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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 00:09
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Depuis des années, tout ce que compte de beaux esprits notre petit monde du vin, nous rebat les oreilles, nous bassine, en proclamant sur tous les tons que, par la grâce de la haute expression de nos belles et nombreuses appellations, le sémillant vin plaisir a chassé le vil vin boisson. Avant, à de rares exceptions, les buveurs buvaient ; maintenant ils goûtent. Acceptons-en l'augure et gardons-nous de trop philosopher. Tenons-nous en aux faits, à la réalité.

Contentement, volupté, satisfaction, délices, régal, jubilation… jouissance, orgasme... profusion de synonymes...

Nos 5 sens, le plaisir alimentaire d'abord et, plus encore, celui du sexe. Moins prisé, car plus cérébral, le plaisir intellectuel est pourtant un grand allié des deux précédents.

Prendre du plaisir, en donner, s'en donner, faire durer le plaisir, mourir de plaisir, s'offrir du ou des plaisirs... encore faut-il pour ce faire susciter du désir, en avoir car le plaisir a toujours pour origine le désir. 

Comme les désirs sont propres à chaque individu il est donc malaisé de dresser une sorte d'échelle de Richter du désir en fonction de son intensité. Nul ne peut être juge et partie, sauf dans les dégustations d'agrément de vin mais là nous ne sommes plus dans le plaisir mais le pensum.

Ces petites mises au point posées, en faisant foin de la fameuse modération, a-t-on jamais vu conseiller de faire l'amour avec modération, je me pose la question que tous les professionnels du vin devrait se poser : comment susciter, exacerber le désir pour que ce fameux plaisir que l'on met en avant à tout bout de champ pour le vin s'exprime vraiment ?

Qui de nos grands dégustateurs patentés, conseilleurs de tout poils, qui pratiquent généralement le coïtus interruptus, va nous délivrer l'ordonnance sur laquelle ils coucheront les moyens permettant d'augmenter la libido des buveurs de vin ?

Pourrait-on imaginer le désir sur ordonnance ? Du côté de Libération c'est oui, il en faisait sa UNE samedi dernier : Viagra féminin, désir sur ordonnance... Testés aux USA, des médicaments pourraient dès 2016, venir au secours des femmes souffrant d'un manque de libido...

Tout est dans les préliminaires. Peut-on imaginer l'équivalent du Viagra pour venir au secours de ceux ou de celles qui souffrent d'un manque de libido pour le vin ?

Plus sérieusement, et que les hygiénistes se rassurent, mes propos ne visent pas la quantité mais l'intensité, la force du plaisir. Hors de question d'assimiler ma quête à celle des " 76% des célibataires, en particulier, qui profitent de la saison estivale pour succomber sans relâche à l'appel des plaisirs sexuels. Et que même 5% d'entre eux se livreraient au jeu - stupide - de battre leur record de rapports sexuels,  d'année en année." C'est écrit dans le journal local.

Ceci n'est plus du plaisir mais de l'abattage... pour des célibataires qui semblent dans ce texte s'apparenter à des mâles, des coqs de compétition, des prédateurs se jetant sur toute femme esseulée, célibataire ou mariée. 

Paroles, paroles, dans ce domaine les hommes se payent souvent de mots et le vocabulaire du vin n'y a pas échappé. Jusque dans les années 60 celui-ci, qui n'avaient pas le raffinement de celui de nos grands dégustateurs contemporains, se référait souvent à la femme, dans un sens qui se voulait positif,  flatteur  " ce vin qui a du corps, de la cuisse, est bien en chair, je dirais même plus qu'il a du corsage, de la race, du feu, qu'il n'est point flasque. Belle robe qui laisse entrevoir du ferme, du rond et du soyeux..." alors que le recours au mâle s'avérait dépréciateur " C'est un gringalet étriqué, mal bâti, dégingandé, un rustre anémique, mal habillé, pointu et qui a le chapeau sur l'oreille..." Voir chronique ICI link

L'irruption des femmes dans l'univers du vin, et bien sûr aussi celui des oenologues ou autres techniciens, ont rejeté dans les ténèbres extérieures ce langage un peu lourdingue. Pour autant, le nouveau vocabulaire se référant essentiellement aux senteurs et couleurs de petites fleurs et aux flaveurs de fruits est-il pour autant un accélérateur de désir ?

Je n'en suis pas vraiment sûr, le goût de pamplemousse ou de petits fruits rouges ça n'a vraiment rien d'excitant. Bref, morne plaine que celle de la libido du vin où la montée du désir pour se donner du plaisir tient plus du Golgotha que du jardin de l'Eden. Qu'importe, seul l'acte compte m'objectera-t-on ! J'en conviens, mais alors pourquoi tant de thérapeutes passent-ils autant de temps à se préoccuper du plaisir que nous procure le vin s'ils se révèlent incapables d'en susciter le désir ? Tant de guides, de classements, de commentaires, cette profusion ne masquerait-elle pas l'impuissance de nos docteurs en vin à agir sur la montée de ce fameux désir?

Je trouve que nous avons le vin triste ! bavard ! pontifiant ! chiant!

