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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 00:09

Notre vie est de plus en plus bordée de chiffres, encerclée même, saturée : des codes, des statistiques, des QI, des notes Parker&autres, des nombres de morts en Afghanistan ou sur les routes du week-end ou de calories dans notre assiette, de taux de croissance, d’inflation, de chômage, de cholestérol, d’alcoolémie, de profits, le Nasdaq, le Dax, le CAC40, le Dow Jones, des cours du pétrole, du blé, du dollar, de l’euro, du yen, l’emprunte carbone de ceci de cela, des quotas de pêche, de pollution, des chiffres d’affaires, des salaires astronomiques... Le chiffre calme l’angoisse des mots, il rassure ou au contraire inquiète mais il semble beaucoup mieux représenter la réalité par sa froideur, sa rondeur, sa précision. Le chiffre ou les chiffres apparaissent comme plus objectifs, moins entre les mains des vendeurs d’illusions.

 

« Du moment où les chiffres parlent, non seulement l’homme raisonnable n’est plus censé raisonner, mais il ne doit rien ressentir. La soumission au calcul  ne procède pas seulement de la compréhension, mais de surcroît, et c’est là la dimension nouvelle, d’une obéissance immédiate et sans affect inutile. Nous nous soumettons à l’ordre numérique comme l’ordinateur qui exécute un algorithme, sans juger du résultat : il se contente de fonctionner. » c’est ce qu’écrit Isabelle Sorente dans son livre Addiction générale chez JC Lattès. Cette polytechnicienne romancière estime en effet que « Cette rationalisation de la réalité nous apaise et nous endort comme une piqure de morphine... » Nouvel opium du peuple les chiffres, « dormez tranquilles braves gens les statistiques de la délinquance sont en baisse... même si les très sérieux magistrats compteurs de la Cour des Comptes écrivent qu’ils sont tripatouillés... » Pour autant, il ne s’agit pas de jeter le bébé chiffre avec l’eau du bain, lire, écrire, compter ça aide aussi à vivre mais à condition de ne pas se reposer que sur des calculateurs froids, programmés, qui broient les données qu’on leur a confié. Sans en revenir au boulier ou à compter sur ses doigts ou mentalement, reprendre la main, juger de la valeur d’un chiffre, le contester, c’est lutter contre la dictature de l’instantanéité. imagessalledemarche.jpg

La crise, la fameuse crise dont on nous rebat les oreilles, fut certes à l’origine une crise financière mais son substrat, le terreau sur lequel elle s’est nourrie, et qui perdure, c’est le monde des traders, le gain maximal en un espace temps où la seconde prend des allures d’éternité. Pierre, le fils de plombier de Clermont-Ferrand, le héros de Flore Vasseur dans « Comment j’ai liquidé le siècle » le dit crument :

 

« J’ai trente-sept ans, 40 millions d’euros placés aux îles Caïmans. Je suis un camé des mathématiques browniennes. Un type payé pour titiller les fractales et planquer le risque.

J’ai misé sur la déroute asiatique, surfé sur la bulle Internet, regardé ces abrutis de Merrill Lynch devenir fonctionnaires en 2008. Je suis le patron du département quantitative trading chez Crédit Général. J’écris des programmes de calcul systémique, des modèles à cinquante variables. Trente types alignent des kilomètres de code pour moi, à la recherche d’Alpha, l’équation parfaite. J’appuie sur un bouton, lance un logiciel sur les marchés financiers. Unes sorte de lampe d’Aladin qui crache du ratio à deux chiffres sans que je passe un coup de fil. Les algorithmes calculent en temps réel la position idéale, l’ordinateur passe les ordres à la nanoseconde près.

(...) Les mathématiques et les codes nous ont donné le pouvoir. La complexité est l’arme absolue, le signe »+ », l’unique règle. La planète est un Monopoly, les entreprises des sigles à la pelle, les cadres les fantassins du grand capital. Le monde bosse pur nous. Nous n’apparaissons jamais. Nous, les banquiers, vivons leveragés, hyper-endettés. Nous misons un, empruntons cent, gagnons mille. PIB, cash-flow, monnaies, nous parions sur tout mais ne savons pas lire un bilan. Nous n’avons jamais mis les pieds dans une entreprise, ce repaire de besogneux. Nous nous foutons de ce qu’elles produisent, du nombre de personnes qu’elles emploient. La finance  a été inventée pour rendre possibles les grands projets, l’émancipation économique des peuples. En ce moment nous parions contre l’humanité, valeur extrêmement volatile. La finance engendre des catastrophes. Elle prospère en les résorbant. Nos profits sont vos pertes. »

