul. Et hop, en guise de punition : une chronique dominicale, une !

 

Plutôt que de résumer cet opus, une série de 17 short stories en fait – et j’en avais oublié quelques unes avec le temps – je vais tenter de vous donner envie de parcourir ses pages.

Miguel Street fut publié en 1959, c-à-d neuf ans seulement après que l’auteur eût quitté Port of Spain, où il est né de parents indiens en 1932.

 

- Que pensez-vous d’un menuisier qui tentera toute sa vie de fabriquer the thing without a name, « l’objet sans nom » et ne réalisera jamais rien? Pourtant, son enseigne mentionne bien « charpentier et fabricant de meubles », à ce Monsieur Popo.

- Ou encore : « Once upon a time, a boy and a girl met each other and they fell in love ... they were both poets ... One day, the girl poet said to the boy poet : “We are going to have another poet in the family ....”.

(Un jour, un garçon et une fille se rencontrèrent et tombèrent amoureux ... ils étaient tous deux poètes .... tout d’un coup, la fille poète dit au garçon poète : « On va bientôt avoir un autre petit poète dans la famille ...).

 

Et pourtant, tout cela, M. Wordsworth n’a fait que l’inventer. Les mangues, les prunes, les noix de coco peuvent en attester.

- Et comment ne pas craquer devant ce calypso :

« The more they try to do me bad

Is the better I live in Trinidad ...”

(Plus ils tentent de me maltraiter

Plus j’apprécie de vivre à Trinité ...)

- Ensuite, il y a Titus Hoyt, l’instit. qui garantit le succès de ses élèves à l’entrée à Cambridge (UK).

- Moi, j’ai un faible pour M. Bhakcu, le pauvre mari battu qui passe son temps à racheter de vieilles voitures (ou des moins vieilles), à les démonter dare-dare ... en attendant qu’un mécanicien professionnel ne viennent réparer les dégâts qu’il a causés.

- Et puis, la compagne d’Edward, qui n’enfantera qu’après l’avoir laissé pour un soldat américain. Ou encore cette mère de 8 enfants, qui conçut les six premiers avec six pères différents. Et Hat, qui a pris 4 ans sur l’île-prison de Carrera.

- Au bout du compte, le narrateur – personne ne croira que ce n’est pas Naipaul lui-même – quittera l’île, minuscule nain sur le tarmac surchauffé.

 

Vous l’avez compris, ce recueil retrace la vie banale de personnages pauvres et insignifiants, dans une rue minable de ce coin de Caraïbe au large des côtes vénézuéliennes. Mais le récit fait preuve de tant de chaleur, de compassion, et de tant de moquerie et de cynisme aussi, que l’insignifiance des acteurs fait place à leur grandeur : on se retrouve facilement en eux et ... on les envie un peu. Pourtant, les phrases sont simples, courtes et les qualificatifs communs, précis. L’un d’eux m’a interloqué : désuet sûrement, parlant à coup sûr, original sans doute : cantankerous, utilisé plutôt que quarrelsome.

 

Naipaul n’avait pas 30 ans. Il n’avait pas encore livré A House for Mr Biswa, The Middle Passage, etc ... et sa gloire n’était même pas naissante.

 

Avant de vous quitter, je vous propose un petit jeu. Combien de prix Nobel de littérature figurent-ils parmi les auteurs que vous possédez dans votre bibliothèque ? Je vais vous dédouaner : personnellement, c’est 22 seulement sur les 105 décernés (Mistral, Kippling, Maeterlinck, France, Shaw, Martin du Gard, Gide, Faulkner, Hemingway, Camus, Saint John Perse, Steinbeck, Sartre, Beckett, Neruda, Garcia Márquez, Mahfouz, Fo, Saramago, Lessing, Vargas Llosa) ! J’ai essayé Simon aussi, mais ai arrêté en chemin : totalement indigeste pour moi. Et pour parler vrai, Hugo Claus aurait dû être du nombre et j’ai TOUT lu et relu de lui.

On dit d’ailleurs que Bob Dylan aura plus de chance face au Jury Nobel ... mais Hugo Claus avait une plus belle voix !

Eh oui, même pas Mauriac, pas Coetzee, pas Soljenitsine, pas Pirandello, pas Bergson ...

Limité l’intello, non !

 

PS : à ma décharge, je n’aime pas trop lire des traductions, ce qui me handicape pour tous les Slaves, par exemple. Mahfouz est tellement sensationnel, et les traducteurs de la collection Babel si bons, qu’on passe par-dessus ce bémol. Pour les autres, j’achète le texte original, et une traduction française pour me dépatouiller en cas de besoin.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Denis Boireau 06/06/2011 12:06



Le conseil de Gaja ne vaut pas que pour les vignerons!



Luc Charlier 05/06/2011 10:06



Angelo ment une fois de plus : je n’ai jamais cassé de télévision !


.... ni butté d’adjoint au shériff non plus, d’ailleurs.



David Cobbold 05/06/2011 02:16



Formidable ce Luc (aka Léon). Il n'y a pas d'autre mot. Angelo Gaja a dit l'autre jour à une réunion de vignerons français à la qualle j'ai assisté: "mon premier conseil est de casser votre
poste de télévision et de vous mettre à lire". Charlier nous donne l'exemple.



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