Seul l'ami Jacques D, qui boucle en ce moment son spécial vin en Basse-Bourgogne, nous a sauvé du désastre avec ses bouches tendues et la tension qui est la première marche du désir... qui mène au plaisir link

Ce contre-feu salutaire nous a préservé, tout particulièrement du côté de Bordeaux, de la seule novation linguistique de ces 20 dernières années se référant au corps  les vins bodybuildés. Même si elle présente l'avantage de s'appliquer indifféremment aux deux sexes cette qualification ne me semble pas de nature à nous faire pâmer de plaisir, sauf bien sûr pour les adeptes de la gonflette.

Reste aussi le non-dit, la trace d'un passé que certains regrettent, qui ne remonte pas à la surface bridé par le politiquement correct. En effet, il plane toujours dans la tête des buveurs, en dépit des évolutions sociétales, la référence au sexe puisque ces dernières années certains beaux esprits ont avancé, sans doute pour aller dans le sens de la tendance, le concept de vin féminin qui est du même niveau de pertinence que la référence au sexe des anges.

Et puis, je reste persuadé qu'une partie de la vieille garde des amateurs de vin garde bien fiché dans son cerveau reptilien qu'il est des vins virils, des vins d'hommes quoi, sévèrement burnés, des vins de chasseurs comme disait François Mauss, et j'imagine qu'un jour, des filles d'aujourd'hui, une de celles qui n'ont pas leur langue dans leur poche, leur balance sans que ça fasse vulgaire, " il est couillu ce vin ! Très bandant ! ". Je vous fiche mon billet que ces baroudeurs de la belle étiquette atteindront alors l'extase et même l'épectase... 

Au plaisir disait-on chez moi lorsqu'un visiteur prenait congé...  
Le summun de la fausse connaissance du vin sur le site masculin.com, à quand les positions du buveur de vin ?

10 mots pour devenir incollable sur le vin

Quand l’homme amateur de vin se mue en apprenti oenologue  link 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 28/08/2013 10:04


Hep, M’sieur Dupont : on ne se connaît pas, sinon par In Vino Veritas interposé et un « Spécial Vin » d’il y a quelques années où vous aviez bien noté un de mes petits vins de
débutant (Cuvée Majou 2006) qui était parvenu à votre rédaction par un canal que j’ignore (certainement historique). Je vous signale que dans votre comparaison Brassens, Berthomeau & Co ....
vous oubliez quelques étapes : da Vinci, Eddison, Einstein, Pascal, Oppenheimer, Ceaucescu (seul représentant de l’espèce pour les Carpathes). LOL !

le Taulier pour Jacques Dupont 28/08/2013 09:29


Bien d'accord avec toi. J'ai fait dans Invignez-vous un long passage sur la modération et de mémoire je crois avoir utilisé à peu près les mêmes termes sur l'amour en imaginant quelqu'un qui
dirait je veux bien faire l'amour avec vous mais avec modération... Le langage du vin, c'est pas évident. Bien sur qu'il fallait se débarrasser du vieux verbiage macho cuisse et compagnie,, mais
surtout je crois qu'avec l''oenologie triomphante de la seconde moitié du XX e siècle Peynaud notamment, le nez est devenu beaucoup plus important et en matière d'olfaction, on est forcément dans
le comparatif car cela fait appel à la mémoire. Ci dessous une réponse de JD Vincent * à une interview que j'avais faite en 2008. Je trouve très pertinent ton parallèle entre tension et désir
sexuel : tu mets des mots sur quelque chose que je ressentais mais sans faire le lien. Evidemment qu'un vin lourd, sans tension, gras, mou ne donne pas le désir d'aller plus loin. Quand finit-on
la bouteille ? Quand justement le vin fait saliver. En dehors de la grivoiserie,  "la bandaison papa ça ne se commande pas", ton rapprochement me semble très judicieux. Brassens, Berthomeau,
Dupont même combat. 


* « L’olfaction est plus qu’un sens, c’est un sentiment ! » Entretien avec le neurobiologiste Jean-Didier Vincent, auteur de « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » chez Odile Jacob,
professeur à l'Institut universitaire de France et à la Faculté de médecine de Paris-Sud, directeur de l'Institut de neurobiologie Alfred Fessard du CNRS, et président du Conseil national des
programmes au ministère de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche. Spécialisé dans l’étude des interactions entre glandes et système nerveux aux approches cerveau

Luc Charlier 28/08/2013 08:16


Jacques, le « désir sur ordonnance » n’est peut-être pas à l’ordre du jour, mais sa consommation bien. Déjà en 1981 – je terminais mes études de barbier-charcutier par un excellent
stage d’obstétrique dans un hôpital périphérique qui disposait d’un centre de procréation assistée,  l’insémination artificielle des humains – nous donnions congé « aux frais de la
sécu » pendant 24 heures aux couples en quête de fertilité lorsque la « bonne période » était venue, à en juger par ... la viscosité de la glaire ! Romantisme assuré et
crac-crac obligatoire : ni trop souvent (crainte d’obtenir du jus de réglisse) ni trop peu. En avant les jeunes ! 

Pascal Perrat 28/08/2013 06:21


Texte joyeux, enlevé. Plein de chouettes analogies et, qui plus est, très pertinent.
La plume est alerte et c'est un plaisir d'ouvrir, non pas une bonne boutanche, voire une fillette, mais un tel billet de bon matin. La journée sera belle dans l'Entre-deux-Mers et au-delà.

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