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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 00:09

 

Pauvre concombre, malheureux membre de la famille des cucurbitacées, grand cornichon, déjà raillé dans les bandes dessinées, objet des quolibets des bouffeurs de nonnes, aujourd’hui cloué au pilori par des accusations teutonnes, tueur, assassin, qui vient de la saint glin-glin, cette lointaine Andalousie plastifiée. Pauvre de lui, même lavé de tout soupçon, il ne croupira pas en prison mais, par bennes entières, dans les décharges publiques. Le mal est fait. Encore une victime de la dictature de l’instantanéité : soupçonné t’es donc coupable. Au trou, panique, fuite des consommateurs, colère des producteurs, indemnités réclamées. Vive la société de l’irresponsabilité, du principe de précaution utilisé pour se dédouaner.

 

Les titres accrocheurs, racoleurs, amplifient la peur, les peurs. Même si le concombre est passé du statut de vecteur de la contamination à celui non-coupable, rien n’y fait : les images continuent de défiler, les titres de racoler. Et pourtant depuis l’origine de cette affaire c’est la bactérie qui tue et non ce malheureux concombre qui était soupçonné d’être contaminé. Celle-ci nous dit-on est d’un type très rare de la bactérie Escherichia coli entérohémorragique (Eceh), composé de deux germes distincts. C’est la première fois que cette souche quasi inconnue (E. coli O104) et que c’est la première fois qu’elle provoque une épidémie, dont on ignore toujours l’origine. « Sous sa forme non pathogène, la bactérie E. coli est présente dans le système digestif des êtres humains, sans poser le moindre problème. Mais la souche Eceh provoque des hémorragies du système digestif en produisant une toxine qui détruit les parois des vaisseaux sanguins. Dans les cas les plus graves, elle entraîne aussi des troubles rénaux (syndrome hémolytique et urémique, SHU). »

 

N’étant pas doté des compétences scientifiques, comme mon éminent commentateur Luc Charlier, je ne vais pas m’aventurer plus avant sur ce terrain mais simplement mettre l’accent sur la fluidité, la facilité de la circulation des biens et des personnes dans notre monde mondialisé. Les humains, les animaux vivants ou morts, les végétaux circulent en camions, trains, containers, avions, bateaux, à flux continu. C’est la base du commerce international qui, pour ces produits frais, privilégie la contre-saison et bien sûr les lieux où les coûts de production sont les plus bas. La fameuse traçabilité, née suite à l’ESB, ainsi que les normes et les contrôles sanitaires de plus en plus sophistiqués se révèlent impuissants face à l’immense brassage des produits. La vieille expression « chercher une aiguille dans une meule de foin » est revenue à plusieurs reprises dans la bouche des responsables sanitaires allemands. Oui, tous nos grands systèmes sophistiqués sont vulnérables, désarmés face soit à la négligence ou à l’imprévisibilité de certaines situations.

 

Opposer à ce grand brassage comme seul antidote aux risques sanitaires le retour de la proximité et à la saisonnalité est certes séduisant (voir ma chronique link) mais n’aborde pas la question par le bon bout. Quel est-il ce bout ? C’est l’acte d’achat expression de la demande, de la satisfaction d’un besoin, qui dépend, bien sûr, du pouvoir d’achat du consommateur mais aussi de ses arbitrages personnels à l’intérieur de ses dépenses. La Grande Distribution, le Hard-Discount sont l’expression la plus aboutie de l’ambivalence des consommateurs : selon l’expression coffienne chez Leader Price « manger bon pour pas cher. » Les grandes transhumances des produits animaux et végétaux frais sont la traduction des gestions centralisées de ce type de structures. Toute puissance des Centrales d’achat, rapport de forces inégal, zapping permanent des provenances, triomphe de l’apparence du produit sur ses qualités gustatives, perversion de la normalisation... j’en passe et des meilleures. L’inversion de la tendance, le retour à plus de proximité, à des systèmes de production plus respectueux de l’environnement, passe par une remise en avant de la valeur intrinsèque du produit.