 

Roman m’objecterez-vous ! Faux en notre monde la fiction peine à suivre la réalité. Et pendant ce temps-là, en France, nous nous étripons sur le défilé du 14 juillet ou sur le nombre des émigrés sans-papiers. « Largués, les politiciens publient de longues diatribes contre les excès du capitalisme. Elles sont écrites par des conseillers nés juste avant la chute du mur de Berlin. Ils nous traitent de terroristes. Ils nous ont fourni armes, cibles et plan d’attaque. Comme à Ben Laden. La colère des politiques n’existe que pour les caméras. Vingt ans de goinfrage et de collusion ont accouché d’un système mafieux. Avec la crise des subprimes, nous venons de ruiner les populations.

(...) Les milliards sortent de nulle part, les banques sont renflouées, les populations prises en otage. C’est le casse du siècle, le plus gros délit d’initiés de l’Histoire. Les médias s’acharneront sur les bonus. Il faut éviter la révélation du mensonge : depuis soixante ans, la vie à crédit est une tuerie. La finance a révélé sa mesquinerie. Elle dévaste la société. C’est qu’elle tient, bien ferme, le monde par les Bourses. »

 

Dictature des marchés, des agences de notations, les dettes souveraines dans le collimateur des spéculateurs : l’Irlande, la Grèce, le Portugal, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la France, le Royaume-Uni et même les Etats-Unis en effet sont tenus bien ferme par leurs Bourses... par « les pires truands de la planète »

Que faire ?

À notre modeste niveau en revenir dans nos faits et gestes à l’économie réelle et ne pas voter avec nos pieds pour ceux qui maquillent ou se masquent la réalité. Elle me fait chier souvent la réalité mais comme je vis avec il me faut bien l’affronter. Que les Princes qui nous gouvernent cessent de nous « amuser » avec des leurres, puisqu’ils veulent tant être nos élus qu’ils aient le courage d’être devant nous au lieu de tenter de nous séduire avec des promesses qu’ils ne pourront tenir.

Nous sommes à l’image de ce roi qui regarde brûler son royaume et qui a confiance dans les estimations que son ministre lui a transmises : sous l’influence de vents favorables, le feu s’éloigne de son palais. Malgré les cris qui laissent présager le scénario inverse, le roi s’abîme dans des calculs, des ratios, des évaluations de dommages ou de travaux de reconstruction. Le nez dans les chiffres, « c’est à peine s’il éprouve un frisson discret, en apercevant les flammes danser à ses fenêtres ». page 10

 

* Remarque de Jean Dion journaliste Québecois

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 18/07/2011 09:46



Que du bonheur, ce matin !


Et oui, nous sommes NOMBREUX à nous poser la question du monde que nous souhaitons en d’autres termes que « moi
je suis d’extrême gauche et eux ce sont des fachos ». L’analyse marxiste reste TRES pertinente à mes yeux, mais il est évident – sauf pour les aveugles  malentendants et hydrocéphales – que les solutions collectivistes ont TOUTES échoué les unes après les autres. Personnellement, je préfèrerais vivre à Cuba qu’à
Miami, sincèrement. Mais je suis bien plus heureux en France où vous m’avez peu ou prou accepté.


Des modèles mathématiques solides ont montré sans ambiguïté que le capitalisme classique ne pouvait que foncer dans un mur, à terme.
En effet, il a absolument besoin, pour se développer, de « créer de la richesse » - qu’est-ce que cela veut dire ? – et d’un marché en expansion (ou d’un nouveau marché, ce qui
revient au même). Or, nous en sommes arrivés au point où il n’y a plus de croissance, ou très peu (ce n’est pas la première fois) mais pas de nouveau marché non plus. On me rétorquera qu’il
existe encore plein de pays émergents et que l’Afrique dans son ensemble n’est pas encore « exploitée » comme réservoir à consommateurs. Au sens strict, c’est vrai, mais pour être un
consommateur « utile » aux capitalistes, il faut posséder du pouvoir d’achat. Et là ....


Nous devons revenir à une terre MOINS PEUPLEE, où la part agricole augmente, où l’utilisation d’énergie non renouvelable diminue de
manière drastique, où on accepte de travailler BEAUCOUP PLUS et plus longtemps et où nous cesserions de vouloir vivre tous centenaires (à quoi cela rime-t-il ?). On doit se déplacer moins, manger moins (mais boire plus de vin, JOKE), partager et redistribuer plus etc ..... On doit, on doit ....


Et tout cela est possible. Il faut garder des avancées techniques ce qu’elles nous ont apporté, mais refuser le superflu qui n’existe
que pour nourrir les sociétés côtées en bourse.


