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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 00:09

 

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Vin&Cie est de plus en plus un Espace de liberté qui s’enrichit chaque jour de vos contributions postées en commentaires. J’en suis bien aise. Contribuez, contribuez et, même si mon territoire équivaut à celui d'un timbre-poste, à celui d'un confetti de l’empire, qu’importe, c’est ainsi que nous donnons de l’oxygène à notre démocratie qui étouffe de bien-pensance et de l’affaissement de l’information déversée à flux continu par des médias sans boussole ni colonne vertébrale.

Ce matin donc, j’ouvre – je suis un demi d’ouverture qui s’ignore – une nouvelle rubrique : courrier des lecteurs. Profitez d’elle, au-delà de vos simples commentaires à chaud venez y déposer des textes plus réfléchis, plus écrits, ce qui ne signifie pas bien sûr des textes plus consensuels. Pour preuve quand un vigneron m’interpelle « excuse, mon frère, mais t'es à côté de la plaque... » à propos de mes écrits récents sur le chai de Cheval Blanc je ne monte pas sur mes grands chevaux, je poste. Et je poste sans plaidoyer en défense. À vous de juger, pas au sens de dire forcément qui a raison ou tort mais d’apporter votre propre contribution à un débat qui me semble en valoir la peine. Bonne lecture. Les commentaires sont toujours ouverts.

 

Mon cher Jacques,

 

 

Nous avons été invités, toi comme moi, à l'inauguration du nouveau chai de Cheval Blanc et ton sentiment est positif, enthousiaste, même, car tu me dis, devant mes réticences à peine expliquées, qu'il faut dissocier le « projet » qui est positif, de mon sentiment personnel que j'exprime sur la réalisation. Certes, je veux bien t’accorder que le « projet » qui consiste a booster les vignobles bordelais et les faire rentrer dans le XXIe siècle ne peut être taxé de mauvaise chose sous peine d'être soi-même taxé de rétrograde, de frileux. Et en cela, je suis d'accord avec toi : un chai moderne, quelle bonne, bonne « idée » ! Mais si au nom de « l'avancée moderne » je dois accepter ce paquebot lourd, froid, presque rétrograde et totalement inadapté a son usage, qu'est le « projet «  Arnault/Frère/Portzamparc, excuse, mon frère, mais t'es à côté de la plaque et comme, te connaissant, je sais que tu ne flagornes pas, je me demande alors ce qui te prend !

 

Le « projet » de la Grande Motte était louable : donner a la masse populaire le droit égal à celui de la bourgeoisie de pouvoir se prélasser au bord de l'eau. Dans la « réalisation », pourtant, quel massacre !Le « projet » des tours (de la Défense, du 15e, des périphériques...) était intéressant pour ce qu'il apportait comme image copiée sur les États-Unis, symbole jusqu'à peu, de vitalité et de domination conquérante sans vague a l'âme. Dans la réalité, que d'horreurs conçues, que de personnes étouffants dans des espaces équivalents à ces fameuse cages a lapins-lapins bourrés de myxomatose dont on sait aujourd'hui, qu'élevés en plein air sous cloches grillagées posées juste sur de l'herbe, ils ne sont et ne tombent jamais malades, sans parler de perspective massacrée qui peine l'oeil ad vitam. Vais-je continuer ainsi ma simpliste démonstration ?

 

Il y avait 12 millions sur la table, 13 avec les dépassements. 13 millions, Jacques : une bagatelle suffisante pour faire du « projet » Cheval Blanc une réalisation mêlant toutes les avancées extraordinaires de développement durable d'aujourd'hui ( matériaux recyclables, éclairages solaires, jardins sauvages de graminées utiles au sol, écochauffage, etc), toutes les audaces techniques du métier de vigneron, toutes les envies de faire découvrir ce métier formidable complexe au moyen de salles de dégustations privées et publiques représentant le meilleur de la tradition et du moderne. Las, ce paquebot est le reflet exact – et c'en est même incroyable – de ses maîtres et de ce qu'ils ont installé partout dans le monde : l'image Cheval blanc n'est qu'une image censée en jeter... Mais qui ne récolte rien... Ah, si, j'oubliais, du raisin –il en faut encore pour faire du vin – vite oublié par le prix du flacon. Non, vraiment, mon cher Jacques, mon « gout » personnel a peu à voir avec ta rhétorique. Le « projet » Cheval Blanc est un ratage magistral car, comment peut on avoir l'oeil amoureux devant cette réalisation sans audace aucune du XXIe siècle, et qui ne dégage rien ?