 

Et c’est là que mon titre provocateur prend toute sa signification. Quitte à passer pour un provocateur j'affirme que perdure l’estomac du riche et l’estomac du pauvre. C’est manichéen, simpliste, réducteur, j’en conviens car dans nos sociétés développées la classe moyenne centrale ne peut s’appréhender ainsi. Cependant, il n’en reste pas moins vrai que les réponses préconisées à la malbouffe, à la consommation de masse, normalisée, désaisonnalisée, sont pour la plupart élitistes, inaccessibles à la grande majorité des consommateurs. La radicalité de certains débouche sur un apartheid alimentaire. On ne fait pas évoluer une société par oukases ou même par décret. Les virages pris à 180° ça n’existe pas ou lorsqu’on les prend sans précaution on se ramasse la gueule. Mais alors me direz-vous, quelle est le bon chemin qu’il faut emprunter ?

 

Pour faire simple je répondrai celui qu’a emprunté le Poulet de Loué (voir chronique link ) depuis des années. Créé en réaction au poulet aux hormones cher à Jean Ferrat il est une réponse qualitative de masse, un bon compromis goût/qualité/prix. Bien sûr ce brave poulet labellisé n’atteindra jamais les sommets de la Géline à pattes noires ou du Coucou de Rennes ou de la poule de Houdan ou de mon poulet du dimanche ( voir chronique link )ou bien sûr des must de Bresse mais pour moi il est une réponse efficace à la consommation de masse dont le porte-monnaie n’est pas extensible. Cette démarche, où le producteur tient sa place, où le transformateur joue son rôle, est une voie qui peut être suivie par d’autres. Elle n’est pas en concurrence avec les démarches bio ou artisanale. Pour moi elle tient le ventre du marché. Reste que nous importons de plus en plus de découpe de poulets d’Asie pour des préparations : le prix toujours le prix sauf qu’ici la valeur de la cuisse du poulet entre pour un % de plus en plus faible dans le prix final.

 

En bonus un extrait  de l’estomac du riche, l’estomac du pauvre, la ségrégation alimentaire tiré du livre de Florent Quellier La table des Français une histoire culturelle (XVe- début XIXe siècle) aux Presses Universitaires de Rennes pages 183-184. C’est lui qui m’a inspiré cette chronique.

 

« La diététique ancienne justifie cette ségrégation alimentaire en soulignant l’existence de deux types d’estomac, celui des gens d’étude ou du loisir – bourgeois, clerc, noble – et celui exerçant un métier physique, notamment les masses paysannes. Les premiers auraient un estomac délicat, ils doivent donc consommer des chairs subtiles : du pain blanc, du vin blanc, de la volaille. Au contraire l’homme de peine peut consommer des viandes grossières car l’activité professionnelle génèrerait une plus grande chaleur vitale. Endurci par le travail, l’estomac brûlerait mieux les ingrédients difficiles à digérer. Ainsi pour le médecin Nicolas Abraham de La Framboisière (1669) le pain noir de seigle est plus propre au paysan qu’au délicat citadin, et le Thrésor de santé (1607) déclare que le vin bien rouge « profite aux vignerons et aux laboureurs : car estant une fois digéré par la force de l’estomac et du travail, il donne plus ferme et plus copieux aliment et rend l’homme plus vigoureux à la besogne ». Du blanc ou noir,  de la subtile délicatesse à la grossièreté matérialité, s’inscrivent les codes alimentaires ségrégatifs. »

 

www.mangerbouger.fr

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

gus 05/06/2011 15:32



A propos de la régulation des naissances:


  Il faut toujours comparer notre bonne vieille terre à une cuve de vin en fermentation.Une cuve est un univers clos où l'on retrouve des levures,du sucre et de l'alcool.Au début,le sucre
des raisins se trouve à profusion dans ce milieu et les quelques levures présentes se mettent à le consommer; puis elles se multiplient en continuant à s'en" baffrer" de plus en plus tout en
"chiant" de l'alcool.La fermentation arrive à son apogée:c'est la grosse orgie, et les levures pensent que "l'étreinte glorieuse" durera "ad vitam eternam"(sais pas comment on fait le "e dans
l'a" ,T-I T-I-T-I-A...).Mais les richesses s'épuisent,le milieu s'appauvrit et les déchets (l'alcool)finissent par avoir raison de ces prétentieuse levures....
Remplaçons la cuve par notre vieille terre,le sucre par toutes les richesses que cette dernière  nous procure,les levures par les hommes et l'alcool par la pollution générée par toute
activité humaine et réflechissons....
Bon allez,plutôt que de broyer du noir,buvons du rouge avant que la ligature des sphincters nous soit imposée !!!



