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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 00:02

Non je ne suis pas un sniper. Non, je ne tire pas sur tout ce qui bouge. Et pourtant ma position de tireur couché me permet, à couvert, d’observer le théâtre des opérations. Position qui peut sembler confortable et pourtant, n’ayant que des balles à blanc, lorsque l’envie me prend d’appuyer sur la gâchette, ça fait un peu du bruit mais ça n’influe guère sur le cours des choses. Dois-je le regretter ? Suis-je frustré ? Je vais tenter, à ma façon, de bien préciser ma pensée et vous proposer d'agir 

 

« Dans mon boulot, pour l’instant, je suis en train de m’embourber un peu. Des quatre machins attaqués au calme, il n’en reste que deux sur la planche, et encore un peu figés. » Ainsi s’exprimait Jean-Patrick Manchette dans une lettre du 26 août 1977 à son ami Pierre Siniac. Il ajoutait que l’un de ces machins était « une histoire de tueur absolument sans intérêt intrinsèque, uniquement un  exercice technique, de mon point de vue, qui progresse à peu près régulièrement, mais glacialement. » Manchette évoquait en fait son futur roman La Position du tireur couché.

 

Le dessinateur Tardi vient de donner un visage au tireur couché de Manchette.  

 

J’entends certains ricaner : quel rapport avec la choucroute ?

 

JP Manchette d’abord pourquoi Manchette ?

Je pourrais me contenter de répondre parce que Manchette est un marqueur indélébile d’un temps qui est le mien. J’aime Manchette car il fumait des Celtiques, trop, c’était un fou d’écriture qui à réinventé le polar par une rupture radicale avec la Série noire française des années 50/60. Situationniste, Manchette a renoué avec la fonction originelle du roman noir : la critique sociale. Son modèle revendiqué était Dashiel Hammet. J’aime son écriture behaviouriste, « joyau de vérité », pleine de « joyeuse perfidie » et de « provocation allègre ». La dérision aussi comme dans le Petit bleu : « je l’ai tué hier, dit soudain Gerfaut. Je lui ai fracassé son putain de crâne, je lui ai cassé la tête. Et Gerfaut stupéfait fondit en larmes. Il replia ses bras sur la table de formica, posa son front sur ses avant-bras et sanglota nerveusement. Ses larmes s’arrêtèrent tout de suite mais il demeura plusieurs minutes à frémir et à aspirer et expirer de l’air avec un bruit d’instruments de musique brésiliens. »

 

La Position du tireur couché ensuite, parce que Martin Terrier, le tueur à gages, après dix ans d’activités, où il a mis patiemment de côté ses gages, décide de se ranger des voitures et d’aller chercher Alice son amour d’enfance. Terrier a la gueule de monsieur tout le monde, et avant que sa vie parte à vau-l’eau, les bordels, les bars louches, les missions africaines, il a été un adolescent qui essayait de devenir un homme en entreprenant Alice la fille de bourgeois de province.

 

Si j’écris à ce stade de ma chronique que mon métier, si tant est que ce fut un métier, s’est apparenté à celui d’un « mercenaire » vous allez dire que je suis complètement à l’Ouest. Et pourtant, un commanditaire m’a missionné et je me suis exécuté en me portant sur le terrain. Et c’est là que mes ennuis ont commencé car j’avais face à moi des cibles si mouvantes qu’il m’était difficile de les placer dans mon collimateur. J’arrête là ma comparaison non sans préciser que je me dois d’ajouter que mes commanditaires ont souvent changé et que depuis plusieurs années, pour ce qui concerne le vin, mon commanditaire ne me demande plus rien.

 

Face à cette vacance je me suis mis à mon compte en ouvrant, il y a presque 6 ans, un petit espace de liberté sur le bord de l’autoroute du Net. Je mène donc une double vie. Au début ce ne fut pas facile de me débarrasser de mes tics de décideur. J’ai tenté d’ouvrir des brèches, en créant le club Sans Interdit par exemple, mais je me suis très vite aperçu que le champ des décideurs, plein de mines, était le champ clos où s’ébattaient les maîtres du troupeau. En conséquence tout ce que je puis faire maintenant c’est aider, ouvrir plus encore mon espace de liberté à celles et ceux qui, au-delà de la pure réaction émotionnelle du type « sauvetage Olivier B » veulent utiliser à plein l’outil réseau social pour réinitialiser du collectif dans le nuage de points que sont les vignerons et ceux qui tournent autour.