 

Je réserve donc mon « œil » amoureux pour d'autres réalisations architecturales viticoles ayant su mêler l'émotion de la terre, du bois, de la matière, du « jus » divin à la technique, au grandiose assumé magnifiant peut-être la puissance financière de celui qui l'a commandé, mais ayant compris ce qu'est réellement le vin : du plaisir, de la sensualité, du nectar des dieux, et cela éprouvé, ensemble : pardon de faire dans le style Gavalda, mais ensemble à Cheval Blanc pour y boire ce « jus » pourtant si délicieusement fait ? Non merci, cher Jacques. La prochaine fois que t’y vas, écris-tu, pour voir les tuyaux : parle seul au personnel technique, au maitre de chai, installe toi dans la salle de dégustation vite faite au dernier moment en alibi, cale toi prés d'une barrique : vis, sens le lieu avec ceux qui vont l'animer. Et dis-moi alors, si ceux qui font le vin à Cheval Blanc, auront pu animer avec leur flamme ce « projet » virtuel ?

 

Un vigneron désolé

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

christophe libaud 21/07/2011 19:48



Bonjour Mesdames Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour Monsieur le posteur Berthomeau,


 


Quelques mots à propos de ce qui me semble bien être le débat-qui-n'aura-pas-lieu ces prochains mois : où sont les hommes ?


Certes, la conception et les techniques de mise en oeuvre tout comme la réalisation sont superbes, les ventes sont assurées mais quid des hommes ?


Il y a bien des grossiums d'ici et de là-bas ,dont il est fait écho chez Monsieur Bizeul mais reste que pas un ouvrier, pas un contre-maître, pas même un cadre dirigeant ne sont visibles, l'homme
est absent, sa main semble même absente tant tout est dans la perfection des techniques convoquées.


Bien entendu, il est ici question de vanter les mérites d'un territoire symbolique qui étend son aura "urbi et orbi" (à ce propos qu'en est-il du calice papal ?). Nous connaissons les critiques
d'un "anthropocentrisme de terroir", oui mais moi je voudrai vous parler d'un "patriotisme du terroir" et de ce vieux débat  de "la main de l'homme" vs "la terre ne saurait mentir".


Foin de l'inspiration très marquée par "Corbu" et le Bauhaus mais toujours cette ritournelle sur l'extraordinaire vison managériale réduite à son expression toujours plus déshumanisée, lisse et
parfaite. Ne trouvez-vous qu'il y a là u petit air de "Java du diable" qui plane sur nos buveurs d'exception ?


Oui, c'est beau, mais il y manque une perceptible vibration humaine, de celles qui sont dans un écho permanent et que certains savent entendre et réinterpréter sans que jamais ce ne soit le même
qui retentisse... le jazz non plus n'est pas là, c'est pourquoi ce petit air de "Java ..." persiste dans cet étalage précieux et (là je m'emporte !) sulpicien.


Si Cheval Blanc est un sommet doit-on en attendre à tout jamais la régularité tant réclamée ? Ou bien un sommet est-il envisageable dans sa postérité sans craindre de faillir à cette norme
imposée ?


Alors, ce chai sera-t-il le piédestal tant convoité pour une pérennisation statutaire telle que nos gestionnaires-managers l'ont couché sur leurs écrans ?


Gageons que les hommes de Cheval Blanc ne s'épuiseront pas dans cette prestigieuse bâtisse et en feront un lieu plus iconoclaste que ce qu'en attendent les maîtres d'ouvrage et d'oeuvre dans leur
idéalité surtarifée.