Mémé Cad 05/06/2011 13:14



Et les femmes qui sont bêtes elles font quoi?


Y en a plein... et il vaudrait mieux, peut-être qu'elles dorment seules



daniel chérel 05/06/2011 12:50



Luc, j'attendais ta réaction, elle ne s'est pas fait attendre, et qu'en termes aimables les choses sont dites. Ta réponse clarifie les choses. Oui, j'estime aussi que la régulation des naissances
 est indispensable ; la difficulté est de savoir comment s'y prendre : par ukase, à la chinoise : un enfant par couple sous peine de sanction, ou en faisant appel à la responsabilité
individuelle par l'usage de contraceptifs,  de la stérilisation,  de l'avortement. j'en passe. C'est la politique menée sur le plan international depuis des années et petit à petit
 des services de planification familiale se sont crées.Si mes sources sont bonnes il faudrait que 75% des femmes pratiquent la contraception  pour que l'ISF (indice synthétique de
fécondité descende à 2,1 enfant s nécessaire pour assurer le remplacement des générations. Dans les pays développés  l'ISF est souvent inférieur à 2,1  et dans les moins développés on
arrive à 7,3 ce qui fait beaucoup de bouches à nourrir. En résumé Luc  d'accord avec toi pour la planification régulation qui est indispensable ; pour moi : ll faut continuer  ce qui
est fait depuis des années  pour toi :  ?  . Enfin je persiste et signe :  les femmes sont enceintes et accouchent, les bêtes sont pleines et mettent bas........  
  



Luc Charlier 05/06/2011 12:04



Le concombre (suite).


Intéressant avis de votre Ministre de l’Agriculture qui pense que : « On a besoin d'une sécurité sanitaire totale. Elle a un
coût. Si on veut assurer la traçabilité des aliments, il faut des contrôles et un financement public pour cela" (je cite Le Point.fr). Une fois encore, la machine étatique française propose son
modèle éculé : des règles, des contrôles, des budgets publics.


La vraie réponse est : plus de biodiversité (nos tubes digestifs réagiront mieux), plus de consommation locale et surtout
BEAUCOUP MOINS de dispersion des produits.


Il y a toujours eu des « intoxications alimentaires » – comme on dit. Il y en aura toujours.


La seule chose à faire est de rendre les épidémies les plus petites possible. Ce n’est pas en stérilisant tout, en javellisant à qui
mieux mieux, en disséminant des antibiotiques qu’on évitera ce phénomène. La vraie solution réside une fois encore dans une ... marche arrière.


Il faut des exploitations agricoles plus petites, des rendements réduits et respecter les saisons.


Ce qui me surprend, c’est que la France aurait un intérêt concurrentiel net à adopter cette politique. Or, elle se rallie aux géants
de l’agro-alimentaire, partisans des fromages au lait pasteurisé, de l’élevage intensif, de la culture hors sol (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark et autres).


Si la comtesse se plaint qu’il y ait « trop peu de sites en Beauce », Léon déplore que la Beauce serve de modèle à
suivre.



