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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 00:09

D’abord il y a des guillemets, ensuite il vaut mieux attendre avant de dégainer car je vais, comme toujours, m’expliquer. Le football sud-américain se porte bien : Brésil, Argentine, Chili, Uruguay... ça prend un petit air de pied-de-nez à deux grands pays du vin : la France et l’Italie sortis sans gloire pour le second, et avec les quolibets mérités pour le premier. Comparaison n’est pas raison mais nous payons le prix de nos non-choix, ici comme ailleurs.

Donc revenons à l’Amérique du Sud, continent qui a toujours semblé à la remorque, avec cette minuscule accroche tranchée par le canal de Panama, du mastodonte rondouillard yankee. Ces pays s’émancipent, ne sont plus ou presque sous la botte d’un quelconque Général Tapioca, pèsent, surtout le Brésil, dans le concert mondial, alors nous les vieux pays fourbus, immobiles, serions bien inspirés de les voir tels qu’ils sont et de ne pas nous contenter de leur coller nos vieilles images.

Comme je ne suis pas ennemi du paradoxe, ce matin, dans mon vieux cahier d’images du géographe Armand Perrin sur « les paysages viticoles du monde » d’avant 1939 je vous propose de découvrir le vignoble du Chili de ce temps-là replacé dans le Grand Continent Sud-Américain.

 

« Le vaste continent Sud-Américain mâche la coca, boit le maté et le café, achète son vin en Europe, soit des vins frais (vins verts) au Portugal, soit des vins de qualité en Espagne, au Portugal, en Italie et en France. Le continent présente peu de vignes sauvages utilisables ; aussi la quasi-totalité du vignoble brésilien, uruguayen, argentin, chilien et péruvien, est-il d’importation européenne (...)

Toutes conditions politiques exceptées, il y a là un fait qui rappelle la croissance du vignoble algérien et sa rivalité avec le midi de la France. Cette ressemblance apparaîtra encore plus nettement si l’on veut bien réfléchir que le Brésil, Etat indépendant, reçoit annuellement un fort contingent d’émigrants portugais, espagnols et italiens qui apportent en terre américaine leur « mentalité viticole » qu’ils n’hésitent pas à tourner contre l’économie de leur pays d’origine (...)

 

« Un document de 1551 signale l’existence d’un commerce de raisins à Santiago et à la Serena ; un autre de 1594 note une importante progression des plantations. Nous avons donc ici un type de vignoble d’origine coloniale. La vigne est venue d’Espagne par l’intermédiaire du Pérou ; de Santiago elle s’est étendue vers Conception et Angol. Nul doute qu’elle fut une « culture attirante » ; mais le fait colonial devait jouer contre elle et malgré un climat très favorable, elle ne fit point tache sur le Chili. Susceptible de concurrencer l’une des productions essentielles de la métropole, la vigne fut englobée dans un réseau de restrictions qui caractérisa l’exploitation coloniale espagnole : les planteurs furent taxés, les licences de plantation et de vente refusées, le vin européen imposé au pays. Vint l’indépendance au début du XIXe siècle : ce fut aussi la libération de la vigne ; les grands propriétaires s’associèrent en 1838 aux fondateurs de la société d’agriculture et cette société améliora le vignoble par une propagande constante.

Tandis que le système colonial avait tiré d’Espagne les cépages à planter au Chili, l’Indépendance alla surtout les chercher en France. Aujourd’hui les français sont nombreux (1/3) autour de Santiago et de Lontué ; les plants bordelais alternent avec ceux de Bourgogne ; mais les anciens plants persistent (2/3) surtout dans les zones les plus aventurées, au nord dans les vallées et oasis de Copiapo, d’Huasca, d’Elqui ; au sud on les trouve jusqu’à Bio-Bio. Leur vitalité est telle que certains sont devenus de vraies vignes sauvages accrochées aux arbres des forêts et fructifiant.

La viticulture est peut-être plus attirante au Chili qu’ailleurs en l’état actuel des choses ; tandis que beaucoup de paysans européens sont rebutés par la nécessité de traitements fréquents et coûteux, leur collègue chilien ignore à peu près totalement les cryptogames destructeurs, oïdium et Mildiou et les chenilles de Pyrale, Cochyllis et Eudémis.

C’est un vignoble progressif, 50 000 hectares, qui commence à fournier un vin acceptable et donne 23% de la récolte sud-américaine : 2.925.000 hectolitres. Comme le vignoble du Pérou, il prend place dans la catégorie « vignoble colonial » ; pour le qualifier encore plus complètement nous l’appellerons « vignoble à noyau colonial irradié par l’indépendance »

 

L’Amérique du Sud est une colonie viticole de l’Europe ; elle n’est pas elle-même ni un foyer local de ceps, ni un centre d’irradiation comme sa voisine du nord. L’homme, le colon, Espagnol ou Portugais, a installé la culture attirante chez lui et soit par l’exemple, soit par l’association forcée du travail indigène, l’a fait adopter par l’Indien ; ici donc, la part de l’homme est essentielle, celle de la plante purement passive sauf au Chili où la vigne s’est créé en climat idéal une vraie nature personnelle. Cette colonisation à sens unique, s’est faite en deux vagues : la vague coloniale, faible, brisée, occupant un espace réduit ; la vague de l’indépendance, puissante, attirée par le charme irrésistible du vin et du raisin. »

 

Pour la 3ième vague c’est une autre histoire en train de s’écrire...  Le Chili un vignoble à la conquête du monde par Raphaël Schirmer http://com.revues.org/index299.html

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