En terme d'image il me semble que la fougue équine est la grande absente de ce geste architectural u peu trop "blanc" pour ne pas dire "jaunet" mais à la vitalité comme empêchée.


Je vous salue



François Audouze 18/07/2011 11:30



Comme Jacques est chez lui, c'est lui qui fixe les règles et je lui fais confiance. S'il a estimé devoir protéger l'auteur, c'est plus que suffisant pour moi et pour nous tous.


 


Parlons de cette phrase : "l'image de Cheval Blanc qui ne récolte rien", et ce raisin que l'on ne sent plus et qui est vite oublié car il n'y a que le fric dans le vin. Ce vigneron a le droit de
ne pas aimer le parti pris architectural. Il a le droit de critiquer les choix techniques, s'il argumente, ce qu'il ne fait pas. Il parle plus de l'atmosphère qu'il regrette de voir trop froide
et trop friquée.


Mais sur le vin, quelles sont ses critiques ? Cheval Blanc est un vin remarquable et je ne crois pas que Pierre Lurton n'a pas agi pour en magnifier l'excellence. S'il ne le pense pas, qu'il dise
sur quoi il se fonde.



Luc Charlier 18/07/2011 10:32



Gros débat, l’anonymat.


Je me range tout à fait aux côtés de Jacques Berthomeau s’il s’agit de PROTEGER quelqu’un qui risque gros à faire un commentaire
intéressant. Personnellement, j’ai détruit deux ou trois posts – je les écris toujours au brouillon avant de faire un « cut and paste » - plutôt que de les publier, car je
pense qu’ils auraient nuit sérieusement non pas à moi – cela m’est égal – mais à la survie commerciale de mon jeune et fragile domaine, qui représente la seule chose que j’aie et toute ma raison
d’être.


Un commentaire DOIT être signé, à mon avis – ou alors, il suffit de ne pas en faire – mais un article comme celui-là, cité par le
Taulier, puise toute sa valeur dans la caution donnée par le Taulier, justement. Peu importe qui l’a émis, Berthomeau atteste qu’il est crédible
et qu’on peut y apporter foi.


J’admets que ma vue est contestable .... cette fois-ci (hihi).



François Audouze 18/07/2011 10:31



Jacques,


Ces arguments sont très pertinents, et comme vous êtes chez vous, c'est vous qui décidez. ça ne me crée aucun problème.


Deux remarques cependant : un avis est plus fort quand il n'est pas anonyme. Et par ailleurs, toute action militante de ce vigneron ne pourrait pas être remise en cause par un avis forcément
personnel et subjectif sur la valeur architecturale d'un chai.


Bonne journée, et continuez d'agiter le monde du vin comme vous le faites.



JACQUES BERTHOMEAU 18/07/2011 10:43



Que si François Audouze quand on a du vin à vendre il faut se garder de titiller ceux qui construisent des chais à Cheval Blanc mais aussi à Pétrus par exemple, ils ont le bras long et le négoce
bordelais est révérent. Merci de vos encouragements



Frank Boisset 18/07/2011 10:08



Jacques,


 


Belle idée que cette tribune ouverte au courrier de tes lecteurs.


Une suggestion, cependant, pour éviter "l'affaissement": Ne publier que des courriers dont l'origine est identifiée.


Certes, vous filtrez et validez ce que vous publiez dans vos colonnes.


Néanmons, l'anonymat est, à mes yeux, un parasite trop répandu de l'information.


Bien amicalement,       frank


PS (qui n'a rien à voir): Pouvez-vous enregistrer mon nouvel e-mail? J'ai été incapable de le faire sur le site. Merci



JACQUES BERTHOMEAU 18/07/2011 10:13



Désolé c'est moi qui décide : ce courrier n'est pas anonyme puisque je sais qui l'a signé et c'est moi qui ai conseillé à l'auteur de ne pas le signer pour lui éviter les rétorsions de la place
de Bordeaux : nous ne vivons malheureusement pas dans un monde de gens bienveillants je le regrette... ce vigneron se bat pour d'autres causes a visage découvert et je ne vois pas en quoi son
identité donnerait plus ou moins de force à ses arguments. Bien à vous. 


 



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