Luc Charlier 04/06/2011 17:25



@ Daniel :


« Frappe sur le clavier dans ton pays de jambons,
Frappe sur le clavier, belliqueux  tabellion,
Et de ta plus belle écriture,
Note ce qu'il faudra qu'il advint de mes opinions,
Pour que tiennes et miennes soient à l’unisson,
et que nous évitions la rupture. »


 


Comme je le signalais, quand on rend publiques des vues claires
par des propos clairs, on s’expose au dissentiment de ceux qui, en toute bonne foi, ne les partagent pas. J’ai évoqué moi-même le caractère peut-être angélique de cet ESPOIR, mais les conditions
techniques sont à présent réunies pour le réaliser, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Quant à la liberté de choix, je la laisse plus que quiconque : j’ai bien précisé que
ceux qui décident de continuer à remplir ce globe ne s’exposent pas à mon courroux et nulle part je n’ai suggéré qu’il fallait les en empêcher par la contrainte. Mon arme a toujours été d’essayer
de convaincre. Je ne vois rien de chinois à cela. A chaque fois que je parle de redistribution, on me ressert l’exemple collectiviste russe, le livre rouge ou les kibboutzin. Personne ne peut me
montrer une seule ligne où j’écris que les modèles dits communistes sont encore à reproduire et je ne me réclame pas de cette obédience. Toutefois, la réalité imposera peut-être plus vite
qu’on ne le pense une diminution des bouches à nourrir (pour ne parler que de cela). Cette planète n’est pas capable de faire vivre décemment 10 milliards d’êtres. Et l’argument qu’on m’oppose
souvent – et en France plus qu’ailleurs : si ce ne sont pas des petits blancs, ce sera d’autres ethnies - ne tient pas debout. En outre, il est irrecevable pour un internationaliste – car cette
tendance-là, je la revendique haut et fort.


«  Continue à faire du bon vin et à ne pas t’occuper d’autre
chose ... », l’équivalent du « Sois belle et tais-toi », tout flatteur qu’il est pour son premier terme, ne survit pas à un examen attentif. Ce blog permet à des gens d’horizons
divers, et de compétence diverse, d’échanger des idées parfois, des opinions souvent, des convictions presque toujours. J’ai déjà expliqué ne pas avoir d’avis sur de nombreux sujets, car je n’y
possède pas assez de clairvoyance. Quand j’exprime un avis par contre, c’est presque toujours après réflexion, pas « à pouf » et je pense alors avoir raison et tente bien évidemment de
rallier les gens à mes vues. Je peux me tromper, et l’admets de très bonne grâce une fois que l’on me l’a montré.


Ici, Monsieur le Tarnais, superbe région d’agriculture à taille
humaine (j’étais à Gaillac puis à Réalmont hier), il existe pas mal d’évidence que les techniques agricoles (au sens large), et le BTP, et notre système de santé puissent garantir tout ce que
j’envisage à TOUS les citoyens du monde qui le souhaitent, au prix bien sûr de la confiscation du surplus (limite à définir, je l’admets) chez un
petit nombre. Mais cette « REALUTOPIE » (le néologisme est de mon fait) ne tient plus si la population continue à croître comme elle le fait. Donc, oui, bien sûr, réguler les
naissances. C’est une évidence.


Un détail : je savais pertinemment que « mettre
bas » ferait tiquer, alors que «écarter » est passé inaperçu ! Je ne vois pas pourquoi l’opprobre tombe sur l’enfantement animal, alors que « l’acte d’amour » peut se
voir banaliser sans encourir de reproche. C’est cela, la moralité judéo-chrétienne : Croissez et multipliez mais ne forniquez pas ! Comment fait-on l’un sans
l’autre ?


Pour info, j’ai réalisé 40 accouchements (dont 5 à quatre mains mais les 35
suivants tout seul) car je souhaitais être capable de gérer ces situations dans de bonnes conditions. Les parturiantes m’ont toujours paru satisfaites de mon attitude personnelle et tous les
bébés étaient en bonne santé. Dans le cas contraire, j’aurais été un salopard. Certaines femmes accouchent avec facilité et grâce, d’autres feraient pitié à une vache qui vêle. Je n’y peux rien
et n’y mets aucun jugement de valeur. Il ne s’agit pas d’un acte sublîme, la naissance d’un petit être nouveau, un autre enfant de notre seigneur Jésus. Il s’agit d’un épisode biologique, comme
la digestion pour faire simple. Et il ne s’agit pas d’une maladie non plus, ce qu’on oublie parfois par le biais d’une surmédicalisation. Mon propos est de dire aussi aux nullipares : Madame
vous ne déméritez en rien. Et j’ajouterai même : continuez dans cette voie, merci pour notre planète.






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