 

S’en tenir à un enthousiasme communicatif : « c’est formidable il est passé à France 3 de je ne sais où ou sur RMC avec je ne sais qui » me semble un résultat, sans doute ponctuellement intéressant, mais qui ne permet pas de tenir la distance. Moutonniers les médias traditionnels se précipitent tous en même temps sur la dernière misère du monde mais comme il y en a beaucoup une misère chasse l’autre et le fusil risque de n’être qu'à un seul coup.

 

Que puis-je faire, que pouvons-nous faire pour jeter les bases d’une plate-forme où nous pourrions mettre en culture des réponses concrètes, aussi modestes soient-elles, aux problèmes posés. Nous mettre les mains dans le cambouis. Avancer à petits pas de concert me semble plus porteur que de s’agiter chacun dans nos petites crèmeries. Objections votre honneur comme on dit dans les prétoires américains : pas le temps, pas de moyens, pas de ceci, pas de cela, et patati et patata... 

 

Ma proposition pour faire avancer les choses est simple : que nous nous retrouvions en Beaujolais dans quelque temps pour une journée de travail et de convivialité, un samedi par exemple, pour concrétiser notre plate-forme qui permettrait à un réseau de fonctionner et d’agir. Chacun y viendrait par ses propres moyens et moi je verrais avec mes amis du Beaujolais comment nous accueillir.

 

Si j’ai choisi le Beaujolais c’est que mon opération Grand Malade lancée par une première chronique datant du 19 mars 2010 link vient de recevoir un premier retour institutionnel datant du 4 février 2011. En effet,  suite à ma chronique sur la bande des 15 : le Délégué Général d’Inter Beaujolais dans un e-mail me fait savoir qu’il lit avec intérêt mon blog et que celui-ci ne laisse pas l’interprofession indifférente. Il m’a invité en Beaujolais et je m’y rendrai avec plaisir.

 

Ceci écrit il n’entre nullement dans mon intention de m’immiscer dans les affaires des vignerons du Beaujolais mais de faire en sorte qu’au travers de mon espace de liberté se fonde avec vous tous une forme nouvelle de solidarité, des liens, des principes d’action, qui bien évidemment ne se limiteraient pas à la région d’accueil. En écrivant ce que je viens d’écrire j’ai totalement conscience de partir sur des terres inexplorées, de prendre le risque du bide total, mais peu m’importe car si je reste dans ma position de tireur couché, indifférent, il viendra le jour où je fermerai la boutique pour cause d’inutilité.

 

Maintenant c'est à vous de jouer.

 

Je prends les noms ! 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel 10/02/2011 19:53



Le 10 nous avons le salon des vignerons de Châteauneuf-du-Pape mais le 11 je suis libre



Fleur Godart 10/02/2011 16:41



allez, je mets mes bottes!



Denis Boireau 10/02/2011 14:18



Si la voixd'un amateur au milieu de ce concert de professionnels peut servir a quelque chose je viendrais.


Il y a aussi le concours des vins de Lyon la samedi matin 2 avril comme synergie; ca pourrait laisser l'apres-midi pour le Beaujolais...



Michel Grisard 10/02/2011 13:43



J'ai écrit, il y a 10 jours:" Merci encore, Jacques, pour cet espace de liberté qui joue pleinement son rôle dans l'expression, la maturité et l'évolution des consciences".


Si déjà les instances officielles réagissent, voilà le coté très constructif de ton temps passé, quotidiènement, sur ton clavier. Surtout, ne délaisses pas ch.8, le dimanche!!!


C'est un grand pas de plus, cette initiative! Je fais l'impossible pour venir.


Michel.



Luc Charlier 10/02/2011 10:55



David, je crois plus simplement que Jacques Berthomeau fait de « l’absorption subliminale » à notre contact épistolaire. En
flamand, een snip est une bécasse et je pense qu’il rêve d’en croquer, d’où le « snipper ». Snipperen signifie aussi fendre en petites lamelles, et peut-être
cette réunion va-t-elle couper les cheveux en quatre ?


Ou alors, il a confondu avec un kipper, votre hareng fumé et salé. On m’a dit qu’il ne réchignait pas aux promenades noctures sur les
quais des ports de commerce !


 



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