Mon rétropédalage n’est pas celui de Gandhi (un grand homme néanmoins).


Pour saisir, trois exemples : (i) oui à internet, à ses moteurs de recherche et ses e-mails mais a-t-on besoin de tous ces
gadgets portables (je ne connais même pas tous leurs noms) et d’ordinateurs de plus en plus « puissants » et fragiles. (ii) oui aux traitements modernes de l’insuffisance coronarienne
mais non à la greffe cardiaque au-delà d’un certain âge (le mien par exemple). (iii) : oui à des mangues venant bien mûres d’Indonésie, mais non aux asperges du Pérou.


Hugh.



Olivier Borneuf 17/07/2011 21:14



PS : Jacques ne s'agit-il pas d'Isabelle Sorente plutôt ??



Olivier Borneuf 17/07/2011 21:02



Cela va même plus loin ! Comme le dit Luc, c'est le modèle lui-même qu'il faut remettre en question. J'en profite pour rajouter qu'il ne faut pas jeter l'opprobe sur ses créateurs, en effet au
XIXe siècle nous n'étions pas capable de modéliser ou d'évaluer les limites de nos ressources naturelles… Je me permets de reprendre les quelques lignes que j'ai écrit sur mon site :


"Une chose est sûre, le modèle industriel dans lequel nos sociétés évoluent arrive à bout de souffle. Ne voyez aucune arrogance,
aucun sectarisme dans mes propos mais bel et bien un fait. L'exploitation des ressources naturelles n'est plus possible (il faudrait 5 planètes pour vivre tous sur le modèle américain !) et par
conséquent si les ressources planétaires sont proches de l'épuisement notre système de développement économique basé sur la croissance ne peut plus fonctionner ! En effet, le capital investi est
rémunéré par la croissance, ou disons plutôt par une promesse de croissance qui est impérative au développement économique. Jusque dans les années 70 il était difficile de modéliser ces
ressources et de projeter les limites d'un tel système. Aujourd'hui ce même système cherche un second souffle sans succès ; ce qui nous invite à revoir, entre autres, nos modes de consommation ou
d'hyper-consommation inhérents au modèle capitaliste. Je m'empresse de préciser qu'il n'y a aucune orientation politique dans ces lignes : ce qui différencie, à mon sens, les interprétations
politiques - du communisme au libéralisme - c'est la façon dont est réutilisé le capital, le problème fondamental des ressources reste le même ! Je m'empresse d'ajouter aussi que renier toute
forme de croissance serait suicidaire.


Vous pardonnerez les raccourcis brutaux sur un sujet aussi complexe mais intuitivement nous voyons bien les enjeux de demain - le
terme est plus qu'approprié ! Recréer un modèle économique qui respecte notre lieu de vie : la planète. Développer à nouveau un système basé sur l'exploitation serait mettre en danger notre
propre habitat et de toute évidence voué à l'échec.  Ainsi doit-on déplacer la "matière" source de développement économique vers des potentiels inépuisables et respectueux de
l'environnement. Ainsi doit-on laisser place à la plus grande diversité des cultures et des opinions, source  d'innovation et de créativité nécessaire à la construction d'un nouveau modèle.
L'artisanat est, à mon sens, un modéle de diversité, source inépuisable d'innovation. Son propre modèle s'inscrit par essence dans le respect de son environnement puisque c'est la créativité qui
alimente la croissance et non l'exploitation. Je prends donc le pari que notre futur ne pourra se construire qu'en favorisant la micro-initiative, l'artisanat ou encore la moyenne entreprise !
Vous pariez ?"



Michel Grisard 17/07/2011 21:01



Luc,


Lapsus?  Fallait-il lire: boire les paroles d'Eva Joly ou de Nicolas Sarkosy. Actualité oblige.


Nicolas Joly a beaucoup oeuvré pour faire avancer les mentalités dans le monde viticole.


Pour te rassurer, je n'ai jamais admirer aucun gourou. La seul personne que j'admire et que j'aimerai pouvoir féliciter un jour pour son travail, c'est Vandana Shiva.



le comité de libération de la basse bourgogne 17/07/2011 20:47



Bonsoir Messieurs,


Si j'ai bien compris le Capitalisme n'est que cela. A savoir éloignement de l'écomomie réelle, mise en place des marchés et financiarisation. Fernand Braudel l'explique dans "la dynamique du
Capitalisme". Simplement l'échelle a changé avec les opportunités géopolitiques et les dirigeants qui ne font plus leurs boulots...


 



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